LETTRE PRIVÉE
A l 'ambassadeur royal, Monsieur De Koe.n>eritz, à Vienne.
Dresde, le 11 avril i 850.
Je suis revenu de Berlin cette nuit où j'ai vu beaucoup de choses en peu de temps.
Seulement deux mots à la hâte, pour vous dire que je suis parti très content. J'ai été de neuf à onze heures, chez le
prince de Hohenzollern, puis à midi chez Schleinitz • et à deux heures le régent m'a reçu.
Quand je fus reçu en audience, les deux personnages que je viens de nommer en sortirent. Les idées du prince m'ont paru favorables. Je ne dirai pas que j'ai fait de grandes choses, mais au moins je n'ai pas pui. L'accord est fait à présent, je crois que vous pouvez assurer cela à Vienne, mais il faudrait à tout prix ménager la sensibilité de l'Europe dans les termes. J'ai fait ressortir que les gouvernem3nts des Etats allemanis. y compris la Bavière, réclament le maintien de la confédération. Il ne s'agit pas de dominer la Prusse et il ne dépend que d'elle de mettre fin à la crise actuelle.
Le désarmement du Piémont est regardé ici comme impossible ; on soutient aussi qu'il n'y pas de corps de francs-tireurs en Piémont puisque tout le monde est soldat régulier ; par contre on est tout à fait favorable au désarmement dernièrement proposé par l'Autriche. Budberg vient de recevoir l'ouverture, mais seulement après ma conversation, que la Russie propose éventuellement le congrès à quatre. En Angleterre on est en apparence très monté contre l'Autriche, mais depuis que Ton a appris qu'une grande activité règne en Russie on parait réfléchir.
Tout à vous,
Signé : Beust.
1. L'un président du conseil et l'autre ministre des afiaires étrangères.
A l Ambassadeur royal M. de Kœn.nep.itz, à Vienne.
Votre Excellence est déjà instruite que le cabinet impérial et royal fait parvenir à la cour royale une ouverture confidentielle à propos de la mission de S. A. impériale et royale l'archiduc A. d'Autriche à Berlin, et je ne doute pas que M. le comte Buol vous fera connaître cette pièce importante confidentiellement.
Après l'avoir soumise à S. M. notre gracieux maître, je n'hésite pas à donner à Votre Excellence l'instruction suivante selon la volonté du roi. D'abord vous voudrez exprimer au comte de Buol les remerciements sincères du gouvernement royal pour cette communication confidentielle, et prier son Excellence de bien vouloir transmettre ces sentiments de gratitude de la part du roi mon maître à S. M. apostolique impériale et royale.
Votre Excellence exprimera aussi le ferme espoir que par le choix si heureux du médiateur, de l'éminent ambassadeur de S. M. Imp. et Roy., elle réussira à guider les bonnes dispositions du gouvernement royal de Prusse dans les voies qui pourront contribuer à l'entente si vivement désirée des cours de Vienne et de Berlin pour arriver à une institution ferme et assurée de la confédération allemande. Nous attendons avec impatience les autres communications des succès obtenus par la mission de S. A. I. l'archiduc. Comme le rescritde M. le comte de Buol exprime le désir que les gouvernements allemands voudraient bien prendre en considération les éventualités imminentes, je
n'hésite pas à rassembler les considérations auxquelles les questions agitées ont donné matière.
Dès que l'Autriche annoncera à la confédération la nouvelle en question, le gouvernement royal donnera son vote dans le sens de l'article 47 de l'acte final de Vienne, c'est-à-dire pour la reconnaissance du danger pour le territoire fédéral et pour la mobilisation comme en temps de guerre.
Nous ne doutons pas que limité ainsi, le vote se fasse à l'unanimité, y compris la Prusse.
II. Une autre décision, j^ar laquelle nous nous engagerions à prendre immédiatement part à la guerre aussitôt qu'elle serait déclarée par la confédération, serait estimée par nous comme pouvant avoir les meilleurs résultats si la Prusse y adhérait; dans le cas contraire, nous recommanderions de bien peser les suites d'une décision contraire au vote de la Prusse. Nous redoutons moins la position de l'Allemagne au cas d'une attaque delà France; car alors nous serions assez couverts, indépendamment du contingent fédéral de la Prusse, par les forces autrichiennes et par celles des autres confédérés, et nous sommes certains que la Prusse n'hésiterait pas un instant à mettre en ligne toutes ses forces militaires pour défendre l'Allemagne. Nous pensons plutôt qu'une attitude expectative supposée de la Prusse fera renoncer la France à l'idée d'une attaque, mais si l'Autriche seule prenait l'offensive contre la France sans la Prusse, ce serait une charge pour la confédération et les sacrifices de la mobilisation seraient faits en pure perte. Il nous paraîtrait donc plus avantageux dans le cas où la Prusse ne
voudrait pas prendre part à la guerre, de subordonner le secours de l'acte final de Vienne, art. 47, à une décision ultérieure, parce que nous pensons que par ce moyen nous arriverions plus vite à nous entendre avec la Prusse, et que dans le cas contraire nous arriverions trop facilement à l'éventualité très possible que semble faire craindre la dépèche par sa conclusion.
III. La supposition que si une si grande puissance offrait son alliance à la Prusse, tous les gouvernements de l'Allemagne se joindraient à elle, nous semble erronée, et nous croyons devoir protester dès à présent pour notre compte.
