CHAPITRE XXXVIII
isiro
La mer Noire et les Tehèqaea. — Galicie. — * Bro4y. ^ Klaezko.
l(a répopse à la âénoHCiation du traité par la Russie trcniva dans les feuilles viennoises, notamment dans la « Nouvelle Presse libre », Taccueil le plus favorable et une approbation absolue. Il fut d'autant plus surprenant, et explicable seulement par la mauvaise humeur qu'on m'a témoignée un certain temps, qu'on n'en prit aucune note dans la Délégation. Si, pourtant. Dans la commission un député bohémien du nord, — dont on disait que sa façon de parler devait m'ètre agréable — laissa tomber ces paroles remarquables pour un député autrichien : <c En quoi cela nous regarde4-il, la mer Noire?» Comme opposition à cette renonciation germano-bohémienne, les chefs du mouvement tchèque trouvèrent opportun de s'occuper de la mer Noire, mais tout en réservant à la Russie sa liberté d'action.
C'était un des points principaux du fameux mémorandum que m'adressa le D' Rieger au nom de ses amis politiques et de la nation tchèque. J'y répondis par la note suivante :
Si j'étais obligé de faire comprendre à la nation tchèque qu'elle ferait bien de ne pas s'occuper des affaires de la Russie, surtout au moment où il existe un différend entre cette puissance et Dous^ je devais aussi prier Indirectement le gouvernement russe de ne pas se mêler des affaires intérieures de TAutrichc-Hongrie ; I carie ministre anglais des affaires étrangères avait communiqué à 1 notre ambassadeur, le comte Âpponyi, à son retour d'Ems où avalent eu lieu les pourparlers russo-prussiens connus — que des deux côtés on regardait d'un mauvais œil notre bienveillance à l'égard de la Galicie, et lord Clarendon se croyait même obligé d'avertir le gouvernement impérial et royal. C'est alors que j'expédiai la dépêche suivante, qui fut attaquée, dans la Délégation, par le Dr Herbst, à cause de « l'immixtion » dans les affaires intérieures. C'était pourtant un document destiné à éloigner toute immixtion dans nos affaires Intérieures.
Le Comte de Beusl au Comte Apponyi^ à Londres,
(Lettre particulière.)
Vienne, le 27 juin i870.
Il me revient de différents côtés que la question polonaise a joué Qncertainrôledansl'entrevued'Ems. Les deux souverains auraient, m'assure-t-on, jugé nécessaire d'établir entre eux une sorte d'entente provoquée par Tattitude du Gouvernement Impérial et Royal dans les affaires de la Galicie.
Cette nouvelle m'est encore confirmée par les renseignements
4M ilEMliIRES nu COMTE DE BE15ST
que Y0U5 me transmetlez sous la date du 33 de ce Enois. iVapr^ les di^Uiils confldeiitiels que vous me dounez sur votre « conversalic: intime » avec lord ClarenJon, il me semble que Sa Seigneurie c trouve pne entièrement dénuées de fondement les alarmes qui, à ■: que nos voisins prétendent, leur sont inspirées par notre toniiuH ïis-i-vis des Galiciens. Je vois avec plaisir que vous vous êtes» forcé de placer les faits sous leur vrai jour, et je ne puis qu'a£ prouver le langage que vous avez tenu au Principal-Secrétair d'Etat. Le sujet est cependant assez important pour mériter qu'» y revienne, et je crois devoir vous iadiqu'T quelques considératioiJ nouvelles que je vous prie de soumettre, lorsque vous en trouvera l'occasion, à l'appn^ciation de lord Clarcndon.
Avant tout je dois établir en principe, ainsi que vous l'avez àé§ fait, que la manière dont nous gouvernons la Galicie est puremeD une question d'administration intérieure et qu'il est, sinon impoE sible, du moins fort dangereux d'admettre que des questions J cette Dature puissent deveolr l'objet d'une entente entre des puiE sances étrangères. Qu'un gouvernement établisse chez lui un t& gime plus libéral que celui qui existe chez ses voisins, il n'y : certes pas là une raison sultlsantc pour que ceux-ci aient le droi de ee plaindre et d'agir comme s'ils étaient directement menacés Tant qu'il n'y a pas de propagande active exercée au delà des fron tiëres, tant qu'il n'y a pas de tentative d'étendre une influence illi cite sur les pays adjacents, tout gouvernement doit rester libre d'oi ganiser, comme il l'entend, l'administration de ses provinces, c ses voisins ne sauraient avoir un juste motif de prendre de l'om brage.
S'il en était autrement, ou laisserait s'établir un précédent foi grave et d'une portée très menaçante pour le maintien de la paii Que dirait-on, parexemple, en Angleterre, si l'Autriche et la France
manifestant des alarmes de la politique suivie par la Prusse à Té* gr&rd des aspirations de la national! të allemande, déclaraient y voir un molif de se concerter étroitement afin de parer à toutes les éventualités? Je crois qu*un pareil langage paraîtrait au cabinet de Londres plus inquiétant pour le maintien de la paix que telle ou telle avance faite par le gouvernement prussien au parti national allemand, et nous aurions sans doute en ce cas à entendre des re* proches assez vifs de la bouche de lord Clarendon.
