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MEMOIRE

Concernant l'évolution de la question allemande en 1848 et 1849 en considérant spécialement l'attitude du gouvernement saxon.

Ce n'est pas ici l'endroit, de noter de nouveau les faits et phénomènes universellement connus qui appartiennent à l'histoire de la période d'un an qui s'est écoulée du moment de la réunion de l'assemblée nationale jusqu'à sa dissolution. Je veux seulement attirer l'attention sur les moments qui ont eu une influence décisive sur l'attitude et l'action des gouvernements. Dans les pays plus grands comme en France et en Angleterre où la représentation du peuple a eu depuis quelque temps un développement extraordinaire, se manifestant sous forme de nombreuses assemblées législatives, on était arrivé depuis long-

temps à la conviction, par des expériences quelquefois payées très cher, que ces assemblées législatives ne doivent pas se mêler des questions gouvernementales, que sous peine de les voir manquer leur but c'est au contraire un besoin indéniable pour elles d'avoir comme appui un pouvoir exécutif fort, légalement institué dès le début, et qui non seulement tienne écarté le droit du pouvoir exécutif de l'action de l'assemblée législative, mais qui soit en même temps le contre-poids et qui serve à tenir la marche des discussions législatives dans ses justes limites. Malheureusement après la réunion de l'assemblée nationale on ne s'était pas attaché à prendre ces précautions. En partie on n'en avait peut-être pas reconnu la nécessité dans une juste mesure, et en partie c'était la situation politique d'alors qui n'offrait pas l'accommodement nécessaire pour les prendre. La Diète fédérale qui jusqu'alors avait existé ne pouvait être utilisée comme assemblée valable, pour être adjointe par les gouvernements de l'Allemagne au pouvoir exécutif à placer aux côtés de la représentation du peuple. Les deux plus grands états de l'Allemagne étaient occupés de leur situation intérieure, de l'organisation de leur représentation nationale. L'assemblée nationale de Francfort de son coté ne voulait pas reconnaître le besoin et la nécessité d'un pouvoir représentant les gouvernements, elle ne pouvait pas même admettre que ces gouvernements y aient droit, elle préféra chercher sa force et l'exécution de ses décisions dans le principe de la souveraineté du peuple proclamé par elle, et elle préféra se borner à créer un pouvoir exécutif, qu'elle instituerait exécuteur de ses

décisions conformément à la constitution; mais qui serait écarté et exclu complètement de l'œuvre de la constitution. On sait à quelles erreurs et à quels résultats lamentables a mené celte conception qui ne reposait que sur un mépris des droits des gouvernements allemands et par laquelle l'assemblée prouvait combien peu elle connaissait les forces dont les gouvernements disposaient.

Si donc la conduite passive des grands gouvernements allemands imposée parles circonstances rendait impossible aux petits états d'intervenir, le gouvernement saxon saisissait néanmoins déjà à ce moment chaque occasion pour obtenir que les chambres des différents gouvernements fussent mises à même de collaborer avec l'assemblée nationale. Dès que l'institution du pouvoir central provisoire eut abouti, et que S. A. I. l'archiduc Jean d'Autriche eut été investi, avec l'assentiment de tous les gouvernements allemands, il importait d'utiliser les dispositions de la loi du 28 juin 18 i8 concernant la légalisation de plénipotentiaires des gouvernements pour atteindre ce but. Cette nécessité fut parfaitement reconnue par plusieurs gouvernements et surtout de ceux du sud et on comprenait surtout que les plénipotentiaires des différents états ne devaient pas assister isolément mais en corps organisé l'administrateur nommé par l'assemblée nationale. Le gouvernement royal de Prusse ouvrit les négociations par une entente à ce sujet avec empressement en soumettant aux différents gouvernements le projet d'organiser les plénipotentiaires en corps de la manière suivante : le nombre devait être réduit à sept et les voix de-

vraient être fixées à onze, ces voix devaient être réparties comme suit: La Prusse et l'Autriche auraient chacune trois voix et les cinq voix restantes seraient partagées en sorte que la Bavière ait une voix, la Saxe, le Hanovre, le Wurtemberg et la Hesse auraient des voix collectives en commun avec les petits états qui les environnent. Puis le gouvernement consentit à fixer les voix des deux grands états à quatre au lieu de six. Le gouvernement royal de Saxe consentit de suite à cette proposition. Malheureusement ce projet n'aboutit pas faute d'entente de ces gouvernements; ce qui en fut la cause, fut la résistance que rencontra le projet à Francfort dès qu'il fut connu, où on crut remarquer dans cette tentative une révolte contre les décisions de l'assemblée nationale, peut-être même une tentative pour le rétablissement de la diète. A présent on ne niera pas que l'échec de la proposition du gouvernement prussien qui avait été faite d'une manière si intelligente était bien à déplorer. Car non seulement avec le secours d'une représentation réciproque des gouvernements, si l'assemblée nationale eût voulu aider à sa fondation, l'entente des gouvernements et de l'assemblée eût été possible, mais il eut été impossible de faire ce qui fut fait plus tard à Francfort contre l'établissement de la constitution allemande, à savoir que des partis appartenant à l'un ou à l'autre des grands états cherchaient à résoudre la question de constitution du pouvoir en faveur et dans l'intérêt d'un de ces états, ce qui amena une lutte qui à la première lecture de la constitution laissa indécise toute la question, et qui amena en seconde lecture une solution, mais une solution