Nous sommes prêts à remplir nos devoirs dans le sens le plus étendu comme membre delà confédération : mais nous y tenons, et d'autant plus dans cette période aiguë et dans l'intérêt de la confédération, que les clauses de la constitution soient strictement observées et que leur sens ne soit pas dénaturé; aussi croyons-nous que si les cours de Vienne et de Berlin y ont manqué par exception, cela ne peut s'être produit que sans intention puisque l'adhésion à la confédération est au-dessus de tout doute, et que nous ne verrions même pas quelle raison on pourrait faire valoir pour se justifier d'y avoir manqué.
Avec la même franchise nous aborderons,
IV. La fin du rescrit impérial pour exposer notre opinion. Si la Prusse voulait contester une décision fédérale, le devoir
des autres gouvernements serait de garantir son exécution par tous les moyens légaux en leur pouvoir ; par contre, nous ne pourrions admettre que les souverains d'Allemagne ayant d'autres sentiments pussent agir isolément de manière à faire
valoir le poids de leur autorité et de se joindre au plus fort après avoir constaté la majorité ou même sans l'avoir constatée; nous n'hésiterions pas à protester contre une telle conduite, à moins que le fait ne tombe sous le coup de l'article 42 de l'acte final de Vienne et que les états confédérés ne se chargent de réprimer le délit.
Le cabinet impérial et royal jugera avec justice, nous en sommes convaincu, cette manifestation sincère, il voudra comprendre que nous la faisons pour nous conformer à l'esprit de la constitution fédérale et pour conserver à celle-ci sa valeur intégrale.
Votre Excellence verra en outre dans les remarques précédentes que je me suis restreint à présenter les vues du gouvernement royal pour les soumettre au conseil fédéral , sans faire allusion aux négociations commencées entre les grands cabinets pour obtenir le désarmement général et la convocation d'un congrès.
Ma dépèche télégraphique d'avant-hier a du mettre Votre Excellence au courant des vues des cabinets des Etats du sud en ce qui concerne la nouvelle proposition française. On pourrait l'adopter sans danger et sans nuire à la position de l'Autriche,, si la réunion du congrès ne se faisait point attendre et qu'on y posât la question du désarmement. Pour nous il importait de savoir si la proposition française avait seulement un caractère de pure forme ou si elle devait justifier un retard.
Si la première hypothèse est vraie, une décision est possible pendant les premières journées du congrès, dans la seconde la
dissolution du congrès sera probable dans la première huitaine. Enfin Votre Excellence voudra faire remarquer au comte de Buolen s'appuyant sur les observations précédentes que l'éventualité mise en avant dans le rescrit de M. le ministre touchant une agression de l'Autriche, n'est restée sans réponse que parce que S. M. aie ferme espoir que la sagesse de S. M. l'empereur épuisera tous les moyens qui pourront empêcher une décision aussi grave pour la position de l'Autriche et de l'Allemagne.
Signé: Beust.
A Son Excellence M. le Ministre De Falkenstein, à Dresde.
Paris, le 24 avril 1859.
La dépêche de Votre Excellence du 19 avril m'a été remise avant-hier soir par M. de Kœnneritz et je vous en remercie sincèrement. Vous aurez pendant ce temps pris connaissance de mon rapport adressé de Munich à S. M. le roi, et d'une lettre privée que vous devez avoir reçue de Karlsruhe.
Hier j'ai eu une longue audience chez l'empereur. Elle avait été préparée par M. de Seebach avant de m'être accordée télégraphiquement. Il n'y aurait peut-être pas eu moyen de l'éviter et j'ai tout lieu de croire qu'elle ne sera pas infructueuse.
Je joins à cette lettre une relation que j'ai écrite immédiatement après l'audience et dont je puis répondre mot par mot. Elle a une signification d'autant plus grande que le conseil des
ministres, qui était réuni dans la pièce à côté, dut attendre l'arrivée de l'empereur pendant une demi-heure, à cause de l'audience; cette circonstance, vu le nombre et l'importance des affaires,actuelles,prouve combien l'Allemagne occupe l'empereur. Je crois qu'il est bon d'avoir repoussé l'hypothèse de neutralité aussi bien vis-à-vis de l'empereur que vis-à-vis du comte Walewski. Je l'ai fait encore aujourd'hui en'm'entretenant avec ce dernier, enaccentuant fort les'gégards dus à la confédération. Le comte Walewski chercha à me gagner en disant que les vues humanitaires rendaient nécessaire d'abréger la guerre et que ce résultat ne pourrait être obtenu que par la neutralité de l'Allemagne. Je répondis simplement : De deux choses l'une; ou vous aurez des revers — alors nous ne voudrez pas terminer la guerre, ou les Autrichiens seront battus ; alors l'Autriche aura recours à la Confédération; ainsi, de toutes manières, la neutralité de l'Allemagne n'abrégera pas la guerre. Dans l'état où sont les choses l'espoir que la guerre n'éclatera pas existe à peine. Cependant l'Angleterre cherchera jusqu'au dernier moment à éviter l'engagement et elle fera des eiforts [redoublés si on ne peut pas compter sur la neutralité de l'Allemagne. C'est là le motif qui me conduit pour un jour en Angleterre. Je pense être de retour à Dresde pour vendredi.
