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CHAPITRE XLIII

Les jours de Gastein. ^ Le prinee Bismarck.

I^s assurances amicales échangées vers la fin de l'année 1^^" entre les gouvernements d'Autriche-Hongrîe et d'Allemagne furent corroborées par les deux souverains, dans le courant de Tannée suivante. L'empereur François-Joseph ne laissa point passer, sans se faire représenter par des missions spéciales, Tanniversaire de l'empereur Guillaume, en mars, non plus cpïe l'inauguration, coïncidant avec le retour des troupes de France, du monument élevé à la mémoire du roi Frédéric-Guillaume III, le fidèle allié de l'empereur François !•*". L'aide-de-camp général comte de Bellegarde fut chargé de remettre la lettre de coogratulatioQ à roccasion de Tanniversaire de la naissance de Guil* laume, tandis que, pour rentrée des troupes et Tinauguration du moQurnenlde Frédéric-Guillaume IlIJon choisit le général de

ralerie baron Gablenz. Je pouvais d'aalant mieux recomman- * ce dernier choix, que le baron Gablenz, à ce que je savais, iit toujours été bien vu à Berlin et fort estimé des Prussiens, Jgré les conflits qu'on ne lui avait (K>int épargnés pendant il était gouverneur du Holstein. Jamais le don de faire des apliments, parfois un peu forts, n^a fait défaut aux Prussiens. isi, comme je disais au général Schweinitz que le choix de 3lenz me semblait bon, parce qu'on l'aimait à Berlin, il répondit : « Et aussi parce qu'il nous a vaincus. » CVtait e agréable réminiscence de Trautenau.

Vautre part, l'empereur d'Allemagne fit paraître le désir de ^rendre ses cures à Gastein, qu*il avait interrompues depuis >3, et de profiter de l'occasion pour rendre visite à la cour Lriebienne, à Iscbl.

Sur ces entrefaites, moi aussi, j'entrai en relations plus étroiavec mon grand collègue. Lacréatîon d'ambassades à Vienne t Berlin, au lieu des légations qui y avaient existé jusqu'às, vint sur le tapis, et le prince de Bismarck avait exprimé comte Bellegarde le désir que le choix du premier ambassair austro-hongrois s'arrêtât sur le comte Karolyi, qui avait chef de légation à Berlin avant 1866. Le chancelier alleind avait dit aussi qu'il souhaiterait de se rencontrer avec >i àOastein. Cela me donna occasion de lui écrire. Ma lettre ailua caractère purement privé; il s'y trouvait la phrase livante: « Nous nous sommes vus la dernière fois en 1865. «puis, Votre Altesse a fait plus de chemin que moi, et cepentol vous pouvez vous flatter d'avoir contribué à mon avance*

ment et à ma nomioation à un poste fixe. » Le prince de Biss marck répondit de la manière du monde la plus obligeante. X me disait qu'il m'avait toujours considéré comme le plus a.îmable et le plus impartial de ses ennemis.

Les trois semaines que je passai alors à Gastein, avec le prince de Bismarck, m'ont laissé les plus agréables scavenirs. Nous demeurions tous deux chez Straubinger, et nous nous voyions presque quotidiennement. Lorsqu'on est en de bons termes j avec Bismarck, il n'existe pas de meilleur compagoon que lui. L'originalité de la pensée n'est surpassée, chez lui, que par l'originalité de Texpression. Avec cela, il vous a une bonhomie charmante, non apprêtée, qui adoucit ses jugements, souvent sévères, sur autrui. Un de ses mots favoris était : « Voilà un être complètement idiot ! » sans qu'il pensât blesser la personne dont il s'agissait. Quelques-unes de ses réflexions sont trop caractéristiques et, en partie, trop intéressantes, pourn'étre pas mentionnées, a Que faites- vous, demanda-t-il un jour, quand vous êtes en colère? Je crois que vous ne vous mettez pas si souvent en colère que moi. » — « Bah! répliquai-je, je ne me f Ache que de la bêtise des gens, jamais de leur méchanceté. » -^ « Xe trouvez-vous pas. poursuivit-il, que c'est alors un grand allégement de casser quelque chose? » — « C'est heureux, reparlis-jOj que vous ne soyez pas à ma place, car alors il n'y aurait plus un meuble entier dans la maison. » — « Voyez-vous là-bas, en face, me dit-il en me montrant la chambre de l'emperour Guillaume, qui se trouve dans le château des bains; je m'y trouvais une fois et entrai dans une terrible rage; je ferme

la porte avec fracas, la clef me reste dans la main, j'entre chez Lehadorlf et la jette contre une cuvette, qui se biise en mille morceaux, — Mon Dieu, dit celui-ci, étes-vous malade? — Je l'ai été, mais je me trouve parfaitement bien maintenant. »

