‹ Trois quarts de siècleChapitre 38 sur 66 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

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^^yage de Tempereur en Orient {fin), — Caire, Alexandrie, Florence, Trieste.

Après toutes les vicissitudes de notre expédition par mer, ^Ous éprouvions un véritable plaisir en nous retrouvant en chemin de fer, d'autant plus que, partout, les buffets étaient Parfaitement approvisionnés. En Egypte, du reste, on avait Pï'isde grands soins pour notre confortable, et, en général, on ^Vait pourvu à ce que les étrangers, arrivant en grand nombre Pciur l'inauguration du canal, n'eussent pas lieu de se plaindre. ^^ D'était pas le moment de songer au contrôle de la dette ^•Elat.

Je trouvai moi-même, dans le magnifique palais de Ghésiré, ^^ élégant appartement, et le vice-roi vint s'assurer que rien ^*y manquait. Ismaîl Pacha, qui, à Vienne, m'avait fait l'hon-

neur d'ôlrc mon hôte, est bien plus Parisien qu'Africain ; c'e: un homme de manières très agréables.

L'aspect du Caire m'a laissé une bien plus vive impression qu^ l'aspect de Constantinople, et cela s'explique, car, en présence d« Caire, on sait que Ton voit un spectacle unique au monde. Gonstantinople on peut opposer Naples et Lisbonne; la vue d la citadelle du Caire est sans pareille sur la surface du globe ^ D'un cdté l'antique ville des khalifes, avec ses monuments fu-^ néraires, puis le Caire moderne; de l'autre côté^ le magniBqu et large fleuve^ et, au delà, le désert, limité par les six pyramides Quand je visitai la citadelle, le service divin à la mosquée étai véritablement imposant. Des chants s'y élèvent incessamment^-^ en l'honneur de Mehemet-Ali, et ils sont d'une beauté merveil"-leuse. — En général, les manifestations extérieures du culte, dans rislam, m'ont inspiré un profond respect; il faut tenir compte des impressions de ce genre pour juger ou pour condamner justement les renégats. L'idée de placer une fontaine devant les mosquiîes est elle-même une conception poétique; à plus forte raison, la prière à genoux dans la direction de la Mecque; mais, ce qui m'a particulièrement séduit, c'est l'absence de toute image, de toute statue, et de tout ornement. J'ai entendu une fois un musulman dire (en français) : « Il y a plus de paganisme dans votre culte que dans le nôtre. » Et il n'avait pas tout à fait tort.

L'épisode le plus brillant de notre trop court séjour en Egypte fut notre voyage aux Pyramides. Nous partîmes de grand matin parle bateau à vapeur qui nous conduisit jusqu'à Memphis

OU, du moins, jusqu'à la localité ou elle s'ëlevail autrefois. C'est là que nous devions prendre noire déjeuner ; mais ce déjeuner, au lieu de nous précéder, nous suivait ; nous ne le trouvâmes donc point à notre arrivée à Memphis. L'empereur, qui ne perd pas volontiers son temps, et qui n'est pas difficile pour le boire et le manger, se décida pour le départ immédiat, ce qui nous imposa, à nous autres, avec nos mauvaises habitudes, une petite diète, car, pendant toute notre course à travers le désert et jusqu'au soir, nous n*eùmes à manger que quelques œufs <^ut8 dans le sable. Le voyage ne me parut pas fatigant, car côtie fois je m'étais joint à ceux qui préféraient Tâne au cheval, ^t je no saurais assez vanter l'âne égyptien, qui marche courageusement, tout doucement, sans vous fatiguer, si bien que sur son dos on se croirait sur un fauteuil à roulettes. Comme iûtermède, nous assistâmes à la prise d'une hyène; nous visi- ^mes les tombeaux des bœufs Apis. Le professeur Brugsch (Brugsch Pacha) accompagna l'empereur pendant tout le trajet.

