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3t(4 MÉMOIRES DU COMTE DE BEUST

sM l'altitude que prendraient les puissances en cas d'à Mie restauration éventuelle, et j'eus souvent l'occasion d'entendre les bonapartistes parler d'un gouvernement outillé^ par où ils entendaient le matériel gouvernemental qu'ils avaient encore ^ leur disposition. Il me fut dit alors que la campagne du àix^ deGramont avait été provoquée pour en faire le thème d'urt^ proclamation, qui aurait emprunté aux bulletins de guerre 1^ fameux <c irahi, » par lequel ceux-ci expliquaient les défaite ^ Je ne puis garantir la chose, mais^ ce que je sais bien, c*est qiB. ^ tout cela me fit une impression assez sensible pour me déte miner à suspendre, pendant une année et plus, mes visites Chilshurst, où je ne retournai qu'après que quelques perso nés se furent entremises. Un mobile sérieux pouvait seul m'i poser une telle abstention, car ce n'est pas mon habitude de détourner du malheur^ et je gardais à Timpératrice Eugénie^ d temps où elle était dans sa splendeur et sa puissance, un so venir fidèle et reconnaissant, et je trouvais un réel plaisir à L conversation de cette grande dame, qui ajoutait au charme d'u intérieur aimable celui d'un esprit sérieusementcultivé. Je sui -^ heureux d'avoir ici l'occasion de dire quelques mots d'une per-^ sônnalité qu'à bien des égards on n'a pas appréciée comme elle méritait de l'être. Celui qui, comme moi, a connu pendant plu-* sieurs années l'ennui mortelde Chilshurst, peut seul rendre jus* tîce aux mérites de la femme à qui on n'avait cessé de reprocher son amour du plaisir et des frivolités, et qui, cependant, sans avoir cessé d'être une fort belle personne, ne quitta jamais ïe deuil, et refusa, à l'exception de celle dé la reine à Windsor»

toutes les invitations que la haute aristocratie se faisait honneur de lui adresser, pour se consacrer tout entière à l'avenir de son* fils. Onaaltribiiéà Timpiratrice Eugénie une part très grand» dans les événements de la guerre. Etait-ce avec justice? Cela est douteux. D'après ce que j'ai appris, — ce n'est pas elle qui me Ta dît, — le propos « Cesi ma guerre » n'a jamais été tenu. J'ai le souvenir bien précis qu'une grande bévue a été corn* mise, quand la guerre eut éclaté, et que l'impératrice y eut uoi» part essentielle.

Je donnai le conseil de s'entendre avec Tltalie pour l'évacuation de Rome, — ce qui ne comportait pas une occupa» tioa de la ville par les Italiens, mais simplement la retraite de» Groupes françaises vers quelques points rapprochés, encore au jpouYoir du pape ; — ce conseil attira sur le « huguenot» une grande colère. M. Emile OUivier s*est d'ailleurs approprié \h même opinion dans son livre sur le concile.

Je reriens à la correspondance du duc de Gramout. On m*a reproché de divers côtés de m'en être laissé émouvoir et de ne pas avoir gardé le silence, en raison de ma positioo de plénipotentiaire encore en activité de service. Il eût fallu une singulière abnégation pour accepter sans mot dire un tel désa* vea de soi-même^ et en laissant s'accréditer une telle interpréta* tien historique de la vérité.

Je n'aurais pas hésité toutefois à m'y résoudre. . C'est une vieille règle, respectée même par la France, malgré ses changements de monarchie et de république, qu'il existe une continuité dans les faits de la politique (^trangèie, de

un ministre répond de ce qu'a fait son prédécesseur.

nte Ândrassy s'était prêté à une déclaration qui n'eût

i une identification formelle avec moi^ mais qui eût

l'exactitude des détails^ j'aurais pu, j'aurais dû me taire,

'ai attendu en vain, et j'ai été forcé d'intervenir. La dépè-

;galement destinée à la publicité^ qui fut adressée aa comte

^ny], et par laquelle lui fut procurée la copie de ma lettre

$sée au duc de Gramont , ne répondit pas de ce qu'avait

le ministre des affaires étrangères, mais de ce qu'avait fait

lit le président du ministère hongrois en 1870, etelle accq>te

di'claration^ affirmée par M. Tbiers^que moi-même j'ai dé-

arée impossible par principe. On ne saurait supposer qu'une

éclaration aussi vague ait été faite par un ministre hongrois

ai 89 doutait bien de l'éventualité d'une guerre avecla Russie.*^

Voici le contenu de ma correspondance avec Gramont.

opte dune lettre particulière du Comte de Beust au Due Gramont^ d Paris, en date de Vienne, le l janvier 1873.

Monsieur le Duc,

La lettre, que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, en mse à la mienne du 20 du mois passé, ne m'est parvenue que ^ [, notre ambassade l'ayant retenue faute d'une occasion sûre, 'empresse de vous en offrir mes remerciements. Je ne me plains pas des publications que vous avez jugées opp<^ nés. II est vrai qu'elles devaient nécessairement provoquer ur »lémique regrettable avec laquelle, dans ma position actuelle.

n'était difficile d'entrer en lutte; aussi y suis-jc resté complèteii tranger. Mais comme j'ai la conviction d'avoir consciencieuse^ empli mes devoirs envers mon souverain et mon pays, et que , a satisfaction de vous entendre dire, comme vous le faites dans première des lettres publiées par les journaux, que Tattitudede l'A riche était sympathique ei loyale, j'ai aussi la certitude que cet i. ident n'aura servi ni à compromettre les bons rapports de monpa} tvec l'Allemagne, ni à refroidir les sentiments de sympathie etd'es ime qu'on nous a gardés en France. Et c'est là Tcssentiel. Je ne vous dissimule pas que, moi, j'ai également éprouvé un seniment de surprise. C'est que je n'ai pu m'empécher de me souvelir de la visite que vous avez bien voulu me faire à Londres. Nous vons beaucoup causé des événements de 1870, et vous m'avez dit iQS réserve que vous aviez compris notre manière d'agir, et vous î m'avez adressé aucun reproche. Il est sûr qu'aujourd'hui vous m'en faites pas non plus; mais convenez que vous en mettez, ''olontairemcnt sans doute, dans la bouche de ceux qui vous endent. Et le reproche est-il permis? Positivement non. *ermettez-moi d'abord de vous faire observer que les paroles souées dans votre première lettre, et qui se retrouvent dans une des ânes, écrites après la déclaration de li guerre, ne pouvaient être rgument contre ce que Monsieur le Président de la République ivient d'avoir entendu à Vienne, puisque ce passage de sa dépoi se rapporte clairement à l'époque où nous avions l'honnei r us y voir comme ambassadeur. Voilà pourquoi, Monsieur le e vous ai demandé aussitôt la date du document auquel vois allusion, car il était impossible qu'il appartî.it au temps de imbassade. Il est cependant très essentiel de relever les dates, ous aviez été, comme ambassadeur à Vienne, autorisé à tenme vous le dites, ce même langage à votre gouvernement.

il s*eD8uivrait que nous aurions encouragé la France à ftdre la guerre, tandis que c*est le contraire que nous avons fait.