Il parlait beaucoup de la guerre française et de ses négociations avec Thiers et Favre. « L'armistice, racontait Bismarck, touchait à sa fin, et je dis à Thiers : Écoutez, monsieur Thiers, . voilà une heure que je subis votre éloquence ; il faut une fois en finir; je vous préviens que je ne parlerai plus français, je ne parlerai qu'allemand. — Mais, monsieur, répondit Thiers, nous ne coifiprenons pas un mot d'allemand. — C'est égal, répliquai-je, je ne parlerai qu'allemand. Là-dessus Thiers m'adressa de nouveau une très belle allocution, je le regardai avec bienveillance et lui répondis en allemand. Lui et Favre allèrent et vinrent pendant une demi-heure en joigoant les mains; enfin ils m'apportèrent ce que je souhaitais, et je me inis aussitôt à parler français. »

Bismarck racontait tout cela fort gaiement, comme s'il se fût ^i d'une histoire de chasseur; il paraissait n*avoir pas conscience de la dureté de cœur que marquait plutôt le récit railleur ^ela conduite même de ces négociations, car quels tourments >^ 'assiégeaient pas l'âme de ces deux hommes d'État français à (^tte heure décisive dont parlait Bismarck i Le succès donne la grande absolution; mais je pensais au mot de Posa: « Je Sais que vous le devez ; mais que vous puissiez le faire, c'est Ce qui remplit mon cœur d'une admiration craintive. » L'autre bistoire, que voici, me parut d'autant plus avantageuse pour

Bismarck. Il assistait, à cheval, avec l'état-major, à la revue des troupes allemandes, à Longchamps. Un homme en blouse s'approche de lui et dit : « T'es une fameuse canaille !» — « Je pouvais, dit Bismarck, le faire jeter en prison, mais le courage de cet homme me plut. »

Deux faits datant de la guerre française me parurent encore très intéressants. Le premier est que Bismarck aurait été personnellement contre l'acquisition de Metz, eu égard à la population française de cette ville, et qu'il ne s'est courbé que devant la volonté catégorique du maréchal Moltke, lequel disait qu'il faudrait cent mille hommes de plus en temps de paix, si ron ne consorvait pas Metz. L'autre communication de Bismarck est que si Metz eût tenu encore un mois, il aurait fallu lever le siège de Paris.*

Je savais que les Prussiens avaient trouvé, au château de Cerny, ma correspondance avec Rouher,et j'amenai moi-mèms la conversation sur ce sujet. Bismarck ne fit point de difficulté de m'a vouer qu'à ma place il en eût fait autant.

H me fit encore deux communications importantes sur des ihoses passées qui remontent au-delà de 1866. En 1859, où il occupait le poste d'ambassadeur à Saint-Pétersbourg, il fut prié de donner son avis, à la veille de la guerre dltalie, et il se déclara pour une intervention militaire immédiate, énergique, en faveur de TAutriche, mais conditionnellement, et contre Tassurance de la même réorganisation de la confédération qu'il demanda, en 1866, avant le début de la guerre, savoir: aUribulion du non! à la Prusse, et attribution du sud à l'Au-

iche. En 1864, après la oonclusion de la paix avec le Dane-

lark, il proposa de céder le Schleswig-Holstein à la Prusse,

remettant que celle-ci engagerait une action commune avec

Autriche en vue de reprendre la Lombardie à l'Italie. Ce

3raier fait me parut incroyable, rien qu*à cause de ce que le

»yaume d'Italie avait déjà été reconnu par la Prusse, avant

entrée de Bismarck au ministère, et que la Lombardie avait

é cédée à la France; et qu'en conséquence l'empereur Na-

>léon était personnellement, engagé. Un fonctionnaire du

înlstère des affaires étrangères, qui connaissait ces faits,

infirma cependant le dire de Bismarck. Je n'eus pas le

isir de rechercher dans les actes, ma retraite étant alors

es proche. Par contre, j'avais auparavant trouvé les preu-

!S établissant que, dès 1863, longtemps avant la mission

»vone, Bismarck était en négociations avec le gouvernement

ilien, et que, bien qu'on sût cela à Vienne, la convention de

stein n'en fut pas moins conclue.