qui ne fut possible qu'en transigeant, avec les principes extrêmes et qui par cela même amena la rupture ouverte entre l'assemblée nationale et les gouvernements. L'opposition des gouvernements, que j'ai souvent signalée, à prendre part à l'établissement de l'œuvre de la constitution, n'en devint que plus palpable et plus nuisible. L'assemblée, divisée par les luttes intestines, partagée entre désintérêts divers, ne sut pas procéder comme elle aurait dû le faire. Avant de se préoccuper de la quantité de droits à attribuer au pouvoir, avant de fixer les attributions de la représentation nationale et la somme des libertés publiques, il fallait tout d'abord résoudre la question de la forme du pouvoir et décider ce que l'on mettrait à la place de l'ancienne constitution. Cette solution était vivement réclamée , parce qu'elle se rattachait à des conventions internationales. Il fallait avant tout éviter les conflits sur ce terrain, les questions se rattachant uniquement à la législation intérieure de l'Allemagne seraient alors bien plus faciles à résoudre. On ne saurait nier que les circonstances permettaient de résoudre la question de gouvernement si, au lieu de courir après des chimères, on avait été pratique. Le projet mentionné plus haut émanant de la Prusse, qui avait pour base la réciprocité parfaite, pourra servir comme preuve que mon opinion est juste.

On a souvent dit pour excuser le procédé défectueux suivi par l'assemblée nationale, désireuse pourtant de remplir le mandat dont la nation l'avait investi, on l'a dit aussi pour empêcher une entente des gouvernements en faveur de l'ap-

plication du nouveau pacte ; l'union de trente-sept gouvernements est une chose impossible et' qu'elle ne se ferait jamais.

Au contraire, en examinant la composition de la confédération germanique, on comprendra que cette union n'est pas impossible, à cause du trop grand nombre d'états. La résistance invincible ne vient pas de ce côté, l'entente générale est rendue facile ou difficile selon que les deux grands États, l'Autriche et la Prusse s'entendent ou sont divisés.

Le besoin d'une entente établie dans ces circonstances entre les deux grands Etats pour soumettre d'abord aux autres gouvernemerïts, puis à l'assemblée nationale, une motion en vue de fonder le pouvoir exécutif, fut compris aussi bien à Berlin qu'à Vienne par les deux gouvernements qui s'étaient fortifiés pendant ce temps, lorsqu'à la fin de l'année 1848 la première lecture de la constitution à Francfort ne promettait pas de solution dans la question de souveraineté. Les pourparlers entre les deux cabinets, donnaient l'espoir qu'ils réussiraient à soumettre et à faire accepter par l'assemblée nationale une solution convenant à tous les États allemands afin d'établir un pouvoir central et de le soustraire à la lutte des partis.

Mais le gouvernement prussien parut tout à coup renoncer à cet espoir en envoyant, le 23 janvier 1849, la circulaire bien connue de tous les gouvernements allemands.

Par cette circulaire le gouvernement prussien fit connaître qu'il avait acquis la conviction satisfaisante, que l'Autriche considérait la confédération allemande comme subsistant encore ; qu'elle voulait y rester et contribuer à son développement.

Elle était prête à s'entendre avec l'Assemblée nationale et avec les autres gouvernements. Mais le gouvernement prussien exprimait en même temps la crainte que le gouvernement autrichien ferait peut-être des réserves qui nuiraient au développement de l'Allemagne et ne renoncerait pas à ses droits de suzeraineté en faveur d'un fort pouvoir central. . En considération de cette éventualité possible, le gouvernement prussien émit alors la pensée de donner à l'Autriche la position qu'elle méritait dans l'Allemagne, la confédération subsistant comme auparavant, et de réunir les autres États allemands en une fédération distincte dans la confédération. Gomme preuve de la possibilité de cette double fédération nouvelle, on fît valoir l'union des douanes existante; mais cette analogie ne me parait pas admissible, n'oublions pas que l'union des douanes est une association qui peut être dissoute , qu'elle n'a été contractée que pour un certain nombre d'années, qu'elle assure égalité de voix à tous les participants, c'est une union de gouvernements allemands, en un mot, pour gérer en commun une administration, mais qui n'a entraîné, en aucune manière, un changement dans l'exercice des droits et des devoirs des membres de la confédération germanique , elle n'a par conséquent rien changé dans l'existence du Bund. Cependant cette circulaire apportait en même temps une déclaration importante de nature à rapprocher les gouvernements allemands. Il y est dit que le gouvernement prussien ne croyait point que la dignité impériale fut nécessaire pour aboutir à une union