Pourtant ce ne sont que ses propres nationaux que le gouvernement impérial et royal cherche à se concilier en Galicie, car nous pouvons hardiment affirmer que jamais un acte ou une parole offi* cielle n*a révélé de notre part le désir de flatter la nationalité polo* naise en dehors de la Galicie«
Il me semble donc qu'on ne saurait reconnaître à la Prusse et à la. Russie ]e droit de se formaliser des concessions que TAutriche <^Toit utile de faire aux Polonais de la Galicie. D'ailleurs ces craintes, <lii'onnousdit être conçues à Berlin et à Saint-Pétersbourg, existent- ^lles réellement? J'avoue que j'ai de la peine à y croire.
Il me serait difficile d'admettre que nos voisins pussent se réjouir c voir une province importante de l'Autriche rester mécontente ;
ais qu'ils trouvent un danger pour eux à ce que cette province oit satisfaite, c'est ce que l'imagination la plus timorée ne saurait ^mprendre.
Si c'est en qualité de Puissances co-partageantes et en se fondant
^ur les droits acquis à ce titre que les deux Puissances préten-
^cSraient devoir s'occuper des aflaires de Galicie, nous pourrions tout
^ussi bien réclamer de notre côté le droit de surveiller la manière
^ont la Russie gouverne ses provinces polonaises.
Nous n'élevons pas de pareilles prétentions et si, par n spcct pour l'indépendance de tout Gouvernement dans les aflaires durcssort de
l'admiai&tration intérieure, nous gardons une réserve absolue devanc^ les questions de cette nature, nous pensons qu'on pourrait obser\' envers l'Autriche les mêmes égards lorsqu'elle cherche à satisfai les vœux légitimes de ses sujets de nationalité polonaise. Il y a une époque, sous Tadministration du marquis Wielopolski, oh Russsie favorisait plutôt chez elle le développement de la national polonaise. Quels que fussent alors nos sentiments à l'égard de ce^i manière de procéder du Gouvernement russe^ nous n*avons {>s. trouvé que nous eussions à nous en préoccuper, ni cherché à ét^blir une entente avec la Prusse pour nous prémunir contre les dangers qui pouvaient en résulter. Lorsque plus tard nous nous sommes, d'accord avec les Gouvernements d'Angleterre et de France^ prévalus du texte des stipulations du traité de 1815 pour réclamer à Saint-Pétersbourg en faveur des Polonais, la situation était tout autre. L'insurrection polonaise constituait -alors un véritable péril pour nous en particulier et pour le maintien de la tranquillité gé- : nérale. Les Puissances pouvaient invoquer, pour justifier leurcon- \ duite, non seulement le texte d*un traité, mais l'urgence d'aviser à l'extinction d'une conflagration qui prenait des proportions redoutables et menaçait la sûreté des pays voisins. Il n'y a aucune analogie entre la situation actuelle de la Galicie et celle où se trouvait à cette époque le Royaume de Pologne. Le calme le plus complet j règne en Galicie, et Userait étrange de prétendre que la tranquillité I et le contentement d'une province sont une menace ou un danger j pour les voisins. 1
Je contesterais donc absolument à la Prusse et à la Russie 1<^ j droit de se faire une arme contre nous de l'organisation administra- ' tive qu'il nous plaît d'introduire en Galicie, et qui ne touche en rien J aux intérêts de sujets prussiens ou russes. Je ne crois pas noéï»^ beaucoup à la réalité des craintes qu'éprouveraient ces Puissance^-
F*ar contre, je ne disconviens nullement de m*étre montré favorable , depuis mon entrée au Ministère, à l'adoption d*un système accordant une certaine satisfaction aux vœux de la Galicie. En agissant ainsi, je crois m*étre inspiré des conseils d'une saine politique et je suis persuadé que tout homme d'État impartial appréciera les motifs qui m'ont dicté cette conduite.
Parmi les diverses nationalités répandues dans l'Empire austrobongrois, la nationalité polonaise est une de celles dont le dévouement aux intérêts généraux et au maintien de l'Empire nous est te plus sûrement acquis. — En effet, elle n'a aucun appui à chercher en dehors de l'Empire dont elle fait partie. Sans parler de '^excellent contingent militaire que la Galicie a toujours fourni dans nos guerres, ses représentants de nos Assemblées délibérantes ^2 sont montrés jaloux de veiller à la grandeur de l'Empire. Ce ^Ont eux, qui dans la Délégation du Reichsrath devant laquelle je ^Uis spécialement appelé à défendre la politique impériale, m'ont le Wu8 fidèlement soutenu par leurs discours et leurs votes. Resserrer '^9 liens qui les attachent à l'existence de l'Empire austro-hongrois ^^'a donc toujours paru essentiel, et ce but ne pouvait être mieux ^^leint qu'en leur accordant les concessions qu'ils réclamaient sur '^ terrain de l'autonomie administrative. C'est dans ce sens que j'ai f^l^idé leur cause avec conséquence dans les Conseils de l'Empereur, ^^ que j'ai plus d'une fois insisté sur la nécessité de les rallier ^'t boitement autour des nouvelles institutions de l'Empire. Qu'il ^^îlle pour cela leur donner certains droits favorables au dévelopment de leur sentiment national, le fait est incontestable. Mais droits sont circonscrits aux limites de la province, et nous ap- "portons une attention scrupuleuse aies contrôler de façon à ce qu'ils "■^^ puissent pas franchir ces bornes. J'en citerai ici un exemple. ^ Ministère du comte Potocki accepte la présence dans le Conseil
des Ministres d*un Ministre spécialement chargé de représenter les intérêts de la Galicie, parce que ce Ministre doit être, comme ses collègues, responsable devant le Reichsrath, c'est-à-dire, devant la représentation générale des provinces cisleithanes, de la part qu'il prend à la direction de la politique. Il n'est donc pas à craindre que, placi sous un pareil contrôle, ce Ministre puisse sacrifier les intérêts généraux deTËmpire à la poursuite de tel ou tel but particulier.