Si j'avais lieu d'entendre d'intéressants éclaircissements sur

passé, les aperçus sur l'avenir que me développait mon in-

rlocuteur ne l'étaient pas moins. Le prince de Bismarck m'a

édit déjà alors le Kuliurkampf ^wec toutes ses particularités,

' qui m'avait donné occasion de dire que, sous un rapport, je

>uvais m'en louer, car je n'aurais plus à m'ouïr reprocher à

avenir que les catholiques sont plus heureux en Prusse qu'en

Autriche; j'ai pourtant fait observer que, s'il n'y avait pas alors

Ml pouvoir, en Autriche, un ministère essentiellement catholi-

^e,. il se pouvait faire qu'il en vint un, et qu'alors l'oppositkm n. 3!

catholique en Allemagne cherchât un point d'appui à Vien « Ils ont agi à notre égard d'une manière infâme f dit marck », prononçant là encore un de ses mots favoris. Cette famie me fut expliquée quelques mois plus tard»commej'a\ quitté Vienne, par une personne au courant de ce qui se passt Les intentionsprimitivesde Bismarck après la guerre étaient ti bienveillantes pour l'Eglise catholique. Il comptait trouver appui dans la curie romaine, et avait proposé au pape detrai férer le Saint-Siège de Rome à Cologne. Si, comme beaacc le croyaient, le pape venait à quitter Rome, cette proposit aurait eu quelque chose d'attrayant. Un antique siège arc épiscopal, une célèbre cathédrale, une noblesse rhénane t oatnolique; avec cela des régiments, de préférence catholiqi devaient former lagarnison. Le cardinal Ledochowski futcha des négociations, mais elles prirent une telle tournure, < Bismarck se considéra comme dupé. De làl' « infamie ».

Nous parlâmes aussi des pays allemands d'Autriche, prince de Bismarck répudia cependant avec énergie toute ^ léité d'acquisition de ces pays pour l'empire allemand, fais ressortir que Vienne, ainsi que les populations slaves et cat liques, ne susciteraient que des embarras et des difflcult(?s

ne doute pas de la sincérité de ces considérations; cependai est une chose qu3 je ne saurais oublier. « Plutôt penser ions-n à la Hollande! » m'avait dit Bismarck. Lorsque, quelques n après, je pris possession de mon poste d'ambassadeur à Loudi arriva presque en même temps le nouvel ambassadeur holl dais, que je connaissais, et qui avait occupé jusqu'alors le po

de Berlin. La première chose qu'il me raconta futque Bismarck l'avait rassuré touchant des vues d'annexion de la Hollande en observant que l'on songerait plutôt aux provinces allemandes dAutriche.

Knfin, nous parlâmes encore de la Roumanie, qui alors n'était qu'à, moitié constituée. Là aussi on avait été infâme, et, comme Use conçoit,lesdémonstratioas francophiles de Bucharest, qui étaient allées jusqu'à menacer l'hôtel de la légation prussienne, n'^aient pas oubliées. Bismarck protégeait alors les entreprises de chemin dé fer de Strousberg, auxquelles de grands noms prussiens étaient mêlés et contre lesquelles s'élevaient des obstacles, en ce que Ton attaquait le traité conclu avec le gouvernement roumain. Bismarck était très irrité, et il me déclara qu'il prendrait une voie très simple et correcte, c'est-à-dire qu'il s'a- <lresserait à la puissance suzeraine et réclamerait l'intervention turque. J'eus sérieusement beaucoup de peine à le dissuader de ^e projet.

Avant de donner le texte de mon rapport à l'empereur sur ^es conversations avec Bismarck, je parlerai de deux incidents divertissants.

