L.e changement survenu dans ma carrière n'était nullement
îlqae chose d'effrayant ni d'imprévu pour moi. Un an
)aravant, j'avais écrit à un ami de Saxe que le jour de la
itû serait le jour de la délivrance; et quelques semaines
mt les événements que je viens de narrer, j'avais causé
c le conseiller d'Etat von Braun, qui était resté mon
i, de l'opportunité d'une nomination éventuelle au poste
mbassadeur. Le titre d'ancien chancelier impérial est quelque
se qui ne sonne pas aussi naturellement que celui d'an-
1 ministre. Le prince de Met ternich — si licet parva compo^
e magnis, ou plutôt si licet magna componere parvis ^
vécut bien à son omnipotence de chancelier d'Etat, mais
se rendit, en prenant sa retraite, à l'étranger, et ne renn. 33
tra en Autriche que quatre ans plus tard. De hautes fonclionsà Tétranger — l'ambassadeur étant considéré comme le représentant personnel du souverain — c'était la meilleure solution. Comme il a été dit, j*étais accoutumé à la pensée de ma retraite, mais lorsque le moment arriva, il y eut deux choses qui me semblèrent dures. J'avais bien prévu le temps où je ne pourrais plus rester à cAté d'IIohenwart, mais, à cette époque, il s'agissait davantage de l'inéluctable fin d'une situation intenable. Maintenant que cette situation avait cessé d'être, qu'après plusieurs années de peines, de luttes et de soucis, un terrain solide, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, avait enfin été trouvé, et qu'il n'était plus besoin que de continuer tranquillement l'œuvre commencée; maintenant que tout devait aller comme sur des roulettes, que la plus parfaite harmonie entre le ministère commun et les ministères des deux moitiés de la monarchie était assurée ; maintenantquc j'avais pour moi des votes unanimes de confiance des corps parlementaires devant lesquels j'étais responsable,et que des démonstrations de la confiance publique m'arri valent de tous C(Ués, être obligé de quitter le thé.ltre de mon activité en un tel instant, c'était un coup de foudre dans un ciel serein. Maisce qui m'impressionna plus désagréal)lement encore, ce fut le mystère, dévoilé tout de suite h. mes yeux, dans leiuel on s'enveloppa pour me précipiter du pouvoir. Avec quelle joie, combien volontiers j'eusse obtempéré, si l'on eût fait appel à mon dévouement, si l'on m'eilt dit qu'une issue h la triste situation créée par la contradiction des deux rescrits serait toute trouvée si Hohenwart
Qt moi démissionnions simultanément ! J'aurais su imprimer à ma démission le caractère d'une entière spontanéité.
En considérant ce que je viens de dire, on comprendra que ma retraite ait été encore plus surprenante pour d'autres qu'elle ne l'avait été pour moi. J'aime à me rappeler qu'on me fit part de cette surprise d'une manière aussi sympathique qu'honorable pour moi. Je fus môme obligé d'intervenir auprèsdes étuiiants de Vienne pour les empêcher d'organiser une retraite aux flambeaux en mon hninneur.