‹ Trois quarts de siècleChapitre 60 sur 66 · II. 3V · texte numérisé non relu

II. 3V

Dans mes souvenirs au sujet de la conférence de 1864^ j'ai déjà eu Toccasion de parler de mon collègue russe, le comte Bruouoff. Nos relations restèrent froides, mais je fus largement dédommagé par les rapports que j*eus plus tard avec son aimable successeur, le comte Ghouvaloff.

Mes collègues de Tambassade française ne furent pas moius agréables. Malheureusement, on les changeait très souvent, et, dans le courant de quatre ans, j*en ai eu cinq : le duc de Broglie, le comte d*IIarcourt, le duc de Larochefoucauld-Bisaccia, le comte de Jarnac, le marquis d*Harcourt. La répuLlique ne pouvait pas choisir de plus beaux noms, et ces noms étaient portés par des a hommes de valeur ». Mais un ambassadeur stable aurait été plus utile à la bonne entente de l'Angleterre et delà France,

La connaissance de l'ambassadeur ottoman Musurus Pacha fut pour moi pleine de charme et d'intérêt. Un digui- ; taire turc qui conserve son poste pendant trente ans est un j phénomène. 11 était très sympathique aux Anglais, et sa mai- j son était animée par la présence de sa fille, très belle personne j et grande musicienne qui devint la princesse de Brancovano. Sa grande erreur consistait à se figurer toujours TAnglelerre telle qu'elle avait été il y a vingt ans, pendant la guerre de Crimée, Aussi fut-il surpris de l'attitude de celte puissance quand coUoci fut prise à partie encore une fois par la Russie. IV mcMno il ne ^x^uvait comprendre l'attitude de TAulriche- Honj;rii\ et il ou voulait à mon chef qui, selon lui, n'aurait pas dû oublier que la Turquie autrefois s'était refusée à le livrer.

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5 ne veux pas terminer ma revue diplomatique sans consaquelques souvenirs affectueux à quelques-uns des autrcs- >assadeurs. Je veux parler surtout de l'ambassadeur des s-Bas, le comte Bylandt, et de l'ambassadeur de Belgique^ aron Soloyns. Us ont conservé tous les deux leurs postes, et^ nd je vais à Londres, mes premières visites sont pour eux,. ;om:c Bylandt a pour femme une Russe d'un esprit supér. L'Italie ne fut représentée qu'à partir des deux demie* années de mon séjour en Angleterre ; son ambassadeur, la éral Menabrea, m*est toujoirs resté cher; j'avais été son èguc à Florence.

uant à la cour, elle ne m'élait pas inconnue non plus. Lors- ! j'étais ambassadeur de la Saxe, j'avais vu la reine mariée et ireuse. Plus tard, étant représentant de la Confédération manique, je l'avais revue, mais plongée dans la douleur et rée du monde après la mort de son mari bien-aimé. Je la mouvais maintenant en proie à une vive inquiétude pour son , rhéritier du trône, atteint d'une violente fièvre typhoïde andringham. Si mes bienveillants lecteurs se sont donné la Qe de lire mes souvenirs d'Osborne, souvenirs du temps dtr mission allemande, ils comprendront le profond respect que ►ortais à la reine. C'est du plus profond de mon cœur que irivis ces vers dans l'album qui me fut présenté, lorsque, is les dernières années de mon ambassade à Londres, j'eus se deux jours à Osborne avec Son Altesse le prince héritier :

J'avais élu déjà, pour abriter ma vie, L'empire du Trident, l'île que Ton envie ;

Je viens de séjourner dans un de ses îlots. Vert pays» aux gazons reflétés par les flots ; Je lui dois un amour tel que rien ne Taltère. Vive, vive à jamais la reine d'Angleterre I