J'avais Thonneur d'offrir à dîner à mon collègue princier ^Vi cbàlet suisse. Acediner prenaient part, outre Bismarck, ^M. de Keudell et Abeken, venus avec lui à Gastein, ainsi que ^^ chdf de section von Hofmann. Le repas fut servi dans une espèce de gloriette, sur une éminence d'où l'on apercevait \x ^ue. Tout à coup, nous remarquâmes l'arrivée d'une chaise de poste et nous présumâmes que ce devait être le comte Arnim,

qui venait d*ètre nommé ambassadeur à Paris. J'envoyai aus^ sitôt quelqu'un au-devant de la voiture, et fis prier le comte Â^ nim de dîner avec nous. Nous vîmes que la voiture s'était aia rètée, mais notre invité ne se montrait point. Enfin, on déçois vrit qu'il en était descendu et qu'il s'occupait, derrière l . chaise de poste, à changer de toilette, alors que nous-mém^i étions vêtus d'un costume de matin. « Et Ton ferait dels haute politique avec une créature de ce genre! » dit Bismarck. Cette plaisanterie à part, il ne pouvait échapper àun observateur attentif que les relations entre Bismarck et Âroim n'étaient déjà pas bonnes alors et que, pendant le dîner, il5 ne laissèrent pas de le prouver par plusieurs observations peu amicales qu'ils s'adressèrent réciproquement.

Parmi les hôtes de Gastein, il y avait aussi alors un certain M. Christ, marié à une nièce de la comtesse Méran, veuve de Tarchiduc Jean. Ce M. Christ était un francfortois aisé et viveur qui, au temps où Bismarck était ambassadeur près de la Diète germanique, avait eu avec celui-ci un commerce suivi. M. Christ lui donna donc, au restaurant de Hofgasteio , un diner auquel moi et quelques autres Autrichiens avions été invités. Au dessert, notre amphitryon dit à Bismarck en pur dialecte francfortois : « Mais, dites-moi, pourquoi n'êtes- vous pas entré à Vienne en 1866? » Une réponse assez peu gracieuse ne l'empùcha pas de poursuivre en ces termes : t Vous nous disiez toujours à Francfort que ce serait le plus beau jour de votre vie, quand vous feriez votre entrée à cheval dans Vienne I » On devine quelle figure fit le prince de Bismarck.

Ci-dessous le rapport déjà mentionné:

<t Le prince de Bismarck, comme il était à prévoir, n*a point fait i propositions en vue d'arrangements positifs, basés sur un traité, oi, de mon côté, — outre que je n*avais pas reçu d'autorisation éalable de Votre Majesté, je n'ai pas jugé conforme à nos intérêts 3uvrir la bouche sur de tels arrangements. Ce que je me suis péris de désigner, dans mon rapport détaillé du 18 mai de cette ane, comme la constellation qui, de 1866 à 1870, s*opposait à une tente par traité entre T Autriche-Hongrie et la Prusse, s'y oppose alement, quoique les conjonctures soient changées. La situation, jourd'hui de même qu'alors, n'offre pas d'objet sur lequel puisse fOrmer la parité d'intéréls des deux empires. Nous ne pouvions s alors, contre des assurances relatives à d'incertaines comcations à venir en Orient, accorder immédiatement ce qu'on deindait de nous, savoir l'abandon de l'Allemagne méridionale et igagement de faire front contre la France. De même, nous nous uverions aujourd'hui, en vertu d'un arrangement reposant sur traité, obligés de prendre parti pourTAllcmagne dans Téventua- !, plus ou moins prochaine, d'une levée de boucliers de la France ; is dépendrions aussi de manipulations qui se soustrairaient à noinfluence, alors que l'éventualité d'une guerre avec la Russie ne borne nullement au cas d'une guerre d'agression russe contre us, et qu'il serait conséquemment très difficile d'obtenir les stilations qui pourraient nous assurer l'avantage d'une entière réci- )cité. Dans cette circonstance, qui à Berlin revêt une autre forme ause des présentes relations amicales avec Saint-Pétersbourg, is qui entraîne une même conséquence, g\i probablement la ton pour laquelle le prince de Bismarck s'est maintenu dans une tude réservée, mais cette raison pourrait être aussi le désir de ne

point laisser 8*éleyer le moindre doute que l'Alfemagne ne soit assez paissante pour se défendre toute seule contre ses ennemis. j