Je vois par une seconde lettre, publiée par les journaux, que vous «ppelez l'attention sur le mot « répéter », qui prouverait qii*un langage identique avait été tenu antérieurement par le Prince deMetternich. Je vous en demande pardon; mais n'est-ce pas un peu jouer «ur les mots? Il me serait permis d'objecter que le mot répéter ne «'emploie pas seulement dans le sens de la redite, mais encore, et «urtout en termes de diplomatie, pour engager quelqu'un à dire à un tiers ce qu'on dit à lui-même.

Rien ensuite ne prouverait, en admettant même votre interprétation, que la même chose ait été diteantérieuremeAt à la déclaration de guerre, liais je n'ai besoin d*aucune subtilité. Puisque vous dites que le Prince de Mettemich, Ûdèle à ses instructions, n^a jamais tenu tin autre langage, je prends la liberté de vous envoyer ci- joint copie d'une dépêche qui lui fut adressée dans le moment décisif, et je suis bien sûr que notre ambassadeur^ fidèle à ses instructions, n'a pas oublié d*y conformer son langage.

Maintenant passons succinctement en revue ce qui est intervenu «ntre les deux gouvernements.

Vous me rappelez une négociation de ces années 1869 et i870. D'abord, ce que vous avez en vue n'appartient pas — voilà ce qu'il «8t encore important de constater — à 1869 et 1870, mais à 1868 et 1869. Ensuite je ne crois pas que le mot de négociation y soit applicable. Une négociation aurait été confiée aux ambassades. Il y a eu des échanges d'idées et de projets, et vous voudrez bien vous rappeler-que c'était à ma demande que je fus autorisé à vous en donner connaissance lors de votre entrée au ministère. Cette correspondance, revêtue d*un caractère tout privé, fut terminée en 1869 «ans avoir abouti; il n'y a eu absolument rien de signé; mais, comme

VOUS avez dû vous en convaincre par sa lecture, trois points la caractérisaient. L'entente avait un caractère dëfcnsif et un but pacifique; il devait y avoir, dans toutes les questions diplomatiques, une politique commune, et rAutriche se réservait de déclarer sa neutralité dans le cas où la France se verrait forcée de faire la guerre.

Vous conviendrez que nous nous sommes conformés au troisième point, et ce n'est pas nous qui avons dévié des deux autres. Mais, j*î le répète, rien n'a été conclu, ce qui est peut-être regrettable; car si on avait signé, la nécessité de nous faire intervenir dans Faction diplomatique aurait, j'aime à le croire, certainement empêché '^ guerre.

lie seul engagement qui en soit résulté, sans toutefois avoir jamais ^t^ revêtu de la forme d*un traité, consistait dans une promesse ^^ciproque de ne pas s'entendre avec une troisième puissance à Tinsu *'un de l'autre.

Tous verrez par l'annexe déjà citée, portant la date du 41 juillet ^870, que nous nous sommes souvenus de cet engagement, qu'il n'en ^^x^istait pas d'autre, mais que nous nous sommes plu à Tinterprédans son application large, en promettant le concours de notre ion diplomatique.

Or, le passage que vous avez cité prend expressément pour point départ « la fidélité à nos engagements » et c'est en se rappelant -ci tels que je viens de les préciser qu'il faut apprécier la portée réelle des deux lettres dont vous avez fait mention.

Je ne sais à quoi se rapportent vos paroles lorsque enfin vousrap* pelez la négociation d'un traité d'alliance défensive et offensive contre la Prusse, qui aurait été négocié entre la France et l'Autriche depuis plusieurs mois; — ce que je sais, c'est que la proposition nous ^^ a été seulement faite après la déclaration de la guerre, et que, pour des raisons qu'il est inutile de rappeler, nous l'avons déclinée

sans hésitation'et bren avant que les hostilités eussent commeDeé.

C'est parce que nous nous trouvions dans cette impérieuse nécessité, que nous nous sommes efforcés à rendre notre neutralité acceptable à la France sans que pour cela on ait pu conclure que Doas lui offrions notre intervention armée.

Il est donc clairement établi que, lorsque la France a déclaré l& . guerre, pas un mot n'avait été dit ni écrit qui eût autorisé à comp' ter sur le concours militaire de l'Autriche; et en conscience, Moo" sieur le Duc, la guerre une fois déclarée, ces lettres du 21 juillet vous ont-elles sérieusement fait penser alors que vous pouviez mettre en ligne de compte une intervention de TAutriche à main armée? — Vous êtes resté aux affaires plusieurs semaines encore pendant que les événements de la guerre se sont rapidement succédé, et veuillez donc me citer un télégramme ou une dépêche, partie pour Vienne, pour rappeler à TAutriche ses engagements et pour hâter ses opérations militaires.

Assurément, Monsieur le Duc, telle n*a pas été alors votre pensée; ainsi que Ta fait votre successeur. Monsieur le Prince de la Tour d'Auvergne, qui se trouvait au courant de tout ce qui avait été dit et écrit, et qui avait parfaitement jugé à Vienne la situation du premier coup d'œil, vous avez reconnu qu'il n'y avait à attendre de l'Autriche qu'une action bienveillante auprès des neutres, et à cette tàche-là nous n'avons point failli.

Agréez, etc., etc.

Signé : Beust.

A Son Excellence le Comte de Beust ^ etc.^ etc.

Paris, le 8 janvier 1873,

Monsieur le Comte , J'ai reçu la lettre, que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en

poDse à la mienne du 21 décembre, et je regrette que cette der- Ire ne vous soit parvenue que dix jours après avoir été écrite. Ce lai, comme vous avez pu vous en convaincre, est indépendant de

volonté.

'ai lu avec toute l'attention qu'elles méritent les observations

vous ont suggérées les récentes publications que les circons- :es m'ont imposées bien à regret ; il me semble y trouver la ;e de quelque malentendu sur la nature et la portée de mes affirions, et je crois devoir au bon souvenir de nos anciennes rela- 8 de ne laisser subsister à cet égard aucune équivoque, iais, avant d*aller plus loin, je dois vous prévenir que je n^accepte [uoi que ce soit la responsabilité de tout ce qui se dit ou s'écrit )ar de mes paroles. Je ne réponds que de mon propre langage. } crois superflu de vous assurer que ce n'est pas le désir d'une iûcation personnelle qui m'a mis là plume à la main. S'il en eût ainsi, je n'aurais pas, pendant deux ans de suite^ gardé un sie que je n'avais aucune envie de rompre, 'incident a été provoqué par le retentissement du langage inpérant et inexact de Monsieur Tbiers, qu'il devenait nécessaire, r l'honneur de la France, d'arrêter au passage, elaposé, vous remarquerez que je n'ai jamais prétendu que vous s aviez encouragés à faire la guerre. J'admets parfaitement, ce que c'est la vérité , que vous nous en aviez dissuadés jusqu'au nent où vous avez envoyé à Paris Monsieur le Comte Vitzthum ; i'ai aucune difficulté à reconnaître que, le 13 juillet, vous nous s même conseillé de nous tenir pour satisfaits de la renonciation >rince de HohenzoUern dans les termes où elle s'était produite L Et j'y ajoute que je ne doute pas qu'il vous ait été fort pénible éprendre que cette circonstance n'avait pas suffi pour éteindre onflit franco-prussien.

