‹ Trois quarts de siècle (volume 2)Chapitre 46 sur 71 · V. Bismarck · texte numérisé non relu

V. Bismarck

J'ignore si mes Mémoires arriveront jamais à la connaissance de M. de Bismarck. S'il en était ainsi, j'aime à croire qu'il ne verrait pas une indiscrétion désagréable dans la publication de la lettre qu'on vient de lire. Cet autographe précieux nous prouve que dès la première heure de pouvoir de-

puis vingt-deux ans, ie futur chancelier était conscient de son but ; et, si nous ressentions une impression bizarre à lire qu'il n'éprouvait « pas le besoin d'engager la Prusse sur les chemins de la politique sarde, » il ne faut point voir là un manque de franchise, M. de Bismarck n'avait certes pas davantage l'intention de suivre la « politique sarde » qu'il n'avait l'intention d'abord de combattre à outrance les catholiques, appelés autrefois par lui « les meilleurs sujets de Sa Majesté », et ensuite de se rendre incognito à Canossa. En 1862 on n'avait pas à Berlin une double mesure, l'une pour les annexions sardes-italiennes, l'autre pour les annexions prusso-allemandes, on ne tenait pas les unes pour justes, les autres pour exécrables, quoiqu'elles ne fussent^ pas à mépriser, car sans elles il n'y aurait jamais eu un général Govone à Berlin en 1866 '. Voici ma réponse à M. de Bismarck.

Dresde, 31 octobre 1862.

Excellence,

Si je n'ai point répondu de suite à votre lettre honorée du 16, qui m'est parveaue le 20, c'est parce que ma réponse ne vous aurait point trouvé présent à Berlin. C'est pour moi un devoir agréable de remercier vivement Votre Excellence des preuves précieuses de confiance que vous me témoignez, et que je sais apprécier à leur valeur. J'ai pleinement conscience de la modestie de ma position et de la petite sphère d'action qui m'a été dévolue si on la compare aux grands devoirs qui incombent à Votre Excellence ; mais cela ne m'empêchera pas de répondre

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