réelle et entière; qu'au contraire, il était à craindre que justement le caractère exclusif de cette forme donnée à l'unité allemande créerait des difficultés insurmontables; que l'on n'atteindrait pas ainsi le but ; et qu'il faudrait trouver une autre forme pour satisfaire les vœux de la nation allemande. On n'avait prononcé ici la séparation de l'Autriche de la nouvelle confédération germanique que comme une nécessité, quoiqu'elle n'eut jamais été déclarée nécessaire officiellement, qu'au contraire elle eut été repoussée expressément par le rescritdu gouvernement impérial du 28 décembre 1848. Cependant la circulaire prussienne avait donné en même temps un point d'appui important à une fraction de l'assemblée nationale qui travaillait à l'expulsion de l'Autriche. On a fourni ainsi un point de départ à cette discorde regrettable, qui, à partir de ce jour, devait se manifester dans toutes les relations des deux gouvernements dès qu'il s'agissait de constitution allemande.

Le gouvernement de l'Autriche a répondu par la note du 10 février, qui avait déjà été soumise aux chambres. Dans cette note, il répondait affirmativement en ce qui concernaitles conclusions de la note circulaire de la Prusse, pour trouver une nouvelle forme du pouvoir de la confédération en opposition avec la dignité d'empereur, comme la Prusse avait l'intention d'unifier l'Allemagne; mais en même temps on exprimait la conviction, que le gouvernement impérial considérait indispensable pour la réussite de prendre part aux négociations qui pourraient être engagées à ce sujet. Le gouvernement impérial combattit formellement par le rescrit adressé le 4 février à

son plénipotentiaire à Francfort la supposition qu'il voudrait ou pourrait s'exclure de l'unification désirée par les princes et les peuples allemands ; il protestait aussi contre une union fédérative plus étroite. En môme temps le gouvernement autrichien déclara aussi être disposé à s'entendre avec les autres gouvernements en indiquant les bases des négociations qui avaient été mises en avant par lui. Le 29 février le gouvernement autrichien envoya des instructions à son plénipotentiaire à Francfort le chargeant de présenter le projet d'une constitution directoriale.

Au ministère prussien il y avait eu pendant ce temps un changement de personnes qui faisait espérer une meilleure volonté d'entente avec l'Autriche et, en effet, le 10 mars, le gouvernement prussien fit connaître ses intentions conciliantes par une dépêche-circulaire demandant de négocier sur les bases des propositions faites, en invitant en même temps les autres gouvernements à y prendre part. Du côté de l'Autriche on se déclara de 'suite disposé à travailler à l'entente des deux grands pays. Les négociations à cet effet avaient à peine commencé à Francfort entre les plénipotentiaires, quand tout à coup dans l'assemblée fut présentée la proposition bien connue de Welcker qui concluait de décider d'un coup la question de constitution dans le sens du parti de l'empire hérédi^ taire.

Après que S. M. le roi de Prusse eut refusé la couronne impériale d'Allemagne qui lui avait été offerte par suite d'une décision de l'assemblée nationale qui avait outrepassé son mandat,

une autre circulaire prussienne fut lancée le 3 avril dans laquelle le gouvernement du roi convoquait une réunion de plénipotentiaires pourvus d'instructions spéciales à Francfort.

La pensée de la formation d'une union étroite avec la Prusse y prédominait encore davantage que dans la circulaire du 23 janvier; on y prévoyait déjà le cas de ceux qui n'adhéreraient pas et il y fut question des dispositions spéciales qui seraient créées pour les membres de la fédération nouvelle. Le gouvernement saxon ne put ni croire à la possibilité ni reconnaître la légitimité d'une telle fédération, il contesta donc qu'elle fut conforme aux droits et aux devoirs stipulés par le'pacte fédéral existant, et ses doutes à cet égard furent articulés dans une dépêche du 11 avril.

Les autres gouvernements de l'Allemagne aussi, exception faite de ceux qui acceptèrent bientôt la constitution du 28 mars, se refusèrent à négocier les bases d'une union d'Étals dans l'ancienne confédération. Pendant ce temps l'agitation pour la constitution de l'empire allemand avait commencé dans plusieurs parties de l'Allemagne et en Saxe aussi, où les chambres se prononcèrent pour l'acceptation, on recueillit de nombreuses pétitions pour décider le gouvernement de faire droit au vœu des chambres. Le gouvernement prussien dont la décision devait être d'un poids considérable dans ces circonstances, n'avait fait jusqu'alors que refuser la couronne impériale, sous prétexte qu'elle ne pouvait être offerte que par la libre volonté des princes*et des villes libres d'Allemagne. Le 21 avril enfin,

le ministère prussien fit la déclaration, que les chambres ne voulaient accepter la constitution du 28 mars que sous réserve de changements notables, au sujet desquels il y aurait à établir un accord avec l'assemblée nationale.