On ne peut pas méconnaître que la conduite récente du cabinet de Vienne ait créé de l'embarras de tous côtés et qu'elle donne même beaucoup de partisans à l'empereur des Français pour la guerre. On ne conçoit pas comment cette décision hardie pouvait être exécutée d'une manière aussi maladroite, de don-
lier justement aux Français tant de latitude de pouvoir arriver à temps sur le champ de bataille.
L'interprétation la plus favorable est celle de Lord Cowley qui fait entendre, dans sa bienveillance pour l'Autriche, quer pour mettre une fin au jeu si inégal entre la France et l'Autriche, celle-ci a voulu mettre la France dans la nécessité d'engager ses finances au môme degré qu'elle.
Je laisse à l'ambassadeur royal le soin de donner les autres nouvelles du jour.
Signé: Beust.
Post-Scriptum. Gomme on vient de me télégraphier de Londres que d'ici quelques jours je n'y trouverai pas de ministres, j'abandonne momentanément Londres et, demain soir, je me rends à Francfort, où je ferai un court séjour et je serai jeudi à Dresde.
Londres, le 5 mai 1859.
Je commence par rappeler quelques circonstances qui ont retardé mon voyage à Londres entrepris sur l'ordre du roi. Le manque de communications directes entre Francfort et Co~ logne, puis une violente tempête, qui différa l'arrivée du bateau à Calais et enfin une traversée difficile, ont fait que je nesuis arrivé ici que le dimanche, 1er mai1.
En l'absence de l'ambassadeur royal, je me suis mis directement en rapport avec Lord Malmesbury en lui adressant une
i. M. le comte Witzthum s'était rendu à Lisbonne à la place de M. de- Beust.
lettre pour'lui demander un entretien et audience de la reine. Le jour suivant déjà, je reçus une invitation pour le ministère des affaires étrangères; mais Lord Malmesbury retenu à Windsor n'avait pu s'y trouver à l'heure indiquée et il a été forcé de remettre le rendez-vous à mardi. Pendant ce temps le prince n'était pas non plus présent à Windsor et ne devait revenir que mardi soir. Hier donc, mercredi, la cour rentra à Londres et le prince m'a reçu aussitôt, tandis que S. M. la reine m'a donné audience aujourd'hui à trois heures, immédiatement après le duc de Malakoff, puis elle m'a honoré d'une invitation à diner. Donc mon départ pourrait avoir lieu demain vendredi. Mais comme la dépêche arrivée hier soir ne dit pas que mon retour est pressé, j'ai cru devoir accepter une invitation chez l'ambassadeufde Prusse pour demain, et me mettre en relation avec plusieurs personnages importants, je ne partirai donc que samedi pour me rendre selon l'ordre reçu à Francfort. Comme la dépêche adressée à Francfort me donnait blanc-seing pour l'arrangement de mon voyage à Londres, je ne me suis pas fait d'illusion quanta la possibilité du succès , je ne crois pas que je trouve une compensation pour l'absence de Dresde qui me pèse beaucoup, surtout en ce moment. Je me décidai cependant adonner suite au projet, puisque c'était la volonté du roi et aussi parce que Sa Majesté avait la conviction de l'importance politique de Londres où nous n'avons justement pas d'ambassadeur, mais en partie aussi parce que, pour le jugement de la situation politique de l'Allemagne, une reconnaissance poussée jusqu'ici peut être d'une grande utilité. La tâche qui m 'incombait d'obser-
ver, et d'agir en même temps pour la cause qui nous intéresse, a été entravée par les circonstances actuelles ; d'abord par la lutte électorale qui fait déserter les salons de Londres et qui enlève l'attention aux questions qui nous intéressent; ainsi que par le revirement très défavorable de l'opinion publique en ce qui concerne l'Autriche, enfin par la position faible du gouvernement qui craint comme le feu même l'apparence de prendre parti ou d'abandonner sa neutralité etqui à cause décela même évite jusqu'à la moindre allusion. Je dois donc doublement remercier lord Malmesbury d'avoir bien voulu m'accorder deux entretiens, un avec lui seul, l'autre en présence de lord Derby. Cette dernière procédure à laquelle il ne manquait plus qu'un sténographe est une preuve de plus de la prudence avec laquelle on traite ici en ce moment toutes les questions difficiles; je dois constater au reste que mes ouvertures furent reçues avec intérêt par le ministère.
Je n'avais pas besoin de faire de grands efforts pour me rendre compte de l'état de l'opinion publique dans le sens de la question italienne.
Le premier mouvement anti-autrichien de lord Derby parlant de « crimes autrichiens » est passé et a faitplace à une attitude plus calme, et la méfiance bien enracinée déjà envers la France tient à peu près la balance contre l'enthousiasme pour la délivrance de l'Italie.
Mais cette balance ne donne pas même, dans les cercles les mieux intentionnés, d'autre résultat que l'abstention de toute intervention, en d'autres termes la plus stricte neutralité.
