‹ Trois quarts de siècleChapitre 52 sur 66 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Ma dernière séance de Délégation.

La séance de la Délégation qui eut lieu à Vienne pendant Tété de 1871 offrit un tableau très caractéristique de dissolving views autrichiennes ; pour moi ce fut la dernière, mais non la moins satisfaisante. Peut-être ne puis-je pas mieux expliquer ce phénomène, qu'en produisant au lecteur, qui a vti dans les précédents chapitres les attaques du docteur Herbst, les seules paroles que ce même orateur prononça, à peine sii mois après, à propos du vote du « fonds de disposition » du budget du ministère des affaires étrangères: « Jevoalais seulement déclarer, à raison de l'observation qui vient d'être faite en dernier lieu, que je suis bien éloigné de vouloir émettre un vote de défiance contre le ministère, attendu que j'approuve person-

llement sans restriction les tendances du chef du départe- ^ntdes affaires étrangères. » {Bravo^ à gauche.) Dans la discussion générale sur le budget de l'extérieur, un vmI membre de la Délégation prit la parole, savoir le docteur tz, clérical modéré, que je reconnais volontiers être un orar modéré. Mon discours, à moi, fut long, et je crois qu'il rite d'être rapporté ici, à cause de son importance historicité. Le voici textuellement:

« Je m'aperçois que je suis presque seul à prendre la parole, <laas la discussion générale sur le budget des affaires étrangères. Je ne crois pas être présomptueux en donnant à ce silence une favorable interprétation. Les explications que j'ai déjà données à votre honorable commission et qui m*ont paru en être accueillies avec ftiveur, je pourrais me contenter de vous y renvoyer ou bien de les '^péter ici. Ce n*est pas mon intention, et j'espère que la haute Dé* ^^ation ne trouvera pas mauvais que je réclame son attention I^oor les déductions détaillées que j'ai à lui soumettre. Après avoir ^<miié une esquisse à l'honorable commission, je me vois donc ^^mené à faire un tableau complet pour la haute Délégation.

• Messieurs, nous nous trouvons en pleine mer, et l'on dira peut- ^tre que si, en cet instant, de sombres nuages ne couvrent pas le ciel, inné répond qu'il demeurera pur et serein. On demandera peuttre aussi de quel cêté le vaisseau se dirige, quelle est sa boussole, ^^ïaiit quelle direction nous faisons voile ? Je ne veux pas laisser ces ^«mandes sans réponse.

» Le vaisseau se dirige où une conception raisonnable, exempte

^^préjngéSyde la situation politique, en général, et delanêtre, en

L 'PMeidier, le conduit. La boussole, c'est la logique. Nous faisons

Toile du côté qu'indiquent les conséquences de la logique, et nc^ où nous pousserait la fantaisie du moment. La haute DélégatiC^^ appréciera si la politique du gouvernement prend ces points de y\ ' ou non comme guides.

» Avant que j'aille plus avant dans ces explications, qu'il me soi permis de jeter un coup d'œll rétrospectif sur les dernières années La politique suivie durant ces derniers temps a été une poUtiqu des mains libres ; cette politique répondait, en général, aux vues dc^^ la haute Délégation, elle a été annoncée dans rintroduction au prc- ^ " mier Livre rouge et acceptée dans le premier rapport de la commis- ^^^ sion de cette Délégation.

» Elle était toute indiquée par les conjonctures, ce n'était pas une ^ politique d'incertitude, mais une politique visant à la paix dont ^ nous avions besoin.

» Pour prouver et confirmer que cette politique n'était point autre, « qu'elle avait une ligne de [conduite bien tracée et n'a point été in- ' fructueuse, je me permettrai de faire allusion à un point.

» Le traité de Prague, qui renfermait plus d'une marque indiquant que si deux puissances l'avaient signé, trois l'avaient négocié, portait en plusieurs endroits le sceau de l'incertain et de l'incomplet; il recelait en conséquence, et à raison de l'état de choses qu'il avait créé, maints germes de complications pouvant même menacer k maintien de la paix.