Annexe I au Chapitre X

A Sa Majesté le Roi.

Votre Majesté a eu la grâce de me permettre de lui soumettre quelques remarques ayant trait à la lettre confidentielle de S. M. le roi de Prusse. Je me sens d'autant plus disposé à me servir de cette permission, que je crois non seulement comprendre les sentiments que cette lettre a éveillés dans le cœur de Votre Majesté, mais que cette lettre me donne un motif nouveau de jeter un coup d'œil calme et serein en ce moment sur les questions passées.

J'ai réfléchi à différentes reprises aux passages de la lettre du Roi que Votre Majesté m'a lue et j'ai acquis de plus en plus l'impression que cette lettre a du être écrite dans un moment de vive irritation mais aussi d'oppression. C'est un phénomène psychologique qu'on a souvent occasion d'observer dans la vie, que pendant une discussion l'un des deux adversaires, affaibli par les arguments de l'autre, prend en main des

moyens de défense qui aboutissent seulement à démontrer la faiblesse et la nullité de sa cause. Dans cette catégorie il faut ranger l'injure envers des personnes et des citations de faits inexacts et de bruits qui n'ont rien de fondé.

Il n'est pas besoin d'indiquer plus clairement les passages qui me font dire ce qui précède, mais il devrait y avoir une raison de plus pour juger moins sévèrement les attaques, qui certainement paraissent exiger un blâme.

Parmi ces attaques il en existe une ayant pour but la personne du prince Schwarzenberg, elle se prononce en ce sens que les royaumes se font les instruments dociles d'un homme qui, par un caprice insolent, serait capable de faire naître la guerre civile en Allemagne.

Cette phrase semble bien quelque peu étrange quand on réfléchit que quelque éminente que puisse être la position du Prince, il ne peut en aucun cas être considéré comme un second Metternich, qu'à côté de lui dans le ministère autrichien il y a des personnalités éminentes comme Bach, Bruck et Schmerling, qui n'ont pas besoin et qui ne sont pas faites pour se laisser entraîner par bs passions du président des ministres, qu'enfin sur ij trône de l'Autriche se trouve un monarque qui, bien que jeune encore, est armé pourtant d'indépendance de caractère et de volonté.

Je ne sais si l'on peut affirmer que les gouvernements de Bavière et de Saxe obéissent tous au commandement de la même manière que le font les petits gouvernements de l'i*nion vis-à-vis de la Prusse. Peu importe. Mais nous pouvons

répondre que la Saxe, en se joignant étroitement à l'Autriche à l'exemple des autres royaumes, n'a jamais eu l'intention de servir la politique particulière de l'Autriche ou de faire des plans hostiles contre la Prusse ; la Saxe a uniquement agi de la sorte pour appuyer vigoureusement la constitution fédérale. Dès l'instant où Votre Majesté avait reconnu la nécessité de rétablir effectivement la constitution fédérale, qui existait encore juridiquement, pour que l'Allemagne, mise dans l'impossibilité d'une entente entre les projets et les partis qui se combattaient, ne se déchirât point, mais qu'elle puisse établir la nouvelle constitution sur les bases fermes de l'ancienne (constitution), votre gouvernement a travaillé avec la plus stricte conséquence pour mener à bonne fin cette entreprise. Rien dans tout cela ne fut fait avec une intention hostile envers la Prusse, mais avec la ferme conviction que le rétablissement vigoureux de la constitution fédérale était le seul moyen de faire sentir au gouvernement prussien la nécessité d'y collaborer, et Votre Majesté aura encore aujourd'hui le courage d'avouer avec une sincérité parfaite que la Prusse rétablirait bien vite sa considération affaiblie par les tentatives d'union non réussies, en donnant son adhésion et en faisant partie de l'assemblée fédérale pour prendre en main l'initiative de la révision. Chacun peut se convaincre que nous n'avons pas agi d'après des instructions de Vienne mais d'après notre propre impulsion, en parcourant les noms des membres saxons de l'assemblée plenière ou en lisant les mémoires saxons concernant la paix avec le Danemark.

A Berlin, on doit savoir que le gouvernement saxon a défendu quelquefois la situation du droit fédéral, môme contre les vues et la volonté du cabinet impérial, et c'était surtout le cas lorsque l'Autriche proposa la formation d'une commission mixte pour administrer les propriétés fédérales.

Mais si on pose la question : Est-il juste que le sang des frères allemands coule à cause de l'entêtement d'un seul homme? je crois qu'il serait juste et permis de poser cette question dans une autre direction. Dans tous les cas l'entêtement qui demande qu'on respecte avant tout le droit est plus pardonnable que celui qui sacrifie la paix de l'Allemagne pour réaliser une idée d'une valeur douteuse. Ici on ne sait rien des offres faites au détriment de la Prusse et de l'Allemagne par le gouvernement de la République française et nous pouvons déclarer hardiment que cette nouvelle est une invention malveillante. Tant pis si à Berlin on ajoute foi aux récits d'un homme dont on connaît parfaitement le caractère à Londres, dont personne en Prusse n'ignore qu'il a créé la confusion dans l'affaire de l'archevêque de Cologne, et qui, comme chacun sait, fut un collaborateur zélé de Palmerston '.

