‹ Trois quarts de siècleChapitre 3 sur 66 · c OestereichUcher Hof · texte numérisé non relu

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2. Les tchèques passent pour avoir la tête aussi dure que les bretons.

dans un jeu de quilles. Pour lui évidemment, c'était un scandale que d^appeler un étranger à un poste de ministre. En 1867, comme il venait à Vienne avec les autres membres du Umdlag de Bohème pour apporter à Tempereur des explications sur ropposition de la majorité, je l'arrêtai à Bôhmisch- Trûbau par un télégramme annonçant que le décret de dissolution était en route : à cette époque, il y eut refroidissement entre nous, et nous avons fini par devenir étrangers Tun àTautre. Quant à Léon, j'eus une escarmouche avec lui, à la chambre des seigneurs ; la question du concordat me fit de lui un iidversaire acharné; le différend politique brisa, à mon regret, nos relations personnelles.

A Prague je rendis visite aussi au cardinal, prince de Schwarzenberg que je connaissais dfjà. Comme il ne savait rien de ma nomination, et que je ne pouvais alors lui en parler, il me demanda quel était, à mon avis, parmi les diplomates autrichiens, celui qui conviendrait pour remplacer le comte Mensdorff. Je donnai mon appréciation impartiale sur les diverses personnes aptes à occuper le poste. Quelques jours plus tard le cardinal se trouvait à table, chez Tempereur, avec le nouveau ministre. Jo me hâtai de lui expliquer la raison do ma réserve. Cependant je crois que cet incident lui laissa un sentim3at d'hostilité contre moi et que c'est par suite de ses représentations qu'au début je ne fus nommé que ministre des affaires étrangères et non ministre de la maison impériale. J obtins cette distinction deux semaines plus tard, à Vienne. Enfin arriva le jour de ma nomination publique et de mon ins-

tallatiou parle comte Belcredi. J'eus auparavant, sur le désir del'empereur, un entretien avec le ministre d'Etat. Le comte Bel — credi me fit une observation peu encourageante: ma nominatioi*^ ferait une mauvaise impression « car », disait-il « vous êtes étranger, allemand et protestant ». Je me bornai à répondra que je n'avais pas recherché le choix qui était tombé sur moi, mais que je m'efforcerais d'y faire honneur. Le comte Belcredi m'exprima alors la crainte que je n'entraînasse l'Autriche dans une nouvelle guerre; je le tranquillisai. L'entretien finît mieux qu'il n'avait commencé. J'évitai d'entrer dans l'examen des questions intérieures, en disant que j'avais besoin de commencer par m'orienter. Ce qui me concilia le comte Belcredi, ce fut madéclaration catégorique contre l'opportunité d'uriprogramme qui aurait été signé par le ministère tout entier après le retour . de l'empereur à Vienne; cette déclaration le soulageait; quant à moi, ne connaissant qu'incomplètement l'état des choses, je né voulais pas me lier les mains. Le comte Belcredi me conduisit alors auprès de ses collègues, qui se trouvaient précisément en conseil. Je parus devant eux comme un candidat devant ses électeurs, et il me fallut répondre à quelques interpellations. La plus approfondie fdt celb du chancelier hongrois Majlath, qui paraissait m'attribuer très peu de sympathie pour la Hongrie et qui me suspectait de tendances germaniques. Une autre de ses craintes se trouva aussi vaine. Il redoutait que l'on ne me reprochât violemment d'avoir livré le comte Teleki; mais on n'en a jamais parlé, tant que j'ai été ministre en Autriche *.

1. J*t Tais fait inviter le comte à s^éioigaer promptement d3 Dresde. 11 ne

Je m'étais prononcé contre un programme du ministère tout eolier : il me parut opportun, au contraire, d'adresser aux missions impériales, en ma qualité de ministre des affaires étrangères, une circulaire qui serait rendue publique. Je la rédigeai aussitôt. L'empereur fut très satisfait du texte et de la rapidité avec laquelle je Pavais livrée. La circulaire était écrite en français; mais, quelques jours après mon arrivée à Vienne, il en parut une traduction en allemand dans la Wiener Zeitunj. J'emprunte à cette traduction les passages suivants * :

« Quel que soit mon désir d 3 mettre au service de l'empire rcxpérience que j'ai acquise dans un autre champ d*aclivit3, je ne m'en considère pas moins co nme dégagé de mon passé politique, depuis le jour où je suis devenu autrichien par la volonté de Sa Majesté apostolique impiriah et royale, et je ne veux emporter de mon passé politique dans ma nouvelle situation que le témoignage d'un prince vénéré, q ic j'ai conscience d'avoir servi avec zèle et fiJélilé. Ce serait, en effet, au début de ma nouvell î carrière, m'impater un étrange oubli de mes devoirs que de me croire capable de préférences ou de rancunes. Je me sens, du reste, également exempt des unes et des autres.

tint aacuD compte de ce conseil et fut arrêlé. A cette époque les traités existants ne permettaient pas de faire antre chose que de le livrer; mais cela ne fat fait que sons la promesse qu'il aurait la vie sauve. Pendant que les journaux anglais disaient qu*il était maltraité dans sa prison, Teléki habitait le logement d'un employé ; on aUa jusqu'à lui donner des fourrures pour son ▼oyage.

1. Le traducteur des présents mémoires n*a pas le texte français à sa disposition. Sa version peut donc différer du texte primitif par quelques nuances d'expression.

Le gouvernement impérial^ qui aujourd'hui doit appliqi m ^ tous ses efforts à faire disparaître les traces d'une guerre xieslc, restera fidèle, n'en doutez pas, à cette politique de pa f et de conciliation, qu'il a toujours pratiquée. Mais, si riss;^^ malheureuse d'une lutte récemment soutenue lui en fait uiu nécessité, elle lui impose en même temps le devoir de se mo/i^ trer plus que jamais jaloux de sa dignité. Les missions impériales, j'en suis convaincu, sauront la faire respecter en toute occasion, et elles trouveront en moi un appui qui ne leur fera jamais défaut. »

J'espère, dans la suite de ces notes, prouver que je n'ai jamais oublié un mot de ce que j*écri vais alors.

L'empereur visita encore quelques parties de la Bohème, pendant que je me rendais à Vienne où je descendis, comme autrefois, au Rœmischer Kaiser, On peut s'imaginer quels senti menls traversèrent mon cœur lorsque je revis ces lieux que j'avais foulés, quelques mois auparavant, dans une disposition d'esprit si différente.

Le lendemain, je fis visite au comte Mensdorff qui, assis dans le vieux fauteuil de Metternich, me reçut de la façon la plus aimable et me demanda quelques jours de délai pour son déménagement.

Aussitôt après mon installation, tous les employés du ministère se réunirent dans le grand salon de réception, et je leur adressai une chaleureuse allocution, dans laquelle je Ijur recommandais de montrer toujours une très grande indépendance à mon égard, mais de s'abstenir de toute critique en mon absence.

Le comte Mensdorff me raconta le même jour, en riant, qu'un expéditionnaire, qui était venu lui demander sa dernière signature, lui avait dit: « Oh I pour un beau discours, c'était un beau discours! »

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