L'Autriche a commis de grandes fautes dans la manière dont elle a organisé sa dernière agression, et l'accusation si habilement portée à Paris d'avoir troublé la paix, a donné le change en Angleterre à l'opinion publique, il n'y a pas à en douter. Mais cette première impression aurait déjà fait place à une meilleure appréciation, étant donnée la logique des Anglais, si la cause de ce mécontentement n'avait une origine plus profonde. Je me suis toujours prononcé dans ce sens que le cabinet autrichien devait avoir la patience d'attendre la période du congrès, et j'étais tellement pénétré de l'importance de la faute qu'on allait commettre, que je croyais ne pas être obligé de retourner à Dresde avant le milieu de mai. Ici on a toujours bien sondé et approfondi les deux perspectives, primo : conquêtes franco-sardes aux dépens de l'Autriche ; secundo : mauvaise situation des États italiens secondaires vis-à-vis de l'Autriche.
Dans le premier cas, l'Autriche aurait renversé du coup les plans franco-sardes; quant à la question de réformes elle était tellement hérissée de difficultés, qu'on pouvait bien risquer à Vienne de laisser le congrès délibérer puis se disperser: pendant ce temps la révolution aurait mûri en Italie, et devait provoquer sûrement la répression collective. Maintenant l'Autriche a assumé seule la responsabilité des réformes espérées, en garantissant l'intégrité du territoire malgré les chances d'une guerre, et il est naturel que moins on est favorable ici à la première hypothèse, moins on est disposé à se mêler de la guerre. Lord Malmesbury avait donc parfaitement raison, quand il me
déclarait que l'Angleterre observerait la plus stricte neutralité, et qu'un ministre qui voudrait agir autrement ne resterait pas un jour en fonctions. Mais j'étais bien préparé à cette déclaration et il aurait été bien superflu d'exposer devant le ministre anglais un calcul d'avenir, et de vouloir lui démontrer l'utilité d'une action dirigée à temps contre la France. Il devait [n'importer et tous mes efforts devaient être dirigés à ce que le cabinet de Londres ne tentât rien contre une attitude plus ferme de Berlin, et que la Prusse ne fut pas blâmée, mais au contraire encouragée par l'Angleterre le jour où elle montrerait, de concert avec les autres peuples d'Allemagne, une attitude plus digne et qu'elle prendrait une position plus énergique vis-à-vis de la France. Je puis me flatter d'avoir eu quelque succès sous ce rapport, en touchant le point le plus sensible ici; c'est la prompte cessation de la guerre en faisant prendre à l'Allemagne une attitude décidée qui y contribuera beaucoup tandis que sa neutralité ne pouvait qu'y nuire.
Mon argumentation fut dirigée de la manière suivante : si l'Allemagne se contente d'entretenir sa mobilisation sans préciser sa position, ce que l'opinion publique et ses organes ne supporteraient certainement pas à la longue, elle n'accorde aucune protection à l'Autriche, elle n'agit pas non plus du côté de la France, elle ne sera pas davantage en position d'exercer une pression peut-être salutaire sur l'Autriche au moment de la conclusion de la paix. L'Allemagne joue ainsi un rôle double qui n'est pas très digne d'elle, aussi longtemps que l'armement n'a pour but déclaré que la défense du ter-
ritoire fédéral. Au contraire, son attitude devient aussitôt honorable et courageuse et même favorable aux efforts que l'Angleterre fait en faveur de la paix, si la Prusse et la Condédération entreprennent sur le Rhin une démonstration armée imposante. De cette manière les forces de la France seront partagées, les vivres seront coupés à la guerre; de l'autre côté, on pourra décider l'Autriche à accepter un arrangement amiable pourvu qu'il soit honorable; car il ne peut pas être indifférent à cette puissance d'être l'objet d'un secours aussi important ou non.
Il y avait peut-être quelque importance aussi à éclairer messieurs les ministres anglais un peu sur le fonctionnement du pacte fédéral allemand. On m'adressa souvent la question : Qu'a donc fait la France pour menacer l'Allemagne? J'ai saisi l'occasion pour expliquer non seulement l'article 47 de l'acte final de Vienne, qui est complètement inconnu ici, mais aussi de rappeler, lors de la guerre d'Orient, notre attitude qu'on avait trouvée insuffisante ici à ce moment, alors qu'on était alléjusqu'à déclarer qu'une attaque contre les troupes autrichiennes était une attaque contre l'Allemagne, même quand on ne pensait pas du tout à attaquer le territoire autrichien; aujourd'hui il ne s'agit de rien moins qu'à arracher toute une province. La conservation de la Lombardie à l'Autriche ne paraissait pas non plus avoir une importance militaire pour l'Allemagne aux yeux de lord Malmesbury. Je lui ai démontré le contraire.
Je suis donc assez content du résultat final de mes entrevues, puisque lord Derby et lord Malmesbury me donnèrent tous
deux l'assurance, que si la Prusse voulait se décider à une démonstration sur le Rhin de concert avec la Confédération allemande, on ne ferait rien contre ce projet, de même qu'on ne retiendrait pas la Prusse d'agir comme elle l'entendrait. Cette assurance est d'autant plus significative que lord Malmesbury avait fait la remarque à propos d'un désir exprimé par la Prusse de neutraliser la mer du Nord et la mer Baltique; que l'Angleterre s'efforcerait d'y répondre dans le sens désiré par la Prusse, il fut convenu avec lui de manière que la démonstration sur le Rhin n'empocherait en rien la neutralisation des deux mers.