Je faisais allusion à la grave maladie du prince de Galles en 1871, La sympathie publique avait été générale et s'était nunifestée hautement. On voyait de nombreux attroupements devant Mariborough House. C'étaient les personnes qui venaient prendre les dernières nouvelles de Sandringham. Cette sympathie, non seulement de la société anglaise, mais aussi du peuple, était en partie provoquée par l'inquiétude qu'inspirait l'a^ venir dans le cas où la maladie prendrait une tournure funeste, mais l'affection qu'on portait au malade y était pour beaucoup. » Le prince de Galles est une de ces natures heureuses qui aiment à faire des heureux^ et pour lesquelles c'est un véritable besoin d'être agréable en parole et en action à tout ce qui les entoure; c'est ce qui donne & son amabilité, reconnue par tout le monde, un cachet de sincérité. Je n'osais, voyant la gracieuse bienveillance dont m'honorait Son Altesse, croire à une préférence pour moi ; mais ma reconnaissance n'en est pas restée moins vive. Ce qui fait la grande popularité du prince de Galles, c'est qu'il est Anglais jusqu'au bout des ongles. Il s'intéresse vivement à tous les intérêts anglais et le prouve en présidant, avec une habileté et une élégance étonnante de parole, tous les festins donnés dans un but de charité ou d'utilité publique. Cette manière de se produire offre pour les princes anglais des avantages qui ne sont pas à dédaigner.

'assistai une fois à un dîner donné pour un hôpital allemand. iB prince de Galles présidait, et je fus émerveillé de Thabileté .vec laquelle les princes anglais savent appliquer le « Honny oit qui mal y pense. »

J'ai dit, dans mes souvenirs de l'année 1864, que la prinesse de Galles était, elle aussi, très aimée. A cette époque je cassais pour être un ennemi acharné du Danemark, et j'osais i peine approcher cette belle et aimable princesse; mais mainenant tout était changé, et, du commencement jusqu'à la fin de non séjour à Londres, je fus toujours, j'ose le dire, un hôte )ien accueilli du Marlborough House. Lorsqu'en 1876 le prince mtreprit son voyage dans les Indes, j'eus même l'audace de lui lire que je serais capable de composer une valse pour fêter son *etour. Je n^avais jamais composé, mais je tins parole et pus, ï l'époque fixée^ dédier à la princesse ma première valse : K Return from India ^ »

Ce n'est pas seulement à la cour du prince héritier qu'on m'avait témoigné de l'éloignement, en 1864; je rencontrais une hostilité l^ien plus grande encore dans une autre branche de la famille royale. La durhesse, veuve du duc de Cambridge, ainsi que la princesse Mary, ne m'honoraient plus d'une seule parole. Cela me chagrina d'autant plus que j'avais été reçu chez elles souvent et facilement tant que je n'étais qu'ambas-

1. La valse fut jouée au premier bal de la cour, et comme d'habitude le programme de la musique parut daus le Moming Posl. Mon nom s*y trouvait. — « Avez-T0U8 lu votre nom ?» me demanda la princesse, n A votre service, — répondis-je, très heureux de ma nouvelle position. Autrefois j*étais entre Bismarek et Gortschakoff ; maintenant je suis entre Strauss et Waldteufel. »

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sadeur de Saxe. La duchesse avait même honoré d'une visita ma maison de Dresde. Elle vint à Paris en 1867, pendant Tabsence de Sa Majesté l'empereur. J'évitai de Taborder. - € Vous êtes pardonné », me dit l'empereur. — « C'est possible, mais moi je n'ai pas pardonné », répondis-je. — Tout fut oublié lorsque je vins à Londres, à titre d'ambassadeur. Je reçus un accueil sympathique de madame la duchesse ainsi que ses filles, la grande-duchesse de Mecklemhourg-Strelilz,el Ja duchesse de Teck, ainsi que du duc de Cambridge. Je trouvai un charme extrême dans la conversation de la duchesse de Cambridge. Douée d'une mémoire très étendue, elle savait donner à ses souvenirs une forme toujours spirituelle. J'admirai surtout cette fraîcheur intellectuelle, pendant les dernières années de mon séjour à Londres. Elle était restée la môme, bien que grandement octogénaire et malgré son étatde santé qui la condamnait à une immobilité absolue.

