‹ Trois quarts de siècleChapitre 41 sur 66 · En f!raDçai8 dans le texte · texte numérisé non relu

En f!raDçai8 dans le texte

drid, on ne tient pas compte des réclamations et envoie la flottille qui doit prendre le prince de Hohenzollern dans un port de la mer du Nord, faire sortir une escadre dcBrest oude Cherbourg pour l'empoigner. Si la Prusse se fâche pour cela, elle aura de lapeiae à faire marcher le midi; si, au contraire, vous vous attaquez à elle, le midi lui appartiefnt. » Le prince Metteriiich communiqua le feuillet au duc de Gramont; celui-ci répondit : « M. de Beust m'envoie une scène d*opéra comique ».

Il ne faut pas oublier qu'il ne s'agissait ni d'une dépèche, ni d'une « lettre diplomatique confidentielle », mais d'une pensée jetée sur un feuillet de papier et que, par conséquent, des expressions telles que empoigtier ne devaient pas être prises au pied delà lettre. Mais, aujourd'hui encore, je soutiens que cette pensée valait la peine d'être prise en considération. Emile Ollivier, i qui j'en parlais un jour à Toccasion d'une visite qu'il me fit, âtait d'un avis opposé ; il pensait que cette façon d'agir aurait amené l'Espagne à prendre part à la guerre. On peut objecter que si la France avait fait cette démonstration maritime matérielle, il aurait été aussi difficile à TEspagne d'y répondre par une déclaration de guerre, qu'il aurait été difficile à la Prusse d'appeler le peuple allemand aux armes à propos d'un conflit franco-espagnol, parce qu*il s'agissait des affaires particulières d'un prince qui n'appartenait même pas à la maison régnante. Mais laguerre aurait été tellement imminente que, de tous cd- ^s, on se serait empressé de conjurer ce danger.

L'historien Henri Martin avait bien raison de dire, au banquet d'adieu qui fut donné en mon honneur, en 1882, par ri4.s-

sociation littéraire internationale : « Ayant consulté tous les do cuments relatifs à l'époque, je tiens à constater que, si en 1870i^t on avait suivi les cunseils du Comte de Beust, tous nos désas très nous eussent été épargnés ».

Quelques-uns de mes lecteurs allemands verront peut-êtr^ dans ce témoignage une preuve nouvelle que mes tendances n'étaient pas allemandes, que, même, elles étaient hostiles à l'Ai — lemagne et me portaient plutôt vers la France; mais les personnes non prévenues reconnaîtront qu'il s'agissait en réalité de tout autre chose, et que, de ma part, comme de celle du gou^ — • vernement austro-hongrois, non seulement il n'a rien été fait qui pût encourager la France à la guerre, mais, qu'au contraire, rien n'a été négligé pour détourner cette puissance d'une agression contre la Prusse. Ce qui a été fait après que la guerre eût, malgré cela, été déclarée, sera éclairci plus loin, de manière à ne laisser aucun doute.

Les faits qui ont précédé immédiatement cette déclaration de guerre si fatale à la France ne seront peut-être jamais entièrement connus. L'ambassadeur d'Italie d'alors à Paris, M. le chevalier Nigra, l'une des meilleures autorités en cette matière, me racontait qu'étant à Saint-Cloud le 14 juillet, l'empereur lui avait fait lire un message qui devait être présenté le lendemain au Corps législatif. Ce document était éminemment pacifique et promettait le maintien de la paix. Et, le lendemain, au lieu de la lecture du message, nous avions la déclaration de guerre. La cause de ce brusque revirement serait l'offense « qu'aurait reçue à Ems M. le comte Benedetti, par le fait d'un refus d'au-

dience. » Or, du côté français, on a toujours prétendu que le télégramme qui annonçait cette nouvelle avait été Tœuvre de M. de Bismarck lui-même, et que c'était un piège, où l'on n'a pas manqué de tomber. Un fait certain résulte de mes informations à Paris, qui concordent d'ailleurs avec ce que m'a dit, en 1871, à Gastein, l'empereur Guillaume lui-même; — qu'on se reporte aux notes de cette année-là : — c'est que M. Benedetti n'a jamais reçu d'offense ; qu'il se trouvait à la gare au départ du roi, ce dont il se serait certainement abstenu s'il eût reçu une offense aussi grave ; que la dépêche de cette prétendue offense ne venait pas de lui, mais de Munich et de Stuttgard ; et, ce qui paraîtra incroyable, qu'on s'est excité et qu'on a fait exciter les autres sur cette première nouvelle, sam en demander la confirmaiion au comte Benedetti ; qu'enfin — et ceci serait plus incroyable encore, mais mes informations me permettent à peine un doute à cet égard — si l'on procéda avec cette précipitation sans exemple, ce ne fut pas par suite d'une préméditation secrète, mais en toute bonne foi, parce qu'on croyait que la chose était réellement arrivée.

Page 1