Je reconnais aussi que les promesses de concours dont j*al ciié/i formule sont postérieures à la déclaration de guerre, et enfin, je termine ces aveux en déclarant qu'en mon àme et conscience je ne puis adresser aucun reproche au Gouvernement autrichien au sayi de la ligne de conduite qu'il a tenue à l'égard de la France, et qui loi a été imposée par les événements. Je ne suis pas en mesure d'apprécier la nature des bons rapports qui existent maintenant entre le cabinet de Vienne et celui de Berlin ; mais, comme Tincident qui nous occupe n'a rien mis en lumière qui ne fût connu à Berlin, il est évident qu'il n'a rien pu compromettre de ce côté; et quant à ce qui nous concerne, la nation française ne peut voir dans ces info^ mations que de nouveaux motifs de sympathie et d'estime pour l'Autriche. Et, comme vous le dites avec raison. Monsieur le Comte, : c'est là l'ecsentiel.

Vous me rappelez qu'ayant eu l'honneur de vous voir à Londres en 1871, nous avions beaucoup causé des événements de 1870, et qu'alors je vous avais dit sans réserve que j'avais compris votre manière d'agir et que je ne vous avais adressé aucun reproche. Vos souvenirs sont très exacts. Je n'avais alors, et je n'ai encore aujourd'hui, aucun reproche à vous adresser. Quant au langage que vous a prêté Monsieur Thiers, il est bien naturel que je ne vous en aie pas parlé à Londres, car je ne le connaissais pas, et je n'en ai été informé qu'au commencement du mois dernier par la publication de son étrange déposition.

J'ccarte pour le moment toute controverse sur les négociations de 1868, 1869 et 1870. Cela n'offrirait aucun avantage ; je me borne seulement à vous rappeler que ces négociations, dont vous fûtes le premier à m'instruire, étaient restées « ouvertes » (c'est le mot textuel ) en 1869, et qu'elles ont servi de base et de point de départ au traité qui a été négocié à la fin de juillet 1870 en vue de la guerre

t de la coopération de l'Autriche à cette guerre. Donc la date de 870 trouve sa place correcte et légitime à côté d^s dates antérieurs de 1868 et 1869.

J'afIGrme deux choses :

Lapremière, c'est que pendant que j*étais ambassadeur à Vienne» ous De m'avez pas dit qu'il ne fallait laisser au Gouvernement im- ^rial aucune illusion, et le bien convaincre, aq contraire, que, s'il engageait dans la guerre, l'Autriche ne le suivrait pas. Cette affirmation^ je la maintiens avec une certitude parfaite qui tppuie non pas seulement sur ma mémoire, qui est cependant ^8 sûre» mais aussi sur les notes que j*ai conservées. Je n'ai jalis eu. Monsieur le Comte, une seule conversation avec vous, •elle de quelques minutes, que je n'en aie écrit -la substance, et vent les mots eux-mômes, avant la fin de la journée. Aussi, je 3 certain de ce que j'avance quand je déclare que vous ne m'avez

tenu à Vienne le langage que vous prête Monsieur Thiers. fous avons souvent parlé de la guerre, nous étions d'accord pour )as la désirer, et nous reconnaissions qu'il se faisait en AUema-

un travail qu'il était de l'intérêt de l'Autriche comme de la Dce de ne pas interrompre. Nous avons quelquefois envisagé entualité de la guerre en thèse générale, et je vois dans mes notes dors vous me représentiez coinbien il serait désirable que la rre, si elle devenait nécessaire, naquît d'une cause non-aileide» qu'elle prit naissance, par exemple, au sujet de quelque ition orientale, de manière à laisser à l'Autriche toute sa lié d'action pour la part qu'elle serait appelée à y prendre. Je •ose que vos souvenirs seront ici d'accord avec les miens ; mais it aux paroles que Monsieur Thiers a placées dans votre bou* je n'en vois aucune trace, si ce n'est dans cette dépêche écrite ^ous le 41 juillet 1870 à Monsieur l'ambassadeur d'Autriche et

dont je viens de prendre connaissance pour la première fois, dam lii copie que vous avez bien voulu m'envoyer.

Là, en effet, je vois que vous chargez Monsieur Tambassadeur de] nous enlever toute illusion et de nous faire entendre avec ménagement que nous ne devons pas compter sur votre concours.

Cherchant toujours de préférence les explications qui n'aboutii-', s'îiit pus à des résultats extrêmes, je me fais l'idée qu'il se sera élabB dans les esprits quelque confusion involontaire entre le langage écrit le il juillet 4870 et le langage parlé pendant les années précédente*.

Je ne vois pas d'ailleurs que, pendant le cours de ma mission Vienne, se soit présenté une seule occasion où l'Autriche ait é mise en demeure de se prononcer sur ces dispositions à faire b| guerre, et je n*ai jamais eu à réclamer devons son concours, méoM; éventuel, àcet effet. Ainsi donc, je le répète, et le maintiens formdl('ment, vous ne m*avez jamais, pendant que j'étais ambassadeur à Vienne, tenu le langage que vous prête Monsieur Thiers.

J'apprends aujourd'hui que vous l'avez écrit plus tard au Prince de Mettornich, dans cette dépêche du 11 juillet que vous venez de m'envoyer, et que je ne connaissais pas, parce que Monsieur l'ambassadeur d'Autriche ne nous l'a j.unais montrée.

Je vois en effet, dans la copie que vous venez de m'adresser, que vous recommandez î\ Monsieur l'ambassadeur d'Autriche d'employer son zèle et son influence pour faire accepter vos réserves à Sa Majesté et t\ ses Ministres, sans provoquer leur mécontentement, j et je trouve, dans cette communication tardive, la clef d'une situation qui nous causa pendant quelques jours d'assez sérieuses préoccupations. Il se lit alors entre vous, Monsieur l'ambassadeur d'Autriche, et moi, un échange d'explications verbales et écrites qui eut pour effet (le dissiper ce (|ue vous avez a[ pelé des malentendus regrettables. Monsieur le Comte de Vitzthum vint à Paris, et aussitôt s'effa-

lèrent toutes les traces de la froideur qu'avaient naturellement engendrée vos réserves , bien que Monsieur Tarabassadeur d'Antriche, suivant vos instructions, n'eût rien négligé pour en adoucir l'expression.

Monsieur de Yitzthum voit l'empereur, il cause avec moi, retourne à Vienne, et c'est aussitôt après son retour que vous écrivez, le S) juillet, ces mois :

. « Le Comte Vitzthum a rendu compte à notre auguste maître du Liiessage verbal dont l'empereur Napoléon a daigné le charger. Ces ^fardes impériales, ainsi que les éclaircissements que Monsieur le i^c de Gramont a bien voulu y ajouter, ont fait disparaître toute possibilité d'un malentendu que l'imprévu de cette guerre soudaine iiftorait pu faire naître . Veuillez donc répeter à Sa Majeaté et à ses iHinistres que, fidèles à nos engagements, tels qu'ils ont été ronsiipés dans les lettres échangées Tannée dernière entre les deux Souverains, nous considérons la cause de la France comme la nôtre, et nous contribuerons au succès de ses armes dans les limites du lible. n Je renonce bien volontiers à donner au mot de répéter la signifijonqui, dites-vous, ne lui appartient pas; mais, d'un autre côté, ne puis m'empécher de relever la différence radicale qui existe l'attitude du cabinet de Vienne le 20 juillet, et celle qu'il paraisvouloir prendre le li, dans ce document inédit et inconnu que venez de porter à ma connaissance. Comment se fait-il que le joiUet, à la récq>tlon de cette dépêche (du il). Monsieur Tanid' Autriche ne m^ait fait aucune communication du genre eello qu'il m'a faite le 24, à la réception de votre dépêche du 20? loi ne m'avait-il pas laissé cette première dépêche, comme ill'a laissé la seconde ?

le ne me charge pas de répondre en ce moment à cette question,

mais je constate que, le 24 juillet, j*avaisdans mes mains ladéclar»»^ tion qu'il n'existait plus de malentendu entre nous et le cabinet de i Vienne, et, de plos, la promesse formelle qa'3 contribaerait ansse-^ ces de nos armes dans la mesure du possible. C'est là ma secondes affirmation ; et, vous en conviendrez, elle est indiscutable.