Aujourd'hui encore je regrette de ne pas avoir pris part à l'ascension de la pyramide. On m'avait dissuadé de cette partie... de déplaisir; on m'avait dit que les Arabes postés en haut se lancent de l'un à l'autre les ascensionnistes comme des colis, ^t, qu'en outre, ils les obsèdent par leurs incessantes demandes ^e bakchichs. D'après cette description, je me sentais peu en- <îlin à aller me superposer aux quarante siècles de ce monu- '^nt. J'ai déploré ailleurs l'influence dépoétisante des che- '^itk^ de fer; avec eux il n'y a plus de vrai Righi, plus de véri-

table Vësuve. Eh bien, il n'y a également plus de Pyramidaujourd'hui- A vrai dire, on n'y va pas encore par chemin fer, mais on s'y rend par une roule carrossable, très commod celle par laquelle nous retournâmes au Caire. Ce qui dépoéti€=' ^ encore les quarante siècles, c'est un hôtel très moderne et trè^^ prosaïque, où nous bûmes d'excellente bière Dreher.

 notre retour, le programme des distractions n'était pas eim core épuisé.  la Pyramide^ le khédive m'avait dit qu'on lui avai ^ fait part de notre désir de voir la fameuse danse de l'abeille ^ cette danse dans laquelle l'aimée cherche en vain une abeille qui la pique, a J'ai pris mes dispositions, ajouta-t-il, pour qui^ vous assistiez aujourd'hui même à ce spectacle. Rendez-vous ai.^ théâtre français ; vous y trouverez les voitures qui vous con^ — ' duiront où il faut. » A cette invitation se rendirent, indépcu'damment de moi, le comte Andrassy, le chef de section voi^ Hofmaan, le baron Schreiner, consul général, et Sefer Pacha, homme très aimable, primitivement Polonais. Le lendemain matin, à six heures, nous devions partir pour Alexandrie ; néanmoins, malgré l'heure tardive, nous ne résistâmes point à la tentation. X\x théâtre, il nous fallut attendre jusqu'à ce que la représentation fût terminée; je montai ensuite dans une voiture avec Andrassy, Nous traversâmes la ville et le faubourg, puis un bois d'assez mauvais aspect, de sorte que nous pouvions nous demander si nous n'étions pas victimes d'un enlèvement. Au bout de quelque temps, nous remarquâmes des postes de cavalerie placés à quelque distance, apparemment pour nous protéger; au bout d'un assez long trajet, la voiture prit unche-

inin de traverse, et nous nous trouvâmes devant une maison vivement éclairée, où il y avait un buffet bien garni, mais pas d'aimée. Il était déjà une heure du malin lorsque la danseuse parut: grande désillusion. Mais la musique se faisait attendre. Je perdais patience; je m'assis par terre, les jambes croisées, à la mode arabe, et je me mis à chanter des chansons arabesque j'avais retenues, ayant Toreille assez exercée; pour m'accompagner, je tambourinais sur mon chapeau haut de forme. De cette façon au moins je hâtai l'heure du départ. Il était trois heures lorsque nous rentrâmes. Â six heures nous étions déjà en wagon. Je n'en dormis que mieux la nuit suivante, à bord du Pluto^ vapeur du Lloyd. L'empereur ne parut que le lendemain. Voici la raison pour laquelle je l'avais précédé.

11 avait été convenu, pour la première fois, que l'empereur se reaconlrerait avec Victor-Emmanuel, à l'occasion du voyage en Orient. Cette entrevue, qui devait avoir lieu à Brindisi, fut empêchée par une grave maladie du roi. Victor-Emmanuel adressa iAiexandrie une dépêche d'excuses. Le télégramme de réponse que je rédigeai, et que j'expédiai, peut servira montrer combien étaient exactes certaines assertions qui se sont produites dans les journaux et malheureusement aussi aux délégations. N'a-lon pas prétendu que les bonnes relations avec rilalîe n'avaient commencé qu'après mon départ^ et que je les avais entravées ? De la réponse de l'empereur, il résulte que ce n'est pas lui, mais le roi qui renonça à Tentrevue. Cependant celui-ci était déjà en convalescence lorsque je le vis, peu de temps après, à Florence. Tout le monde comprendra que l'empereur ne put prendre l'ini-

tialive d'une visite à Florence. On (5tait alors en 18G9. Par cc^y;. tre, Sa Majesté daigna m'ordonner de passer par cette ville, i mon retour, et d'exprimer au roi encore une fois le regret d'avoîr manqué cette entrevue. J'ai déjà dit ailleurs que je m'étais efforcé, et efforcé avec succès, d'améliorer les relations avec ritalie.