En revanche, le Gouvernement s'est énergiquement opposé à ce qu'on établisse en Galicie une administration responsable devant la seule diète de la province, parce que dans ce cas on pourrait, en effets appréhender que des intérêts spécialement polonais fussent mis a-^' dessus des intérêts généraux de l'Empire.
Cet exemple prouve à quel point nous sommes attentifs à ne p^ fournir de gri^f légitime aux Puissincos voisines et à ne laisser ^'^' corder aux sujets polonais de l'Empereur que des droits leur as» ^ rant une grande autonomie administrative, mais ne Içur perm^^ tant pas d'exercer une influence séparée et directe sur l'attitude pF' litique de l'Empire. Le besoin de la paix extérieure et le désir de ^ conserver sont trop vivement sentis chez nous pour que nous \om^ ^ lions courir le risque des aventures. Nous pesons et continueroim donc de peser avec soin les mesures qu3 nous prenons à l'intérieur de l'Empire, de façon à éviter toute cause de conflit avec nos voi " sins. Mais tout en étant bien décidés à observer sous ce rapport un^ grande prudence, nous devons cep3ndant nous réserver la pleine liberté de modiûer nos institutions et notre système administratif selon les exigences de notre situation. Nous ne pouvons admîttr»^ que de pareils changements justiûent de la part des Puissmces étrangères une attitude de méfiance.
Je crois qu'ea examinant la question telle quî je viens de la dé-
velopper on devra reconnaître que nous n*avons aucun reproche à nous faire, et que nous n'avons pu éveiller aucune susceptibilité légitime.
Nous allons encore donner dans ce moment un témoignage assez marquant de notre désir d'entrelenir avec la Russie des relations amicales. L*Empereur, notre Auguste Maître, envoie à Varsovie 80D cousin TArchiduc Albert pour porter ses compliments à l'Empereur de Russie. Cette démonstration, rehaussée par la haute position personnelle de l'Archiduc, sera Je l'espère, de nature à calmer les appréhensions que l'on aurait pu concevoir sur l'état actuel de nos rapports avec la Russie. Nous ne demandons, je le répète, qu*à Tirre dans la meilleure intelligence avec tous nos voisins et à nous occuper en paix de nos affaires intérieures. Recevez, etc.
Eq 1870 la chambre de commerce de Brody (sans connaître cette dépêche) m'élisait dans le Landtag de Galicie. Je ne pus pas accepter» étant retenu à Vienne par les événements. A cette époque Julien Klaczko faisait partie du ministère. Je le priai de me rédiger en polonais un télégramme de remerciement, lequel n'eut pas du tout l'effet que j'en attendais, n Comment! dirent les bonnes gens de Brody. Nous l'avons choisi exprès parce que nous ne voulions pas un Polonais mais un Allemand, et voilà qu'il nous écrit en polonais! »
Klaczko» le collaborateur si connu de la Revue des Deuxil(mdeSj et l'auteur du fameux livre : « Deux Chanceliers » était entré, peu de temps avant la guerre de 1870, comme conseilkr au ministère des affaires étrangères. Son talent et ses acte A*t)Dt pas besoin d'être rappelés, mais je me fais un devoir de
432 MÉMOIBES DC COHTl Dl BBUST
rendre un hommage sympathique à sa noble façon de penser ^^ d'agir.
Elu dans le Landtag galicien, il se laissa aller à prononc^^' en faveur de la France un discours complètement incompatibE ^ avec sa position. L'embarras aurait été très grand pour le wm- ' nistère et surtout pour moi» si Klaczko ne s'était pas hftt ^ d'offrir de lui-même sa démission.
La lettre qui suit mérite d-étre publiée ici.
• Vieimey 5 septembre 1870.
Monsieur le Comte,
Obligé envers la France par vingt années d'une hospitalité libé — ralement accordée, profondément pénétré en outre de rimmens&==
péril que le triomphe définitif de la Prusss créerait à l'équilibre eu
ropéen et à Texistence mâtue de TAutriche, j'ai saisi la première^ occasion qui s'est présentée pour exprimer hautement celt3 coa — viction personnelle.
Devant une assemblée polonaise j'ai fait appel à nos anciennes^ sympathies qui, à l'heure qu'il est, me semblaient s'accorder entiè- ' rement avec notre dévouement pour les intérêts de l'Empire au- " trichien. En agissant ainsi, j'accomplissais un devoir que ma conscience m'imposait, mais je ne me faisais pas illusion sur la grave responsabilité personnelle que j'assumais comme fonctionnaire public, attaché au ministère de Votre Excellence.