» Le prince de Bismarck juge beaucoup plus conforme aux inté- i rets et à la consolidation de l'empire allemand de nouer avec nous des relations franches, durable^, qui soient basées sur une bonne Tolonté mutuelle, une confiance égale de part et d'autre^ et Tadmisslon réciproque du fait que les intérêts politiques des deux parties ne doivent plus désormais entrer en collision, que l'une des deui puissances, dans Fattente légitime de la réciprocité, doit assisUt l'autre, même au cas où ses propres intérêts ne seraient pas ei^ jeu, pourvu que cette assistance ne lèse pas lesdits intérêts. ^^ » C'est ainsi, et non d*ane autre manière, que J'avais conçu mo' même nos futurs rapports avec rAUemagne. Des arrangements p^ traité, qu'ils soient publiés ou tenus secrets, ont le tort d'inquiété l'étranger et d'oflrir, à l'intérieur, une ample matière d'agitatioi pour les partis. On peut compter sur un développement beaucoup plus sûr et plus tranquille des relations de réciprocité qui viennent d'être caractérisées, lorsque l'attitude des cabinets se manifeste par tout d'une manière conforme, et que les actes démontrent à chaqu< occasion l'aceord de ces cabinets, ce qui suppose naturellement un< entente préalable partout.

» C'est aussi essentiellement la pensée que je me suis efforcé d< développer à Votre Majesté, dans mon rapport du 18 mai de la prc sente année, et dans le discours que j'ai prononcé devant la déléga tion du Reichsrath. «

Cl» Ce n'a pas été pour moi une médiocre satisfaction de voir qui notre premier entretien, et avant que j'eusse dit un seul mot, le prince de Bismarck m'ait non seulement donné à entendre qu'il ap prouve entièrement ce discours, mais ait encore exposé sa conception des relations réciproques qui lui semblent possibles et désira-

bles d'une manière rappelant presque textuellement la liaison d'idées de mon rapport à Votre Majesté ci-dessus mentionné. Cela est allé même si loin, que le passage qui concerne Téventualité, que nous ne devons pas favoriser, mais mettre à proût, de la dissolution de l'empire ottoman, se retrouvait dans les développements du chancelier impérial allemand, lequel a remarqué obligeamment qu'on ne conçoit pas une grande puissance qui ne ferait pas de sa faculté d'expansion une condition vitale.

» Il m'a été plus important d'entendre le prince de Bismarck caractériser les rapports de la Prusse avec la Russie exactement de la même manière que je l'ai fait dans mon susdit rapport à Votre Majesté. A Berlin, on ne peut pas se laisser entraîner à une attitude hostile à la Russie à cause de nous, mais on espère con- ÇQérir une situation plus indépendante vis-à-vis de la Russie, grâce ^ de bonnes relations avec nous.

> J'ai donc pu répondre en toute sincérité, après avoir entendu ^ prince de Bismarck, que ses déductions s'accordaient on ne peut ^îeux avec nos sentiments.

» Nous ne devons pas médiocrement priser la circonstance que ^ 0*est pas nous qui avons besoin de chercher ces relations, qui ^oug sont, au contraire, offertes.

» Nous ne devons pas oublier que ces avances nous sont faites ^tors que notre voisin est devenu plus puissant, et cela dans des Pi^oporlions gigantesques, dans le temps même que la seule puis- ^^ce européenne qui puisse se mesurer avec lui lui accorde son ^^itié et se montre hostile à notre égard ; nous devons nous rappeler que ces offres amicales coïncident avec une époque où notre si- . *^ation intérieure permettrait au gouvernement allemand de nous ^•«servir et nous nuire.

* Sous ce dernier rapport, je ne saurais passer sous silence cer- ^ines paroles décisives du prince de Bismarck.

» L'empereur GuiUaumey comme j'ai déjà été en situation de k maDder de Gastein à Votre Majesté, avait fait, avec ménagement, diTerses allusions signifiant qu'il désirait que les Autricbiens aUemands ne tournassent point les yeux vers lui et ne lui créassent pas d'embarras, de même que Sa Majesté avait dit, en parlant de la dissolution des Diètes allemandes, que les Allemands se trooyaient mal d'une pareille mesure. .

