CHAPITRE XL
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Les dernières délibérations au sein de la Délégation. — Tout est bien qui unit bien. — Elaczko, Kuranda et Giskra.
I^ cours, un certain temps, si fâcheux de la session de 1870- ^1 de la Délégation hongroise à Pest se termina, pour me ser- ^ïr a une expression de Roon, dans une température beaucoup plus agréable. Le vote du budget de la guerre, considérablement
gmenté, était obtenu, résultat auquel le précieux secours du ministre commun des finances Lonyay et du chef de section Yon Hofmann ne laissa pas d^aider le ministre de la guerre, ^oi-mème j'avais proposé une réduction sur le « fonds de dis- Position », chose que le comte Andrassy — était-ce plus qu'un fosseatiment ? — trouva le loisir de blâmer. Les attaques de ^onsignor Greuter contre moi, à propos de Toccupation de Rome, ^® rendirent la victoire facile, et furent le signal d'un revire-
ment dans les rangs du parti libéral, revirement qui, par la suite, s'accentua encore davantage. La 6n de mon discours au sujet du budget de la guerre fut sympathiquement accueillie. Je m'en vais la citer, parce qu'elle marque simplement et d*une manière inattaquable la politique adoptée par le gouvernement:
« Si nous n'avons rien entrepris qui fût de nature à empêcher la nouvelle transformation de l'Allemagne^ et que nous ayons salaé amicalement cette nouvelle transformation; si nous nous efforçons de régler notre situation par rapport à un autre État voisin,en sauvegardant nos intérêts^ sans toutefois nous départir d'un esprit de parfaite conciliation ; si enfin nous nous sommes montrés, à Tégard d'un troisième Ëtat, voisins bienveillants et respectueux de son indépendance, et que nous n'ayons même pas reculé devant la nécessité de blesser, parmi nous, des sentiments très respectables, il faut bien que Ton sache que nous nous croyons d'autant plus en droit d'attendre que Ton ne viole point notre propre foyer, que nous saurons défendre en tout temps.
« Et, messieurs, je crois pouvoir, sans optimisme, considérer comme un fruit précieux des importants événements d*un passé tout récent, que le sentiment de cette situation et des nécessités q^i en découlent se montre uniforme dans les deux moitiés de notre monarchie, et qu'un patriotisme unique ait conséquemment com- ' mencé à s'y implanter. »
Je dois aussi à cet état plus favorable des esprits, de ne p^ être l'objet d'un blâme, presque mérité, qui me devait être adressé sous forme d'observation. Pendant que j'étais ministre intérimaire des finances, en suite delà mort du baron Becke, j'a*
lis paraphé un peu à la hâte un projet rédigé par le chef de îclioa hongrois, mais la motion en question fut repoussée. En relisant le compte-rendu «ténographique de la séance. de i Délégation dont il s'agit, j'y trouve un discours que prononça ^uranda, à propos du budget du ministère des affaires étranères, et dans lequel il s'élève contre le dédain professé pour la rance, en rappellant à ses amis du parti libéral les bienfaits e l'initiative française pour la cause de la liberté en Europe t poursuit en ces termes :
« Je n'ai pas besoin de rappeler, dans cette assemblée, que ce qui 'est passé en France en 1789 a été le signal d'une résurrection potique du continent; je n'ai pas besoin de rappeler que l'Allemane môme, ce peuple de penseurs et de grands caractères, après ï^oir accompli tant d'exploits lors de la guerre de délivrance, était )urtant sur le point de retomber fort bas, au point de vue politise, grâce à l'habileté de ses régents; que la Sainte-Alliance, les 'solutions de Carlsbad, les congrès de Troppau et de Laibach^ icte supplémentaire du congrès de Vienne, jetèrent l'Allemagne et Europe dans un marasme fâcheux pour la dignité humaine, mais 16 les faits et gestes de la France seuls y mirent lin^ en tant l'exemples donnés aux autres peuples ou étincelles auxquelles se Humaient les aspirations assoupies de toutes les nations vers la )erté. »
L'orateur aurait pu ajouter à bon droit que, sans la révolu- )n de février, il n'y aurait pas eu de National-Verein ni empire allemand. Ces bienfaits des Français leur ont coûté ler, mais à TAutriche aussi.