Votre Majesté sait quelles sont les négociations que M. de Persiguy a commencées à Berlin au nom du président delà République Française, mais Elle s'est bien gardée d'y rattacher des suppositions offensantes pour la Prusse, analogues à celles qu'on a voulu déduire d'un rapport de M. de Beust contre

1. Il s'agit de M. de Bunsen, ambassadeur de Prusse à Londres, et ami particulier de Frédéric-Guillaume.

l'Autriche et ses alliés. Il y a enfin encore dans cette lettre une allusion qui m'a vivement touché, d'autant plus que je ne me souviens pas l'avoir jamais vue dans les lettres de S. M. le roi de Prusse. Je veux parler du reproche indirect d'ingratitude au sujet des secours que le roi nous a envoyés. Si je ne me suis pas trompé il ne serait pas superflu d'examiner aussi quelque peu ce reproche. Dans cet ordre d'idées je voudrais me permettre d'assembler les remarques suivantes : Le gouvernement prussien avait invité tous les gouvernements allemands, par la note circulaire du 28 avril 1849, à ne pas reconnaître la constitution votée à Francfort et la Prusse avait offert ses troupes pour le cas où une émeute se produirait par suite du refus d'accepter cette constitution. Cette offre avait été apportée par le prince de Croy, spécialement envoyé à cette fin. Si la Prusse devait ce secours, comme expliquait un article du Moniteur prussien le 12 mai 1849, l'accorder à la Saxe lorsque celleci l'avait ^demandé, était un acte très simple et tout naturel. Le secours méritait néanmoins de la gratitude, mais il faut bien ' peser la mesure d'après ce que je viens de préciser. La comparaison peut paraître triviale, elle n'en est pas moins juste. Prenons l'exemple d'un homme privé, qui invite son voisin à faire une spéculation risquée, qui lui offre l'argent à cet effet et qui se vante après, le cas échéant, d'avoir réellement fourni de l'argent pour tirer son associé d'affaires. Mais il y a des choses plus sérieuses. Personne ne peut nier, et c'est encore l'article du Moniteur prussien qui leconfirme, qu'il ne s'agissait pas dans les jours de mai de

vaincre la rébellion qui menaçait le trône saxon; mais bien d'étouffer un mouvement qui s'étendait sur toute l'Allemagne, et dont la victoire momentanée à Dresde aurait eu comme suite inévitable la révolution dans les pays voisins. Il y avait donc pour la Prusse, d'une façon absolue, la nécessité d'éteindre le feu dans la maison du voisin. De plus, on ne peut le rappeler assez souvent, qu'à ce moment la Saxe avait la moitié de ses troupes en campagne pour le service fédéral, il n'aurait donc pas été admissible de ne pas envoyer les secours demandés; donc encore une fois, la gratitude doit être réduite à sa juste mesure.

Votre Majesté et son gouvernement ont néanmoins exprimé cette gratitude tant qu'elle^était compatible avec les devoirs envers le gouvernement de Votre Majesté et envers le pays. Votre Majesté ne refusant pas son adhésion à la fédération du 26 mai, c'étaitlà un signe de gratitude envers la Prusse. Il ne peut y avoir de doute qu'il y ait eu danger pour la Saxe d'accepter cette union, car on se rappelle très bien que la première impression produite en Saxe n'était pas favorable. Ce qui hâta la décision, ce fut la circonstance que S. M. le roi de Prusse avait déclaré à son peuple avant que les négociations aient commencé que la Saxe faisait partie de l'union et que le gouvernement saxon regardait comme un devoir de ne pas démentir cette parole royale. J'ai éclairé en temps et lieu M. Radowitz sur la signification et sur le but de notre réserve afin qu'il n'y ait pas de méprise possible.

CombienM. Zeschau s'est efforcé avec sincérité d'accorder l'ai-

liarice du 26 mai avec les devoirs envers l'Autriche et combien peu le gouvernement prussien l'y a aidé, tout cela est suffisamment connu. A coup sur, on doit s'avouer aujourd'hui à Berlin qu'on aurait mieux fait de prendre en considération les réclamations de la Saxe et du Hanovre, de faire siéger immédiatement le parlement et de maintenir les plénipotentiaires de ces deux États dans le conseil d'administration '. Par le conciliabule de Munich nous avions offert à la Prusse la position la plus favorable. Car si la Prusse acceptait alors ces propositions, toutes les voix des Etats non désignés pour concourir à la formation du gouvernement fédéral adhérant à la Prusse lui étaient acquises, car ils étaient libres de se réunir avec un des gouvernements chargés de voter.