La question la plus importante est à présent de savoir si le ministère anglais actuel vivra? A ce sujet les opinions sont bien partagées. On est sur que les résultats des élections, tels qu'on les prévoit, porteront le nombre des ministériels de 275 à 300, ce qui donnera une majorité relative au ministère tant que les 354 voix restantes de toutes nuances ne se réuniront pas pour voter contre lui et pour le renverser. Cette dernière hypothèse est celle qui a le plus de crédit ici parce qu'on pense qu'après les élections du nouveau parlement, la question de cabinet sera inévitable, tandis que d'autre part on pense que la question de la politique extérieure offrira la première l'occasion d'un vote de confiance et qu'à cette occasion la fraction radicale qui est pour la guerre contre la France se séparerait du reste de la chambre. S'il y a un changement ministériel, les chances tourneront certainement contre nous, parce qu'on doit s'attendre à ce que lord Palmerston et lord Wodhouse prennent parti pour l'Italie,
tandis que lord Clarendon qui n'a malheureusement pas beaucoup de chances d'arriver au pouvoir serait un partisan bien plus prononcé de l'Autriche que lord Malmesbury. En principe ce sera toujours la neutralité qui prévaudra, il serait donc important que la Prusse et la Confédération prissent promptement la position que je viens d'indiquer et que le nouveau ministère anglais trouvât cette position comme fait accompli à son avènement. Je n'ai pas hésité à faire part du résultat de mes négociations au comte Bernstorff, cependant je soumets humblement l'idée que S. M. le roi en informe directement le prince-régent. Je ne puis pas non plus omettre de dire que S. A. le duc de Saxe-Cobourg lorsqu'il me reçut lundi dernier à Windsor, après s'être plaint de l'Autriche et de la politique autrichienne, se laissa aussi aller à se prononcer favorablement sur les idées anglaises, ce qui n'avait pas produit grand effet cependant, je ne dois pas le cacher, sur son frère le prince Consort. Le duc me dit qu'il ferait prévaloir à Berlin l'idée de passer le Rhin aussitôt que les Français franchiraient la frontière autrichienne. Je n'ai naturellement pas contredit cette opinion, car je trouve justement bon pour nous que ce désir soit formulé de sa pirt à Berlin, mais j'ai déploré en même temps que le duc ait aussitôt communiqué son projet à lord Malmesbury, je l'ai trouvé très désagréablement impressionné, et je crois qu'il a été utile que j'arrive à temps pour prévenir des réclamations anglaises à Berlin. J'ai atteint ce but en disant que je considérais cette pensée plutôt au point de vue des faits qu'au point de vue de la décision théorique. Une décision me paraîtrait
en effet difficile, puisque l'Autriche a provoqué la guerre par l'occupation du territoire piémontais et qu'on ne peut pas laisser intervenir maintenant une décision fédérale pendant l'action militaire au cours de laquelle des corps de troupes français pourraient passer, même sans intention, sur le territoire autrichien. Mais je n'ai pas caché que si l'Autriche était battue et si une partie de la Lombardie tombait dans les mains des ennemis, la question serait de savoir si la Confédération devait assister l'Autriche pour reconquérir ses possessions ou non; j'ai ajouté que je ne doutais pas du tout que cette solution sera affirmative. Les communications relatives à mes entretiens avec le Prince Consort seront traitées dans une lettre ultérieure que je mettrai à la poste pendant le voyage.
Signé: Beust.
Londres, le 7 mai 1859.
Votre Excellence recevra, je l'espère, une relation que j'ai envoyée hier à l'adresse du rédacteur Hartmann. Je suppose aussi que vous avez reçu hier matin un avis par l'intermédiaire du ministre hanovrien.
J'ai à ajouter ce qui suit: Lord Malmesbury avec lequel j'ai diné jeudi chez la reine, revenant de son chef au thème de nos pourparlers, dit sans détours, que le duc de Malakoff étant rappelé pour prendre un commandement à Nancy, le moment était certainement venu où l'Allemagne devrait placer
un corps d'observation sur le Rhin, et qu'il serait bon de faire les choses à temps. Je pris acte de cette déclaration qui surpassait mes espérances et je n'ai pas manqué d'en faire part le lendemain matin au comte Bernstorff et de le prier en même temps de se faire donner confirmation par lord Malmesbury. Il l'a fait de suite et il a reçu la même déclaration.
Je ne sais s'il a fait son rapport à Berlin comme je l'en avais prié, car le comte bien que partageant les idées de Londres, aura peut-être eu de l'appréhension à se mettre en opposition avec les idées prédominant à Berlin, et comme on me l'a fait sentir il n'était pas charmé de voir que dans si peu de temps j'avais eu le succès d'amener lord Malmesbury à partager mon opinion. Cependant sa fidélité scrupuleuse à tenir ses engagements m'est un sur garant qu'il n'a pas omis la communication. J'ai eu moi-même occasion depuis de répéter les termes de mon dernier rapport à M. Disraeli et il m'a écouté avec bienveillance.
Je ne puis dire la même chose de lord Palmerston, ce qui n'est pas étonnant, tandis que lord Clarendon m'a fait assurer par un tiers de son approbation entière. Il est tout à fait urgent, comme je l'ai déjà dit , que le nouveau ministre trouve une attitude favorable à l'Allemagne. Ce serait une douche glacée jetée sur les sympathies italiennes, que de généraliser la guerre et de mettre à la place de la question italienne la question franco-allemande. De cette manière seule on pourra réussir à familiariser la pensée du public anglais avec la possibilité d'une guerre avec la France.