J'ai donc l'honneur de remettre ma démission aux mains de Votre Excellence en la priant de vouloir bien être indulgente envers une conduite assurément irrégulière, mais inspirée par des sentiments sincères, et de ne point douter de la profonde gratitude et de l'affec-
lueax respect que je porterai toujours à Thomme d'État éminent dont il in*a été donné d*apprécier le cœur grand, bon et généreux. 3'ai rhonneur d'être, monsieur le Comte, avec le plus profond respect, de Votre Excellence, le très humble et très dévoué serviteur.
' JuLiAN Klaczko.
CHAPIThE XXXIX
Les relations avec l'Allemagne aprte le commencement de la guerre.
Pendant mon séjour involontaire à Vienne» après Sadowa Nikolsbourg, j'eus occasion de faire des remarques très surprp nantes pour moi : par exemple la légèreté, pour ne pas dir l'indifférence, avec laquelle on acceptait l'exclusion de TAutrichi de la Confédération Allemande. Bien plus, il y avait même de: gens pour la considérer comme un bonheur, comme la déli vrance d'un lourd boulet; et il s'en fallait de peu qu'on ne regrettât davantage la perte de la Yénétie que celle d*une situa tion séculaire de puissance et d'honneur dans la Confédération Gela me surprenait moins de la part d'un ministère fédéral, qu alors favorisait l'élément allemand, que de la part du public: J'avoue que je ne me suis jamais fait illusion au sujet d* l'immense et dangereuse portée de cette exclusion. Je sais par ait ement qu'il fallait accepter la situation, mais je reconnais
a>ussi, clairenieat, que la supréinalie de rélénicnt allenaand en À^ulricbeavait moins sa juslificatioa dans la tradition historique de TAutriche que dans les droits ot devoirs de colle puissance comme principal membre des Etals germaniques, et que, avec la cession de ces droits et devoirs, elle perdait du même coup Tappui que lui donnait celt3 situation.
La rivalité croissante de l'éliment slave contre rélément allemand, numériquement moins importml, devail fatilemeat se faire sentir. J'ai démontré surabo idamineit que j'appréciais l'importance de ce dernier, A deux reprises j'ai ti.é de l'eau les Allemands : une fois quand Belcredi, l'autre fois quand tlohenwart, les avaient noyés.
La première fois ce sauvetage me grandissait, la seconde» il ^3 submergeait moi-même.
. . S'ils m/ea ont tenu peu compte, je ne leur en garde pas ran- Oune. Miis ce que j'ai bien plus regretté, c'est, lorsque ma voix était encore entendue, qu'ils n*aient pas voulu Técouter et com- X^rendre quelles conséquences logiques devait avoir ce boule- "Hrersement. H ne suffit pas, en effet, de vouloir ignorer qu'un c^hangement profond s'est effectué et de s'obstiner à garder ^^tte ancienne situation dominante. Elle pourrait être conservée Bi rAUemani en Autriche^ qui sait si bien se faire Anglais en Angleterre, Américain en Amérique, et Français en France, se décidait à faire valoir chez lui cette faculté d'assimilation, afin que le Slave, qui comprend et parle généralement ailejnuand, ne s'aperçoive pas de sa situation à part. La tâche demande de la volonté et des efforts, mais elle n'est
pas impraticable. Il est évident qu'une part essentielle en incombe au gouvernement et que Texcës comme aussi Tinsuffisance de sou intervention aura des suites décisives, qui seront des plus préjudiciables s*il fait trop sentir son point de vue particulier. L'aliénation de l'élément germanique <— j'ai plu s d'une fois mis en garde à ce sujet, — est un grand danger. Mais ce
n'est pas la monarchie austro-hongroise que ce danger menace, ce sont les Allemands d'Autriche eux-mêmes. Tout en professant mon respect pour la puissance et les succès de l'empire germanique, et de la Prusse en particulier, je n'ai pas le moindre doute que les souffre-douleurs de TAutricho, après avoir été admis dans cette existence meilleuroi soupireraient bientôt avec une silencieuse mélancolie en pensant à l'ancienne. Une fois qu'il était question de ce culte de la Prusse, je me permis de dire en présence de l'empereur : ce Je connais un moyen de les guérir, malheureusement il esl impraticable. Que Votre Majesté fassn venir de Prusse deux gouverneurs, quatre préfets, vingt membres du Landralb, et deux cents percepteurs d'impôts, et je parie qu'avant trois mois, tout le monde viendra supplier à genoux Votre Majesté d'en revenir à l'ancien ordre de choses. Je connais mes Autrichiens. »
Celan'empèchepas que les poteaux de la frontière allemande ne soient plus près de nous que de la frontière russe, et que les événements ne soient plus forts que les hommes, ce^a n'empêche pas non plus qu'une fraction importante des habitants de l'empire allemand ne doivent être comptés malgré eux au nom-
Si mes lecteurs demandent comment l'histoire de la guerre de 1870 m'amène à ces considérations, ils en trouveront Texplication dans les remarques qui suivent.
