‹ Trois quarts de siècle (volume 2)Chapitre 29 sur 71 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

1 Mi»

La constitution de l'empire et l'insurrection de Mai.

Cependant l'assemblée de Francfort venait d'achever la constitution impériale avec l'empereur prussien pour couronnement, et il est inutile de dire que l'acceptation du projet par les chambres saxonnes ne faisait aucune difficulté. 11 me manquait pas de voix qui s'élevaient contre cette manière de résoudre la question principale; en particulier, l'un des futurs triumvirs du gouvernement de mai, Tschirner, se prononçait contre l'exclusion de l'Autriche. Le rapporteur, à la seconde Chambre, était M. SchafFrath, en mime temps membre de l'Assemblée nationale, partisan zélé de la gauche, et qui devint plus tard, après s'être modéré, président de la seconde Chambre. Les mots par lesquels il commença son discours, pénétrèrent profondément dans ma mémoire, et je m'en suis souvenu plus tard lorsqu'après la guerre d'Italie le National- Verein !

1. Association d'hommes politiques ayant pour but de créer 1" unité allemande sous la direction de la Prusse et à l'exclusion de l'Autriche.

commença à manifester son activité. « Fitiis Saxonise », tels étaient ces mots. Puisqu'un député progressiste appréciait de cette façon la nouvelle constitution impériale, on doit comprendre qu'un ministre saxon appelé aux affaires par la confiance de son roi se soit préoccupé d'assurer la stabilité et l'avenir de la Saxe en repoussant un projet qui annihilait l'existence politique d'un état qui n'était pas un membre le moins indigue du corps germanique; cela n'altérait en rien du reste mes sentiments favorables à l'unité allemande qui ont toujours subsisté.

Le point de vue que j'ai soutenu dans la question allemande jusqu'en 186G, a été plus d'une fois exposé par moi durant les délibérations de la Chambre; c'est ainsi que je disais, en 1850, quand les Chambres étaient encore réunies : « La monarchie saxonne accepte les plus larges modifications à l'intérieur, mais non pas dans ses rapports avec les Etats voisins, elle ne veut pas compromettre son existence. » Au Landtag de 1861 je prononçais les paroles suivantes : « Il ne s'agit point ici de soucis anxieux relativement à l'existence de principautés isolées; il s'agit encore moins de défiances à l'égard de tel ou tel état allemand; vous trouverez les gouvernements des grands Etats germaniques assurés que des états de leur importance peuvent parfaitement continuera vivre, quand bien même ils se rangeraient sous les ordres d'un pouvoir central auquel ils participeraient proportionnellement à leur importance ; mais que leur obéissance à un Etat plus considérable, qui leur donnerait tels ordres qu'il voudrait, amoindrirait leur dignité, affaiblirait leur exis-

tence,et amènerait bientôt leur absorption par l'Etat directeur. » Je suis heureux que, dans ma chère Saxe, le passage au nouvel ordre des choses se soit effectué, sans que les conséquences que j'avais indiquées se soient manifestées d'une façon sensible. La modération, le ménagement avec lequel l'empereur Guillaume exerce son pouvoir, d'une part, la position privilégiée du roi de Saxe dans l'armée allemande, de l'autre, ont beaucoup aidé à ne pas altérer les rapports entre le peuple et le souverain. La sagesse du prince de Bismarck peut réclamer sa part dans l'existence de ces excellents rapports. Je ne doute point qu'il ait été guidé par des motifs nobles et désintéressés en laissant subsister l'autonomie des États; mais il est trop profond connaissaur des hommes et des choses pour ne pas savoir que l'élément démocratique et même républicain sera toujours plus fort enprésjnce d'un seul souverain qu'en présence de plusieurs. Si le piince de Bismarck a maintenu l'indépendance des et îts pait'culiers, c'est en vue de l'avenir, et, sous ce rapport, l'Allemagne ne lui doit pas moins qu'en ce qui regarde les ai- Lances pacifiques. Revenons aux journées de mai 184-9.

L'insurrection de mai n'était pas un soulèvement des bons « montagnards » de Dresde contre les hautes classes, mais un mouvement préparé de longue main de concert avec les partis révolutionnaires étrangers. Le refus de reconnaître la constitution impériale fit éclater la bombe. Le 4 mai les ministres quittèrent Dresde, il se produisit quelques faits regrettables; et je n'oublie pas la démarche d'un officier, dont je fus témoin le soir au blockhaus. C'était un bon militaire, fils d'un em-

ployé supérieur. Il entra avec ces mots : « je diserte ! » On lui signifia de se rendre à la caserne et d'attendre. Une heure plus tard il se brûlait la cervelle.