Après mon départ, remp3reur donnaau roi une grande preuve d'abnégation, — et môme une trop grande preuve, à mon avis, — en lui rendant à Venise la visite qu'il avait reçue à Vienne. Que l'on s'imagine qu'Henri V fût devenu roi de France en 1873, ce qui ne tenait qu'à lui, et qu'il eût rendu, à Strasbourg, une visite à l'empereur Guillaume I A vrai dire l'empereur à Venise n'était pas le vaincu, mais cela ne l'empêchait pas de fouler une possession qui lui avait été enlevée. La blessure faite à certains sentiments respectables, par cette démonstration, n'était pas compensée par la sati^action momentanée d'autres sentiments.

Le soir du jour de notre arrivée à Alexandrie eut lieu un bal très animé de la colonie autrichienne; de là je me rendis à bord du Pluto. Nubar-Pacha, cet Arménien qui a si bien mérite del'Égypte^ mais qui, d'après ce que ni'a dit M. de Lesseps, est maintenant condamné par le parti national, m'accompagna jusqu'au navire. Nous nous revîmes plus tard, à Londres et à Paris.

Dans mon voyage à Brindisi, je fus accompagné par M. von Hofmann, par M. von Teschenberg, conseiller de section, et pa' M. von Vrânyczâny, rédacteur à la cour; la traversée, qui dura

quatre jours, fut favorisiîe par un temps d'une beauté exceptionnelle ; il ne fut donc pas question de mal de mer. 11 me faut ajouter que Taménagement du vapeur méritait tous les éloges, et que les attentions personnelles du baron Morpurgo, membre du Lloyd, qui faisait la traverse'e avec nous, en rehaussaient encore la valeur. Toute cette traversée fut un plaisir, bien propre à nous faire oublier toutes les fatigues que nous avions éprouvées jusqu'alors. Après m'ètre promené à Alexandrie, en vêtement léger, au milieu des fleurs, je trouvai les Apennins pleins de neige, et, à Florence, un temps détestable. Le moment le plus important de mon s^éjour fut celui de l'audience que le roi m'accorda. A titre de ministre de Saxe, j'avais déjà été mis indirectement en relations avec le roi Victor-Emmanuel, lors du mariage, en 1850, de la princesse Élise avec le duc de Gênes, €l du mariage morganatique qu'elle contracta plus tard. J'éprouvais donc un grand intérêt à voir le roi, après ce que j'avais entendu dire de sa manière d'être.

Il eut l'attention de m'envoyer un officier d'ordonnance, aussitôt que je fus arrivé. L'audience fut fixée pour l'après-midi; on m'invitait à me présenter en redingote. Mes habitudes mo- Dapchiques se révoltèrent contre cet ordre ; je me permis de paraître en frac et en cravate blanche. Mais ce qui me surprit encore davantage, ce fut qu'à cette audience « en redingote », je trouvai dans le premier salon tout un personnel militaire, et, dans le second, des dignitairesde la cour, de tous grades, en uniforme.

Le roi lui-même portait une simple jaquette, et il avait un

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chapeau haut de forme ; il ne le tenait pas à la main, mais son bras gauche s'appuyait sur le bord et maintenait ainsi le chapeau contre le corps. Étant donnée la rigidité de l'altitude militaire du roi, celte simplicité avait quelque chose d'imposant. Du reste, la dignité royale ne se démentit pas lorsque le roi m'eut invité à m'asseoir, malgré la liberté dont il usait dans certaines expressions *.

A propos du rétablissement des bonnes relations avec l'Italie, lequel, d'après ce qu'on a dit, n'aurait eu lieu qu'après maretraite, je ne puis mieux faire, pour compléter ce que je disais tout à l'heure, que de citer les paroles suivantes du roi (en français) : €< Après ce que l'empereur a fait, il peut disposer de ma personne, de ma vie. Je lui donne cinq cent mille hommes le jour où il les voudra. » Je pense qu'il y avait moins de raison de douter de la sincérité du roi que de l'existence des 500 000 homme?. Le roi, du reste, paraissait aimer l'emphase italienne. <( La nation écoute, quand je parle », dit-il une autre fois. André Doria ne dit-il point: « Je suis accoutumé à ce que la mer écou te quand je parle »? Ici comme là, il faut le reconnaître, l'exagération enveloppait un grain de vérité.