Gomme je l'ai annoncé déjà, j'ai eu l'honneur d'être reçu en audience particulière par S. M. la reine, puis d'être invité à dîner. Aussi je n'ai pas cru devoir manquer aujourd'hui de paraître au Drawing-room. Je ne puis pas assez me louer de la réception gracieuse qui m'a été faite par S. M. la reine.
Les ministres parurent avoir encore plus d'espoir que jamais dans la solidité de leur position, mais cette confiance n'est malheureusement pas partagée par tout le monde, les avis sont bien divergents.
Signé: Beust.
A Son Excellence M. le ministre De Falkenstein, Dresde.
Francfort-s/M. le 10 mai 18,"9.
Comme je l'avais annoncé par le télégraphe à Votre Excellence, j'ai quitté Londres samedi soir, après avoir assisté au Drawing-room de la reine. Les petites contrariétés qui m'ont poursuivi pendant mon aller se sont répétées pendant mon retour, car un conducteur maladroit me fit monter dans un train ordinaire à Gand et par suite de cette circonstance j'arrivai si tard à Cologne qu'il me fallut déployer toute diligence pour arriver hier dans l'après-midi à Francfort. J'y ai eu hier soir déjà des entretiens^explicites avec le comte Rechberg et avec le baron von der Pfordten.
Mais il y avait encore une telle divergence que la journée d'aujourd'hui doit être consacrée entièrement à continuer effi-
cacement des pourparlers ; je n'abandonne pas l'espoir d'une entente complète. Monsieur von Pfordten a déjà des instructions comme Votre Exellence doit le savoir, pour demander que la question de l'emploi de l'article 47 de l'acte final de Vienne soit posée.
Ce progrès est certainement très précieux si on y reconnaît le ferme désir prononcé très clairement enfin de la part de la Confédération de décréter la mobilisation. Mais les remarques adressées par M. von der Pfordten à M. le comte Rechberg et qu'il m'a répétées n'étaient pas satisfaisantes puisqu'il a paru croire que la Prusse avancerait à temps et qu'il ne s'agissait qu'à l'engager par une petite impulsion à prendre l'initiative. J'ai tout lieu de croire que M. von der Pfordten n'agit pas selon ses idées et ses tendances en formulant de telles remarques et qu'il a reçu à cet effet des instructions en haut lieu. Notre entretien d'aujourd'hui mettra cela au clair, je l'espère.
Pour moi, je ne puis contester que tous les événements des quatre dernières semaines m'ont inspiré la plus grande méfiance contre les agissements et les projets de Berlin. Outre les manifestations qui suivirent la sommation autrichienne, je range aussi dans cette catégorie l'attitude de l'ambassadeur de Prusse à Londres vis-à-vis de ses collègues allemands, d'où je pus conclure sans peine combien peu on désirait provoquer à Berlin les assurances que lord Malmesbury m'avait données, j'ai même lieu de craindre par suite d'un entretien que j'ai eu immédiatement avant mon départ avec le comte Bernstorff que, pendant que je m'efforçais d'obtenir un bon résultat et que je l'obtenais en ef-
fet, une pression contraire dirigée de Berlin sur les autres gouvernements allemanls s'efforçait de paralyser mes démarches. Il faut tout tenter pour rendre possible une action combinée de la Prusse avec les autres Etats, mais il me parait dangereux de traîner trop en longueur la situation actuelle. Les événements sur le théâtre de la guerre peuvent prendre subitement une tournure très défavorable pour l'Autriche, et le cas le plus heureux qui puisse se présenter alors, c'est-à-dire l'apparition en scène de la Prusse, ferait de l'Autriche l'obligée de la Prusse et nous autres nous serions des comparses sans volonté qui paieraient plus tard les frais d'un arrangement. Si au contraire la Prusse était à même de poursuivre la direction actuellement prise, pour s'instituer la médiatrice d'une paix préjudiciable à l'Autriche, la Prusse aurait alors des demandes à formuler à Paris et à Saint-Pétersbourg, peut-être même à Londres, qui trouveraient leurs satisfactions en fin de compte aux dépens des gouvernements allemands. Par contre, il est possible que les gouvernements allemands décident la Prusse dans un avenir prochain à une entente prompte et énergique ou exécutent seuls avec l'Autriche l'action sur le Rhin; ils s'exposeraient certainement, mais en cas de succès ils trouveraient leur récompense ; c'est eux alors qui auraient engagé l'AUemigne dans la lutte, la voix de l'opinion publique les soutiendrait; et dans le cas d'une défaite ils tomberaient sur le champ d'honneur.