L'Autriche exclue de la Confédération germanique, plus j'étais éclairé sur les suites de cet événement, qui devait peser si fort ^^r le développement et les relations intérieurs de Tempire, 'ï^oins je pouvais me soustraire à l'obligation de rechercher, ®ï^ quelque mesure, à prévenir ces suites, ce qui ne pouvait se '^ire que si TAutriche gardait un accès dans les choses allemandes.
Après la constitution du nouvel empire, par laquelle le Sud ^^ le Nord de l'Allemagne reçurent la forme d'un état unique, *1 ne put plus être question d'une participation de l'Autriche; 'îaaîs jusqu'alors l'état des choses permettait parfaitement d'y Songer. On n'a jamais pris trop au sérieux la paix de Prague, du côté de l'Allemagne; cependant ces stipulations ne pouvaient ^voir été faites pour rire. A qui voulait prétendre que la re- 'ïonciation de l'Autriche à une opposition dans la nouvelle organisation de l'Allemagne, après la dissolution de l'ancien pacte, 1^ privaitde son droit d'opposition en cas de modifications futu- ''^s, à cette interprétation s'opposait le fait que la paix de ^ïague ne se limitait pas à l'acte de la renonciation, mais H^n'elle constituait aussi l'Allemagne du sud en lui donnant une existence internationale indépendante; or, si cette constitution ^'avaît eu d'autre valeur que celle d'un accord entre la Prusse ^Ues États du sud, elle n'aurait pas trouvé place dans un traité ^ïitre l'Autriche et la Prusse, pour autant qu'elle n'aurait pas
été une assurance pouila première de ces puissances, et n'a-
rait pas établi son droit d'opposition éventuel. Cette considéi — a
tion, inattaquable en droit, et qui, suivant les circonstances, a^'^u
rait trouvé son application, n'a jamais été abandonnée p^^ar
TAutriche, jusqu'au moment où la constitution de Fempire g^r-
« manique lui enleva sa portée pratifjue. Les mêmes vues fureMït
à diverses fois très nettement exprimées dans les Étals du sud, particulièrement en Wurtemberg et en HcFse; en Bavière elles cédèrent le pas aux vues personnelles du prince Chlodwig <Je Hohenlohe. Mais il n'est pas sans intérêt de savoir que, £>eu avant le commencement de la guerre, son successeur, le cormle de Bray, entra avec moi en correspondance. Le comte de ft :»ay avait été jusque-là ambassadeur à Vienne, et nous nous étL ^ns autrefois tutoyés à Gutingue; aussi c'est à ces rapports d*am. 5tié, bien plus qu'à ceux du ministre bavarois avec le chancelie "w de l'Empire, qu'il faut rattacher la question qui me fut poséfe par lui sur la situation. Celte question elle-mi^me et la répons^ï venaient trop lard pour qu'il en pùl sortir quelque résultat pra//que. La lettre du comte de Bray est du 10 juillet, ma réponserfa 14. Dans celle-ci Je disais: La Bavière a une forte carie dans les mains, et, à Berlin ainsi qu'à Paris elle peut jeter dans la balance un mot dc'cisif pour le maintien de la paix. Les traités de 1866 ont un caractère défensif; si la Bavière déclare à Berliû qu'elle ne se croit pas engagée à suivre la Prusse contre ^* France dans une guerre pour le tri*ne d'Kspagne, si elle décla ^^ en même temps à Paris qu'elle est liée et doit le concours ^^ ses forces militaires en cas d'ai;ression sur le sol allemand,
is comme à Berlin TefFet d'une telle démarche ne pourraitnquer de se faire sentir.
Biais ce bon conseil arrivait certainement trop tard, car le lendemain la France déclarait la guerre.
Ce qui vient d'être dit expliquera une pensée qui resta sQ" crète^ mais qui m'occupa sérieusement un moment. J'ai rappelé déjè plusieurs fois qu'au moment où la guerre éclatait, on s'atiendait à une vigoureuse poussée des Français sur le territoire allemand, peut-être même jusqu'à Munich. Comme je l'ai dit» JQ tenais beaucoup aux préparalirs de guerre restreints adoptés ^u conseil des ministres et soutenus par le comte Ândrassy, pré- <^îsémeat en vue d'une telle éventualité; le moment était peut- *tre venu pour rAutriche de reprendre pied en Allemagne, en >i)tervenant et en disant: Halte! à l'envahisseur. Rien ne la liait ^ la France, rien ne l'empêchait de se placer entre les com-* Citants. On trouvera une pensée analogue développée à la fin ^u mémorandum que j'ai présenté à Sa Majesté l'empereur à *^ fin de décembre, et qui cWl le présent chapitre.
On sait que l'année ne se termina pas sans que l'entente la P'ua complète fût intervenue entre l'Autriche-Hongrie et la ^'usse. Je crois utile pour être complet, et pour la fidélité de * histoire, de reproduire ici encore une fois le texte de la ^or- ^^spondance échangée à cette époque.
Le Comte de Bismarck à if. de Schweinitz à Vienne,
Versailles, le 14 décembre 1870 Votre Excellence a eu connaissance des traités que la Confédéra-
Mo MEMOIRES DU COMTE DE BEUST
tfon du Non! a signes avec les Etats de l'Allemagne du sud : à V«^ . ««ailes, avec la Bavière, le duché de Bade el la lle6se; à Berlin, a»« le Wurtemberg. Par suite des derniers pourparlers qui ont eu lieu il Berlin, par lesquels ces divers Etats se sont donné leur assenliment réciproque, ces traités sont maintenant en t'iat d'être présentas aux landtags de l'Allemagne du sud.