Une autre audience, que j'eus à Florence, aurait pu avoir des conséquences décisives, mais elle ne les eut point. La duchesse de Gùnes, qui était devenue veuve et qui habitait ordinairement

1. Ainsi, parlant de sa mnladie, me dit-il, entre autres choses (en françii^)' « J'ai pensé que jt> crèverais; et cela me faisait plaisir. » Du reste, ilQ^^ pensait pas sérieusement; j'ai appris plus tard, en effet, que la correspondance avec le Saint-Père reprit au moment où le roi était le plus grarement malade.

•in, se trouvait à Florence, et, naturellement, je lui fis une te. La duchesse est une princesse d'une éducation supctre et d'un esprit pénétrant. La candidature de son fils mir, le prince Tomaso, pour le trône d*Espagiie, était alors le tapis. A cette époque personne ne considérait comme sible une restauration bourbonnienne en Espagne. Mais la hesse de Gènes refusacatégoriquementla candidature de son ; elle revenait toujours sur le sort de l'empereur Maximilicn Mexique. A mon avis, l'analogie faisait complètement dct. Il n'y avait dans ce cas rien qui ressemblât au patronage iffisant et tiède qu'avait été le patronage françîiis au Mexique, mt à des scrupules de légitimité, je pus le dire, connaissant sentiments personnels delà duchesse, ils ne pouvaient guère aer sur les décisions d'un prince italien et du roi d'Italie. — me permis surtout de faire observer qu'un prince étranger, >elé à un trône vacant, avait le plus de chances d'y rester, ind il était mineur, parce qu'alors la responsabilité incomt non à lui, mais à la régence, et que, par suite, le mécoulement s'adressait également à celle-ci ; le nouveau souve- 1 pouvait donc se naturaliser peu à peu, témoin le roi de ce, Otto, lequel ne fut forcé de se retirer qu'après avoir rétrente années entières.

i l'on avait suivi mon bon conseil, il n'y aurait pas eu de didature HohenzoUern, l'année suivante, et il n'y aurait pas de guerre entre la France et l'Allemagne. ^ Trièste, où je rendis compte à l'empereur de ma missiort à )rence, — à Trieste, dis-je, m'attendait une nouvelle qui me

consterna, mais qui fut suivie bientôt d'autres plus n rantes. Mon second fils, pendant qu'il faisait son année d lontariat; avait été atteint d'une fièvre typhoïde qui \ tenu, plusieurs semaines, entre la vie et la mort. 11 ne du salut qu'à reicellent traitement ordonné par le D* Standha et aux soins dévoués de sa mère. On m'avait caché la mal

ce qui fut un grand bienfait pour moi, car si j'avais appris nouvelle en Palestine ou en Egypte, ne pouvant pas re' promptement, j'aurais été exposé à toutes les angoisses, reusement je trouvai à Trieste une lettre du médecin, qu tranquillisa complètement.

Le comte TaafFe était aussi à Trieste; ses renseignem ainsi que ceux qui me furent donnés par le général Mo alors gouverneur, ne m'ouvraient pas de brillantes perspec sur ce qui se préparait à Vienne.

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Comme Dcemen*. des joars difficiles. — La crise ministérielle cisleithane.

La crise du ministère cisleithâo éclata peu de temps après arrivée de l'empereur, revenant d'Orient.

