RÉPONSE DU ROI
(( Cher ministre d'Etat, baron de Beust,
» Je viens de recevoir votre lettre de démission, et, dans cette démarche, je reconnais encore les sentiments d'abnégation fidèle au roi et à la patrie, qui vous ont toujours honoré. Je n'ai pas besoin de vous dire combien m'est douloureuse la
pensée d'une séparation entre nous. Depuis mon avènement vous m'aviez été dévoué dans les bons et dans les mauvais jours, et j'avais eu sans cesse l'occasion d'apprécier votre expérience diplomatique, votre activité. Vos conseils étaient dictés par la conscience même; ils naissaient de l'étude des questions et non point d'antipathies personnelles. Sur les points de capitale importance, nous nous sommes rapidement compris, et de même que j'avais la conviction que, dans les affaires conduites par vous, rien ne se faisait à mon insu, j'étais également sûr que, au cas où nos opinions différaient, vous n'agissiez que d'après mes vues.
» C'est donc avec peine que je vois se rompre de si heureux et de si longs rapports. Si j'accepte votre démission, c'est que je fais le sacrifice de mes sympathies personnelles au bien du pays en tenant compte des raisons politiques que vous m'avez exposées. Ma reconnaissance vous est acquise à jamais pour les services importants que vous m'avez rendus ainsi qu'à mon frère défunt. Soyez assuré que je vous conserverai même au milieu des circonstances nouvelles tout mon attachement et toute mon estime.
» Agréez, etc.
» Jean. »
Schoenbrunn, 16 août 1866.
Une seconde lettre du roi, que j'ai pieusement conservée et qui n'est pas connue, m'arriva le lendemain ; la voici :
Schœnbrunn, 17 août 1866.
« Cher ami,
» J'espère que vous ne vous abstiendrez point de me rendre visite, si vous en avez le désir. Xous ne sommes pas encore au point que nous ne puissions nous voir. Tant que vous serez ici, il ne dépend que de vous de venir.
» Votre bien dévoué,
» Jean. »
M. de Friesen a publié une seconde édition de son livre, qui S2mbli3 peu répandue, et qui n'est pas faite pour affaiblir la série de réfutations qu'on a lues plus haut. 11 déclare par exemple n'avoir pas eu connaissance des deux lettres précédentes. Il m'est désagréable de revenir ensore sur ces misères, toutd'abord parce que je prise fort l'activité et l'intelligence diplomatique du baron Friesen, ensuite parce que nos relations personnelles ont été agréables. Je n'ai point l'intention d'ajouter encore une pièce à son dossier ; qu'on me permette de citer pourtant le billet suivant que je trouve dans mes papiers.
Vienne, 24 août 1866.
» Sitôt qu'un événement d'importance se sera produit, je vous en rendrai compte.
« Je vous prie avant tout de ne pas quitter Vienne; la phase, où le rejet absolu des conditions prussiennes était douteux, est
passée, il s'agit maintenant de savoir quelles concessions nous ferons; con?ervez donc au pays et au roi vos bons conseils.
» Friesen. »
Par conséquent l'homme dont la retraite était si nécessaire, qui était dangereux môme par les louanges que lui accordait son roi, cet homme-là, quelques jours plus tard, était indispensable à l'entourage du souverain... Que deviennent les allégations de M. de Friesen ?
Quand son billet arriva à Vienne, j'avais abandonné cetle ville. J'étaisparti pour Gastein. alors presque désert, accompagné du demie délégué saxon au Bundestag, M. le conseiller secret von Bose. C'était de la part du roi une dernière et délicate attention de me ménager la société d'un ami. Mon frère, inspecteur des mines en Saxe, obéit à la même pensée et vint me rejoindre. Au reste ma disparition de l'arène politique ne devait pas durer longtemps.
Annexe au chapitre VIII.