Kuranda prit une autre fois la parole pour répondre à Julien
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452 MÉMOIRES DU COMTB DB BBCST
Klaczko» qui venait de prononcer un magnifique discoars, qa*on peut diviser en trois parties : la première était une attaque vébémente contre la Prusse et, en même temps, un Uàme pour h faiblesse de l'Autricbe, si prompte à oublier lés méfaits dont «lie a été victime; la seconde p^tie renfermait des consolations ^ à l'adresse de la France et représentait l'état de TEurope comme désespéré; la dernière» enfin, contenait une double prophétie, annonçant, d'une part, la Commune, qui ne tarda pas d'arriver, et, de l'autre, l'alliance franco-russe, mais celle-ci a misplas ^
^ de teknps. A la seconde partie de ce discours je répondis ceci : ] « Se souvenir toujours n'a jamais porté de bons fruits, et, pré- \
' cisémentdans le pays dont parlait le précédent orateur, oo & ; nourri pendant un demi-siècle des projets de revanche pour Waterloo: Vous voyez aujourd'hui à quoi ilâ ont abouti. » Mais c'étaient des paroles, à la fois justes et belles, que Klaczko avait prononcées en disant:
« L'Europe a beaucoup appris des différentes révolutions (f^^ faites la France; Tinfortune présente de ce pays est encore p^^ instructive^ car elle nous montre ce que cela signifie quand ^ État, et un grand État, quand une nation, et une grande nation, p^ tous liens avec une dynastie qui a régné durant de longs sièc^* et vécu aussi longtemps de la même vie que cette nation.
n Un roi de dynastie antique peut revenir au milieu de son p^ pie après uns défaits ; lors môme qu'il aurait causé cette défaite ^ peut s'en retourner hardiment parmi ses enfants et les embrasa «n pleurant; les larmes de ses enfants lui répondront, mais non <^ paroles de reproche ; un père qui a tout perdu peut l'avouer lo^ ement à ses enfants; la réconciliation sera bientôt faite, on pl^ =
f- -iv-.
ira, mais on ne récriminera pas sur la ruine commune. Pour ce uiest d'un roi, d'un souverain d'occasion, ce n*est que le direcmr d'une société en commandite : s*il fait de bonnes affaires, on i loue; s'il en fait de mauvaises, il est obligé de s'enfuir. » Oui, malgré tout, je considère sans crainte l'avenir de l'Autrihe, car nous possédons ce que je constatais avec douleur qui manue à la France, nous avons un empereur-roi^ auquel nous sommes dèleinentaltachés; et quelque disjoints que nous soyons sousleraport social^ politique et des langues, nous nous rencontrons tous ans les mêmes sentiments à Tégard de notre souverain. En Autribe, il n'existe pas d'éléments révolutionnaires^ et c'est ce à quoi les Qoemis de l'Autriche doivent faire attention. »
Il est vrai que le discours de Klaczko se terminait par une ci* Uion qui sonne moins bien à Toreille, mais qui est,héla.<! ! parlitement juste :
(( C'était au temps de la paix de Campo-Formio, par laquelle Autriche perdait moins^ à proportion, que la France ne perd aulurd'hui par la paix de Francfort. A ce sujet, le chancelier Thugut îrivit à Colloredo : « Ce qui accroît encore mon désespoir^ c'est bassesse extrême de nos Viennois, qui^ au seul nom de paix, namt dans la joie^ sans qu*aucun s'inquiète si les conditions imposées int bonnes ou mauvaises. L'honneur de la monarchie n'importe à 'rsonne^ personne ne se demande ce que deviendra la monarchie ici à quatre-vingts ans, pourvu qu'il puisse courir à la Redoute et manger de petits poulets frits. »
En 1879, comme les journaux rapportaient les ovations dont «mpereur et Timpératrice avaient été l'objet, à l'occasion de
iM MÉVOIBES DU COMTE DE DEUST
leurs noces d'argent, j'<^lais ambassadeur & Paris. Que < entendis-je dire: « Que vous èles heureux d'avoir des \\ lions altacbiSesà leur souveraiu et ayaut des sentiments ment dynastiques I ■ Mais, à mes amis, lorsqu'ils étaient çais, je ne pouvais m'empècher de répondre : « Ce qu' dites est parfaitement juste, toutes eus di^monstratiou vraies et sincères et répondent à un sentiment profond dynastifiue; seulement, je ne saurais oublier que, peu de sei après Sadowa, la municipalittJ de Vienne est venue sl l'empereur de faire la paix. Vous pouvez mettre le siège dt à votre actif. »
L'endroit du discoursde Klaczko qui coDcernaiiriudiir et l'impuissance de l'Europe, cet endroit provoqua, de I de Kuranda, une triomphante riposte. Il repartit avec que c'ijlait la politique franraise, la politique napoléoi qui avait amené la dissolution de la pentarchie et, par bouleversement de l'Europe, que c'était le gouvernemeu çais qui avait créé le système de la localisation de la que la France môme expiait en cet instant. « La guerr lisée, dit l'orateur, ce n'est point autre chose que l'abani chacun des adversaires par tout le reste de l'Europe, et la i a nommément cherché à appliquer cette localisation nous. Elle nous a fait la guerre en Italie et a su localise guerre; la Prusse a appris ce même tour d'adresse delà F qui reçoit finalement la récompense qui lui est due, • guerre contre cette dernière puissance a été localisée, u t. Ed rranrnis dans le texle.
