Ministre pour les affaires hongroises
2. J'ajoutai que le roi, de son côté, était prêt à continuer la guerre si l'Autriche persistait à lutter.
envoyée. Il ne me l'aurait pas adressée, si je m'étais refusé à abandonner mon poste de bonne grâce. Aime-t-on mieux penser qu'en partant je réclamai un certificat, comme un simple laquais. La vérité est que, même après les préliminaires de Xikolsburg, je crus que mes services seraient peut-être utiles pendant quelque temps encore à mon souverain et à mon pays, et les plus hauts personnages le pensaient comme moi1.
On m'a reproché également d'avoir empêché le roi de se rendre à Xikolsburg et on a eu la bonté d'ajouter que ma conduite était dictée par la crainte de perdre mon portefeuille. La vérité est que le roi n'a jamais songé à se rendre à ?sikolsburg, mais s'il l'avait voulu je l'en aurais dissuadé en elfet parce que son voyageeùt été inutile. Il lui aurait seulement valu une humiliation, dont le souvenir aurait certainement empêché le rapprochement si cordial qui s'est opéré plus tard entre l'empereur d'Allemagne et le roi de Saxe.
Quant à moi si je ne songeais point à me rendre à JNikolsburg, c'est parce que je voulais éviter au roi un nouvel embarras. M. Ton der Pfordten m'avait raconté en revenant à Vienne que M. de Bismarck l'avait accueilli par ces mots: « Savez-vous que je pourrais vous faire prisonnier ? » Si l'on veut savoir sous quelles conditions M. de Bismarck n'apas exécuté cette menace, les traités militaires avec les Etats du sud répondront. Quant à moi, j'aurais été dirigé sans cérémonies sur la forte-
1. M. de Beust a réfuté en détail les reproches qui lui ont été adressés par son ex-collègue, M. de Friesen, dans une brochure « Souvenirs à propos de souvenirs ».
resse de Spandau. Je n'y aurais sans doute pas été en butte à des mauvais traitements, mais je m'y serais horriblement ennuyé, tandis que le roi Jean dans sa générosité aurait considéré comme étant de son honneur d'obtenir ma liberté môme au prix de concessions. Je serais devenu un « objet de compensation » sans valeur pour mon pays, mais précieux jour la Prusse. M. de Friesen ajoute lui-même que je n'avais pas de suppléant à ma disposition, il ne restait donc plus qu'à m'adresser au cabinet autrichien pour qu'il prit en mains les intérêts de la Saxe. L'événement a démontré que cette voie était la bonne. Il ne faut pas oublier cju'on était très monté contre la Saxe à Mikolsburg, trois fois plus qu'à Berlin, où cependant M. de Friesen se plaignait de rencontrer tant de difficultés. Quant à l'idée d'incorporer la Saxe dans l'union des états du Sud, je ne me suis point entêté à la réclamer, comme M. de Friesen le prétend. Les plénipotentiaires autrichiens avaient été chargés en effet de mettre la proposition sur le tapis sans insister. Je savais fort bien cju'aux premiers mots, M. de Bismarck s'était levé et avait déclaré qu'il romprait les négociations s'il en était encore question.
Je mets sous les yeux du lecteur les principales pièces relatives à ma démission, j'attire l'attention de mes détracteurs surtout sur la lettre du roi Jean dont je parlais plus haut. Je répète que jamais il ne m'aurait adressé ce témoignage de son estime et de son affection si j'avais démérité à ses yeux. Je n'ai rien fait pour solliciter cette lettre. Une seule démarche peutêtre a pu y contribuer. J'avais demandé au roi sur le ton un
peu familier qu'il m'autorisait à prendre: « Suis-je en disgrâce auprès de Votre Majesté? » Le roi me répondit : « Pas du tout et je veux qu'on le sache. »
C'est cette lettre que M. de Friesen m'a reproché d'avoir rendue publique. Je u'ai qu'un mot à répondre. Ce n'est pas moi qui ai le premier publié cette lettre. Elle a été insérée pendant que j'étais à Vienne dans le journal officiel de Dresde par ordre de la « Commission du gouvernement » dont M. de Friesen était l'àme!1 On supprima même après avoir demandé au roi par télégraphe l'autorisation de le faire, le passage où Sa Majesté me demandait « d'expédier les affaires pendant quelque temps jusqu'à la nomination d'un chef intérimaire du département. » On craignait que cette phrase ne causât des inquiétudes et elle fut laissée de côté. Voici les lettres :
« .4 messieurs les ministres d'Etal:
Baron de Falkenstein, Baron de Friesen, Docteur Schneider.
» La lettre que messieurs les ministres d'Etat ont adressée au soussigné lui a été remise hier par M. le chambellan de Luttichau. Il s'est empressé de la communiquer ce matin à S. M. et il est chargé en conséquence de notifier la communication qui suit à MM. les ministres.
1. Elle parut également dans le Journal (officiel; de Vienne, évidemment sur le désir du roi, car je n'étais guère en situation moi-même de réclamer et d'obtenir cette insertion. Le fait que cette lettre portait la suscription « Mon cher Ministre d'Etat ». et non « mon bien cher ami » comme les autres que S. M. m'adressait, prouve bien qu'elle était destinée à la publicité.
» Tout en appréciant comme il convient les sentiments qui ont dicté cette lettre, S. M. estime que les raisons invoquées ne sauraient être admises qu'en ce qui concerne la personne et le rôle du ministre d'Etat soussigné seul. Ces raisons ne sauraient donc entraîner la retraite du ministère dans son ensemble, et S. M. désire d'autant plus que la démarche de MM. les ministres reste sans effet que l'on pourrait croire dans le pays si elle était connue que l'on se trouve à la veille d'un changement de système complet non seulement sous le rapport des relations extérieures, mais encorede Padministrationintérieure. Abstraction faite de ce qu'il serait difficile à S. M. de choisir d'autres ministres en ce moment si elle désirait modifier le système de gouvernement, S. M. est trop satisfaite des éminents et utiles services de MM. les ministres d'Etat pour éprouver ce désir.
» C'est pour ce motif qu'un télégramme a été envoyé aujourd'hui par la voie de Paris à M. le baron Rouen pour empêcher, si cela était encore possible, de rendre publique la démission du ministère l. Sa Majesté l'apprendrait avec regret si, comme cela semble résulter d'une lettre, M. de Hohenthal en avait parlé à Berlin.
» Quant au ministre d'Etat soussigné, il a fait remarquer dès l'ouverture des préliminaires depaix que sapersonne étant peut-