» Le prince de Bismarck a exprimé de très vifs regrets sur ces paroles de son maître, a prié de les mettre sur le compte d'idées et d'insinuations dépourvues d'importance, et m'a assuré qu'il avait fut comprendre à Sa Majesté l'inopportunité de semblables considéra* tlons.

» Lui, de son côté, m'a dit, qu*à parler franchement, il ne coneenit pas qu*on se créât, avec le mécontentement des Allemands, de bien plus grands embarras que ceux qu'on avait eu à supporter de la part des Tchèques ; qu'il déplorait la chose, parce qu'U souhaite un raffermissement de la monarchie austro-hongroise et qu*il en a besoin, mais qu'on ne devait pas attendre de lui qu'il appuierait l'opposition allemande. C*est, disait-il, une politique d'écolier de spéculer sur une acquisition des provinces austro-allemandes. Le Danemark et la Hollande, qu'on ne veut pas conquérir, seraient un gain infiniment plus profitable, mais introduire, en Allemagne, avec les provinces autrichiennes, une population slave et un foyer d'opposition calbolique,c'est une pure billevesée, et la dissolution certaine de Tempire allemand à peine fondé.

Il sera bon pour nous d*élre sur nos gardes, malgré de telles assurances, et de ne jamais manquer de vigilance. Si cependant — et ceci je puis lavancer avec une entière certitude — l^^ pourparlers de Gastein ont assis la confiance illimitée de Tempereur Guillaume et du prince de Bismarck en nous, il me semble

u*il est du devoir de la prudence de ne point laisser paraître, de otrepart, la moindre défiance; je dirai même que notre intérêt xige que, pas plus à Tlntérieur qu'à rextérieur, le moindre doute à-dessus ne vienne à percer, et qu'il faut s'en tenir inviolablement i la politique, inaugurée par l'échange des notes du mois de décem- )re et les déclarations devant les délégations, et affermie par les x)nférences de Gastein. Tout courant opposé engendrerait les conéquences les plus périlleuses. Nous perdrions en Allemagne des ympathies chaque jour croissantes, nous réveillerions les velléités usses présentement paralysées, et, par contre, nous encouragerions '8 projets belliqueux de la France et rétablirions en même temps alliance italo-prussienne.

» J'arive maintenant à un point de mon entretien avec le prince 5 Bismarck, lequel point, j'ose le dire, a été pour moi plus qu'une ttisfaction.

» Votre Majesté, j'en suis sûr, connaît assez ma façon de penser >ur ne pas douter que j'ai recommandé la politique de non* tervention absolue dans la question romaine, uniquement à cause s exigences de notre situation politique^ et non pas par manque compréhension des questions religieuses. En réaliti, je savais rfaitement qu'avec une attitude hostile à l'égard de l'Italie, nous tablirions l'alliance italo-prussienne in oplima forma. Le prince Bismarck m'en a fourni spontanément la pleine assurance. Il a formellement déclaré que si la France s'avisiit d'entreprendre in contre l'Italie et interpellait l'Allemagne sur son attitude évenîlle, h réponse ne serait nullement satisfaisante. Puis, il m'a comaniqué, qu'ensuite de la proclamation du dogme de l'infaillibilité, ferait valoir, à Berlin, le principe de la suprématie de l'État avec dernière rigueur. Cette ouverture m'a donné occasion de réponc au prince de Bismarck que je ne pouvais que désirer person-

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neUement n'avoir plus à entendre dire que les catholiques sont plus heureux en Prusse qu'en Autriche, mais que je devais avertir sérieusement de ne pas s'engager trop avant dans cette voie, de peur que l'opposition des catholiques allemands contre le gouyemement allemand n'installât son foyer en Autriche pour opérer, de )à, contre Berlin.

» Toutefois il s*ensuit indiscutiiblement pour nous la nécessité de ne rien modifier à la politique que nous avons adoptée à Tégard de l'Italie, si nous ne voulons pas compromettre les avantages de la situation que nous avons prise par rapport à l'Allemagne.

» L'affaire Stromberg et l'Internationale ont été spécialement traitées dans nos entretiens.

