Le dernier président du Bundestag
veaux rapports jusqu'au 29 du mois passé (compris le n° 12). Elle a chargé sou président d'exprimer à Votre Excellence la vive satisfaction et son approbation entière pour votre attitude personnelle et pour les résultats conformes aux droits et aux intérêts de l'Allemagne que vous avez obtenus. La haute Assemblée a tout particulièrement approuvé votre déclaration faite dans la séance du 28 mai, d'accord avec MM. les représentants de l'Autriche et de la Prusse.
Cette déclaration est tout à fait conforme à l'esprit et au contenu de vos instructions générales.
Je saisis avec plaisir l'occasion, etc.
Kubeck.
.J'obtins à la même époque une autre approbation très flatteuse à laquelle je ne m'attendais pas, grâce à une interversion de \'ab Jioste discere.
Après la clôture de la conférence lord John Russell présenta à la chambre haute un statemcnt (compte-rendu) de nos travaux. Le noble orateur fit remarquer qu'en somme le représentant de la Confédération germanique avait eu plus d'autorité que les représentants des deux grandes puissances allemandes. Je sais lien que cette observation dans l'esprit du ministre anglais renfermait plutôt une malice à l'adresse de mes collègues qu'un compriment pour moi.
L'attitude des ministres anglais me rappelle un petit souvenir qui montre combien les opinions peuvent changer avec les événements.
La veille de mon départ j'assistai à un grand bal donné dans cette hospitalière demeure de Shawberry Flill. En prenant congé de moi, lordClarendon médit textuellement ceci en français : Eh bien, je ne vous en veux pas, vous ne pouviez faire autrement, mais je neveux plus jamais avoir rien à faire avec cet homme sa?is foi ni loi qui s'appelle M. de Bismarck, ni avec celui qui est son nègre M. de Rechbcrg. » Deux années plus tard étant ministre en Autriche, je priai le comte Apponyi de passage à Vienne ambassadeur à Londres, de rappeler un jour en plaisantant à lord Clarendon ce propos sur M. de Bismarck. M. Apponyi me répondit quelque temps après que lord Clarendon ne se souvenait plus de ce qu'il pouvait avoir dit. Je crois plutôt que c'est M. Apponyi qui n'a pas voulu se souvenir de ma commission. En quittant Londres, je rentrai en Allemagne par Paris. J'y étais déjà venu une première fois pendant le congé que la conférence s'était accordé pour es fêtes de la Pentecôte et ces deux visites m'ont valu de gros reproches, surtout à Vienne.
Et pourtant les entretiens que j'eus lors de mon premier voyage avec l'empereur et M. Drouiu de LHuys firent modifier, dans un sens favorable pour l'Allemagne, les instructions de l'ambassadeur de France. La seconde fois je passai par Paris pour des raisons entièrement étrangères à la politique et je serais arrivé aussi vite à Francfort que si j'avais passé par Bruxelles si je n'avais trouvé en descendant à la légation de Saxe, une invitation pour Fontainebleau où séjournait la cour. J'y passai une journée et je vis non seulement l'empereur et M. Drouin de THuys, mais aussi les ambassadeurs d'Au-
triche et de Prusse, MM de Metternich et de Goltz qui, au moment où la guerre éclatait de nouveau avec le Danemark, devaient être fort aises d'apprendre de première main ce qui s'était passé à la conférence.
N'importe, Beust à Paris et deux fois encore, il devait y avoirde la « confédération du Rhin » là-dessous.
Mes efforts à la conférence me valurent des témoignages d'estime et de reconnaissance fort nombreux : c'était le beau temps qui passe si vite f — Il en venait de toute l'Allemagne. Beaucoup de personnages notables des duchés étaient venus à Londres pour suivre les travaux de la conférence; ils m'avaient vu à l'ouvrage et ils parlaient de moi avec éloge dans les communications adressées à leurs amis.
On ne m'en voudra pas si je cède au plaisir de reproduire la description suivante qui a paru dans un ouvrage dont je ne suis pas l'auteur de la réception qui m'attendait dans ma patrie en Saxe. On oublie vite de nos jours, et d'ailleurs cette réception fait partie de l'histoire de l'époque.