Je suis donc d'avis que la proposition bavaroise est très bonne pour exécuter ce qui doit être fait et pour laisser même
assez de temps aux États secondaires et autres pour compléter les préparatifs militaires nécessaires qui doivent précéder la mobilisation d'une armée fédérale sur le Rhin. Quand ce moment sera venu, tous les États doivent demander à la Prusse de proposer à Francfort l'occupation des rives du Rhin, comme les circonstances l'exigent — car il pourra alors même être question d'autre chose que d'un simple corps d'observation — et si la Prusse se refuse, la décision de la majorité doit s'accomplir selon l'article 47, et la mise en marche des troupes fédérales sera ordonnée par le télégraphe. Si je puis arriver dans ce sens à une entente, sauf la réserve du consentement du roi bien entendu, je chercherai à la compléter à Hanovre. Un entretien avec le comte Platen serait important parce que avant tout il faut de l'unité dans l'action vis-à-vis de la Prusse et qu'il parait plus que jamais nécessaire de laisser la direction formelle à la Bavière pour laquelle on montre à Hanovre peu de dispositions. Je partirai demain de bonne heure et le soir je serai à Hanovre. Probablement les invitations à la table royale me retiendront toute la journée suivante à Hanovre, mais je pense partir dans la nuit et arriver vendredi matin à neuf heures à Dresde. Je demande la permission d'ajouter aux communications précédentes un complément de mes relations envoyées de Londres. Il s'agit d'un entretien avec le Prince Consort que pour rien au monde je n'aurais voulu confiera la poste prussienne1. Cette conversation m'a fait malheureusement pénétrer au fond de la pensée du prince ; et mon impression est
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de nature à provoquer des réflexions tristes. Je me borne à constater que le prince lorsqu'il s'agissait de formuler sa conviction, put aller jusqu'à dire, que ce serait un vrai bonheur pour l'Allemagne de voir l'Autriche tellement affaiblie que les autres gouvernements allemands ne pussent plus trouver aucun soutien près d'elle, et qu'elle fût repoussée hors de l'Allemagne qui se constituerait à nouveau; Il estime que la possession de la Lombardie était un embarras et un fardeau et non un avantage; je pense qu'il sera inutile de faire ressortir les détails de la conversation ou d'agiter la question de savoir dans quel sens le Prince Confort pèse sur le ministère anglais et ce qui pis est comment il agira sur Berlin. Je voudrais bien admettre comme circonstance atténuante que les commentaires parus déjà dans les journaux, d'agissements orléanistes et d'intrigues du roi Léopold pouvaient disposer le prince et même la cour de Windsor à se prononcer envers moi dans un sens anti-autrichien, si ses paroles n'étaient pas allées jusqu'à trahir une haine profondément enracinée contre l'Autriche, haine qui surpasse de beaucoup son antipathie pour l'empereur Napoléon. Le prince ne me cacha pas non plus comment son ambition dirige tous ses efforts pour faire avancer d'un pas à l'occasion présente les projets d'empire prusso-allemand; ce fut lui qui me les avait communiqués avant la révolution de février dans les premiers jours de l'année 1848. Loin d'approuver l'attitude correcte des gouvernements allemands et le bon esprit national de nos peuples , il s'épuisa à critiquer les défauts de la constitution fédérale, à diminuer la valeur de ce que nous faisons actuellement ; tou-
jours en appuyant et en insistant sur ce que l'Allemagne n'avait pas un chef suprême en cas de guerre. Je n'ai pas épargné ma peine pour éclairer le prince sur la situation de l'Allemagne, pour lui dire combien tout était changé depuis les onze dernières années, mais tout cela sans aucun succès, cependant ce que je lui communiquai sur les sentiments publics de l'Allemagne du sud et des nôtres vis-à-vis de la Prusse, et ce que je pus lui dire sur la crise actuelle parut beaucoup étonner S. A. Royale.
Si on veut savoir à Berlin, comme je le présume d'après les déclarations de M. d'Usedom, si le ministère actuel durera en Angleterre ou s'il sera remplacé par un autre, il faut admettre que c'est là méconnaître complètement la situation ou bien qu'il y a un calcul intentionnel pour se dérober à tout secours au profit de l'Autriche.
Si un ministère libéral arrive au pouvoir et qu'il trouve les choses en Allemagne telles qu'elles sont actuellement, son premier acte gouvernemental sera de s'opposer à toute action ; mais s'il trouve sur les rives du Rhin l'armée d'observation dans ses positions il acceptera la chose comme un fait accompli. L'opinion publique sera toujours la base de la politique anglaisent celle-là ne sera acquise à l'Allemagne, n'approuvera l'appui donné à l'Autriche, qu'autant que l'Allemagne par un mouvement national enlèvera à la question son caractère hostile à la liberté de l'Italie et lui subtituera le cachet d'une protestation contre la tyrannie napoléonienne.
L'Angleterre se sentira atteinte sur ce terrain et sitôt que
l'Allemagne s'y engagera l'Angleterre abandonnera ses hésitations.
Lorsque j'arrivai hier chez le comle Rechberg, je fus très étonné de lui entendre dire que tout à fait contre les assurances que j'avais reçues de lord Malmesbury, l'ambassadeur anglais Sir Alexandre Malet lui avait lu une dépèche d'après laquelle le cabinet anglais conte.-te tout droit à la confédération d'Allemagne de se mêler de la guerre d'Italie, qu'il écarte d'avance toute protection du commerce allemand au cas où l'Allemagne ferait la moindre démarche provocante. Je me rendis donc ce malin chez Sir Alexandre Maletet j'eus la satisfaction de constater que la dépêche était datée du 2 mai, par conséquent antérieurement à mon premier entretien avec lord Malmesbury. Sir Alexandre qui est très bien disposé pour nous était enchanté du résultat de mes négociations à Londres et les accepta sans contestations.
Signé : Beust.
A Son Excellence M. le MinistreDE Falkenstein à Dresde.
Francfort s. M. le 10 mai 18o9, 9 heures du soir.
Ma supposition sur l'origine des idées exprimées hier par M. von der Pfordten s'est vérifiée aujourd'hui complètement grâce à la franchise de ses communications.
