MOURAD
On dit qa*il souffre mort et martyre
D*un clou ? Cela ne peut m'étonner,
Si c*eat son clou qui le fait souffrir,
C^est que nous le lui avons rivé.
Et c*est cependant ce clou , je vous le dis,
Qui de Mourad a fait un bon apôtre, Lorsque les soldats sur le trône Tout mis,
Ils ont pensé : un clou chasse Tautre.
Hamid.
Et lui aussi ? qui le remplace ? chose fatale. Sait-on jamais, dans ce pays ?
Si antre part cela va de mal en mâle. Chez eux cela va de mal en pis.
taient riea moins que poétiques. Je ne veux pas être ingrat; je sais que cet arrangement ne venait pas de Tinitiative ottomane, et je n'oublierai pasque j*ai été gratifié d'un magnifique clieval
blanc.
A Constantinople, où nous trouvâmes comme premier conseiller d'ambassade le baron Haymerlé, mort prématurément, le baron Prokesch était dans son élément et il ne négligeait aucunes occasion de mettre en contraste la Turquie ou l'Orient d'un^ part, et l'Occident, d'autre part, comme la lumière et l'ombre *
J'ai mentionné dans un chapitre précédent que ses discour? ne produisirent pas une heureuse impression sur l'empereur-. et que j'intervins énergiquement pour qu'il fût maintenu à sonr poste de Constantinople. J'eus avec Ali-Pacha des entretiens sur* deux sujets : d'abord sur certains différends qui existaient à C3tte époqu3 entre le Khédive et la Porte, et je suis persuadé que notre intervention, à Constantinople comme au Caire, contribua essentiellement à les aplanir; puis au sujet de l'altitude delà Turquie vis-à-vis de l'insurrection dalmate de cette époque.
1. Lorsque j*étai3 encore ministre de Saxe, je me rencontrai plusieurs foi? iivoc Proicesch à Gastein. Jo me trouvai un jour à table d'hôte avec lui ; il donnait libre courd à ses souvenirs : a Les Turci«, disait-il, sont bons enfants. Jt) connais Âli. H a une charmante femme. Quand elle se trouve dans une position inti^ressaule, elle dit à son mari : « Cher ami, Je t'ai acheté une jeune t'sritvp. » Quelle femme chez nous serait capable d'en faire autant ? — Cela me rnp))clle une anecdote que Ton mo raconta à Tépoque de la guerre de Crimée. La femme de Tun des ambassadeurs était très jalouse. Elle fut reçue en niidienco par la sultane validé, mère du Sultan, qu'elle trouva entourée de j(Mine!« enclaves. L'ambassadrice remarque une très belle Circassienne et ne piuit s'ompdchcr de s'écrier : « Queile belle ct^éalure I » Ce à quoi la sultane répond : « Voulez-vous que je vous en fasse cadeau f » — « Y pensez-voîu f répond In dame, el mon maW? » — 0 Vous ne Vaimez donc pas ? » réplique la Sultane.
i* obtins d'Ali qu'il employât un excellent moyen pour en venir ^^out, et ce moyen consistait à envoyer immédiatement des troupes en nombre suffisant, chargées d'empêcher toute violation de la frontière. L'insurrectionfut bientôt terminée. La Turquie, nous devons le reconnaître, ne fut pas payée de réciprocité, car, pendant rinsurrection bosniaque, il y avait libre entrée sur nos frontières. La Turquie, par contre, a eu un avantage : sa naanière de procéder était certainement la plus économique, car les soldats turcs se nourrissent à meilleur marché que les déserteurs turcs. Les délégations en ont fait l'expérience.
A Constantinople, j'ai trouvé dans le corps diplomatique un personnage qui a été souvent nommé, le général Ignatieff. J'avais déjà fait sa connaissance à Vienne et je le revis plus t^rd à Londres. Gomme il n*y avait aucun sujet de négociation ^nlre lui et moi, je pus m'abandonner sans réserve à l'agrément de son attrayante conversation. Il avait l'habitude decom- '^encer la causerie par ces mots : « Vous savez que mon grand ^faut est de toujours dire la vérité? »
Ce fut surtout à Constantinople que le temps me fut trop étroitement mesuré. Cinq jours sont trop peu pour visiter cette ^ille, même superficiellement. J'ai conservé un souvenir très ^if de la revue qui eut lieu sur la rive asiatique à Ounkiar- *skélessi, où nous fûmes transportés par bateau à vapeur. La ^nue et l'aspect des troupes étaient excellents. L'empereur L ^'eut aucune critique à faire. Mais une grande surprise était rék terréeà Sa Majesté. Lorsqu'à la suitedes deux souverains, nous S eftmes passé à cheval devant le front des troupes, le Sultan
fi.
accompagna l'empereur à une tribune et le défilé commenç II est probable que l'empereur n'a pas, deux fois en sa vie, pas la revue assis dans un fauteuil.
Lorsque nous quittâmes la tribune, je cherchai vaineme mon cheval, et il fallut me décider à en monter un autre. Celuiavait une selle avec des étriers turcs. Ces étriers sont très i commodes à cause de leur grande surface, et je n'étais pas h bitué à m'en servir. Ce fut peut-être ce qui impatienta me cheval. Ce qui est certain, c'est qu'il s'emporta au milieu de foule très élégante qui se pressait à cet endroit. Je fis à cet occasion une remarque qui ne fut pas sans intérêt. Chez nous, ( jpareil cas, on ne manquerait pas de pousser des cris et des ji rons; ici, tout le monde s'écarta presque respectueusement, ( m'ouvrant un passage, par lequel j'arrivai, un peu plus tôtqi je ne l'aurais voulu» au palais, où eut lieu le diner. Le retoi au navire dura plus d*une heure, pendant laquelle des feux ( peloton ne cessèrent de retentir sur les hauteurs, tandis qi des feux d'artifice grandioses illuminaient le ciel. Comme noi nous étonnions d'une pareille prodigalité, nous apprîmes qu depuis dix-huit mois, les employés n'avaient touché aucui solde.
