‹ Trois quarts de siècleChapitre 15 sur 66 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

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La compromis hongrois revient encore une fois à la Chambre des députés.

— La sanction des lois fondamentales de TËtat. — Formation pénible dû ministère bourgeois. — Citoyen d^honneur de Vienne et d'autres villes.

— Autographe impérial.

Les derniers mois de 1867 ne furent pas plus consacrés au repos que la période précédente. Au Reichsrath j'eus à soute- Dir le dernier assaut livré contre le compromis hongrois. Je fus forcé de repousser notamment une violente attaque de Herbst.

Ma réponse (12 décembre 1867) fit une profonde impression et me valut les éloges de Tempereur. Cette nouvelle preuve de confiance était d'autant plus précieuse pour moi, qu'à cette époque j*avais à remplir la tâche, qui n'était pas toujours facile, d'intervenir pour la couronne au Reichsrath, autant que pour le Reichsrath auprès de la couronne. Les lois fondamen-

taies de TÉtat étaient mûres pour être soumises à la sancticF^ de Tempereur. Il aurait fallu se bercer d'étranges illusions, oti bien oublier complètement les principes et les opinions qui avaient prédominé pendant de longues années, pour croire qu^ l'empereur accorderait volontiers sa sanction. A plusieurs reprises, Sa Majesté avait souvent parlé longuement de ces lois avec moi. J'ai pu lui dire en mon âme et conscience que, en dépit de maintes dispositions offrant prise à la critique, sa sanction était commandée par l'intérêt de TÉtat, et que, de plus, il n'y avait pas à hésiter, car il y avait lieu de tenir compte des diverses dispositions conçues dans un esprit conservateur, par exemple la garantie des propriétés de l'Église, concession à laquelle Rome n'a répondu que par l'ingratitude, ainsi que je Tai fait observer en 1868 dans ma réponse à rallocution papale. Plusieurs députés, (je me souviens particulièrement de Giskra) manifestèrent leur surprise lorsqu'ils surent que la sanction avait été accordée, et, eu vérité, je puis dire que, sans moi, la constitution que j'ai signée n'aurait jamais vu le jour.

II ne serait ni patriotique, ni glorieux, ni utile pour la constitution et ses partisans, de dire qu'elle a été imposée à l'empereur. Non, la situation n'était pas de nature à influer sur sa décision. A l'intérieur, rien ne pouvait donner de l'inquiétude ; à l'extérieur, on ne redoutait aucune complication. Il n'y avait pas lieu de conseiller d'inviter le Reichsrath à une nouvelle délibération, mais cela eût été parfaitement possible et même sans danger.

Une lettre que l'empereur m'adressa de Ischl, au mois de

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septembre, me permettrait de prouver qu'au début il ne voyait pasd'uQ œil favorable ces modifications; mais, d'autre part, les articles de fond, publiés par la Nouvelle Presse Libre, qui dirigeait et reflétait à la fois Topinion publique, prouvent bien fue le parti constitutionnel' avait mis en moi toutes ses espérances.

La dernière tâche que j'eus à remplir en cette année 1867 n'était pas moins pénible : ce fut la formation du premier ministère parlementaire. Les personnes qui n'ont pas assisté à ce qui se passait auront de la peine à croire qu'il ait fallu unei dose rare de patience et de ténacité pour faire entrer dans le ministère des hommes que l'empereur ne nommait qu'avec ré-

pagnance et dont la mission n'était pas très ardue, assurés qu'ils étaient de la majorité.

Le seul personnage qui m'assista en cette occasion fut Giskra. Celui qui me suscita les plus grandes difficultés fut Herbst; il aurait été préférable pour le ministère et le parti de la constitution qu'il ne fût pas entré aux affaires avec moi.

Déjà, pendant la session du Landtag de Bohème, à Prague, *u mois d'avril, j'avais offert à Herbst d'entrer dans le ministère; il avait décliné cette offre, en faisant valoir que le moment de la formation d'un ministère parlementaire, c'est-àdire emprunté au parlement, ne viendrait que plus tard, quand le compromis serait définitivement terminé. 11 avait développé cette opinion plus tard encore, dans un mémoire détaillé. Lorsque fut arrivé le moment qu'il avait assigné lui-même à la formation définitive du ministère, on songea d'abord à