» Pour la première^ le prince de Bismarck a donné à entendre qu'il halssaitles Roumains^ non parce que c'est une nation pillarde; ce dont il ne saurait leur en vouloir, mais parce qu'ils ont agi d'ooe manière infâme envers la Prusse pendant la guerre. Gomme ce pays n'a pas de situation internationale, il s'en tient à la Porte, à laquelle il a communiqué le mémoire de Bucharest, lui demandant si elle se Tappropriait. Il n'exige pas une intervention armée, mais» si la Porte ne veut pas donner son concours^ il lui suscitera des difficultés en toute occasion. « Au reste, a-t-il ajouté, je vous laisse le beau rôle; vous pouvez nous rendre service à charge de revanche.»

>» La pensée occulte du chancelier impérial allemand était vraisemblablement celle-ci : « Il nous est fort désagréable qu'on abuse de grands noms p^^ur attirer un tas de petites gens de la Silésie dans une affaire véreuse et les précipiter dans le malheur. Je vous serai reovMmaissant de nous prêter votre assistance, mais, au pis aller^ je devrai pnfndrt* une attitude très énergique. »

>' J'ai r^'pliqué que notre situation était la suivante.

» Nous n*avons,pimr ainsi dire, rien de commun avec cette affaire.

l'ai pas connaissance de réclamations de porteurs d'actions auiiiens, et un important entrepreneur autrichien spécule même sur icution des résolutions de Bucharest. Si nous voulions faire de la iilarité, il nous aurait été facile de pousser le prince Charles à la :tion, aûn de faire de la propagande, et même mieux, en Rouma-

Mais nous n'avons que deux pensées dominantes : maintenir rince Charles et éviter toute démarche propre à faire douter de e accord avec le cabinet de Berlin, ce qui n'exclut pas assuréit la précaution d'éviter toute démarche qui pourrait nous enner dans des complications contraires à nos intérêts et à nos dé- . C'est pourquoi nous avons appuyé M. de Radowitz et eu bien le de faire de l'opposition contre les négociations prussiennes à stantinople^ mais sans dissuader de la sanction, ni, à plus forte on^ prendre parti pour la diplomatie prussienne à Constantie.

Cependant j'avais exprimé à l'agent diplomatique roumain, de ur ici, l'intention de m'entremettre, si son gouvernement se tait en état de faîk*e des propositions qu'on pût discuter sérieuent et^ avant tout, différait l'exécution de la loi votée. Il a été : à Bucharest dans ce sens.

Le prince de Bismarck déclara qu'il tombait d'accord là-dessus dncipe, et qu'il écrirait au président supérieur de Silésie pour celui-ci obtint que les intéressés nommassent un syndicat qui rrait entrer directement en négociations avec le gouvernement bucharest.

En ce qui touche l'Internationale, qui occupe fort le cabinet de lin, et au sujet de laquelle le général de Schweinitz a proposé sieurs fois un échange d'idées, tandis que l'empereur Guillaume it efforcé à Ischl d'attirer particulièrement l'attention de Votre esté sur la question sociale, j'ai d'abord communiqué au prince

de Bismarck mes idées touchant une contre-internationale à f en dehors de l'action gouvernementale. Il m'a approuvé sans tation et coopérera volontiers de la réalisation de ce projet. L tlon de nouvelles prescriptions à insérer dans les codes p ressortirait, par contre, à la sphère d'activité gouvememenU proclamerait la pénalité et déférerait aux tribunaux le jus d'actes qui peuvent être considérés comme un commencement cution de crimes politico*socialistes, tels que la prononciat discours justifiant et glorifiant les incendiaires. Le prince c marck propose la réunion d*une commission chargée d'étu question, proposition que j'ai approuvée, à condition que la qi ouvrière au point de vue économique et les moyens légaui résoudre fussent également l'objet de délibérations.

9 Pour déférer à l'autre vœu du prince de Bismarck, qui avoir à ce siget des engagements palpables, de notre part, tant que possible dès l'arrivée à Salzbourg, j'ai fixé pour le mois prochain une conférence à laquelle prendront part 1 de section von Hofmann^ le baron Wehli, les conseillers ai Wohlfiirl et Teschonberg. »

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