— Un tel étal de choses, dit un des assistants, est-il possib dans la seconde moitié do ce siècle?
— Ou lo voit bien, ropondîs-je, et puisqu'il est possible mai tenant, il n y a jkhs do raison iH)ur que cela ne dure pas.
Co quil Y a de pUis déploraWe dans ce j^ys, si favorisé p; la nature» cVst que l'on jx^urrail obtenir de nombreux et gran(
t^^uliats grâce à ces mêmes éléments qui rendent possible une situation pareille. Là, en effet, le commandement et l'obéissance régnent presque sans exception et sans limites, et le Turc, de même qu'il accepte bien des choses, peut être employé à bien des besognes utiles pour peu que son maître les lui ordonne. On 8&it que Ton trouve plus d'honorabilité chez les Turcs que chez les Chrétiens habitant la Turquie. C'est un faitavéré qui, du reste, nous a été confirmé dix fois. Le souverain lui-môme De manque pas de bonne volonté, mais il faut chercher la cause du mal entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent.
Rapports du baron Baymerlé.
Constantinople, 23 décembre 1868»
M semble que, sur toute la ligne, le mot d'ordre soit d'attribuer à t'Aulriche la responsabilité de la rupture entre la Turquie ^et la ^^ce, et que ce mot d'ordre soit parti d'ici.
On a supposé que l'attitude du baron Prokesch avait encouragé la l^orleà agir comme elle Ta fait. Lorsqu'on m'a exprimé cette opi- ^Jon)je l'ai réfutée énergiquement, non seulement en raison des instructions de Votre Excellence, mais aussi parce que j'avais été ^-moinde ce qui était arrivé. Le baron Prokesch, comme les autres ambassadeurs, n'a appris la chose que quand elle était déjà résolue ^t déjà en voie d'exécution. Le 2 de ce mois, notre ambassadeur iiàxi allé voir Ali-Pacha pour l'entretenir de la question des chemins de fer. Celui-ci lui fit part de son intention d'éclaircir la situation dans laquelle on se trouvait vis-à-vis de la Grèce, et lui
présenta la note déjà rédigée, qui, plus tard, fut adressée à Athc sous forme d'ultimatum. Ce fut pour le baron Prokesch quelchose de tout nouveau. Il ne pouvait faire autrement que de connaître la légitimité des revendications de la Porte et de ce damner Tattitude de la Grèce. Mais, en cela, il ne fit rien que qu'avaient fait les autres représentants, sans en excepter ceux la Prusse et de Tltalie. Il n'a pas eu la moindre influence sur 1 mesures coercitives de la Porte ; il s'est borné à faire remarqi à Ali-Pacha que le délai de quatorze jours lui paraissait trop r« treint.
Ali-Pacha répondit par le démenti le plus formel aux insinuatic qu'on avait adressées, à lui aussi, contre le baron Prokesch ; il péta que la Porte revendiquait pour elle seule l'honneur et les sultats de cette initiative.
A l'égard d'un tel soupçon, je m'impose une réserve d'aut plus grande que je crois maintenir de cette façon la liberté du t rain pour les efforts que Votre Excellence pourra tenter plus U en vue du maintien de la paix. D'après la dépêche du 13, que viens de recevoir, je ferai surtout remarquer à Ali-Pacha, dani conversation, que Votre Excellence s'était efforcée, depuis plusie mois, en coopérant avec les puissances occidentales, et en envoy des vaisseaux de guerre, de rappeler la Grèce à Tordre, et de p . venir la crise. Par conséquent, vous aussi, vous avez acquis droit de faire entendre des paroles décisives quand il s'agit de conjurer.
Agréez, etc.
Conslanlinople, le i" janvier <869 K
Les conseils et assurances dans lo télégramme de Votre Excell t. Letiro en françAls dans lo toxto.
Au 29 décembre, ont puissamment contribué à détendre la situation
^l ii tranquilliser la Porte sur Tissue probable de la Conférence.
Lord Clarendon a donné des assurances plus explicites encore sur
k ferme intention des Puissances amies de la Porte, de se ranger
d.i côté de celle-ci, et de lui donner toute sécurité du côté de la
Grèce.
En même temps arrivait la nouvelle que Pétropoulaki, poussé parla faim, s'était rendu avec les siens, et que le comité insurrectionnel allait quitter la Crète.
Ilobbard Pacha a consenti à plaider contre l'Ënosis, comme fircte, devant les tribunaux de Syra, et le Gouvernement hellénique se porta garant que ce bâtiment ne quitterait pas le port avant
(l'être jugé.
Ali-Pacha croit donc que la Porte pourra, sous des auspices favorables, entrer à la Conférence. Il ne se hâte cependant pas trop de prononcer son adhésion; il n'en a pas encore saisi le Conseil dos Ministres ; il est vrai que ce n*est que hier que des communications officielles lui sont parvenues de Paris et de Londres. Il prescrira *u Plénipotentiaire ottoman de s'en tenir strictement à la discussion des cinq points de TUltimatum et de quitter la séance si on raellait d'autres questions sur le tapis.
Veuillez agréer, etc.