S*agissait-il de contribuer au succès de nos armes d'une façoD platonique, si je puis m'exprimer ainsi, par des vœux sympathiques, sans jamais tirer l'épée ? Je crois qu'il est difficile de l'admettre, et,i d'ailleurs, vous aviez pris le soin de nous rassurer à cet égard, car vous ajoutiez plus loin: «Dans ces circonstances, le mot neutralité que nous prononçons, non sans regret, nous est imposé par une nécessité impérieuse et par une appréciation logique de nos intérêts solidaires. Mais cette neutralité n'est qu'un moyen, le moyen de noos rapprocher du but véritable de notre politique, le seul moyen de compléter nos armements sans nous exposer à une attaque soudaine, soit de la Prusse, soit de la Russie, avant d'être en mesure de nous défendre. » Et, le soir du même jour (24 juillet). Monsieur l'ambassadeur d'Autriche, précisant davantage cette question des armements, m'informait par écrit que, dans l'état où la guerre avait surpris l'Autriche, il ne lui serait pas possible d'entrer en campagne avant le commencement de septembre.

Enfin, bien que la promesse de concours ressorte suffisamment de ce qui précède, et qu'en vérité il me semble superflu d'insistei davantage, je vous rapp3llerai ce qui s'est passé lorsque M. 1« comte de Vitzthum revint à Paris et qu'alors, de concert ave( M. l'ambassadeur d'Autriche, il posa avec moi les bases, les article! mêmes, de ce traité^ qui déclarait nettement que la neutralité armé des puissances contractantes était destinée à se transformer en coc pération effective avec la France contre la Prusse.

Je vous rappellerai que ce sont les représentants de TAutrich

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VOS propres plénipotentiaires et mandataires, qui ont suggéré le mode de cette transformation de la neutralité armée en coopération effective, et que ce mode consistait, une' fois prêts, à réclamer de la Prusse, sous forme d'ultimatum, rengagement de ne rien entre- )reDdre contre le statu quo défini par le traité de Prague. Les né- [ociateurs autrichiens disaient alors, avec raison, que le refus de a Prusse était certain, et qu'il deviendrait le signal des hostilités ombinées.

Et maintenant. Monsieur le Comte, vous me demandez si les comiQoications du 20 juillet, ou, poqr parler plus correctement, du 4 juillet, jour où je les ai reçues, ont pu me faire « penser sérieusenent que nous devions mettre en ligne de compte une intervention e l'Autriche à main armée? » Mais je ne puis faire autrement que e vous retourner la même question.

Du moment où l'Autriche promet de contribuer au succès de nos rmes; quand TAutriche nous explique que la neutralité qu'elle roclame n'est qu*un moyen, que cette neutralité n'est que le moydn'e compléter S3S armements pour se rapprocher du but véritable de a politique, lequel but est de contribuer au succès de nos arm^s ; nand son ambassadeur m'écrit que les armées autiichienncs.ne oarront entrer en campagne que dans les premiers jours de sep* Bmbre; quand les plénipotentiaires autrichiens placent, dans un nité négocié en ma présence et avec mon concours, un article por« . mt que la neutralité armée des puissances contractantes est desr oée à être transformée en coopération effective avec, la France • mtrela Prusse : quand ces mêmes plénipotentiaires suggèrent, 1^8 «miers, la manière de procéder diplomatiquement à cette tran^fôi^ itîon que doivent suivre les hostilités; c'est moi qui vous lé detnde sérieusement, monsieur le comte^ que devions-nous penser? yoas ajoutez « qu'étant resté aux affaires plusieurs semaines en*

core pendant que les événements de la guerre se sont rapideme^ ^ succédé, je n'ai envoyé à Vienne ni un télégramme, ni une dépêcl^^^ pour rappeler à l'Autriche ses engagements et pour hAter ses o] rations militaires », et vous en concluez que je ne pouvais croii sérieusement à la coopération d'une armée autrichienne.

Rappeler à l'Autriche ses promesses, quand nous nous battions^ quelques jours après les avoir reçues! J'avoue que l'idée ne m'eu est même pas venue.

Mais si vous croyez que je n'ai pas écrit à notre ambassadeur de recourir à tous les moyens en son pouvoir pour hâter vos opé* rations militaires, vous êtes dans une grande erreur, et j'ai sous les yeux les minutes de plusieurs dépêches, entre autres de celles que je lui ai adressées le 27 et le 31 juillet et le 3 août, qui n'avalent pas d'autre objet.

Je ne doutais pas des intentions de l'Autriche; je n'en doute pas davantage aujourd'hui, et j'ai la conviction que si nos revers, aussi soudains qu'imprévus^ n'avaient rendu son concours impossible, ce cortcours nous eût été donné comme il nous avait été promis; j'avais, je l'avoue, un peu moins de conQance dans la promptitude de ses préparatifs, bien que je reçusse à cet égard, de personnages très compétents, des informations rassurantes.

Je termine. Monsieur le Comte, cette lettre déjà trop longue, en protestant de nouveau contre toute idée de reproche et de récrimination* Je maintiens mes deux affirmations, mais rien n'est plus loin de ma pensée que de vouloir faire un grief, soit au Gouvernement impérial et royal, soit à vous-même, delà conduite politique de l'Autriche après nos désastres. Ce serait manquer au plus haut degréde sens pratique, et môme d'équité, que de s'étonner du temps d'arrêt qui a été la conséquence de nos défaites successives et surtout de nos désordres intérieurs. Je dirai même, qu'il y aurait de

uotre part une certaine ingratitude à ne pas reconnaître, qu*entre toutes les puissances, F Autriche a été la dernière à abandonner complètement la France.

J*ai trop longtemps résidé à Vienne pour ne pas apprécier toute la différence, toute la distance, qui séparent TAutriche et son Gou* vernement de cette phalange de journaux payés par la Prusse, et dont plus d'une fois vous avez déploré avec moi, verbalement ou par écrit, la vénalité et Tabsence de patriotisme. Nous le savons en France, les sympathies de la véritable Autriche nous ont suivis audelà de nos revers, et nous ne serions dégagés de la reconnaissance que du jour où il nous serait démontré que son Gouvernement cherche à répudier aujourd'hui les sentiments qu'il professait jadis. Je regrette, Monsieur le Comte, d'avoir donné à ma réponse un développement aussi considérable, et je vous prie d'y voir une marque de la considération que j'ai pour vous et pour toutes les comiDUQications que vous voulez bien me faire.

n a fallu un état de choses aussi exceptionnel que celui de mon malheureux pays; ila fallu ce fait, aussi étrange qu'incroyable, d'un chef d'État s'égarant dans les entraînements d'un langage de partisan, pour me faire descendre dans l'arène et quitter ma retraite. Je me hâte d'y rentrer, maintenant que ma tâche est remplie, et j*aimerais à y emporter la confiance que vous ne vous méprenez pas sur le sentiment qui m'en a arraché pour quelques heures. C'était mon devoir.