Lorsque j'arrivai à Berlin après la fin de l'insurrection, je fus accueilli non comme un sauvé mais comme un sauveur. C'est que l'on comprit combien il importait d'étouffer une insurrection au centre de l'Allemagne dont la répression eût exigé plus tard bien d'autres sacrifices et eut créé plus de difficultés que le soulèvement badois.

Seul avec moi, le ministre de la guerre avait été d'avis de refuser de reconnaître la constitution impériale. Dès que le roi se fut décidé pour ma façon de voir, les trois autres ministres offrirent leur démission. On me confia la tâche de former un nouveau cabinet. Ce ne fut pas facile et j'essuyai force réponses négatives. Plus d'un de ceux qui refusèrent a, par la suite, amèrement regretté sa décision. Il se trouva toutefois un homme, le Dr Zschinsky qui se déclara nettement prêt à accepter; et c'était bien le meilleur choix que le roi eut pu faire, môme en temps normal. Pour faciliter son acceptation, je dus faire un sacrifice qui me coûta beaucoup par la suite : celui de la présidence du conseil. Au reste, malgré quelques différences temporaires, nous sommes restés bons amis, jusqu'à sa mort survenue en 1858.

Au coursdu moisd'avril, le roi Frédéric-Guillaume de Prusse avait envoyé un de ses adjudants, le prince Croy, si je ne me trompe — au roi de Saxe pour l'inviter de ne pas reconnaître la -constitution impériale. Si, en suite de ce refus, l'ordre devait être troublé, le roi de Prusse s'engageait à intervenir à main

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armée. J'étais fort soucieux, comme on le verra plus loin,quoiqu'au 1er mai le directeur de la police, fonctionnaire excellent qui rendit les plus grands services en temps ordinaire à Dresde, m'eût dit : « Cela n'est pas sérieux. » Je ne laissai pas d'envoyer à Berlin le conseiller secret de légation von Carlovitz pour demander qu'on se tint prêt à marcher; car la moitié des troupes saxonnes était en Holstein et il ne restait à Dresde qu'une faible garnison.

L'insurrection éclata le jeudi 3 mai. Avant midi, j'avais quitté ma demeure et je n'y rentrai qu'après le 9. Les ministres passèrent le jour et la nuit au château royal où nous installâmes les bureaux. La patience du roi fut mise à une rude épreuve par les députations qui se succédaient sans cesse, pendant que les barricades se construisaient et que les coups de feu tirés de l'arsenal sur la foule portaient l'excitation à son comble.

Ce fut seulement pendant la nuit que l'attaque du château royal fut résolue. On n'a pas épargné le blâme aux ministres, qui accompagnaient le roi, pour avoir abandonné sa résidence. J'ai eu l'occasion, en séance publique de la chambre, de justifier la conduite des ministres. Qu'on me permette de citer un passage de ce discours.

« Je suis forcé d'expliquer ce que le député Dr Joseph a dit sur la conduite des ministres pendant les journées de mai. Il s'agit de ce qui arriva aux débuts de l'insurrection, le 3 mai. A ce moment, dit-il, l'impuissance du mouvement s'était manifestée, et il eût été facile de le restreindre dans d'étroites limites. Il semblerait presque, en conséquence, que,

de propos délibéré, nous ayons laissé grandir l'insurrection, afin que la gloire de l'avoir étouffée fut plus grande. Je suis obligé de m'opposer de toutes mes forces à cette façon de voir, et de protester contre cette insinuation que les ministres n'ont pas fait leur devoir et ont abandonné leur poste. C'est une étrange erreur que de prétendre aujourd'hui qu'au 3 mai il était facile d'écraser l'insurrection avec quelques patrouilles. J'espère que le Dr Joseph n'a pas oublié plus que moi la physionomie de ces journées terribles. Je me souviens fort bien que, sans relâche, des députations et de simples particuliers arrivaient, au château, demandant que l'on cédât, vu que l'insurrection s'était énormément développée, qu'elle occupait tous les établissements, que le peuple était prêt à sonner le tocsin, et que la sphère de la révolution s'agrandissait sur plusieurs points. On ajoutait qu'il serait insensé de prétendre dompter un tel mouvement avec les forces qui étaient à notre disposition. — Le Dr Joseph parle de la garde communale que l'on aurait pu utiliser. Je regrette de devoir rappelerune fois encore la conduite qu'elle eut durant ces journées néfastes, et je regrette que la plus considérable fraction de cette garde se soit laissée entraîner par une minorité qui refusa d'aider le gouvernement et soutint de cette sorte indirectement l'insurrection. Quoi qu'il en soit, le gouvernement ne trouva dans ces troupes aucun appui; bien plus, leur attitude donna à l'émeute le plus regrettable caractère. Je dois donc encore contester nettement qu'il eût été possible, au matin du 3 ou 4, d'agir avec chance de succès, au moyen de quelques patrouil-

