‹ Trois quarts de siècle (volume 2)Chapitre 63 sur 71 · LETTRE AL' ROI JEAN DE SAXE · texte numérisé non relu

LETTRE AL' ROI JEAN DE SAXE

» Très auguste et très gracieux, Roi et Maître, » Votre Majesté a daigné sur ma respectueuse proposition me charger de prendre part personnellement aux négociations pour la paix qui vont s'ouvrir à Berlin. Cette haute faveur me pénètre d'une reconnaissance d'autant plus profonde que si je l'ai sollicitée, c'est d'abord pour montrer que je ne voulais nullement me soustraire aux graves devoirs de l'heure présente, ensuite parce que j'espérais mettre en lumière en portant la parole les intentions qui ont dès le début guidé Votre Majesté et créer un meilleur terrain pour les négociations en dissipant les erreurs et les malentendus. Sur ces entrefaites ma participation a été déclinée à Berlin.

» Votre Majesté daignera se souvenir que le jour de la signature des préliminaires de paix entre la Prusse et l'Autriche, j'ai prié V. M. de prendre en considération s'il ne convenait pas d'écarter ma personne, puisqu'elle semblait être un obstacle au rétablissement de l'entente avec le gouvernement royal prussien.

» La réponse arrivée de Berlin me confirme dans ma supposition. Mon devoir envers V. M. et envers mon pays m'oblige à déposer ma démission aux pieds du roi ; malgré le regret douloureux que j'éprouve de quitter au milieu des circonstances actuelles le service de V. M.

» C'est un ministère de dix-sept ans qui arrive ainsi à son terme. Ses débuts et sa fin ont été signalés par de graves secousses de la vie publique. Ma conscience me permet d'affirmer que jeii'ai provoqué ni les unes ni les autres. Je me suis toujours borné à défendre le droit et à remplir mon devoir sans crainte, d'accord avec les sentiments et les idées de mon roi et maitre.

» Que Votre Majesté daigne me conserver ses bonnes grâces et qu'elle soit persuadée que je m'efforcerai de rester toujours digne des preuves de confiance et d'indulgence qui m'ont été accordées.

» Je suis avec le plus profond respect, de Votre Majesté, le

tout dévoué

» Baron de Beust. »

Vienne, 15 août 1866.

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