Agréez, Monsieur le Comte, les assurances de ma haute considération.

Signé : Gramont.

On conçoit que je ne devais pas, dans ma position d'ambassadeur, continuer cette discussion. Je devais donc subir des juu. 24

gements injustes et erronés, contre lesquels j*aurais pu protesl^^' en répliquant. Aujourd'hui rien ne m'empêche de le faire. D'^^' bord je ferai remarquer que le duc de Gramont, qui prétend n'^ ' voir jamais rien su de la dépèche du li juillet, convient cepeDt ^ dant que j*avais déconseillé la guerre. Quant aux mots crjusqu'^ l'arrivée du comte Yitzthum», il fautsavoir quecelui-ci^ quiétaif^ alors ambassadeur à Bruxelles^ étant en congés avait fait séjour à Paris avant la déclaration de guerre sans ordres de son gouvernement, et ne fut envoyé à Paris 'qu'après la déclaration de guerre; après tout cela^ il est évident qu'il ne s'agissait plus d'un conseil. Les mots: « il est clairement établi que lorsque la France a déclaré la guerre, pas un mot n'a été dit ni écrit qui put autoriser à compter sur notre concours militaire », ne sont nullement réfutés dans la réplique de Gramont; ils y sont, au contraire, confirmés par la déclaration du duc, qui dit qu'il n'a jamais trouvé l'occasion, pendant sa mission à Vienne, de mettre l'Autriche en demeure de se prononcer sur ses dispositions à faire la guerre^ et qu'il n'a jamais eu à réclamer son concours, même éventuel^ à cet effet. Après cela il faudrait donc que j'eusse fait de plein gré à l'ambassadeur de France, qui ne s'avisait jamais de me parler de notre concours à une guerre de France, la promesse d'une participation pour le cas où la France voudrait faire la guerre.

Il s'agit en même temps de constater en passant quel était, à vrai dire, l'état de la mémoire si prodigieuse du duc de Gra« mont. Je rappellerai les propositions d'alliance du gouvernemnet français à l'occasion de l'affaire de Luxembourg, mention-

uées au chapitre IX. Le duc de Gramont savait à quoi s'en tenir^ et pourtant il prétend n'avoir jamais réclamé, pas même éventuellement, le concours de TAutriche ! La réponse de Gramont con- Ueatde même une contradiction non moins choquante et d'une grande portée. Il dit: «en mon âme et conscience je ne puis adresser aucun reproche au gouvernement autrichien et je n'avais alors, et, je n'ai encore aujourd'hui, aucun reproche à vous adresser.» A la fin de sa réplique, Gramont s'en rapporte néanmoins à des stipulations positives et des dépêches diverses qu'il avait adressées à son successeur à Vienne, le princedeLa Tour d'Au- Tergne, pour hâter les opérations de l'Autriche. Il parait doBC bien étrange que celui à qui l'on avait fait de telles promesses, et qui insista en vain sur leur réalisation, n'ait rien, absolument rien, à reprocher à l'autre. Cette contradiction s'explique par la confusion de ce que soutient Gramont. 11 n'y avait pas de stipulations, et le prince Metternich comme le comte Yitzthumne sont pas convenus d'avoir fait des déclarations auxquelles ils n'étaient pas même autorisés. Gramont se garde bien d'invoquer un fait accompli quelconque ou un protocole. Il est vrai que cette phrase élastique le : « comte Vitzthum, de concert avec l'ambassadeur d'Autriche, posa avec moi les bases de ce traité » pouvait être prise dans le sens que le traité aurait existé; ce qui pouvait être le cas de faciendo et non de facto^ si même, et je n'en conviens pas du tout, les personnages en question avaient fait cette déclaration comme Gramont prétend l'avoir comprise.

S'il se rapporte ensuite à une convention, exigée de la Prusse,

SOUS forme d'un ultimatum, de ne rien entreprendre contre statu quo arrêté à la paix de Prague, sa mémoire lui joue \M tour chronologique. Une proposition semblable, que nous n'avota jamais acceptée, a été faite par la France en 1868. Mais il fan une audace qui nous explique bien d'autres affirmations, pou faire croire que^ dans un moment où les armées de TAlle magne du sud étaient déjà en campagne avec l'armée prus sienne, on s'aviserait à Vienne d'adresser à la Prusse une inter pellation à Tégard de la ligne du Mein.

Je n*ai jamais douté que le duc de Gramont n'ait écrit d bonne foi ce qui est sorti de sa plume, mais sa mémoire s*ég£ rait parfois sans le vouloir dans des visions, ce qui est lai gement prouvé dans son livre signé « Andréas Memor » ( dans ses (( Rectifications ». De même il revient toujours à ce (c instrument » signé par les trois souverains d'Autriche dQ France et d'Italie, dont il n'y a jamais eu qu'un proje * Sesdéposilionsdevantla commission d'enquête parlementain en 1872, nous apprennent, à plusieurs reprises, que l'arma prussienne était en marche, qu'elle avait même franchi 1 frontière, bien avant la déclaration de guerre.

D'ailleurs, me voilà devenu presque indulgent pour Gramon ayant parcouru les « dossiers » et connaissant maintenant le dépositions d'autres témoins, particulièrement celles du comt de Chaudordy. On y apprend : « qu'à l'entrevue de Salzbourg en 1867, les deux empereurs se sont entendus sur la nécessil de la guerre », ce qui est en contradiction avec mon réci de 1874.

« Ce qui était certain, c'est qu'elle (rAutriche) était tellement engagée de notre côté, que son Gouvernement ne pouvait pas se retourner de longtemps, et qu'il a fallu une lettre directement adressée par le nouvel empereur d'Allemagne après sa consécration, hélas! ici même, à Versailles, pour faciliter au Gou-

vernemeut autrichien sa réconciliation avec la Prusse, et en

cela M. de Bismarck a été encore une fois très habile, car il s'est attaché complètement, de cette façon, TEmpire austrohongrois. On se sentait si bien engagé vis-à-vis de nous que, pour s'excuser, on nous disait alors, du côté de l'Autriche, que ces nouvelles relations nous aideraient à obtenir de meilleures conditions quand viendraient les négociations de paix. »

Ace moment de la déposition de M. de Chaudordy, la sténographie est interrompue par ordre de M. le président.

Cette interruption est peut-être regrettable, car on n'aurait pas manqué de s'égayer des déclarations ultérieures de M. le comte de Chaudordy.

