CHAPITRE XLIV
^8 jours de Gastein. — L'empereur Guillaume. — La seconde entrevue
de Salzbourg.
L'empereur Guillaume était arrivé à Gastein plus tôt que le *îuce de Bismarck. La réception fut enthousiaste de la part de
Société de cette ville d*eaux assemblée sur la place de Strau- ^g, et le nombre des bouquets offerts par les dames ne fut 'înt médiocre. J'attendais le monarque sur la terrasse du cbà- ^U des Bains; il me salua cordialement. Ce fut dans ce même château des Bains que j*avais vu, la der- ^Te fois, l'empereur Guillaume; c'était en 1865, au milieu de ^constances très différentes des conjonctures actuelles. Bien s changements avaient, du reste, eu lieu au cours des années ^^ant lesquelles je n'étais plus un inconnu pour ce prince, ^venu si puissant; elles allaient de 1856 à 1871, mais raccueil
qu'il m*avait toujours fait me le rendait sympathique. En 1877, il fêtait son quatre- vingtième anniversaire. Au dîner quedonna l'ambass^eur allemand à Londres, je devais, à cette occasioD, porterie toast à l'empereur, et, dans mon discours, je dis, entre autres choses, ceci : « Il m'a été donné d'approcher, comme jeune secrétaire de légation, le prince Guillaume, comme ambassadeur, le prince de Prusse, comme ministre, le régent et ie roi, comme chancelier impérial l'empereur allemand. Je me souviens avec reconnaissance que, durant ce long intervalle, il daigna m'accorder maints témoignages de son auguste faveur. Mais ce que je ne saurais jamais oublier, c'est la façon dont il m'accueillit lorsque la fatalité m'avait jeté dans les rangs des adversaires de son gouvernement, ne marchandant jamais sou estime au combattant, son indulgence au vaincu. » L'ambassadeur russe, qui était présent, fut le seul qui ne me félicita p^^ sur mon discours, parce que la phrase que je viens de rapport^ marque des procédés très différents de ceux dont son augi^^^ maître est coutumier.
Lors de ce séjour, dont je parle, de l'empereur Guillaume Gastein, j'eus aussi l'honneur de porter sa santé, à table, d^ part de Tempereur François-Joseph, en réponse au toast (g Guillaume I avait prononcé, le 18 août, jour anniversaire de^ naissance de l'empereur d'Autriche; et je rappelai, à cette oc sion, qu'autrefois, dans ce même mois d'août, on avait couture de célébrer le jour de naissance du roi Frédéric-Guillaume dans les villes d'eaux de Bohème.
Je fus plusieurs fois convié à la table impériale, honneur ^
MEMOIRES DL" OMTE DE BEIST 495
me fut accordé aussi, les aont'es suivantes, alors que je notais
plus chancelier impérial.
Voici le rapport que j'adressai à l'empereur d'Autriche-Hongriesur Taudience que j'eus chez l'empereur Guillaume, le lendemain de son arrivée à Gastein :
« Je croîs devoir rendre compte à Vutre Mnj?<t'3 de mon audience d'hier chez Tempereur Guillaume. Sa Majestô m'avait fait dire, dans la matinée, qu elle serait à une heure chez elle et me ferait alors appeler. G t ordre ne me parvint que vers deux heures. II est possible que des affiires aient été cause de ce retard, mais peut-être aassi qu'il s'est agi d'une préparation en vue de l'audience. L'empereur me reçut, debout devant une fenêtre ouverte, si bien que, sous le rapport de la mimique, le public de la place de Straubing a pa être témoin de l'entretien; il s*éteniit longuement sur le déve- ^pement des relations entre l'Autriche et la Prusse, commençant à partir de la guerre de Sept Ans et finissant par la guerre francoallemande de 1870. Je crois utile d'en relever seulement quelles particularités, car la conception prussienne de ce thème-là, 91e l'on trouve la même chez Sybel et Rauke, et que je n'ai que ^p souvent rencontrée chez les diplomates prussiens de la nouvelle ^le, chez les Usedom, les Brassier de Saint-Simon, les Savigny, l^s Bernstorff et les Goltz, n*a rien qui ne soit connu de Votre Majesté. L'empereur désigna comme cause de tous les dissentiments entre les deux empires le dessein, toujours persistant du côté autri- ^ien, d'arracher à la Prusse les avantages conquis par Frédéricle-Grand et de reléguer la monarchie prussienne dans ses anciennes limites.