On avait répandu des idées très erronées au sujet de Torigîne e cette crise; ces idées ont cours aujourd'hui encore. Je l'ai -jàdit ailleurs: Taaffe et Potocki, comme moi-même, avaient ^ de bonne foi en ce qui concerne la nomination et la durée ^ ministère dit « bourgeois », et il n'y a jamais eu d'intriles ayant pour objet la dislocation et la chute de ce ministère. Quant à moi, je ne saurais trop rappeler combien j'ai aidé ce inistère. La sanction des lois confessionnelles, la réduction de Intérêt de la dette publique, entreprise et préparée avec succès l'étranger, le voyage de Galicie empêché: ce n'étaient point

des services à dédaigner. Dans la question de Bohème, si

ioutefois il y a eu une question de ce nom, je me suis born mais sans résultat, à jeter un cri d'appel, qui^ plus tard, n'a t^ que trop justifié par les événements. Que de fois j'ai dit, c conversant avec Kiskra, ainsi qu'avec Brestel et Hasner : « Main tenant que vous êtes au pouvoir, voici le moment de faire des concessions modérées; quand les autres y seront et que vous serez dehors, vos demandes paraîtront excessives et irréalisables; cependant elles seront réalisées. » Les huit années de bon vieux temps qui furent accordées au ministère Auersperg-Lasser et qui apparemment justifiaient le système d'exclusion suivi par la majorité du ministère des a bourgeois » n'étaient pas dues seulement à son habileté, mais bien plutôt à l'épisode Hohenwart et à Tintervenlion du chancelier si honni; car, lorsqu'on découvrit qu'on pouvait accorder aux Tchèques les plus grandes concessions et les leur retirer en un tour de main, sans troubler Tordre public, — lorsqu'on eut découvert qu'on pouvait impunément arracher des dents du lion à deux queues le membre qu'on lui avait présenté, celte découverte enleva aux Tchèques toute considération auprès des personnes que le fait intéressait» et les rendit pour longtemps impuissants. Le général Koller, qui fut gouverneur, pendant le ministère des«< bourgeois » aus^i bien que sous le ministère Auersperg-Lasser, réussit mieux la seconde fois, pour la môme cause : il avait les mains libres.

Je rappellerai encore que, si j'ai été la cause involontaire de la retraite du prince Carlos Auersperg, j'obtins que le choix de Tempereur tombât sur le prince Adolphe Auersperg, mais que ce choix, qui n'était pas mauvais, puisque plus tard la prési

leace de ce prince a duré huit ans, a été annihilé par messieurs

les ministres bourgeois eux-mêmes.

La cause principale de la décomposition ne résidait cependant pas dans la scission entre les deux ministres de la no- ' blesse et les ministres bourgeois, mais dans le manque de ' concorde entre ces derniers. — Entre Herbst, Hasner, Brestel et Plener, il ne pouvait pas se produire de scission ;^Giskra était Avec eux, mais il n'était pas tout à fait leur homme. Mais Berger ne tarda pas à se rendre indépendant de ses collègues, ce qui amena bientôt un refroidissement des relations personnelles. Je ne puis oublier une scène pénible qui se passa dans mon cabinet; Giskra s'y trouvait déjà lorsque Berger arriva; Giskra lui lendit la main. Berger mit la sienne dans sa poche. Avec de pareilles dispositions, les sujets de taquineries, plus nombreux i Vienne que partout ailleurs, trouvaient un terrain tout pré- ' paré. Je ne puis absoudre Berger d'un défaut, qui lui a été souvent reproché: il ne pouvait maîtriser son humeur causti- <iue. Pendant les séances, il avait l'habitude d'écrire, sur de petits bouts de papier, des observations critiques qui n'étaient pas toujours flatteuses pour ses collègues ; il glissait ces billets au comte Taaiïe qui les lisait avec complaisance, les déchirait^ ^t en jetait les morceaux soiis la table. Je sais qu'un de ses collègues restait souvent après la séance et ramassait les débris. Je ne puis penser à Berger sans me souvenir du véritable malheur qui lui arriva.

Aussitôt auprès la constitution du ministère Auersperg, on

convint que le ministre porte-parole, qui était le D^^ Berger^ sa 11. 20

rendrait chaque matin chez moi à la conférence sur la presse. Dans cette conférence, il était fait une sorte de rapport oral sur les articles les plus importants publiés par la presse quotidienne, et on délibérait sur les inspirations qu'il pourrait être nécessaire de donner aux journaux officieux. Berger venait donc me rendre des visites quotidiennes, et il ne pouvait m'ètre qu'agréable de mettre à l'épreuve la finesse extraordinaire de son esprit et de son jugement, tandis que, d'autre part, il ne lui était pas désagréable de profiter de l'expérience, que j'avais acquise, pendant nombre d'années, des diverses branches de la vie publique.