CIIAPITKE IF

ouvenirs de l'ambassadeur en général. — Salzbourg et Vienne. — Le [uiein de Grillparzor. — Uuman Imperfection, — La guérison du Prince jalies. — iThanksgiving. — Ilolland IIouso. — Le Prince Liechtenstein, kion début comme Chairman. — Dinners and Speeches, — An anxious lent.

'ant do continuer les souvenirs de mes deux ambassades, udrais me permettre une observation. Mes lecteurs remar- Diit une différence essentielle entre les chapitres précédents ux qui vont suivre. Ils y trouveront des descriptions de ,des appréciations des personnes et des faits, mais.rarement xplicatioa de mes services personnels. C'est la conséquence -elle du changement de ma situation. Celui qui est en état riger la marche des événements, ou qui, pour le moins, conserver son indépendance, a non seulement le droit, aussi le devoir de donner des éclaircissements, car il s'a- , non seulement de son passé, mais de l'honneur du gouîment qu'il sert. Il n'en était pas ainsi pour moi. Le plus

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OU moins d'activité que je pus exercer était bornée et loin d'être indépendante. Le subalterne est obligé d'être circonspect, ce qui met un frein à ses communications.

L'empereur avait eu la gracieuseté de m*accorder une faveur, que j'avais sollicitée en acceptant mon poste : c'était de passer dans ma famille les mois de la morte saison de Londres, qui, pour la vie mondaineainsique pour les affaires, a jieu deux fois par an, à la fin de la Season et à la Noël. La santé do ma femme ne lui permettait malheureusement pas de mener la vie fatigante, que ses devoirs lui auraient imposée à Londres. Je pus donc, aussitôt mes lettres de créances présentées, commencer mes vacances d'hiver et aller à Salzbourg, où, après les journées mémorables de novembre, j'avais installé ma famille. Pendant mon voyage il m'arriva un accident. En déchargeant ma malle à Douvres, on la laissa tomber dans la mer, d'où elle fut, du r.'ste, heureusement repôchée. Ce petit malheur ne resta pas inconnu. Les journaux s'en emparèrent pour lancer quelques traits d'esprit inoirensifs.

De Salzbourg j'allai pour peu de temps à Vienne, où j'habitai comme en 1866 le « Rômische Kaiser » que j'avais connu dans dos circonstances si différentes; j'y apportai des impressions nouvelle?. Grillparzer venait de mourir, et j'eus une invitation pour assistera son Requiem à l'église Saint-Michel. Les bancs étaient remplis de monde. Je revis bien des figures connue^ mais personne ne fit une tentative pour m'offrir une place o m'en faire une en se reculant. Tout le temps du service à\^ je fus obligé de rester debout.

J'eus bientôt une compensation qui me fit grand bien. J'entrepris avec ma femme et mon fils un petit voyage dans l'Italie du Nord. A notre retour, à la première station autrichienne, je fus reçu par le gouverneur du Tyrol. C'était le comte Taaffe,qui était venu d'Innspruck pour me saluer. Je lui en ai toujours gardé de la reconnaissance.

Une année plus tard, j'étais Thôte de lord Garnarvon dans sa magnifique propriété du Highclere. Nous fîmes une promenade en nombreuse société, et nous entrâmes dans une église de village. Il sV trouvait un tombeau d'assez belle apparence avec répitapbe suivante : « He was an honçst man as far as it is consistent with human imperfection. » Cette sentence originale resta gravée dans ma mémoire et me fut utile. La mesure de Timperfection humaine peut s'appliquer même à un senti, ment noble, — et cela aide à supporter bien des déboires.