Kuranda mentionna, à cette occasion, un mot qu'il avait entendu dire, en 1856, à Drouyn de THuys, qui venait alors de quitter le ministère. « L essentiel pour nous, avait dit ce dernier, n'était pas la prise de Malakoff, mais la dissolution de la pentarchie. »
Les réminiscences de Klaczko au sujet de la médiation de la France en 1866 donnèrent aussi lieu à Giskra de rappeler qu'é- Umt bourgmestre de Brunn, à cette époque, il fut mandé par le prince de Bismarck, qui lui fit des ouvertures relativement à des négociations en vue de la paix ; que lui, Giskra, avait envoyé à Vienne une personne de confiance, laquelle aurait été de retour à Nikolsbourg une heure trop tard, l'ambassadeur français Benedetti ayant offert et fait accepter auparavant Tintermention de la France. Dans le temps où Giskra se plut à ra- ^nter cela, je n'avais pas de raison de rectifier des allégations propres à attirer à la Prusse les sympathies françaises; mais aujourd'hui, ma situation étant très différente, je puis dire, ^ans toutefois le certifier, que, contrairement à l'assertion de Giskra, le désir de M. de Bismarck était de conclure la paix à tienne ou, au moins, d^ant Vienne. Ce qui est un fait que je peux garantir, c'est que, peu avant les négociations de Kikols- ^Urg, c'est-à-dire après Toccupation deBrunn, il était sérieusement question, au camp prussien, de la cession d'une partie de la bohème orientale. La proposition bismarckienne rapportée par Giskra, dans son discours, et suivant laquelle le Mein aurait été la limite des aspirations prussiennes eu Allemagne, l'Allemagne du Sud aurait conservé son autonomie, et l'Autriche se
serait pu mettre, selon son gré> en relations avec les Etats ^lemands du sud, cette proposition est celle qui fût faite av^^ant Touverture des hostilités. Et ainsi, la Prusse se serait conten — t^e après Kœniggraetz de ce qu'elle demandait avant la guerre ^P
Au reste, il faudrait peu connaître le prince de Bismair'"n;k pour admettre qu'il ait pu considérer le bourgmestre d'iK. ne ville occupée par les troupes prussiennes comme un perses bnage propre à engager avec le gouvernement de Vienne ^H^es négociations en vue de la paix. S*il se fût trouvé à Brunn -m^VL émissaire remplissant toutes les conditions voulues, nul dou^^ qu'il n'eût eu à faire connaître au gouvernement de Vienne ^^ tout autres prétentions, de la part de la Prusse, que celB-- ^ mentionnées ci-dessus. Ce qui prouve enfin que Giskra en a itf==^* posé, c'estqu'il raconteque la personne de confiance envoyée p^ -^^ lui à Vienne, bien qu'ayant reçu, en haut lieu, une réponse ^^^' latoire, n'en oourut pas moins à Nikolsbourg, où elle fit bi^^ ^^^ d'arriver trop tard.
La vérité est que la Prusse entra d'elle-même en communie^ tion avec la France, à seule fin d'éviter une intervention mil^^ ^ taire, quitte à accepter l'intervention diplomatique de cell puissance. Le prince Reuss, déjà auparavant fort bien vu Paris, s'y rendit dans ce but. 11 cadrait avec le jeu du prince Bismarck d'accorder quelquas concessions à la France, dans so: rôle de médiatrice, après avoir mystifié Tem^iereur Napoléo: avec le bassin houiiler de Saarbruck. Sans la médiation fran^^ ^ çaise, les conditions de paix imposées à TAutriche eussent élM ^plus dures. Ce qui ne se conçoit point, c'est que, pendant quel
se redoutait une action éventuelle de la France, TAutriche lait, ce qui heureusement demeura un secret pour la se, la neutralité de la France au prix d'une cession de terre, de la cession de la Vénétie en cas de victoire ! îst ainsi qu'opérait ma vieille Autriche, pour me servir expression de Mgr Greuter !
il cru devoir, en historien consciencieux, rappeler ces dédepuis longtemps oubliés, mais non dépourvus d'intérêt, n ne laissa pas d'en être satisfaisante; mon allocution à rnière séance de la Délégation autrichienne fut accueillie faveur, et je pus me vanter, qu'en dépit de maint sympfâcheux, tout s'était bien arrangé enfin, car la Délégation roise, par l'initiative du comte Szapary, m'accorda égaleune sorte de vote de confiance; et je me préparais gaieau retour, lorsqu'une nouvelle situation, plutôt prévue iésirée, se présenta à mes regards.