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les. Il n'y avait rien d'autre à faire que d'occuper les points les plus importants : le château, l'arsenal et le pont. Les ordres les plus formels avaient été donnés dans ce sens, et, si l'on s'en écarta durant la journée du 4, ce fut contre la volonté du ministre de la guerre. Il fallait attendre l'arrivée des renforts pour tenter une imposante démonstration de nature à décourager les insurgés; ou même pour engager la lutte avec chance de succès. En ce qui concerne la marche des événements, au matin du 4, je dois rappeler que, dès le 3, on avait, de divers <ùtés, conseillé au roi de quitter la ville. Le ministère était d'un avis opposé; et la soirée et la nuit, il ne fut plus question d'éloigner le roi. Pendant la nuit du 3 au 4, des coups de feu furent tirés contre le château royal. C'est alors que surgit le projet de transporter la famille royale ailleurs. Les ordres les plus pressants avaient été donnéspour qu'on ne répondit pas aux coups de feu: c'est pourquoi ces attaques se renouvelèrent. En même temps arriva la nouvelle que les troupes étaient retenues, que l'on arrachait les rails, et que, sous peu, la révolution pouvait prendre une extension si grande que les soldats ne seraient plus assez nombreux pour couvrir le château et les points stratégiques importants. Dans ces conditions, il était nécessaire de prendre une résolution rapide, et de mettre en lieu sûr la personne de Sa Majesté. Cette décision fut prise vers le matin, quand le jour commençait à blanchir. Il fallait l'exécuter très vite, car on ne pouvait plus passer à travers la vieille ville, la nuit ayant été employée à construire des barricades, et il n'était plus p jssible de passer l'Elbe. Le roi dut sortir à pied et à

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découvert, exposé au feu d'une barricade, d'où heureusement l'on ne s'avisa pas de tirer. 11 fallait marcher sans hésiter, car le jour était proche. Pour les ministres, le premier devoir était de mettre en sûreté le roi et de ne pas se séparer de lui avant d'avoir rempli cette tâche. A cette heure, les ministres tibéirent d'autant plus à ces sentiments que le danger le plus grand était sans contredit dans l'entourage du roi. En effet la route de Pirna était aux mains des insurgés et ils auraient pu facilement empêcher l'évasion du roi. Il était également nécessaire que les ministres s'entendissent avec le roi .sur la conduite à tenir et la délibération ne pouvait avoir lieu qu'au Konigstein. C'est après cette délibération que je me rendis de nouveau à Dresde avec le ministre de la guerre, pendant que le Dr Zschinsky restait auprès du roi, afin que les rapports avec le ministère ne fussent pas interrompus. Si je ne me trompe, b député Dr Joseph, à propos de la conduite des ministres pendant ces quelques jours, a dit qu'elle manquait de courage. Si le courage personnelnous avait manqué, il eùtététrès simple pour nous d'abandonner le roi à son sort, sans nous soucier de savoir s'il arriverait jusqu'au Konigstein; il eut été très simple aussi de ne pas retourner à Dresde. Le Dr Joseph a établi une corrélation entre l'absence des ministres et les progrès de l'insurrection. Je ne puis réfuter tout ce qu'il a dit; mais je dois dire que l'opinion généralement admise que rétablissement du gouvernement provisoire eut lieu en l'absence des ministres, est erronée. Le gouvernement était déjà installé le matin avant le commencement de la lutte et il s'efforçait déjà

d'aggraver l'insurrection, tandis que nous avons vu d'autres gouvernements provisoires travailler au rétablissement de l'ordre. Ce que l'on ne nous pardonne pas, c'est d'être revenus et non d'être partis.

J'ajouterai à mon discours de 18o0, pour répondre à un re proche qui nous a été adressé, que si nous n'avons pas laissé en partant l'avis que nous reviendrions, c'est parce que nous ne nous souciions pas de laisser cet avertissement tomber entre les mains des insurgés qui auraient pu nous couper la retraite.