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lui, en raison de la situation prédominante qu'il avait prise I au parlement. J'avais commencé par lui offrir le ministère des finances. C'était surtout celui-là qu'il avait d'abord visé. Néanmoins, il hésitait à Taccepter parce qu'il s'était prononcé à plusieurs reprises, et assez catégoriquement, pour la nécessité de liquider la banqueroute d'État. J'offris ensuite le ministère de la justice et enfin le ministère « des langues. » U avait tout refusé. 11 s'était donc rendu impossible, selon moi Il n'aurait pas eu sujet de se plaindre, et il eût été préférable pour le ministère qu'il n'y entrât point, car, d'une part, ses meilleurs amis et partisans ont reconnu qu'il était surtout uc élément dissolvant, d'autre part, le ministère, même sans lui n'aurait pas manqué de ministres, qui n'étaient dépourvus n d'intelligence, ni d'autorité. Ce qui fit défaut à ce ministère, C( fut ce qui constitue l'essence de la vie parlementaire: une oppa sition intelligente. Et cotte lacune aurait été comblée si Herbsi avait été à lalôte de l'opposition de la gauche. Cette opposition qui, de temps en temps, s'associa à la droite, (Ilerbstne tendit-i pas la main à Greuter aux déli'îgations de Pest, en 1870 ?) au rait maintenu le ministère ; mais on n'a eu que des majorité! et des minorités également dépourvues d'initiative et se bor nant à rédiger mémoires sur mémoires.

La vérité est que l'on craignait Ilerbst et que c'est précisé mi'ut à cause de cela qu'on voulait l'avoir à tout prix dans h ministère. Il finit par accepter après beaucoup de tergiversa tiens.

Lorsque je lui exprimai ma satisfaction de cette issue, i

me répondit : « Je crains seulement que le programme, dont j'avais fait la condition de mon acceptation, n'ait jamais été soumis à S. M. » Moi, je n'ai pas connu ce programme et n'ai jamais été chargé de le soumettre.

Pour cette raison, beaucoup de malentendus qui sont surve- DQs plus tard furent moins surprenants pour moi que pour

d'autres.

Le ministère se présentait avec assez d*éclat. Il avait à sa têleua prince Auersperg, dont le nom, quoique aristocratique, tonnait bien aux oreilles du peuple; les cinq ministres cependant appartenant à la bourgeoisie, Herbst, Giskra, Brestl, Berger et Hasner, comptaient au nombre des chefs du libéralisme et delà vie parlementaire; à cjté de Plener, ministre des finances, d'une capacité reconnue, deux membres d'anciennes souches nobiliaires, les comtes Taaffe etPotocki. Le comte Taaffea été plus lard en butte à beaucoup d'attaques, imméritées pour la plupart, aussi est-ce pour moi un besoin que de rappeler la preuve d'abnégation qu'il donna en cédant volontairement l'important ministère de l'intérieur, administré jusqu'alors par lui, et en réchangeant contre le ministèredc la défense dupays S beaucoup moins important. L'accession dePotocki fut très heureuse pour le ministère. Il rendit de grands serviccsdans son département. Lui et Taaffe furent les éléments qui firent accepter peu à peu par Temporeur un cabinet qui n'avait pas été nommé sans résistances. Ce fut une erreur pardonnable, mais une erreur de la part des ministres-bourgeois, comme on les appela, que de

1. La représentation mUitaire au ministôre cisleithan. (Le traducteur.)

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suspecter ces deux collègues. — Ils voulaient, tous deux, loy lement, Texistence et la durée du ministère, tel qu'il était coa titué, et il ne faut pas oublier toutes les luttes pénibles que c^ devait susciter et que cela a en effet suscitées au comte Polock à l'époque où se posa la question des lois constitutionnelle Quant au comte Taaffe, ses collègues n'ont jamais sa combien c fois il a adouci auprès de remp3reur certaines aspérités p3U la plupart inutiles.

A propos de la formation du ministère dit des bourgeois, ; rappellerai que je n'avais pas attendu la (in de Tannée 4861 époque oîi je devais quitter ladirectîon des affaires intérieure: pour proposer à Tempereur la nomination du premier minis tère cisleithan et que, le 3 1 août, je lui avais remis une note à ( sujet, ce qui prouve bien que, dès le début, j'avais compris ] nécessité d'attirer l'élément slave.

A côté du prince Carlos Auersperg comme président, y figi raient comme candidats : Herbst, Giskra et Berger. On se tromj en m'accusant de fluctuations que j'aurais manifestées après \ formation du ministère; d'autre part, il est vrai que j'avai pour la réalisation de ce projet, d'autres moyens en vue qi C3UX qui ont été essayés plus tard, h l'époque des articles foi damentaux et pendant l'ère de la conciliation.