Le mot « se retourner » est bien usité dans la lanjgue politique et s'applique quand on se détourne d'un côté et qu*on indine vers l'autre, ce qui arrive assez souvent. Eh bien, d'après l'interprétation du comte de Chaudordy, TAutriche se trouvait dans ce cas, mais, longtemps, elle ne parvint pas à incliner vers le côté opposé. Pourquoi? Parce qu'elle était tropengagée de l'autre oôtët 11 ne fallait donc qu'une lettre qui fût écrite parle nouvel empereur d'Allemagne à l'empereur d'Autriche après la « Consécration» à Versailles t Voilà ce qu'en dit le comte de Chaudordy. Quant à cette « Consécration » on ne peut y comprendre autre

chose que la proclamation de l'empire allemand, qui eut lieu Versailles, le 18 janvier 1871. Ainsi, jusque dans la second moitié de janvier, après la défaite dé Sedan, la captivité de Napoléon III, la chute de Metz, et quand on était prêt à la conclusion des préliminaires de paix, sans qu'un seul soldat autrichien eût bougé, l'Autriche ne devait pas, par égard pour ses engagements avec la France, assister l'Allemagne t Enfin il était notoire, (et, puisqu'on le lisait dans tous les journaux, cela ne pouvait être un secret pour le comte de Chaudordy), que Taccord entre l'Autriche et TAllemagne était déjà arrêté au mois de décembre 1870, en vertu de la dépêche que le prince Bismarck avait adressée au général Schweinitz à Vienne, et de celle que moi-même j*avais adressée au comte Wimpffen à Berlin. Il n'y a pas le moindre doute qu'une déclaration dérisoire n'a pas été faite par l'Autriche, comme le prétend le comte de Chaudordy, c'est-à-dire qu'il n'a pas été question de procurer à la France de plus favorables conditions de paix après l'accord avec l'Allemagne.

Si l'on trouve, en lisant les protocoles de cette commissioc d'enquête, que les dépositionsdes témoins interrogés font preuve d'une étourderie incroyable, d'un autre côté il n'y a pas lieu d'admirer la formule donnée aux questions par les membres de la commission. On ne conçoit pas, par exemple, pourquoi le comte Daru, qui a été ministre des affaires étrangères, n'a pas adressé au ducde Gramont cette simple question : a Dites-nous :y avait-il, oui ou non, un traité d'alliance avec l'Autriche? » Car l'histoire n'a jamais fourni l'exemple que deux empires, décidés à faire une

goerre en commun, n*aient pas conclu d'abord un traité politique et une convention militaire. En outre, dans ce cas, celle des parties décidée à entreprendre une guerre, non pas défensive mais offensive, aurait certainement averti l'autre contractant qu'elle comptait sur lui.

Lorsque je fus envoyé à Paris en 1879, une dame, liée d'amitié avec moi et le duc de Gramont, chercha à nous réconcilier. Je ne demandais pas mieux, parce que je suis d'avis qu'il vaut mieux avoir un ennemi de moins que dix amis de plus. On nous fit dîner ensemble, et Gramont me rendit visite le premier. Je ne voulais pas encore, à cette première rencontre, mettre sur 1b tapis ce sujet délicat. Lorsque j'allai le voir, il était parti ; Pendant son absence, je pris mon congé ; et quand je revins je lo trouvai mort. De cette façon l'explication espérée ne put Jamais avoir lieu. Mais il y ^ une chose remarquable. On sait ^[^ l'inclination, afférente à la nature humaine, d'imputer à ^'autres les causes du malheur que l'on a fait naitre soi-même, ^Bt propre aux Français tout aussi bien qu'aux autres nations. I^Qurlant les essais de justification de Gramont en France ont produit peu ou point d'effet, et, après sa mort, ils n'ont pas été pris en considération dans la presse qui, il faut le dire, ne tut guère favorable au défunt.

Dans la dépêche que j'adressais de Londres, en 1874, au comte Andrassy et qui (cela me parait assez important) n'est nullement contredite, se trouve le passage suivant :

<r Le duc de Gramont n'a pas pu prouver, et ne prouvera pas, que jamais un mot fut dit ou écrit avant la déclaration

de guerre, qui aurait pu autoriser ou du moins tenter la France à croire qu'elle pût compter sur le concours armé de TAutriche.

Lorsque la guerre était déjà déclarée, ce n'étaient pas des assurances obligeantes, mais des témoignages amicaux qui arrivaient à Paris.

Le découragement du gouvernement français nous aurait beaucoup nui, sans lui servir de rien. Il est facile de juger cela aujourd'hui; personne n'avait fait de même alors. On se souvient que le gouvernement prussien se chargea lui-même de porter, par la Presse, l'attention sur la probabilité d*une défaite, n nous était connu que l'empereur Napoléon était disposé à la conclusion de la paix; et il n'y a pas de doute que oelle-ci eût été conclue à nos dépens, car, dans ces circonstances, la reddition de l'Allemagne du Sud eût déjà été une défaite pour TAutriche; et comment aurait-on jugé un ministre autrichien qui n'aurait pas prévu ce dénouement ? Je ne saurais nier que plus d'un mot trop peu pondéré se soit échappé dans les documents en question, par la suite des événements et par le trop de zèle personnel du rédacteur de la minute, mais ce ne sont que des mots, ce ne sont ni des pensées ni des actes auxquels s'attachent le charlatanisme de Gramont et la persécution de la presse. Je dis sans crainte le « charlatanisme de Gramont », en me rapportant à tous ses procédés, car il ne pourra jamais ni prouver ni soutenir ce qui, seul, serait en état de l'excuser auprès du monde contemporain et auprès de la postérité, c'est qu'il avait une alliance avant la déclaration de guerre. Et quant à la conviction

â.cquise, à ce qu'il disait, de confidences ultérieures, c'est-à-dire qvi*il pouvait compter sur le concours armé de TÂutriche, elle lui attirerait encore le reproche de ne pas avoir profité de ces dispositions pour amener une alliance. »

Ne voulant pas changer un mot du texte de ce rapport, le mot cAarlatanisme n'a pas été supprimé. Mais je n'ai jamais eu l'intention de m'expliquer cette expression par l'idée d'une appai^eoce, reconnue fausse, que Ton veut faire croire une réalité à Quelqu'un; je ne pensais qu'à une idée fausse à laquelle on finit croire soi-même. Je le répète, je suis persuadé que Gramont écrit de la meilleure foi du monde, mais je le suis aussi qu'il 8*est jamais rendu compte de la différence de noire attitude ^-"%rant que la guerre eût commencé et après; et le peu de valeur ti'il attachait aux intentions du prince Metternich et du comte itzthum est prouvé par les mots. « Est-ce qu'on s'allie à un ^attu?»

Il faut donc envisager sous ce point de vue les rapports avec

^ris après la déclaration de guerre. La guerre finie, il était fa-

L^le de dire ce qu'on aurait défaire; mais qui pouvait, lorque la

erre avait éclaté, prédire son cours ultérieur? Je me rendis

mptede toute ma responsabilité, et cela d'autant plus, qu'étant

^t.ranger, l'empereur m'avait fait venir en Autriche. Cela m'a

^^U8é bien des nuits blanches. Si j'avais été un aventurier, tout

^ine m'aurait guère embarrassé.