Non seulement les considc'ratipns qui se rattachent au traité du Prague, dans lesquelles la Prusse et l'Au triche-Hongrie s'étaient entendues sui-'la mnnière d'envisager l'organisation de l'AHemagna, telle qu'elle était prévue alors, mais encore le désir d'entretfipif avec le haut Etat voisin el ami des rapports conformes !i notre passe commun et qui répondent aux sentiments et aux besoins des deux pays, m'engagent à exposer au gouvernement impérial et royal àt l'A ut riche -Hongrie le point de vue auquel se place le gouTernement do S. M. ie roi de l'russâ pour aavisager la nouvolls forme domi^ aax relations intérieures de l'Alieiiug^ae,
La paix du 23 août 1866 présuppose que les gouvernements des États au sud delalîgneduHein se formeront en uneconfédératioo.et que celle-ci ,tout en conservant une existence propre et iadépendaiile> se rattachera pardes liens nationaux plus étroits à la Confédéra^n du Nord. Toutefcis chaque gouvernement restait libre d'agir danse» sens comme il l'entendrait, attendu que ni l'une ni l'autre des pariiss contractantes n'avait, de par le traité de Prague, l'obligation ni le droit de prescrire aux Etats souverains du sud la forme de lenf* relations réciproques. Ces États n'ont pas donné suite sur ce point «u traité ; ils ont préfëré, dès le début, s'associer avec l'AllemagM du Nord sous la forme du Zollverein et de tmités de garantie réciproque.
Personne nepouvait prévoir que cet état de choses trouverait safOlution dans les traités constitutifs actuels et dans la création d'une
uvelle confédération, ensuite de rimpulsio.i puissante donnée au veloppement do l'esprit allemand par Tattaque inattendue de la ance. Il ne pouvait être dans le rôle de l'Allemagne du Nord.de lentir ni d'arrêter ce mouvement, qu'elle n'a point provoqué, lis qui est Je fait de Thistoire et des tendances du peuple aileaind. Nous savons, par les informations de Votre Excellence, qu'il est point dans les intentions du gouvernement impérial et royal .\utriche-Hongrie de s'appuyer sur les stipulations du traité de *ague pour mettre obstacle au développement de pays allemands, is voisins. Le gouvernement impérial considère la manière dont s intérêts allemands sont entendus dans la nouvelle organisation, vec l'assurance légitime que chacun des alliés, et en particulier . M. le roi de Prusse, notre gracieux souverain, est animé du désir e conserver et d'étendre les relations amicales de l'Allemagne avec î haut Etat voisin, relations auxquelles les appellent leurs intérêts ommuns et l'action réciproque de leur activité aussi bien intelîctuelleque matérielle. Les gouvernements alliés conservent de leur M l'assurance que la monarchie d'Autriche-Hongrie est animée u même désir.
La satisfaction donnée aux besoins et aux aspirations nationales 1 peuple allemand assurera au développement ultérieur de l'Allemaïe une stabilité et une sécurité que l'Europe- en général, et spéciaoient les pays immédiatement voisins, pourront saluer non seule- ^nt sans inquiétude mais avec satisfaction. Les intérêts matériels i lient les pays et les peuples par tant de fils multiples, pourront dévelepper sans entraves, et nos relations politiques en recevront r contre-coup une action bienfaisante.
L'Allemagne et l'Autriclie-Hongric — nous osons l'espérer en ute confiance — se regarderont avec un mutuel bon vouloir et se ndront la main pour assurer le développement et le bonheur des eux pays.
Dès que les traités constîlaUrs de la nouvelle confédération aoront loua été ratifiés, je ferai le nécessaire pour que Votre Excdleiice puisse en faire l;i notification officielle à M. le Chancelier Impérial.
Je prie Votre Excellence de donner communicatioB de ce qui pré> cède à M. le Chancelier Impérial et de lui en laisser ccçie.
M. de Beusi an Comte de Wimpfen à Berlin.
Vienne, le 26 décembre 1870.
L*anibassac!eur royal de Prusse m'a fait parvenir la communicar tionde son gouvernement, déjà plusieurs fois pressentie, toochantla future organisation de rAllemagne. Voire Excellence trouvera avec la présente une [copie de la note y relative. J'ai pu déjà, dans ma communication du 5 courant, après les Indications préliminaires du général de Schweiniz, sur la présente notificationdu gouvernement royal de Prusse, développer à Votre Excellence les points de vue que nous pourrions considérer comme se rapportant à notre manière d'envisager la question. La forme et le contenu de la présente note me donnent la satisfaction de maintenir les remarques que je fis à ee moment.