» L'attitude de la monarchie austro-hongroise n'a pas peu contribué— nous pouvons Tavancer sans présomption — à faire que cet état de choses ait pu durer quatre années entières, sans donner lieu à un conflit, qu'un incident absolument étranger à cette situation eût été nécessaire pour amener un choc, qu'à moins d'un tel incident l'état de choses en question ait été propre au maintien et à la conso- lidation delapaix. Nous n'avons rien à regretter, rien à désavouer. —

» Une guerre dévastatrice éclate : nous ne rayions pas provoquée, nous notions pas en état de Tcmpécher.

y> Elle a eu son cours, et le succès des armes allemandes a donné ^ VAliemagne une forme politique nouvelle, lui assurant la force et l'unité.

» Le nouvel empire allemand, avant même sa proclamation offl- <^lelle, nous a proposé son amitié, avec déférence et confiance, et nous n'avons fait aucune difficulté de Taccepter.

» Les dépêches contenues dans le supplément au dernier Livre ■"oiige et qui ont été échangées en décembre de Tannée der- >iière entre les cabinets de Vienne et de Berlin forment la base de ■^elations auxquelles président la parité et une politique d'intérêts ï^^ciproques. Ces relations, je puis le dire avec joie, bien loin d'avoir été troublées depuis lors, ont été cultivées et conservées des ^^ax parts.

Des doutes, des craintes, sont permis en toute chose, et particu- ^^^rement à chaque modification politique. Je ne partage pas ^^opendant les appréhensions du précédent orateur. — Nous nous ^CRrçons, de notre côté, de protéger les germes semés en vue de 1^^ situation que je viens de dépeindre et de les faire mûrir con- '^mément aune attente légitime. Bien loin de revenir sur le passé, l'intention d'exprimer de stériles plaintes ou d'envieuses critiles, nous puisons dans un coup d'oeil jeté en arrière l'espoir d'un ^^veloppement prospère et heureux des nouvelles relations nouées ^^Vec l'empire allemand.

» On n'a jamais pu dénier à l'ancienne Confédération germanique,

^^algré ses imperfections et son insuffisance au point de vue des

^^irations nationales^ le mérite d'avoir donné et assuré la paix,

^on seulement à l'Allemagne, mais à l'Europe, durant une longue

^^ite d'années. Mais ce serait une erreur historique absolue devou-

in MÉMOIRES DU COMTE DE BEUST

. loir ériger Tancienne constitution fédérale allemaDde en motif, garantie unique ou principale, de la tranquillité et de la paii. cette époque. Cette paix était due avant tout à l'entente entre 1'^ triche et la Prusse.

» Depuis ce temps, la situation politique et sociale s'est, il . . vrai, considérablement modifiée; mais si le changement n*a pas é à notre avantage, nous avons, du moins, une compensation dao l'élimination de la cause du litige. La poursuite de l'objet en litig était justement ce qui paralysait et a finalement rendu impos8ibli Tentente entre l'Autriche et la Prusse pendant les dernières anoéei de la Confédération germanique. Et, si nous le voulons sérieusement, si nous savons concentrer toutes nos forces, hous pourrons eneon . paraître égaux en puissance à l'Allemagne, devenue forte, et allei de pair avec cette nation désormais notre amie.

» La pensée qui nous guide est telle, que tous les gouyemementi et les peuples d'Europe qui désirent la paix peuvent et doivent s'j rallier. Et, effectivement, de quelque cdté que nous portions doi regards, nous voyons que nous pouvons compter sur la réalisation de nos espérances.

