DISCOURS
De M. de Beust à la fête de gymmastique à Leipsik (1863).
Au nom du pays qui sera pendant ces jours le théâtre d'une grande fête fraternelle, je vous souhaite aussi à vous la bienvenue dans cette ville, car vous êtes venus pour y représenter dignement les races germaniques. On a prononcé à l'adresse du gouvernement de ce pays des paroles de reconnaissance ; je les accepte comme témoignage d'estime. Le noble prince qui gouverne ce pays ne le cède en rien à aucun de ses alliés pour le vrai sentiment allemand et le patriotisme éprouvé, on peut en être convaincu, c'est pourquoi on pouvait aussi confier l'organisation et l'exécution de cette fête à une ville qui s'est élevée par son travail intellectuel à la dignité de ville-berceau des idées nationales. Nous nous sommes imposé le devoir d'éloigner tout ce qui pouvait déranger ou empêcher de célébrer dignement cette fête, notre confiance est donc d'autant plus certaine, qu'il n'y aura pas de désaccord. Car cette réunion grandiose qui est
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destinée à faire contempler les forces réunies de l'Allemagne, atteindra son but d'autant plus facilement qu'elle aura le cachet de sa propre force et de sa modération. Messieurs, vous entendrez aujourd'hui bien des paroles éloquentes et on pourra constater qu'en Saxe la parole est libre. N'attendez pas de moi que je/vous parle avec cetjenthousiasme juvénile qui est habitué à manier facilement la pensée ; car je me suis mû trop longtemps dans les profondeurs de la vie politique et je connais aussi par l'expérience le revers des choses ; mais ayez confiance en mes paroles quand je vous assure que les princes allemands et leurs gouvernements non seulement reconnaissent et comprennent l'élan que la conscience de l'indépendance allemande a su prendre, mais qu'ils l'aiment sincèrement parce qu'ils reconnaissent dans le développement de ce sentiment le meilleur appui de leurs propres efforts. Les temps sont passés, Dieu merci, où un État allemand avait sérieusement l'intention de se séparer de la mère-patrie ou de chercher son appui à l'étranger. En Allemagne il n'y a plus d'autre politique que l'unité de tous les États allemands dans le danger, et aucun État ne peut avoir une pensée contraire à ce principe. C'est là la politique que tous les gouvernements suivent. Il est possible que leurs chemins ne soient pas toujours les mêmes, leur but est identique, et plus les peuples allemands se rapprochent mutuellement dans une pensée d'unité fraternelle, plus les princes seront contraints d'en faire autant : c'est ce qui amènera le peuple allemand au but qu'il désire avec tant d'ardeur. C'est
pourquoi je salue cette fête avec joie comme une fête de con-
corde et d'unité, puisse-t-elle devenir la pierre fondamentale pour l'œuvre de l'unification, dont la réussite seule peut garantir l'union de la volonté et de l'action des Allemands. Donc je bois à la concorde dans la grande patrie allemande.