11 ne m'aurait fallu que demander à Paris 600 millions, et je

aurais reçus ; je m'en serais servi pour préparer la guerre,

suspendre la constitution et la loi sur la presse — on ne m'en

avait pas retiré les moyens, et la Hongrie n'eût pas été un obs- —^cd tacle. En cas de victoire, j'étais un grand homme, en cas de défaite je pouvais gagner le large. Sur ma foi, chacune de mes démarches était bien pesée et conforme aux circonstances. Le résultat pour TAutriche-Hongrie a été Tamitié obligeante de ^f l'Allemagne et l'appréciation sympathique de la France. On n'aurait pu mieux réussir : ni l'empereur, ni TÉtat n'ont rien perdu à cette affaire; c'est moi seul qui en portais, pour ainsi dire, toute la peine. Me rendait-on justice? J'en serais bien aise.

Je recommande au lecteur patient les trois suppléments de ce chapitre. Ils complètent ce que j'ai dit plus haut ; notamment la dépèche du 20 juillet 1870.

Supplément I au chapitre XXXTT

Lettre particulière adressée au comte Andrassy à Vienne.

LondreSi 23 avril 1873.

Monsieur le comte,

Venant de lire dans les journaux ce que Votre Excellence a dit

^ la séance plénière de la délégation hongroise, je sens le vif désir

^G vous remercier . Nul homme tombé n*a bu impunément à la

^Urce intarissable de l'ingratitude qui fait encore tomber des

luttes amères4ans ma vie paisible, mais cela n'a rien pu changer

* ïïia gratitude pour le bien que Ton m'avait fait ; encore une fois

^^Oc, grand merci !

Mais oserai- je ajouter une prière?

Les jugements à Tégard de la valeur politique, de Tactivité diplo- ^B.lique, d'un ministre qui a cessé de l'être, seront toujours diffé- ^^nts. Ceux qui l'approuvent n'ont pas besoin d'une connaissance approfondie de ses actes et ceux qui le désapprouvent n'en veulent (K>int. Il serait donc oiseux de s'engager dans des discussions détaillées. Le point délicat du corps représentatif^ c'est la question d'argent; il n'y aque les faits qui peuvent convaincre : M. de Zssdenyi

380 UEUOiltES DU COMTE DE BECST

a remarqué, entre auLres choses, que l'État ne devait qu'à m; q le et h mes résolutioDs la dépense inutile de 19 millions p pp.'paralifs de guerre en 1870.

HaiB que Votre Escelleoce se rappelle les résolutions qui reut la dépense de 19 millions et qui furent prises & l'unariii avec le cons^nlemjnt absolu et même la recommandation di ministres-présidents (Votre Excellence et le comte Potocki i c conseil pré:idé par Sa Majesté, et cela sans aucun rapport polit! |ue eitérieure, spécialement h l'égard des relations i France, mais en considération de la situation faite à la moi par les érénements. Si l'on s'avisait donc de faire des ren: semblables à la délégation autrichienne, je serais bien obligé Excellence d'avoir fait mention de ces faits incontestables.

Suppléoient n au chapitre t^tctcit

Au comte Andrassy à Vienne,

Londres, 15 avril 1874.

Monsieur le Comte ,

^'ai souvent saisi l'occasion de mentionner et d'expliquer l'attitude la presse anglaise à Tégard des événements du continent. 6 crois devoir faire mention, danS ce même ordre d'idées, de cer« )s de ces articles où ma personne est intéressée. Votre Excel- -e n'ignore pas qu'il s'agit des dernières révélations sur 1870. 'ai la satisfaction de constater que mon opinion sur la bienséance l'impartialité de la presse ont trouvé à cette occasion une justition brillante.

luelques grands journaux, par exemple « Times » et <( Horning t » ont passé sous silence ces faits, tandis que trois autres jour- Lx des plus considérés et des plus répandus « Observer » Satur- J Review » et « Daily Telegraph » ont écrit des articles détaillés pleins d'éloges sur la politique de l'Autriche à cette époque. Jem3 rmets de citer quelques passages.

La « Saturday Reyiew » dit : « £n coDsidérant les circo dans lesquelles fat écrite la dépêche aussi sensée qu'honora le comte Beust, qu'on n'oublie pas que le comte Tavait bien ayant que les Allemands eussent acquis le moindre avs lorsque la France se disposait à transporter la guerre en Ail et qu'elle ayait, confiante en siforce, l'assurance de Tempe son adyersaire. Si le comte Beust explique pourquoi l'Aut pouvait pas secourir la France, nous sommes sûrs qu'il p chose au sérieux ep écrivant : Que la neutralité serait ir TAutriche par les circonstances. » Cet article ci -inclus rem de deux colonnes et ne contient pas un seul mot de critiqu conduite de l'Autriche et la dépêche qui en fait mention. < gage, dit l'article ci-joint de «TObseryer», est aussi clair sonnable ; et il faut dire à la louange du comte de Beust langage est. toujours resté le méme^ et que ce n'est pas sa h France a conçu des espérances qui ne se sont jamais réali

Le « Daily Telegraph » dont l'article n'est pas sous ma que je me permettrai d'envoyer plus tard, rapporte le se langage de la dépêche à la politique traditionnelle de TA' neutralité très attentive (1813- 1854.) politique qui a toujoui les meilleurs services à l'Autriche.

Il me faut ajouter que je no connaissais ni les propriétair éditeurs, ni les collaborateurs de ces trois journaux.

« Pall Mail » et « Standard » n*ont retenu qu'une impress dépêche, c'est qu'elle déjoue entièrement les allégations di Gramont. « Standard »en dit « a crushing despatch » et, à i passage, « un modèle de bon sens ( a model of common seii

Ce langage, libre de préjugés, se distingue avantageuse celui qui se trouve dans les journaux de Vienne, même ( sérieux, qui n'entendent par patriotisme que l'avilissement

ent la position difficile du gouvernement d'un empire qui, cposerau danger, savait môme profiter de cette situation, le reproche d'avoir ofTensé TAllemagne paraît étourdi et ié ! — sans compter que c'est à un ministre autrichien •nnaire, qui n'avait pas manqué à ses devoirs, et non à un

allemand que Ton fait ce reproche. — Toute la presse

qui venait de montrer franchement ses sympathies pour

çne en donnant le conseil au parlement de l'empire allemand

donner la constitution à TUnité, repousse d'une seule voix

que la dépêche du 20 juillet 1870 ait été un délit contre 2:ne ou môme contre Téléraent allemand en Autriche.

Supplément m au chapitre XXXIV

Lettre à un ami.

Vous me parlez^ cher ami, de la lettre du duc de Gramont ^ vous me demandez ce que j'en pense et ce qu'il faut en penser.

Vous partagez ainsi judicieusement votre question en deux pa ties, Tune m*étant personnelle, et l'autre se rapportant au fond la chose même.

