II
iM MÉMOIRES DU COMTE DE BECST
sur la question du concordat» que sur la situation de rAutricIi
-Hongrie yisȈ-vis du concQe du Vatican.
L'année 1870 amena deux résultats ayant une connei étroite : i"* la proclamation du dogme de Tinfaillibilité, du c du concile et 2^ la déclaration de caducité du concordat, du c du cabinet de Vienne. Les délégations qui se réunirent en 11 à Pest eurent à examiner des dépèches très explicites et t
• détaillées sur ces deux événements. II se trouva que la sess de cette délégation — la moins agréable de celles auxquei
'j'ai pris part — eut lieu à une époque où la rancune du pi constitutionnel, qui, comme je croyais l'avoir prouvé, était b imméritée, mais néanmoins profonde, me fit opposition parto ce qui eut cette suite singulière, que les écrits qui représi taient à Tégârd du Vatican les idées et les actions du minist bourgeois et de la majorité, ne trouvaient que peu ou po d'acceptation du côté des membres de la délégation appai
nant au parti constitutionnel; et même son chef, leD' Herl
devint l'allié de l'ultra-clérical Mgr Greuter. Ce dernier procéda avec beaucoup de passion, et il reçue;
des applaudissements du parti constitutionnel, en profitant
son désacord momentané, — ce qui n'était jamais arrivé. Parlant du Livre rouge, il résuma son jugement en rappel
le testament d'un général suédois qui avait dit à son fils : ff
ne sais pas avec combien peu de sagesse le monde est {
verné. »
Ma réplique fut vite prête ; je répondis :
' « L'honorable délégué a dit son opinion avec une gra
franchise; il a commencé par un mot qui, bien qu'il soit historique, a été prononcé, autant que je peux me le rappeler, par un chancelier suédois : C'est ce mot bien connu: «Mou fils, tu ae sais pas avec combien peu d'esprit le monde est gouverné. » Certainement c'est là une parole bien tranchante; mais, dans le siècle où vivait Oxenstierna, on gouvernait beaucoup et on parlait peu. S'il vivait encore aujourd'hui, il se serait peut-être exprimé autrement. »
Malgré la disposition d'esprit défavorable, presque hostile, de rassemblée, cette réplique fut reçue avec une gaieté bruyante. Bien entendu, les attaques de Mgr Greuter s'adressaient déprime abord à ma conduite en ce qui concernait le concordat; mais il fout remarquer qu'à la fin il arriva à dire que la suppression du concordat n'était pas affligeante, que c'était une « felix culpa; » ce à quoi je me serais attendu le moins de sa part, elte phrase pouvait à peine être prise au sérieux, ce qui ne m'empêcha pas de faire observer à cette occasion que trois bauts dignitaires de l'Eglise catholique, avec lesquels j'eus à traiter cette question, déclaraient partager le point de vue de l'Eglise contre les concordats.
L'un d'eux était l'archevêque de Paris, Mgr Darbois, le même qui, pendant la Commune, fut fusillé comme otage. Les deu antres vivant encore, je ne crois pas pouvoir les nommer. Ils n'appartenaient pas à l'épiscopat autrichien.
Le prince de Bismarck m'a appelé, dans une de ses lettixis, {ui a été publiée autrefois, son adversaire le plus n DbjectiT. » te voudrais prouver par les paroles suivantes que je suis josié
fidèle à mon « objectivité » même pendant ces discussions quoique ces paroles soient moins tombées dans les oreilles & rassemblée que, par la fenêtre, dans la rue :
te 11 se peut que j'aie beaucoup d'ennemis dans ce payrs mais — et je puis le dire en toute conscience — dans cet empir* il ne vit pas un homme dont je sois l'ennemi. J'ai bien trouv^ au commencement un ennemi que je me suis fait un devoir d* persécuter, avec lequel je lutterai tant que j'aurai l'honneLi de me tenir à celte place, que je persécute, parce que je le prend pour le plus grand ennemi de TAutricbe.
» G est le pessimisme, cette malheureuse disposition d'esprit qui a atteint ici une perfection que nulle part il n'a eue. Ce fatalisme qui, non seulement, se perd dans de sombres perspectives, mais qui s'y plaît, pour lequel c'est un besoin de voir l'Etat toujours déplus en plus accablé d'embarras, de difficultés et de dangers; qui est gêné de voir pour une fois le calme qui suit la tempête. C'est une parole aussi attristante que consolante que je puis prononcer après tant d'expériences : A l'étranger on a meilleure opinion de nuus que nous-mêmes, et nous serions encore plus estimés si l'étranger avait de nous d'autres descriptions de notre situation que celles que nous faisons nous-mêmes. »
Pour terminer je dis : « On a l'habitude d'en appeler toujours j à votre confiance, mais moi je dirai : J'ai confiance en voire appui patriotique, ayez confiance vous-mêmes, messieurs, enl& bonne étoile de l'Autriche, ayez confiance en sa force souvent mise à l'épreuve, mais pas affaiblie; croyez fermement à l'avenir de l'Autriche, et cet espoir ne sera pas déçu. »