Je revins à Londres au moment des préparatifs du grand Thanksgiving , service solennel célébré par l'archevêque de Canterbury, à l'église de Saint-Paul, à loccasionde la guérison du Prince de Galles. La reine, la famille royale, le parlement et le corps diplomatique y assistaient, et on ne peut méconnaître le caractère national et sincère de cette fête, en voyant la foule compacte qui remplissait les rues.

Quelques mois plus tard il me fut réservé d'être témoin d'une

autre cérémonie religieuse d'un genre tout différent. La veuve

^ lord HoUand, propriétaire du magnifique Holland House,

(où l'on retrouve tant de souvenirs de Fox) et du parc princier

?^' l'entoure, maria sa fille adoptive au Prince Aloys Liech-

lenstein. Le mariage fat célébré à l'église catholique de Kensington, et le Prince et la Princesse de Galles furent du nombre des convives. Ce fut la première fois qu'un prince anglais assistait à une messe en Angleterre. Lord Granville me dit à la fin du service divin : « / had my eyes kept on you to see how a good protestant must behave. » Quoique cet événement fût considéré comme exceptionnel et extraordinaire, il est à remarquer que la presse n'en fit pas mention. Gladstone, qui n'avait pas assisté à la cérémonie, et auquel je fis plus tard observer cette étonnante abstention des journaux, me dit : « Well^ ifl ivere corne, you may be sure there wouldhave been an outcry, » Je m'émancipais quelquefois des traditions de mes prédécesseurs, et une des irrégularités que je me permettais était de prendre part aux public charity dinners,de faire des discours, et mémo de présider ces dîners, ce qui m'arriva dès le début de ma mission. Si celte manière d'agir m'a été reprochée, pour <les raisons que je préfère ne pas approfondir, elle m'a aussi attiré des expressions de reconnaissance sincère et, j'ose le dire. méritée. On verra, par ce qui suit, que bien des sociétés de charité, et surtout celles qui faisaient du bien à mes compalriote> néeessiLeux, en profitèrent largement. Je n'ai pas besoin dédire que si je prenais une part active à ces réunions, c'était parc<^ ([u'on me l'avait demandé avec instance. Il aurait été outrecuidant di' ma part de chercher les occasions de parler en public, car je pouvais tout au plus soutenir une conversation en angte- Je n'étais pourtant pas tout à fait novice, et je le devais au s\ mpathiiiue ambassadeur des États-Unis à Vienne, M. Jay, qui-

US les aDS, donnait deux diners, Tun pour l'anniversaire de ndépeudance des États-Unis, l'autre pour celle de la naissance \ Washington. Le grand chancelier de l'Empire deyait nécesirement y assister et répondre au discours qu*on lui adressait.

Jay has trained y ou », me dit à Londres lady Bloomfield, mme de Tambassadeur anglais à Vienne. Mais celui à qui je )is surtout les quelques mérites de mes allocutions fut un Ano-Autrichien de mes amis, le membre du parlement actuel, iron Henry Worms, gendre du baron Tedesco, de Vienne. Il irlait allemand aussi bien qu'anglais, et je pouvais, avec son de, corriger mes discours. J'ajouterai que j'ai toujours eu la lance de posséder non seulement une memoria tenax^ mais jssi une memoria capax\ autrement dit, une mémoire s'assililant tout très facilement; je n'avais donc aucune difficulté à pprendre mes discours par cœur.

A peine arrivé à Londres, je fus invité au diner qui se onnait tous les ans pour l'hdpital allemand, et mon toast y ut porté. En Angleterre comme ailleurs on a l'habitude, dans es cas, de dire des choses obligeantes ; aussi ne manqua-t-on >as de se souvenir, qu'étant ambassadeur deSaxe, j'avais contribué à la fondation de cet hôpital, et que, plus tard, quand 'étais grand-chancelier de l'Empire d'Autriche, je l'avais maintes fois recommandé à l'ambassade. Ma réponse fut favorablement accueillie. Bientôt après j'eus l'occasion de prendre la parole à un diner de très hauts personnages, qui fut présidé par une tête couronnée.