Lorsqu'en compagnie du ministre de la guerre, je rentrai de Pirna à Dresde, en suivant la rive droite de l'Elbe, je rencontrai, près des bains de Link, le conseiller secret de légation von Carlowitz avec un officier de l'état-major prussien (M. de Bonin, si je ne me trompe, — le même qui fut commandant supérieur en Saxe à lafin de 186G) l. Ils nous apportaient de Berlin la réponse que le gouvernement prussien s'était décidé à intervenir dans les huit jours, avec des forces imposantes. Je donnai l'ordre à M. de Carlowitz de retourner aussitôt à Berlin et de représenter que les secours viendraient trop tard, mais que l'apparition immédiate du plus mince corps de troupes prussien, suffirait à décourager l'insurrection, parce que personne ne mettrait plus en doute l'arrivée d'autres renforts. Mon avis prévalut, grâce à l'intervention personnelle du roi Frédéric- Guillaume qui ordonna, contre l'avis du ministre de la guerre,

1. Sur la demande du gouvernement prussien nous lui avions adressé une réquisition formelle tendant à obtenir l'assistance fédérale. Cette pièce, rédigée au plus fort de la lutte, fut remise au conseiller de légation M. de Savigny, envoyé de Prusse à Dresde.

général Stockhausen, l'envoi de trois bataillons du régiment de grenadiers Empereur- Alexandre.

Les faits qui sepassèrent le jeudi 4 au blockhaus i sont restés présents à mon esprit. Ce furent les plus douloureux instants de ma vie. Sans cesse des messages arrivaient de la vieille ville, annonçant l'extension de l'émeute, l'arrivée de bandes armées de paysans, l'hésitation de troupes saxonnes cantonnées dans le pays, etc. D'autre part, nous étions dans l'ignorance absolue en ce qui concernait les troupes prussiennes et leur intervention. Ajoutez-y des doutes sur la fidélité de nos soldats et la crainte de les voir démoraliser par suite de l'inaction. Les officiers supérieurs se prononcèrent dans une sorte de conseil de guerre, pour l'impossibilité d'engager la lutte, et proposèrent la retraite. On me donna une capote militaire et une casquette du régiment de cavalerie de la garde et l'on m'engagea à monter à cheval pour quitter la ville avec les troupes. Que l'on songe à l'immense responsabilité qui pesait sur moi, et l'on croira sans peine que j'aie dit à l'ancien ministre von Ehrenstein, qui se trouvait au blockhaus : «. Je ne voudrais pas tomber entre les mains de ces furieux -, mais j'appellerai une balle avec

1 . Le Blockhaus de Dresde n'est pas, comme on pourrait croire, une forteresse, c'est un édifice consacré aux bureaux publics et qui se trouve près du vieux pont.

2. J'avais expédié du blockhaus un homme de confiance chez moi pour mettre tous les papiers en sûreté. Il vida mon secrétaire et n'y laissa qu'une carte de visile. Lorsque les insurgés prirent ma demeure d'assaut et firent sauter avec des cris de joie la serrure de mon secrétaire, ils n'y trouvèrent que cette unique carte. Je dois reconnaître ici que mon mobilier se ressentit beaucoup moins de cette visite des insurgés que de celle qui fut rendue, en

bonheur. » 11 était tard dans la nuit, lorsque Rabenhorst et moi nous cherchâmes un 'gîte dans l'une des auberges de la Meisner-Gasse. Elles étaient fermées et, malgré tous nos appels, on n'ouvrit pas. Nous retournâmes au blockhaus, où l'on nous lit un lit à terre, avec de la paille. C'était la seconde nuit que nous nous couchions tout habillés : de sommeil, il n'en fut pas question.

Le lendemain, samedi, commença et finit mieux. Au matin, quelques détachements de troupe arrivèrent de la province; et, sur l'avis des officiers, qui répondirent de la bonne tenue de leurs troupes, le ministrede la guerre se décida adonner l'ordre d'attaquer; le combat justifia li bonne opinion que les officiers avaient de leurs soldats. Une partie des barricades fut prise, et ce n'était point une chose facile, attendu qu'elles avaient été construites, non par de vulgaires émeutiers, mais sousladirection d'un architecte célèbre. En même temps nous apprîmes que deux bataillons de grenadiers du régiment Empereur- Alexandre étaient partis de Berlin. Ils arrivèrent vers six heures du soir.