L'année ne se termina pas sans que je fusse presque ace; blé de témoignages d'honneur et de sympathie. De tous côtés c m'accordait les droits de bourgeois honoraire *. Je rappeller;

1. 70 viUes, 140 localités, si je compte les communes rurales, m*accord< rent, soit en 1867, soit en 1871, les droits de bourgeois honoraire.

notamment le diplôme qui me fut accordé par la ville de Yienae, véritable chef-d'œuvre artistique qui a été souvent admiré à Londres et à Paris; je refusai de le prêter pour Texposilion de 1873, de crainte qu'il ne fût perdu, car il aurait été impossible de le remplacer.

Tous les journaux de Vienne, à l'exception du Vaterland, applaudirent à ces manifestations. La Nouvelle Presse libre, à Foccasion de l'autographe qui m'avait été adressé par Sa Majesté, publia un article enthousiaste pour célébrer les services que j avais rendus dans la question de la Constitution. II s'y trouvait ce paragraphe: « Pour mener à bien, comme l'a fait cet homme d'Etat, lanégocialion dont nous voyons aujourd'hui la fin, il fallait réellement, comme le disait de lui récemment quelqu'un qui le connaît très bien, l'activité de l'abeille et la patience du castor ; indépendamment de l'habileté diplomatique, de l'ardeur, il fallait encore la probité que le baron Beust a déployée pour répandre la confiance autour de lui. »

Voilà ce qu'on lisait dans Ik Nouvelle Presse libre en 1867, Maintenant, en 1886, ona pu lire dans cette feuille importante on article à propos de la fête donnée pour célébrer le 23* anniversaire de la constitution de février. On cite les noms des divers ministres présidents depuis Schmerling, on y voit, à côté de Belcredi le ministère bourgeois, et, à côté de Hohenwarth, Auersperg, mais le nom de Beust brille par son absence. Les éditeurs et les rédacteurs de la Nouvelle Presse libre ont changé, mais ce journal représente encore les mêmes opinions et défend les mêmes principes qu'autrefois, et je n'ai aucune raison

de supposer une animosité personnelle. C'est précisément pour cela que cette nomenclature est caractéristique. A la vérité, j^ ne devrais pas oublier que, bien plus tôt, en 1871, ce changement de front n'avait pas exigé des années; que des jours avaient suffi. Mais la plus haute satisfaction que j'obtins fat le témoignage suivant et celui-là m'est resté.

« Cher monsieur de Beust,

» Les lois constitutionnelles ayant été sanctionnées, le 21 de ce mois, et le compromis avec les pays de ma Couronne Hon-^ groise ayant été accompli, le moment prévu dans ma lettre du. 23 juin de cette année est arrivé : c'est celui où doivent cesser vos fonctions de ministre président pour les royaumes et pays représentés au Reichsrath.

» Kn vous relevant, en conséquence, de la direction de cette présidence du conseil des ministres, je no puis que partager complètement la satisfaction avec laquelle vous pouvez jeter un coup d'œil rétrospectif sur une période pendant laquelle vous êtes parvenu, à force d'activité poussée jusqu'à l'abnégation, à résoudre un problème dont je suis à même d'apprécier complètement les difficultés.

» C'est avec plaisir que je vous exprime ma reconnaissance pour vos heureux efforts, et je salue les résultats obtenus, avec un plaisir d'autant plus vif qu'il vous est désormais possible de pouvoir consacrer sans partage vos forces et votre dévouement aux importantes affaires qui vous sont encore réservées.

» Vousavez donc à prendre les dispositions nécessaires pour

que, conformément au § 5 de la loi du 21 décembre 1867, relative aux affaires communes à tous les pays de la monarchie autrichienne et à leur administration, ainsi qu'en vertu de Tarticledela loi hongroise sur ce sujet, les ministères des affaires étrangères, de la guerre et des finances, commencent leurs fonctions constitutionnelles, à titre de ministères de l'Empire.

» En même temps, je nomme ministre des finances de TEmpire le baron von Bscke,. directeur au ministère des finances jusqu'à ce jour. Quant à vous et à mon lieutenant- feld-maréchal, le baron von John, vous continuerez à administrer, comme ministres de TEmpire, les deux ministères qui vous ont été confiés jusqu'à présent.

» Vienne, le 24 décembre 4867.

» François Joseph, m. p. »

Au commencement de l'année, j'avais lieu de penser que mon séjour au Ballplatz ne serait pas long ; à la fin de Tannée, tout m'autorisait à croire que j'y finirais mes jours.

Que les présages sont trompeurs I

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