‹ Trois quarts de siècle (volume 2)Chapitre 50 sur 71 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Mort du roi de Danemark. — La question du Schleswig-Holstein à la Diè!e et à la Chambre. — La conférence de Londres.

La fin de l'année 1863 et le commencement de 1864 furent une des époques les plus remplies de mon existence ; j'eus en effet à intervenir dans la question des duchés de l'Elbe et j'allai à la conférence de Londres. Ma nomination de délégué de la Confédération à ce dernier congrès était une haute distinction, qui gagna encore en signification historique par le fait que ce fut le seul cas où la Diète désigna un plénipotentiaire. Je dois à la vérité de dire que je ne m'attendais nullement à l'honneur de cette désignation qui fut unanime de la part des gouvernements allemands : mon attitude si décidée envers l'Angleterre a pu aussi y contribuer. La popularité que je m'étais acquise dans les affaires du Schleswig a pu déciderjaussi plus d'un gouvernement allemand à voter pour moi. AL de Bismarck m'était favorable parce qu'il attendait de moi une grande fermeté et une

attaque en règle de la convention de Londres, en 1852.M)e son côtér M. de Rechberg ne me refusa pas sa voix, pour des raisons absolument opposées ; il s'imaginait que je ne battrais pas en brèche la convention qu'il estimait avantageuse pour la confédération, et puis il comptait sur la déférence d'un ministre allemand pour le cabinet de Vienne. A tort ou à raison, on colportait d'ailleurs le propos suivant: M. de Rechberg aurait déclaré qu'il me préférait à M. de Pfordten parce que j'étais plus vaniteux, plus malléable et plus facile à égarer. Sous ce dernier rapport au moins il s'est trompé. Ce serait mettre trop à l'épreuve la patience de mes lecteurs que de leur indiquer le cours suivi par la question du Schleswig pendant les vingt années qui précédèrent M 803 '. Il me suffira de dire que le gouvernement danois repoussait avec raideur les justes plaintes des États allemands relativement au Schleswig-Holstein. C'est sur ces entrefaites que mourut le roi Frédéric VII : dès cet instant la tâche de la confédération changeait de nature. Les droits du nouveau roi Christian IX sur les duchés étaient fortement contestés. 11 ne pouvait donc plus être question d'une exécution fédérale, cette pénalité n'était en vigueur que lorsqu'il s'agissait d'un prince confédéré reconnu comme légitime par tous; ce qu'il fallait à présent c'était l'occupation militaire des duchés pendant que la question de droit serait examinée et résolue aussi bien en général qu'au point de vue des droits éventuels du duc de Holstein sur le Schleswig.

1. Rien déplus embrouillé que cette question de la succession des duchés et des revendications de la Diète en faveur de l'autonomie du Schleswig-Holstein

C'est pour faire reconnaître ces droits qu'il fallait recourir

aux armes.

Le gouvernement saxon resta fidèle à ce principe qui était

à la fois correct et pratique. Il était généralement d'accord avec les États moyens. Mais nous marchions alors eu éclaireur puisque nous avons proposé et fait adopter l'exclusion du représentant danois de la Diète.

Les deux grandes puissances allemandes considéraient la situation sous un jour tout différent. Elles se considéraient comme engagées par le protocole de 1852, qui réglait l'ordre de succession monarchique ^en Danemark, de telle sorte que, les princes hessois ayant renoncé à leurs droits, Christian de Schleswig-IIolstein-Glucksburg devait être appelé au trône. Les duchés étaient compris dans cet arrangement qui fut la ratification d'un accord conclu à Varsovie par lequel le Danemark s'engageait à certaines concessions. La même convention désintéressait le prince d'Augustenbourg, ce qui n'enlevait rien aux droits de son fils. Le protocole de Londres n'avait point été communiqué à la Confédération allemande, et, par conséquent, n'avait point été approuvé par elle.

Il faut reconnaître que la position des deux puissances allemandes n'était point exempte de difficultés; mais il serait inexact de prétendre qu'il leur était impossible d'accepter une décision de la Diète. Ni la Prusse ni l'Autriche n'auraient

dont la population se plaignait d'être opprimée par les Danois, et adressait pétitions sur pétitions à Francfort. Lord Palmerston avait coutume de dire: « Il n'y a que deux hommes qui ont compris la question des duchés, le prince Albert qui est mort et moi qui l'ai oubliée. » (F. K.-A.)

souffert dans leur dignité de grandes puissances si elles s'étaient entendues avec leurs confédérés. Elles devaient conserver au protocole de Londres son vrai caractère. Cette obligation était d'autant plus impérieuse qu'il s'agissait de réclamer un pays allemand à un Etat étranger, et que l'opinion publique se déclarait nettement pour le duc d'Augustenbourg et pour la défense de ses droits.

C'est en tenant compte de ces considérations que je dessinai mon attitude vis-à-vis des deux grands cabinets, dans une note adressée à nos ambassadeurs à Vienne et à Berlin, en date du 15 décembre 18G3. Au reste le langage des parlements et de la presse semblait inviter les petits Etats à s'unir étroitement aux deux plus importants. Je ne laissai point passer l'occasion, dans un discours à la seconde chambre, de rappeler que tous mes efforts tendaient, dès longtemps, à resserrer les liens fédéraux de l'Allemagne.

L'Autriche et la Prusse avaient cependant décidé d'agir pour leur compte. Le 19 janvier les deux puissances proposèrent à la Diète de sommer le Danemark de changer sa constitution sous peine de l'occupation du Schleswig. Dans un des précédents chapitres j'ai exprimé toute l'estime et toute l'affection que j'ai toujours éprouvée pour mon honorable ami M. de Dalwigk. Je ressentis donc plus douloureusement la faute qu'il commit en présentant au nom de la Hesse la motion d'occuper le Schleswig. Cette proposition qui différait de la motion de l'Autriche et • de la Prusse parce qu'elle ne faisait pas dépendre l'occupation d'une entente avec le Danemark était complètement superflue

et elle avait l'inconvénient de justifier en la précédant la motion des grandes puissances. Le vote de la Saxe admettait l'occupation du Schleswig, mais sans ultimatum au Danemark parce qu'on aurait eu l'air de reconnaître ses droits. La Saxe demandait en outrequepour affirmer le caractère allemand de l'occupation, celle-ci fut effectuée par un corps d'armée fédéral composé de troupes des différents États. La proposition del'Autriche et de la Prusse fut rejetée. Immédiatement après, l'Autriche et la Prusse décidèrent d'occuper le Schleswig sous leur propre responsabilité et la guerre fut déclarée.

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