Il m'indiquaclairement qu'il serait bien aise de me voir susciter de la part de la Saxe une demande énergique d'explication. Je lui ai donc indiqué la marche suivante, que je communi-
querai à S. M. le roi et s'il est décidé à la recommander à Munich, M. von der Pfordten sera élu membre de la commission militaire sans aucun doute, aussitôt après son entrée dans l'assemblée fédérale qui aura lieu après-demain.
Il y présentera le projet dont j'ai parlé plus haut dans la forme la plus modérée pour la Prusse ; il sera peut-être nécessaire de faire demander à Berlin par l'intermédiaire du plénipotentiaire, si le gouvernement prussien n'était pas disposé, à rendre superflue le vote du projet bavarois , en opérant lui-même la concentration des troupes sur les bords du Rhin. 11 n'y aurait plus alors qu'à nommer le commandant en chef. Si Berlin ne donnait pas de réponse satisfaisante, il y aurait à agir de manière à ce que la concentration fût votée ■en la motivant par ce fait exceptionnel que l'Autriche étant en guerre le territoire fédéral se trouverait menacé. Il n'est pas douteux que la majorité de la commission accepterait •cette interprétation.
Si l'ambassadeur prussien y adhère aussi, alors tout est gagné ; dans le cas contraire les gouvernements qui voudraient y adhérer devraient faire tous leurs efforts à Berlin pour décider laPrusse à participer à l'action enexpliquantles raisons qui les font agir aussi. Si la Prusse persiste dans son refus, le vote de la majorité devra être exécuté, la concentration doit s'effectuer sans retard avec le contingent fédéral autrichien.
Pour arriver à une solution de cette manière, il est cependant nécessaire de laisser pendante encore la question du généralissime fédéral qui sera difficile à fixer, parce que si la
Prusse venait à se décider au dermier moment et qu'elle nommât un général prussien toute l'œuvre s'écroulerait subitement. Le choix du généralissime ne devrait donc être fait que lorsque tout sera prêt, car la Prusse voudrait peut-être prendre part au vote pour le choix du général en chef comme elle l'avait déclaré précédemment.
Je ne dois pas oublier que Sir Alexandre Malet m'apprit confidentiellement que M. d'Usedom avait dit au comte Fénelon en sa présence, que la Prusse n'armait que pour tenir en respect les autres États allemands; il me dit aussi que le baron Schleinitz avait manifesté l'intention à lord Bloomfield d'occuper le Hanovre et la Saxe.
Il est possible que ce ne soient là que des coups tirés en l'air, mais ils prouvent clairement l'hostilité du cabinet de Berlin.
Le messager qui emporte mes deux relations d'aujourd'hui restera à Dresde pour apporter après mon retour la]décision de S. M. le roi au plénipotentiaire royal.
Signé : Beust.
A F Ambassadeur royal M. De Koenneritz à Vienne.
Dresde, le 15 mai 1859.
Je mets à profit le voyage du prince Metternich ta Vienne pour faire parvenir à Votre Excellence les copies de quatre relations que j'ai envoyées à l'occasion de ma mission à Londres en partie de là-bas, en partie de Francfort. Elles sont à votre intention et je vous prie de ne les communiquer à personne.
Je vous ai envoyé aussi une relation détaillée de ma conférence d'une heure avec l'empereur Napoléon, mais je vous demande d'en donner copie pour pouvoir donner l'assurance à l'avenir, comme c'est la vérité, qu'elle n'a pas été communiquée. Le comte Rechberg et le prince Metternich en ont d'ailleurs connaissance. La sincérité de mes déclarations à Paris a eu le bon effet de susciter des manifestations à Berlin qui ont rappelé aux autres gouvernements allemands la nécessité doublement désirable de l'union et de l'indépendance.
Eu Angleterre où le ministère est dans un état très piécaire de sécurité, on n'abandonnera pas le langage employé jusqu'alors, mais j'ai lieu d'espérer que par suite de mes entretiens avec lord Malmesbury, les ambassadeurs recevront pour instructions de faire preuve d'un langage moins sévère en ce qui touche aux préparatifs de l'Allemagne.
La motion hanovrienne a été présentée trop tôt et je me suis efforcé en vain d'en retarder la publication, mais puisqu'elle était publiée M. de Nostitz a reçu l'ordre de se déclarer satisfait si elle était renvoyée à la commission. Ma proposition eut ce résultat avantageux que d'un côté la motion devait être faite par la commission, pour éviter toute jalousie et d'un autre côté, que l'exécution devrait suivie immédiatement le vote; tandis qu'à présent Berlin a toute latitude d'opérer contre la commission pendant un délai de quinze jours. S. M. le roi a reçu avant-hier l'aide-de-camp de S. A. R. le prince régent, le général d'Alvensleben, et sur les représentations de ce général contre les actes de la Confédération le roi a dit, que dans
le cas où le général Willisen obtiendrait une entente, il saluerait ce succès avec joie et ne s'y opposerait pas, mais par contre que si l'Autriche demandait du secours à la confédération, il se prononcerait pour. D'après les nouvelles les plus récentes de Berlin, M. de Schleinitz qu'on désigne comme le partisan essentiel de la neutralité, en opposition avec le régent, afficherait une attitude moins hostile.
Signé : Bel st.