Il est complètement faux que j'aie profité de ces circonstances pour détourner Berger de ses collègues. Il comprenait la question bohémienne de la même façon que moi, et, comme moi, il était convaincu qu*il était prudent de conseiller des concessions opportunes, modérées, mais infranchissables; toutefois, c'était une conviction qui nous était venue simultanément et que nous ne nous étions pas inculquée Tun à l'autre. Dans d'autres questions aussi, notre accord était constant. Eh bien, cet homme, sur lequel je fondais de si grandes espérances, fut atteint, en quatre semaines, d*une surdité telle qu on ne pouvait plus s'entretenir avec lui autrement que par écrit. C*est ce qui eut lieu peu de temps après sa sortie du ministère, en 1870.

Lorsqu'en lS8i, le prince Carlos Auersperg accueillit par une de ses boutades aixeutumées la nouvelle de la fermeture du LaiidUg de BohAme, la Xene firtit Presse nppel^ avec plaisir Ur^fUitévm laquelle il <flait sorti du ministère en 1867^ ei

fit observer que « si ses collègues avaient agi de la môme façon, cela eût mieux valu. » C'est ce que je dis aussi, seulement dans un autre sens. Si les autres Tavaient suivi, on aurait confié à Berger le soin de reconstituer le ministère. Il avait alors toute sa force non affaiblie; il ne lui aurait pas été difficile de trouver des collègues, et son ministère aurait eu de la stabilité.

Pendant la crise de 1869 à 1870, Berger, s'il avait conservé toutes ses facultés, serait resté l'homme do la situation, non au moment de la crise elle-même, mais au moment de la retraite do ministère llasner. Mais, sur ces entrefaites, sa regrettable surdité était arrivée à son comble.

La recoosUtution du ministère eut lieu non sans peine; flasner prit la présidence et céda le ministère de l'instruction publique à M. von Stremayr; le D'' Banhaus se chargea du ministère de Tagriculture à la place de Potocki, et le général baron Wagner du ministère de la défense du pays à la place de Taaffe. J'ai montré précédemment pour quelle raison la candidature du prince Adolphe Auersperg, décidée alors pour la seconde fois, n'obtint aucun succès.

Mes relations avec le ministère modifié qui, du reste, ne dura que quelques mois, furent, en somme, assez satisfaisantes. Le ministère cependant ne voulut pas entendre parler des conférences sur la presse, qui avaient eu lieu jusqu'alors, et en cela U eut tort. Ce qui prouve que, loin de rien entreprendre contre lui, j'essayai de lui être utile, c'est que, quand je fus consulté, je me prononçai, devant l'empereur, en faveur de la sanction do U loi sur les élections obligatoires. On compléta la loi existant

déjà, d'après laquelle des élections directes devaient avoir lieu aussitôt qu'un landtag quelconque refuserait d'envoyer des députés au Reichsrath; il fut établi que, dans le cas où des mem- .bres ayant déjà paru au Reichsrath viendraient à quitter cette assemblée, on prescrirait, dans ce cas également, des élections •directes. Je n'ai jamais compris pourquoi le ministère Hasner n'a pas fait usage de cette loi en temps utile. A mon insu, sans •que j'y fusse pour rien, les députés de Galicie, de Bukowine, de Slavonie et autres, se retirèrent. Sur une observation de ^îrocholski, chef des Polonais, que je regrettais ce départ, je ^répondis : « En effet, mais plus pour vous que pour moi. IL suffirait au ministère d'appliquer la loi déjà sanctionnée. » Aia. •lieu de cela on eut l'idée, combattue par moi, de dissoudre :1a diète de Galicie, et Hasner se rendit avec cette mission Sl Ofen, où j'étais également appelé. Mais à Ofen, une voix auto— risée, celle du comte Andrassy, s'éleva contre la dissolution de la Diète de Galicie. L'empereur refusa son approbation, et Hasner offrit immédiatement la démission de tous les mî- : nistres. J

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