Je ne crois pas de mon devoir de m'arrêter à l'opinion de S. M. le roi de Prusse, qui croyait à la destination providentielle de son pays. Mais l'amour exclusif de l'honneur allemand devient déjà douteux dans la période historique quand le margrave de Brandebourg ne trouva plus suffisant son chapeau d'électeur. L'exemple donné a trouvé imitation, mais c'était le premier exemple.

Enfin un regard rétrospsctif sur la situation de droit et de fait définie plus haut, qui servait de base pour le rétablissement de la constitution fédérale, devrait contredire l'opinion, comme si l'action tentée dans la Hesse électorale était une mesure hostile envers la Prusse. Abstraction faite de ce que la Prusse est par-

1. Le pouvoir exécutif de l'Union des États sous le protectorat de la Prusse.

faitement libre d'entrer dans la confédération par l'adhésion à la constitution et de prendre part alors à l'action, l'intervention si souvent mentionnée n'a nullement lieu sur injonction d'une alliance spéciale pour occuper la liesse électorale plus ou moins longtemps, mais pour donner au gouvernement de la Hesse, ce qu'il peut attendre et même exiger du pouvoir de la confédération qu'il a reconnue lui-même. S'il ne veut pas s'abandonner lui-même, le pouvoir fédéral ne doit pas laisser ses confédérés sans secours parce qu'il est menacé lui-même.

(Octobre 1850.)

Annexe II au chapitre X.

Sommaire de mon discours prononcé à la première chambre après Olmulz. (Novembre 1850.)

Alors que la nouvelle se faisait attendre, qu'on avait accepté à Berlin des propositions très avantageuses, et que nous entendions parler au contraire de luttes violentes au ministère, une demande du gouvernement prussien nous parvint, qui devait donner à réfléchir sérieusement. Je n'hésite pas à soumettre à l'honorable chambre, une dépèche qui, à la suite de ces événements, fut envoyée à notre ambassade à Berlin, et qui, explique la chose assez clairement.

Dresde, 2 novembre.

L'ambassadeur prussien comte de Galen me fit parvenir par écrit dans la soirée d'hier la demande de bien vouloir lui désigner pour le lendemain matin une heure, afin de pouvoir se décharger d'une commission pressée qui venait de lui arriver. Par suite d'une invitation de ma part, il se rendit dans la même

soirée chez moi et me communiqua une dépêche du ministre de Radowitz, que je parcourus alors encore une fois et dont la teneur était, sauf peu de chose, la suivante : L'assemblée siégeant à Francfort, dite assemblée fédérale, à laquelle le gouvernement prussien devait contester tout droit de se considérer ayant un caractère légal, malgré l'avis contraire des ministres du Roi de Prusse avait décidé une intervention isolée et armée. Il avait été convenu qu'une médiation devait être tentée par la collectivité des gouvernements allemands. Une telle intervention paraîtrait inadmissible au gouvernement prussien môme venant du côté d'un organe reconnu légal, vu l'état où en était cette affaire. Mais l'assemblée siégeant à Francfort ne pouvait être considérée comme telle. Le gouvernement prussien ne pouvait admettre que la Hesse, qui déjà comme voisine était étroitement liée à la Prusse, soit le théâtre d'une action illégale dirigée et exécutée par une soi-disant assemblée fédérale, d'ailleurs la Hesse était liée par la fédération du 26 mai 1849 dont les clauses subsistaient. Les troupes prussiennes sur la frontière de la Hesse avaient donc l'ordre d'occuper le pays à la première nouvelle de l'arrivée des soidisant troupes fédérales. Vis-à-vis des conflits qui naîtraient irrévocablement de cette situation il était important pour le gouvernement prussien de connaître l'attitude que compterait conserver la Saxe, pays voisin de la Prusse et ayant toujours été en bons termes avec celle-ci. On savait bien que la Saxe avait été représentée à Francfort, lorsque ces décisions

ont été prises, mais on croyait pouvoir espérer d'après des rela-

tions de l'ambassadeur, que le gouvernement saxon déplorait le danger qui devait naitre de ces décisions.

L'ambassadeur est donc chargé de me demander une déclaration sitôt que possible.

Je fis remarquer à M. l'Ambassadeur que mes regrets en ce qui touchait les dangers d'une conflagration ne s'adressaient pas aux décisions de l'assemblée fédérale. Puis je lui fis comprendre que les expressions dont il s'était servi ainsi que son gouvernement vis-à-vis du Bundestag pourraient peut-être me dispenser de donner la réponse désirée, mais que je n'avais aucune raison de laisser subsister le moindre doute sur l'attitude politique de la Saxe, comme il ne pouvait exister de doute sur la conduite de la Saxe dans l'esprit du gouvernement prussien; qu'à la vérité nous n'avions pas encore eu l'occasion d'échanger nos vues avec la Prusse en ce qui concernait la réouverture de la Diète, mais que la Prusse avait eu occasion de voir et se rendre compte par les actes rendus publics du plénipotentiaire saxon à Francfort, que la Saxe et son gouvernement reconnaissaient l'assemblée de Francfort comme légale en tous points et que par conséquent la Saxe consacrait ses décisions et ne s'y soustrairait pas, qu'elle s'attacherait au contraire à les exécuter à la lettre. La question qui me fut alors adressée par le comte Galen fut de savoir si nous reconnaissions à l'assemblée le droit de déclarer la guerre; je répondis alors- que nous reconnaissions la constitution fédérale et l'assemblée fédérale avec les droits que la constitution lui conférerait, et que je