Le jour suivant, il y eut encore un moment de sérieuse inquiétude. Le vieil Opéra prit feu; du blockhaus, nous regardions l'immense colonne de feu, et nous craignions de ne pouvoir limiter l'incendie. Qu'on songe à ma responsabilité! on comprendra ce qu'aurait été pour moi le spectacle de ma ville

1S66, à ma villa de Lanbegast (par les Prussiens). Tout fut brisé et ravagé, tandis qu'en 1849 il ne manquait que le morceau d'une portière de velours, ààtns laquelle une main évidemment exercée s'était taillé un gilet.

natale en flammes. Heureusement le feu n'étendit pas ses ravages; une légère pluie aidi à ce résultat heureux. Le temps s'était gâté, et je vois encore les grenadiers prussiens, de magnifiques soldats, traversant le pont de l'Elbe. Ils avaient retroussé leurs pantalons : le vrai soldat sait regarder la mort en face, mais il n'oublie pas que l'uniforme demande à être ménagé.

Je ne tiens pas pour superflu de citer ici comme document historique la proclamation du roi, que nous rapportâmes du Konigstein,Rabenhorst et moi, et qui fut distribuée le jour suivant, au matin :

« Les événements d'aujourd'hui et d'hier, douloureux à mon ùme, les attaques à main armée contre l'arsenal et contre mon château; la défection d'une grande partie de la garde communale, oublieuse de son devoir, qui est de veiller sur l'ordre et la tranquillité, m'obligent à quitter Dresde pour quelque temps, et à me rendre à la forteresse du Kônigstein.

» Si j'ai hésité à accueillir les pétitions qu'on m'a adressées de divers cotés, et qui me demandaient de reconnaître la constitution impériale élaborée par le parlement de Francfort, j'ai obéi à la profonde conviction qu'il fallait ajourner cette mesure, et, en cela, je n'ai eu en vue que le bien véritable de la patrie commune. Je n'ai d'ailleurs outrepassé par ma résolution aucune des limites de mon droit.

» Je compte sur le bon sens de mes chers Saxons, sur leur amour de l'ordre et de la légalité, j'espère qu'il ne sera pas

besoin de prendre des mesures plus sévères et que je pourrai sans retard rentrer dans ma chère ville de Dresde.

» Du reste j'ai veillé pour qu'en mon absence les affaires gouvernementales ne souffrissent point. »

» Dresde, ï mai 1819.

» Frédéric-Auguste. »

(Dr Ferdin. Zschinsky. )

Nous accompagnâmes cette proclamation de la protestation suivante :

« Les ministres d'Etat, soussignés, remplissent leur devoir en rendant publique la proclamation de Sa Majesté qui précède.

» Les ministres soussignés n'ont abandonné ni Sa Majesté le roi, ni le gouvernement de la patrie. Ils sont retournés à leur poste aussitôt après avoir mis Sa Majesté en sûreté.

» Ils croient de leur devoir de protester, au nom de Sa Majesté, contre l'établissement du gouvernement provisoire.

» Ils espèrent que le peuple saxon obéira au cri de la loi, au devoir de la fidélité, aux avertissements de la prudence.

» Dresde, le 5 mai 1849.

» Les ministres d'Etat,

» Beust. Ràbenhorst. »

Mes lecteurs trouveront un témoignage très honorable pour moi dans le document suivant :

« Mon cher ministre, baron de Beust. En vous envoyant ci-

inclus les insignes de l'ordre royal de la Rautenkrone (couronne à facettes), ce n'est point sans intention que j'ai fait choix de ce jour pour vous octroyer cette distinction. Il y a aujourd'hui sept ans que mon auguste frère conjura par une décision courageuse et énergique l'orage, qui avait conduit la Saxe jusqu'au bord de l'abîme.

» En ces heures d'angoisses, vous étiez à ses cotés ; vous reconnûtes clairement et sans hésiter ce que le bien de la patrie et du roi réclamait, et vous prites avec vos collègues la responsabilité d'une mesure décisive, vivement attaquée, mais dont le succès a si brillamment montré l'utilité. Mon auguste frère a souvent pensé avec reconnaissance à ces hommes de cœur qui agirent de concert avec lui à ce moment suprême, et je crois agir tout à fait selon sa volonté en vous accordant un gage tout particulier de ma reconnaissance.

» J'ai fait choix pour vos collègues de distinctions d'une autre sorte. Quant à vous, je vous ai destiné l'ordre ci-dessus indiqué, voulant par là vous montrer combien je sais apprécier en môme temps les excellents services, reconnus aussi au dehors, que vous rendez comme ministre des affaires étrangères.

» Je demeure votre dévoué

» Jean. »

» Dresde, 3 mai 1836.

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