« Nous insisterons sur l'accueil qui fut fait à M. de Beust dans la capitale (à Dresde). Comme à Leipzig les gares étaient pavoiséesen son honneur dedrapeaux allemands et saxons. Bien que l'heure exacte de l'arrivée du train ne fut pas connue d'a- •vance, une foule nombreuse était rassemblée pour le saluer de ses vivats bruyants.
Il y avait également une députation de la municipalité et des ministères. La grande ovation publique décrétée par la municipalité, ne devait avoir lieu que le lendemain. Par con-
séquent tout se borna pour l'instant à un échange de discours dans le salon de réception de la gare entre le bourgmestre et le ministre qui déclara combien il était heureux de l'accueil sympathique qu'il trouvait dans sa ville natale après une absence de plusieurs semaines. Puis il s'engagea sur la route de Pillnitz pour y rejoindre son roi.
Le lendemain 9 juin, la grande réception solennelle eut lieu. Elle fut imposante et favorisée par un temps superbe. Le programme comportait une sérénade aux flambeaux avec le concours de l'Orphéon et des sociétés de gymnastique. A neuf heures du soir, l'interminable cortège ayant à sa tète les échevins, le conseil municipal in corpore marchant précédé des Bannières du conseil des chanteurs et des gymnastes, se mit en mouvement pour se rendre au ministère des affaires étrangères. Les chanteurs marchaient au centre entourés de gymnastes porteurs de grands flambeaux de cire. Une foule qui se comptait par milliers de tètes suivait le cortège qui prit position sur la place du ministère, tandis que les musiques jouaient l'hymne de Schlesvig-Holstein. L'Orphéon exécuta une cantate composée pour la circonstance, après quoi un conseiller municipal poussa trois vivats en l'honneur du ministre que la foule répéta avec enthousiasme. Puis les chants recommencèrent et un membre de l'orphéon prononça un discours enflammé, remerciant M. de Beust d'avoir tenu si haut à la conférence de Londres le drapeau de l'Allemagne et d'avoir fait entendre la voix de l'honneur allemand. D'immenses acclamations accueillirent les paroles ardentes de l'orateur.
M. de Beust qui s'était rendu expressément de sa villa de Laubegastà l'hôtel des affaires étrangères, répondit en peu de mots, mais qui firent une vive impression sur tous les assistants. Il déclara tout d'abord qu'il aurait hésité à accepter cette ovation, si elle ne s'adressait qu'à lui, et à ses faibles mérites. Mais à son avis, c'est surtout la cause qu'il avait servie, qu'il s'agissait d'acclamer. C'était pour lui une destinée digne d'envie, que d'avoir été chargé de tenir dans ses mains le drapeau de l'Allemagne en présence de l'étranger, et d'avoir pu le rapporter intact. C'est un honneur aussi pour la Saxe, honneur à jamais inscrit dans ses annales, que d'avoir été appelée à fournir le porte-bannière. Cette distinction est due à la réputation du roi, que l'on savait partout si dévoué à l'honneur de l'Allemagne et aux intérêts de la patrie allemande.
En terminant, M. de Beust demanda donc aux assistants de pousser des hourrahs vigoureux en l'honneur de Jean, roi de Saxe, et l'air retentit des acclamations de la foule entière. L'hymne à la patrie d'Arndt et un triple vivat harmonique, composé par le maître de chapelle Krebs terminèrent cette soirée qui, nous en sommes persuadé, comptera parmi les plus beaux, parfois aussi parmi les plus mélancoliques souvenirs de celui qui fut l'objet de ces ovations. »
La reconnaissance du pays tout entier fut exprimée à M. de Beust par les présidents des Etats, lorsque le ministre reparut pour la première fois en séance. Il répondit par ces mots au discours de bienvenue du président de la seconde chambre : « Ce n'est pas à mci déjuger, si j'ai répondu à la confiance qui
m'a été témoignée. Mais il est une chose que je dois déclarer, c'est que si à dessein ou non on voulait couvrir les faits d'un voile incertain, je n'ai rien quant à moi, à craindre de ia lumière. »