» En Angleterre, on salue avec une vive joie nos nouvelles rda tions avec l'Allemagne, ainsi que le fkrouvent des manifestation non équivoques qui se sont produites encore ces tout derniers temp^

» En ce qui regarde nos rapports avec la Russie, notre sltuatio vis*à-visde l'Allemagne est déjà avantageuse par cette seule raiso qu'il n'est pas facile de devenir l'ennemi de l'ami de son ami. k dépendamment de cette circonstance fortuite, quoique de gran poids, il est permis de supposer que si nous parvenons à élever a centre de l'Europe ce boulevard pacifique que nous avons en vn< l'esprit de modération, d'estime et de confiance réciproques devi être le régulateur de nos relations avec notre puissant voisin de TEs

rance, si éprouvée, et pourtant si pleine de vie, qui vient ri ir au monde étonné les sources inépuisables de sa ritionale, ne verra pas ses efforts de relèvement pacifique par l'attitude que nous avons adoptée ; elle reconnaîtra en amitié sincère.

est de même de notre voisin du Sud. L'Italie sait et 8*atoujours que, fidèles au principe de non intervention dans 'S, nous sommes et resterons ses bons voisins. Son gouit est trop éclairé pour ne pas apprécier la conduite qui loiis évitons, dans l'application d'une politique non équi-

blesser des sentiments respectables qu'il est de notre le ménager, sans que pour cela son crédit, non plus que ^t, soit lésé.

reste à parler d'un voisin, avec lequel il est de tradition e monarchie d'entretenir de bons rapports. Le résultat ente conférence européenne, oh cet empire était le premier n'a rien changé à cela. Un arrangement antérieur, qui rable à cet empire, mais que depuis longtemps nous avions )mme ne pouvant durer, a fait place à un autre comproles à nos devoirs résultant des précédents traités, nous rt avec le plus grand désintéressement des compensations aient dériver pour nous de lourdes obligations, compensanous n'avons pourtant pu imposer contre son gré auprinressé. La Porte a préféré choisir une solution qu'elle a compatible avec son indépendance et son libre arbitre. Il lit respecter cette décision, qui ne compromettait aucun éréts.

avons eu dernièrement la preuve satisfaisante que nos >orts avec la Turquie n'ont nullement été altérés, dans le d'une œuvre considérable destinée à faire disparaître

les derniers obstacles suscités par la nature contre la navigal sur le Danube : la Porte nous a témoigné un empressement qui vre pour nous les meilleures perspectives, et les autres peu[ établis sur les deux rives du grand fleuve nous ont fait voir ég; ment par leur attitude qu'ils sont loin de nous être hostiles.

» Notre système, qu*il ne faudrait pas confondre avec un p gramme éphémère, est pour plaire à tous les peuples de la mon chie. Il assure, en effet, à l'empire, la paix au dehors ; il lui donn l'intérieur, la tranquillité et le temps nécessaires à l'œuvre de ré nération. » {Approbation,)

Je suis d'avis que le comte Andrassy ne s'est pas tropava lorsqu'il a dit, en 1874.au soin de la Délégation hongro qu'il n'avait eu besoin que de suivre le chemin que j'avais fra Une autre fois, mon successeur a parlé, il est vrai, d'un a traste entre ma politique, qui avait été celle des maim libn et la sienne, qu'il avait nommée la politique de rtViWratr^/brr Cette dernière expression ne m'a jamais paru heureuse; je i sais si elle est d'usage dans les questions militaires, mais sais, comme m'étant longtemps occupé du ressort de la polie que l'on insère ce mot ^'itinéraire forcé dans les feuilles t route délivrées aux vagabonds et aux expulsés. On a vu, par précédent discours, pourquoi la politique des mains libres étf indiquée jusqu'en 1871, et par quelle raison cette politique d vait cesser d'être telle, à partir de cette époque. Ce discours n tait pas seulement pour éclaircir le passé; c'était aussi un pr gramme pour l'avenir, et il est devenu de cette sorte mon le

lament politique, dont on ne peut point dire qu'il n'ait pas été exécuté. En effets les deux grandes lignes de la politique du comte Andrassy : Talliance constante et ferme avec l'Allcma- 8^6 et le rapprochement avec la Russie, s'y trouvent tracés.

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