Il s'agit ici, sans doute, d'un point sur lequel nos vues, en apparence du moins, ne sont pas en parfait accord avec celles du gouvernement royal de Prusse. Je n'ai pu m'empécher, dans ma communication du 5 courant, de dire combien il est désirable qu'on laisse de côté tout commentaire surlapaix de Prague, dans l'échange de vues que nous faisons actuellement avec la Prusse, eu égard au but que Tune et l'autre parties recherchent également. Le gouvernement royal de Prusse a cru devoir néanmoins toucher cette question dans sa communication du 14 du présent mois. Tout en nous empressant de reconnaître qu'il Ta fait dans un sens très amical, nous
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ons pour préférable de ne pas rentrer dans un examen détaillé i points indiqués et nous persistons à croire qu*il est dans l'intérêt 5 deux parties de passer sur celte discusHon. Ile ne sont pas, en effet, des interprétations sur des questions de droit de forme que nous devons désirer faire l'objet de la rliscussion ns le moment actuel ; nous inclinohs bien plutôt à considérer inion de l'Allemagne sous rhégémonic de la Prusse comme un :te de portée hisloriqne, comme un fait de premier ordre dans le îvebppemci t moderne de V*Eui*opc , et nous pensons qu'il faut udier sur cette base Id^ rapports à établir et àconsolider entre TAuîche-Uongi ie et l'Etat frontière de nouvelle création. En pailant de ce point de vue, et tout en attendant les communitions ultérieures qui nous sont annoncées par le gouvernement yal de Frusse, il ne peut que m'étre très agréable de constater )res et déjà que, dans tous les milieux influents de TAutriche-Honie, prédomine le plus sincère désir d'entretenir les meilleures et plus amicales relations avec le puissant État qui achève de se istituer. Ce désir repose sur la ferme conviction qu'un examen imrtial et une juste appréciation des besoins réciproques ne peut oir qu'une action au plus haut degré bienfaisante et profitable r l'un et l'autre empire , en les unissant dans une collaboration ciûque et active, en vue de réaliser la lâche du présent et celle 1 avenir. Dans ce sens ie gouvernement royal n'a fait que devan- * l'expression de nos propres sentiments en rappelant notre passé nmun, et en exprimant l'espoir que l'Allemagne et l'Autrichengrie se considéreront avec une bienveillance mutuelle et se ten- )ntla main pour travailler au bien et à la prospérité des deux ys. Au moment où se réalisent ces perspectives si pleines de proîsses, ce n'est pas sans une confiance légitime que nous voyons •uvrir un champ si fertile , — un champ dans lequel la commu
4H uëmoifies Di- coute de becst
nauté di; vo'onlû et d'artion des d(?ux empires sern pour ci
gage d'union pennanento et, pour l'Europe, une g;ir;tiitie île jaii 1
durable.
Ce qui doit nous remplir d'une h.iutf sntisfaction, c'est le fait que , ces sentiments de lu po[iul;iliun de l'Autriche-lIongrie tniuvenl leur iropulsiun et leur plus haut appui danB la persanu'^ de S. H l'Empereur et Roi, notre gracieux souverain. Sa Majesté l'empereur, dans son jugement élevé et libre, ne veut pas se rappeler les grands souvenirs qui lient sa dynastie aux destinées du peuple allemïud dans le cours de sa briibnte histoire durant des siècles , sans associer à ce souvenir les plus chaudes sympathies pour le liéTCloppement ultérieur de ce peuple, ainsi que le S'.iuhail sans nîsem que le peuple allemand trouve, dans la forme d'État nouvelle, les garanties vraies d'un avenir heureux, et qui assure également s» prospérité et celle de rcra;iire auquel l'unissent par tant de liens sa langue, ses mœur^, S'jn droit, cl ses traditions hit^toriquos.
Je charge Votre Excellence de donner connaissance de ces observa tions à U. le secrétaire d'Ëtat du gouvernement royal et de voulo bien, sur sa demande, lui en laisser copie.
Recevez, etc.
Toute personne non prévenue pourra juger si le reprocH qu'on nous a adressé parfois, de nous être jetés sans dignité a cou du vainqueur,était justifié. 11 est étrange toutefois que des a< sertioQS de même nature, quoiqu'un peu adoucies, sereDCor trent dans des écrits d'histoire allemands, si l'on considère qu . la dépêche du 26 décembre ne faisait autre chose que d'aonoi cer à l'avance le pacte austro-allemand, salué plus tard ave tant d'enthousiasme, de même que mon dernier discours à!
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3n de 1871 faisait prévoir Talliance des trois empereurs, ii, qu'au moment où elle fut écrite, le courant des es- Autriche ne suivait pas absolument une direction uni- {ui était dû en partie, et surtout dans les cercles miliune tendance agressive passagère contre la Prusse, car ngeaità rien moins qu'à profiter de la situation de Parîmande en France, situation qui, à C3 moment, était rès difficile. A ce propos, je ne veux pas pisser sous siquestion qu'un haut militaire prussien, de mes amis,
rondement la première fois que nous nous revîmes : noi donc comment il se fait qu'alors vous ne soyez pas sur nos derrières? » Pourquoi cela n'a pas eu lieu ?
point qu'élucidera complètement le mémoire que je li alors à l'empereur et que je fais suivre ici :
Mémoire présenté à f Empereur.