» Après Tannée 1813 et jusqu'à la mort de son auguste père, in-
tervint une période de tranquillité, à cause de rattachemciDt de Frédéric-Guillaume III pour l'empereur François P'; mais la Prusse dut faire maints sacrifices pour maintenir ces relations. De 1840 à 1848, les idées libérales de son frère déplurent d'abord à Vienne, el après 1848 on refusa à Berlin une ombre de sceptre impérial, mais on y fut obligé de s'occuper sérieusement de la question allemande. Les arrangements de Dresde, bien qu'ayant fait beaucoup de mauvais sang en Prusse, furent pourtant acceptés loyalement par lui et son frère et mis à exécution. L'empereur en vint ensuite à la guerre d'Italie ; il affirma que l'on avait promis formellement au prince Windischgraetz Tintervention armée de la Prusse, avant que la bataille de Solférino eût été livrée. Il avait, de bon gré, con- <;édé la participation de l'Autriche à la guerre danoise, afin de partager les lauriers avec elle; (je me rappelai à ce sujet que le prince <le Bismarck m'avait dit en 1865 que la Prusse ne s'aventurerait plus seule, à l'avenir, mais seulement avec l'Autriche pour alliée, <lans les duchés); puis il fut question des événements de 1865 et 1860, principalement de la guerre de 1866, qu'il n'avait entreprise, lui, roi de Prusse, que, le coeur brisé, après une longue lutte avec son ministère, après huit nuits d'insomnie, et parce que les préparatifs de l'Autriche l'y obligeaient. Le ciel avait favorisé les armes prussiennes et lui, le roi, on sera bien forcé de le reconnaître, s'était montré généreux. — Sa Majesté ajouta qu'elle avait bien aussi pour but, en montrant cette générosité, d'empêcher l'ingérence de la France et cons'quemment une guerre européenne. La dernière guerre, non plus désirée que prévue par lui, avait enfin placé la Prusse ;\ la tête de rAllemvigne, également contre sa volonté àluii roi de Prusse; comme empereur, il n'a pas de plus ardent désir que d'entretenir de bonnes relations avec l'Autriche, et, en disant cela, il appuya plusieurs fois sur co point, qu'il comprenait fort bien qu'on
^oubliât pas aisément le passé, etc., et qu'il se réjouissait fort da 'établissement des bons rapports entre les deux empires.
» J'aurais pu objecter bien des choses, que je n'épargnerai peut* itre pas au prince de Bismarck, comme les négociations entamées aivec lltalie dès 1865, la dépêche Usedom et la légion Klapka; mais je ne pouvais blesser et indisposer Tempereur Guillaume, qui venait de donner les explications ci- dessus d'un ton conciliant, et je Tavais Qaturellement écouté dans un respectueux silence. En reyanche, je lédarai, me fondant sur ma connaissince approfondie de la situalion à Vienne, que c'était une terrible erreur de croire que la pensée lomioante de la politique autrichienne eût été d'abaisser la Prusse, {u'oQ était toujours resté sur la défensive^ et que c'était nous qui ivions été provoqués. J'ajoutai que les relations qui venaient cPélre ^établies seraient scrupuleusement respectées, et qu'on tâcherait ûncèrement d'oublier, si l'on se trouvait en face d'efforts sincères in vue d'amener Toubli.
» Un mot de Sa Majesté, qui me sembla intéressant, est que la ^ce avait consommé sa ruine dès 1866, attendu que Napoléon K>uvait et devait attaquer l'armée prussienne par derrière. En 1866, ui, roi de Prusse, ne voulait pas croire à la neutralité de la France, t ce ne fut qu'après une longue résistance qu'il avait consenti à ^garnir la province rhénane. Aussi avait-il toujours conservé bcauonp de reconnaissance à Tempereur Napoléon.
» L'empereur me conta toutes les particularités d'Ems, en 1870; c(ai8 je puis les passer sous silence, puisqu'elles s'accordent avec les Publications ofBcielles prussiennes. Ce qui me parut nouveau, c'est ine circonstance qui, si elle eût été fidèlement rapportée par BeneletU, aurait mis encore plus en lumière la malechance de Gramont; ^ voici : lorsque le roi prit congé de Benedetti, à la gare, il lui dit ^ lai tendant amicalement la main : « Adieu, monsieur l'anibassa-