En vous disant quelle est ma pensée, je crois deviner la vôtre^ Ce n*est pas ma pensée que vous voulez connaître, c'est l'impressio que la lettre a faite sur moi et que vous supposez sans doute avoi-^ été fâcheuse. Eh bien, je ne dirai pas absolument le contraire. L^ duc de Gramont, avec lequel, pendant quatre années, je n'avais ccss»* ^ d'entretenir les relations les plus amicales, est venu me voir peu d^ temps après mon installation à l'ambassade de Londres. Nous avon^ beaucoup causé des événements survenus depuis, et, dans le couranP^ de notre conversation, il m'a communiqué plusieurs fois plusieurs détails qui sont de nature à l'excuser, je dirai môme à l'exculper présence des accusations que Ton fait peser sur lui. Aussi, chaque fois que l'occasion s'en est présentée, je n'ai pas oublié d'en tirer parti potir prendre sa défense. Mais, en môme temps, notez biea

: il m'a dit qu'il avait parfaitement compris ma politique et titude de l'Autriche, et pas le plus léger reproche n'est sorti de bouche. Je vous dirai plus : Je lui rappelai mon télégramme par uel j'avais chargé le prince de Metternich de rengager, dans les mes les plus pressants, à se contenter de la renonciation du prince HohenzoUern et à l'exploiter comme succès diplomatique inconstable, n me dit qu'il avait partagé ma manière de voir, mais l'il avait dû agir en conséquence d'une décision arrêtée en sens Dtraire. Je ne commets pas d'indiscrétion avec ces dernières pales, car ce qu'elles disent se retrouve dans le livre publié par le ic lui-mdme. Jugez donc de mon étonnement, lorsqu'à la veille de irtir en congé avec une parfaite liberté d'esprit, j'eus la surprise ) cette lettre avec la perspective assez déplaisante d'une polémique ^ec les journaux, moi qui me félicitais d'en avoir perdu Thabitude* Cependant une grande partie de la presse — et vous conviendrez le ce ne fut pas la plus mauvaise — a accueilli la prétendue rêvétion avec un esprit de calme et de réserve auquel on ne saurait op rendre justice, et j'ai le ferme espoir que cet incident ne servira à compromettre les bons rapports de mon pays avec l'Allemagne à refroidir les sentiments de sympathie et d'estime qu'on nous a .rdés en France. C'est là l'essentiel. Ce qui me concerne personilement est d'un intérêt secondaire. Mais si j'avais encore Thonor d'dtre ministre de l'empereur et que j'eusse à répondre à une terpellation je dirais ceci :

La guerre de 1870^ entreprise contrairement à mes conseils et à es prévisions, avait placé i 'Autriche-Hongrie dans une position tsplus difQciles. Il est facile aujourd'hui de dire ce que nous avions faire, il n'en était pas de même lorsque l'issue restait douteuse ; qu'il était du devoir d'un ministre d'envisager avec une entière ulépendance de jugement les éventualités les plus diverses qui

pouvaient en résulter, et qui étaient toutes d*une portée grave pC^i^ les intérêts et l'avenir de la monarchie. J*ai rempli conscienciei ment le mien dans des moments souvent pénibles, et je crois ne avoir fait fausse route. Les calamités de la guerre nous ont été épa^*" gnéesy le vainqueur est devenu notre ami, le vaincu n*a rien eu ^ nous reprocher, la lettre du duc de Gramont l'atteste, car elle d^^ clare l'attitude de {'Autriche avoir été sympathique et loyale. N'es^-' ce pas assez pour être content?

Voilà ce que je dirais, et voilà ce que dira un jour l'histoire qitf^^ juge les choses dans leur ensemble et les hommes suivant le bio^' ou le mal qu'ils ont fait à leur pays.

Et, ceci carrément posé, je vous dirai, à vous, que je n*ai pas ^ craindre les publications, pourvu qu'elles soient complètes.

Aais, me direz-vous, et nous voilà arrivés à la seconde partie d-^ notre question : qu'est-ce qui en est du langage que H. à» Qn^-^ mont aurait été autorisé à tenir à son Gouvernement, et quel le document dont il parle? Eh, mon cher ami, c'est précisémen ce que je lui ai demandé le jour même où j'ai lu sa lettre dans h journaux. La mienne, confiée aux soins de notre ambassade à Paris^. lui a été remise le 21 de ce mois, mais je suis encore, à l'heure^ qu*il est, à attendre une réponse. On dit que le duc est de nouveau^ souffrant.

J*en ai été donc réduit à fouiller dans ma mémoire, ne pouvant ^ fouiller dans les papiers, et je n'y ai encore rien trouvé qui puisse ^' m'éclairer. Mais ce que, dès àprésent, je puis vous certifier, c'est que, dans tous les cas, le duc s'est singulièrement trompé de date. Et c'est la date qu'il importe de connaître et que je Tai particulière-ment prié de m'indiquer.

Le duc de Gramont parle du temps où il était ambassadeur à Vienne, puis parle du langage qu'il était autorisé à tenir à son Gou*

v^'^rnement, et il cherche à réfuter un passage de la déposition de hM . ThierSy qui se rapporte à la même époque. Or je déclare une coinmanicatioD, qui aurait autorisé l'ambassadeur de France à dire ^ son Gouvernement qu'il pouvait compter sur TAutriche en cas d^cine guerre, absolument impossible, je déclare pareille communier, (ion ne jamais lui avoir été faite. Veuillez donc me dire vousio.âme s'il est seulement admissible, en supposant même que nous ayons été dans les dispositions les plus favorables à la France, qu'il agirait pu entrer dans notre pensée de nous engager ainsi pour une guerre m abstracto et avant l'existence même d'un casm belli; si 1*011 parle d'épouser une cause avant qu'il n'y ait une cause. Et <iite8-moi encore s'il est admissible, qu'après avoir reçu de telles ^Bsorances à Vienne, le duc de Gramont, devenu ministre des affaires étrangères, se trouvant en présence d'une complication des plus (n^aves, n*ait pas songé aussitôt à transformer ces assurances en traité. Mais c'est là ce qui a été si peu le cas, que des propositions A*alliance nous ont été seulement faites après la déclaration de guerre.

Car» soit dit en passant, il n'existe pas et il n*a jamais existé une transaction quelconque qui eût engagé l'Autriche à entrer en cam» fagne ni à propos de la candidature Hohenzollern, ni de la paix de I^gue^ ni de la ligne du Mein, ni pour tout autre objet.

Nous ne pouvions que décliner ces propositions qui nous furent tiites au milieu du mois de juillet, et le désappointement, bien que Dollement légitime, n'en fut pas moins profond et regrettable. C'est dans ce moment-là, où il n'y avait plus moyen d'arrêter les conséquences d'une décision vivement combattue,que nous devions refuser ce que l'on attendait de nous; il est possible que, dans une lettre particuliàre, où l'on ne pèse pas toujours les mots, il se trouve des paroles rassurantes, qui, dans l'état où en étaient les choses, ne pou-

vàient plus eiftrcer une influence sur les déterminatiohs du Gouvernement français et qui n'ont pu devenir fatales pour lui, car, ce qu*on lui reproche, ce n'est pas d'avoir fait une guerre qu^il avait déclarée, c'est de l'avoir déclarée, et ce n'est pas nous qui Tavons encouragé à la faire.

Voilà comment les choses se sont passées, et le duc de Gramont a donc bien raison de dire que la conduite de TAutriche était sympathique et loyale.

' Mais encore un mot. Youdra-tpon peut-être trouver notre maintien qui, je le répète, était dicté par une aiqpréciation consciencieuse de toutes les phases de notre position, incompatible avec notre déclaration de neutralité? Ce serait se faire une idée très fausse de ce que c'est que la neutralité. En se déclarant neutre, un État s'engage à remplir les obligations que lui impose la neutralité tant qu'il reste neutre, mais la déclaration de neutralité n'est pas un pacte avec les belligérants qui enchatne sa politique et qui Tempéche de l'abandonner le jour où il le voudrait. En veut-on une preuve? il n'y a qu'à se rapporter à la dernière guerre.

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