Vienne, 25 décembre 1870.
iment d'expédier la réponse à la note relative à la nouvelle tion de TAlIcmagne, il me parait nécessaire de se rendre te exact des circonstances dans lesquelles se produit cette ation.
i caractérise bien les particularités de l'opinion publique eu . Le langage empressé et si extrjordinairenient flatteur du îment prussien ne trouve rien moins que de Técbo ; il re« ontraire un accueil presque glacial. Après avoir proclimé les tons la nécessité d'une entente et même d'me alliance Pru-se, on s^ défie, ma*n!enant que ce'le-ci nous ofTiv son
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amitié; après ayoir insiniié plus oa moios haut, maïs d'ane im nière oontiaue, que laparsoQQilitéaaU-prassienne du comte de Be^ était l'uniqae obstacle à une entente avec Berlin, on est sur le me. leur chemin de soupçonner le chancelier d'une connivence secrèi et coupable avec la Prusse.
Sous celte œuvre sans conséquence, qui somage à la sarfaoe àe l'opinion du jour, il y a certdnement un fond qoi est plus digœ d'être étudié.
Un sentiment perce dans le cœur des patriotes, c'est que la Prosse — et le pays prussien du Nord n'est pas autre chose — n'a pas été et ne sera pas un ami sincère; c'est qu'elle est en ce moment dans un3 situation difûcile, peut-être sur le point de devenir dangereuse, et qu'il faut chercher dans cet e situation le mobile de l'empressement aimable du cabinet de Berlin; que le moment serait arrîTé de se tourner contre la Prusse avec des chances favorables, tandis qu'après l«i défaite complète de la France, toute possibilité même d'une défense éventuelle ser&it ôtée.
Mais les seatiments seuls ne peuvent pas déterminer la conduite politique. Pour être fixé sur ce point, il faut se rendre compte des suites de l'action à commencer, car une attente réservée ne serait propre qu'à sacrifier et les avantages de l'hostilité et ceux de Taiï^^ tié. 11 s'aj;it donc simplement de savoir si, au lieu de répondre ac^ calement et avec empressement aux ouvertures de la Prusse, il f^ prendre une attitude qui laisse ouverte la possibilité d'une quer^ avec la Prusse, si je peux m'exprimer ainsi. Une telle déterminât 'devrait avoir un caractère décidé et péremptoire, car on peut p^ voir que, dès Tinstant où elle serait connue, le torrent de Topin publique avec la presse quitterait sa réserve et sa défîaYice actue* pour se retourner v^s le point de vue opposé, celui de la gerira tiomanie et de la peur de la Prusse.
Cette considéralioa ne doit se présenter ici qu'avec ce sens que le fait suivrait immédiatement les paroles; et c'est du fait, de son degré de possibilité et d'utilité, qu'il est précisi^ment question. Or ce fait ne pourrait être autre chose qu'une prompte action militaire. Ici 88 place la question : Quels sont les moyens d'exécution et qoelles sont les chances de succès?
Dès l'abord un fait se présente à rencontre : à l'exception de i Galiciens, et peut-être des Tyroliens^ pas une voix n'approuverait : dans Tune ni dans l'autre délégation. En outre, sur la question de I la préparation à la guerre, malgré tous les progrès accomplis, un • point dlnterrogstion est permis. Il ne faut pas perdre de vue que l'entrée en campagne de la Russie suivrait immédiatement, et que ' cette dernière, quoique obligée de comprimer le royaume de Pologne, aurait encore assez de forces sous la main pour nous obliger aune forte diversion.
Mais, indépendamment de ces deux faits, il y a la crainte assez rtelle qu'avec notre levée de boucliers nous ne fassions que rendre i la Prusse un service plus que souhaité.
Tout notre calcul serait basé sur ce que la Prusse serait occupée en France et l'Allemagne dégarnie.
L*état-major prussien, où Ton semble s'être trompé un certain temps sur la force de résistance de la France, doit maintenant être fi^é sur ce point.
Ou cette résistance ne sera plus que de courte durée, et alors toute Tarmée allemande se rejette en Allemagne et en a bientôt fini ^^ccnous; ou l'on peut prévoir encore une longue défense, et, dans ce cas, notre agression est pour la Prusse un heureux prétexte pour •.bandonner en tout honneur une entreprise dont on ne voit pas l'issue, ^t pour en entreprendre une nouvelle bien plus sûre dans ses résultat». Les provinces allemandes de l'Autriche, habitées par une po-
pulation sympathique, sont une acquisition bien meilleure que les provinces françaises de langue allemande avec une population hostile, et qui est animée de sentiments français.
Même avec le régime ab^olu,eten admettant que Tarmée fût prête, il y aurait des objections sérieuses contre ces velléités.
Mais oh peut y renoncer avec d*autant plus de tranquillité d'esprit que les prévisions pessimisles concernant les conséquences d'une abstention ne se réaliseront pas.
La Prusse et TAllemagne seront tellement épuisées par une guerre même victorieuse et aboutissant à ('es conquêtes, que nous aurons le temps de nous préparer aux éventualités de l'avenir. Mais si la Prusse subissait des défaites militaires? Alors le sort de TAllemagne serait entre les mains de TAutriche d'autant plus sûrement qu'elle aura parlé un langage amical et bienveillant.
Mais, dans de telles conditions, il est, finalement, d'autant plu à propos de rappeler que, à raison de la dépêche autrichienne du du courant, une réponse favor.ib'e a été promise d'une manié positive.