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lui laissais le soin d'en tirer les conséquences. Le comte Galen se tut alors en me faisant toutefois la proposition de me communiquer le lendemain avant de l'envoyer la relation qu'il était obligé de faire au gouvernement prussien.

J'acceptai cette offre en faisant remarquer aussi que jusqu'à ce moment j'aurais occasion de faire connaître l'incident à S. M. le roi.

Aujourd'hui, à midi, l'ambassadeur se présenta chez moi de nouveau pour me lire son rapport comme il en avait manifesté l'intention. Avant de le laisser commencer, je le priai de tenir compte de la déclaration suivante : Que je tenais à me prémunir contre cette opinion, qu'ayant entendu ce rapport on devait en conclure forcément une entente entre les deux gouvernements.

Dans le cas grave présent une réponse serait faite par écrit et communiquée au gouvernement prussien dès que le gouvernement saxon aurait reçu de son côté une demande par écrit de la Prusse ; j'ajoutai que j'insistais beaucoup sur la demande écrite pour pouvoir en faire l'objet d'une discussion au conseil des ministres et d'une communication au roi, que, pour le reste, je n'avais qu'à répéter ce que le jour auparavant j'avais déclaré sur notre position politique.

Le comte Galen accepta cette ouverture sans protester et déclara vouloir modifier son rapport en ce sens. J'ajoutai encore que nous devions voir une complication d'un caractère plus ou moins grave dans la démarche faite par l'ambassadeur au nom de son gouvernement qui nous devait imposer la prudence

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de toute manière. Cette prudence nous a obligés doublement à des précautions puisqu'il fallait se poser la question de savoir ce que ferait de la Prusse dans le cas où la déclaration qu'elle nous avait demandée ne la contenterait pas? Il importait donc tout d'abord d'éviter, qu'on ne donnât pas à notre déclaration un caractère agressif ou provocant. Nous sommes assurés contre tout reproche qui pourra nous être fait à ce sujet, parce que notre réponse se réglera exactement sur la demande qui nous sera adressée.

Mais en attendant nous trouvons, à notre grand regret notre appréhension justifiée, à cause des démarches tentées déjà par la Prusse, d'être obligés par les devoirs qui nous sont imposés envers nos alliés, de prendre position directement dans le conflit; et le gouvernement royal n'a pas cru devoir attendre plus longtemps pour mobiliser, quoique jusqu'à ce moment tout espoir d'aplanir les difficultés n'ait pas été abandonné complètement. J'ajoute encore que, jpendant mon premier entretien avec le comte Galen, je m'étais efforcé de lui démontrer que l'intervention des troupes fédérales en Hesse ne pouvait être considérée comme une mesure hostile envers la Prusse; mais M. l'ambassadeur pensa devoir repousser la discussion de ce sujet quoiqu'il eut employé à tous les égards une forme conciliante pour remplir sa mission.

L'ambassadeur royal utilisera en temps et lieu cette communication.

Le minisire d'État des affaires étrangères, Signé: De Beust.

Dans ces circonstances, la chambre haute comprendra que le gouvernement s'est vu contraint à la plus grande circonspection.

Un ministère consciencieux doit certainement estimer qu'il vaut mieux assumer la responsabilité et les désagréments qui peuvent en résulter pour lui, plutôt que de négliger les précautions nécessaires contre le danger menaçant ; même lorsque les événements nejusiifient pas entièrement les craintes qu'on avait conçues.

Qu'on considère en même temps tout ce qui se passa à Berlin, ces conseils de ministère, dont une feuille allemande, la « Réforme allemande », une feuille ministérielle dit en parlant des résultats que le parti vainqueur tâcherait d'obtenir par des moyens pacifiques ce que l'autre parti qui avait été vaincu s'efforçait d'obtenir par la guerre, quand on considère, dis-je, ces circonstances, ou n'aura plus le droit de douter que nos craintes étaient suffisamment justifiées pour prendre des mesures qui exigeaient de la promptitude. Par contre le gouvernement saxon a décidé d'arrêter la mobilisation sans attendre d'autres explications du côté de la Prusse, dès que la nouvelle de la retraite du ministre d'État Radowitz fut arrivée ici. Ces réductions dans la mobilisation ont été opérées ces jours derniers.

Pour être complet dans mes explications, je vais encore communiquer la réponse que j'ai faite lundi soir à l'ambassadeur de Prusse à la suite d'un entretien avec lui sur la question que vous venez de m'adresser : « Pourquoi a-t-on mobilisé en

Saxe juste au moment où, en Prusse, on a décidé de renoncer à toute mobilisation ? » J'ai l'honneur, ai-je écrit, de répondre à Votre Excellence que les mesures prises par le ministre de la guerre, en vertu d'un décret du 2 de ce mois, ont •été motivées par la dépêche de M. le ministre Radowitz, communiquée au cabinet saxon la veille, et dans laquelle il demandait quelle attitude comptait prendre la Saxe en face de la collision probable des troupes prussiennes et des troupes fédérales dans la liesse électorale.

Au moment où parut ce décret il n'était nullement question en Prusse de mobilisation, c'est vrai, au contraire dans îe sein du ministère prussien l'idée de mobilisation était vivement discutée; mais ce n'est qu'après avoir reçu la nouvelle du départ de M. Radowitz du ministère et de l'adoption par le ministère prussien d'une politique pacifique, qui vient de m'ètre notifiée par votre Excellence, que nous nous sommes décidés à modifier nos précautions militaires dans une mesure considérable.

Agréez, etc.

Signé : Beust.

En mè;ne temps je chargeai par le télégraphe l'ambassade de Saxe à Berlin de soumettre au ministre de Manteuffel la dépèche qu'on vient de voir, et la réponse que j'ai reçue dit qu'elle suffisait à tranquilliser le ministère prussien et qu'elle avait été reçue par lui avec une satisfaction visible. On ne peut pas douter que nous ne pouvions pas attendre la mobilisation de

l'armée prussienne quand il s'agissait de notre repos, et surtout de sauver notre précieuse armée qu'il nous importait beaucoup de conserver.

Heureusement que les délibérations au ministère prussien ont pris une tournure qui est très satisfaisante pour le moment. Nous regrettons que cette phase nouvelle ait été marquée par la mort d'un homme qui, il y a deux ans, avait déjà été appela à combattre l'anarchie au moment décisif, et qui, cette fois encore, parut être accouru à l'heure solennelle pour confirmer par sa mort son dévouement à la cause de l'ordre et de la paix '.

Les manifestations du cabinet prussien pouvaient faire espérer que la Prusse avait pris la décision digne d'un grand gouvernement, de renoncer à la voie jusqu'alors suivie, qui pouvait coûter beaucoup de sacrifices, et qui ne conduisait au salut ni de la Prusse ni de l'Allemagne.

Plus cette décision sera exécutée vite et sans détours, moins on pourra parler d'un "danger pour l'honneur de l'Etat, et nous devons souhaiter sincèrement qu'il ne renonce pas au rôle prépondérant qu'il a joué pendant tant d'années, intimement lié avec l'Autriche, en Allemagne, et nous devons le dire pour son salut. L'exemple des grands États nous enseigne que le système d'un État peut impunément changer, sans que l'Etat même y perde de sa puissance ou de sa grandeur. Nous n'avons donc plus besoin de nous inquiéter que la crainte d'une prétendue offense de l'honneur retienne les hommes d'État prussiens de

i. Le comte Brandenbourg, président du conseil des ministres en Prusse.

suivre la voie que les événements indiquent nettement. Nous avons confiance dans les intentions du ministère prussien actuel, seulement il ne faut pas méconnaître dans la situation présente que les faits sont bien compliqués et éloignés de leur dénouement. Nous espérons qu'il ne se fera pas attendre; mais nous devons l'attendre avant de nous prononcer définitivement. Pour le gouvernement prussien, il existe actuellement une voie très acceptable en ce qui concerne une entente sur les bases de la future constitution allemande et il est disposé à s'y engager.

Les gouvernements représentés à Francfort , l'Autriche qui sait suffire avec vigueur et gravité à sa haute destinée en tête, consacreront sans division leurs forces à une entente prompte ainsi qu'à la transformation de la constitution fédérale.

Nous répugnons à abandonner l'assemblée fédérale, non parce que nous craignons la majorité des gouvernements partisans del'union, mais parce que nous reconnaissons l'assemblée fédérale actuellement comme organe légal, et parce que nous ne pouvons admettre qu'en cas de dissentiment les membres de la fédération allemande ne trouveraient pas dans la constitution actuelle assez de garanties solides pour la reconnais sance de leurs droits et qu'ils seraient obligés de recourir à une alliance spéciale; jamais, dis-je, nous ne pouvons admettre ces modifications comme légales, quand même nous aurions à nous plaindre . vivement pour le moment d'une situation qui, nous l'espérons, n'aura qu'une éphémère durée.

Le gouvernement a l'espoir qu'après cette exposition de la si-

tuation la chambre haute sera convaincue de la nécessité de ce qui a été fait et qu'elle voudra honorer le gouvernement de sa confiance, persuadée que n'obéissant à aucune pression, éloigné de toute précipitation, il emploiera les mesures nécessaires pour le bien du pays lorsque les circonstances le commanderont.

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