Ce fut le roi téopold, de Belgique, qui présida le dîner du

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Literary Fund. 11 avait à sa droite et à sa gauche des princes de la famille royale, les ducs d*Edimburgh et de Connaught. J'eus . rhonneur to support the royal chairmany comme on dit dans des circonstances semblables, ce qui ne se fait pas sans uu speech.

Comme les journaux m'honorèrent d'une reproduction complète, la Society of Friends of Foreigners in Distress s'adressa h moi pour me prier de vouloir bien présider son AnnuaiDinner. Sans vouloir méconnaître les sentiments sympathiques qu'on me témoignait, je me crus autorisé à supposer que U politesse qui m'était faite avait pour principal motif le désir de faire une spéculation pardonnable dans l'intérêt de l'œuvre, et, comme j'avais tout lieu d'espérer que la spéculation serait bonne, j'eus l'audace d'accepter. Tout ce qui éveille la curiosW allîre la foule en Angleterre; un ci-devant grand-chancelier, dont les journaux avaient beaucoup parlé, pouvait à la rigueur devenir une attraction, Lediner rapporta 4000 livres, et, quoique les dons annuels fussent compris dans cette somme, la recelte fut considérée comme extraordinaire. En Angleterre le domaine de la charité offre à l'activité de la diplomatie un champ vaste et fructueux. Je ne Tai jamais dédaigné. Bient'*'l après ce diner où j'eus à parler, au moins, à cinq ou six reprises, je fus prié par une société allemande, dans laquelle se trouvaient aussi quelques Autrichiens, de présider un festin donnr dans le pilais de Cristal, et on fil une recette beaucoup plus forte que les années précédentes. A cette fùte j'eus lieu de me convaincre que le prince Bismarck avait eu bien raison,

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ans son discours sur la question de la Pologne, d'accuser les Jlemands de leur grande facilité de s'assimiler aux autres na* ions, au point de renier leur patrie et leur langue. En Angleerre surtout, on trouve souvent des Allemands qui, après un séjour de peu d'années dans ce pays, non seulement préfèrent parler anglais, mais défigurent leur langue maternelle en af- Tectant un accent anglais et des tournures de phrases anglaises. Ils s'offensent même quand un Anglais leur adresse la parole en allemand. — Tel n'est pas TAnglais. Il fait grand cas de sa langue, et même quand il connaît bien le français, ce qui est plus fréquent maintenant qu autrefois, il préfère parler ta langue avec l'étranger qui peut-être parle plus mal l'an, glais, que lui ne parle le français. Je savais que dans la société {Benevolent German soeieiy) que je devais présider, il n'y avait que des Allemands, mais que, par habitude, on ne parlait qu'anglais. J'y allai en réformateur, et après avoir porté an toast à la santé de la reine et de la famille royale, dans la langue du pays, je commençai mon discours par ces mots : « Geeherte damen und Herren, » II y eut une grande surprise, mais une surprise sympathique. Alors, m'adressant chaleureusement à mes auditeurs, je leur dis combien il était regrettable qu'une grande nation, qui venait d'accomplir de si grandes choses, eût l'air d'être honteuse de sa langue. « A Dresde, kur dis-je, il y a une colonie anglaise. Si, dans ses réunions, quelqu'un osait proposer de parler allemand, il serait sûr d*èternis à la porte. » De vifs applaudissements furent ma récompense, Le résultat immédiat de mon éloquence fut qu'un des

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membres, industriel très connu, me répondit par un discours qui n'était pas en excellent anglais. En France aussi j'ai eu souvent Toccasion d'observer, même après la guerre francoallemande, que TAIlemand qui trouve un emploi à Paris devient plus facilement Parisien qu'un Italien ou un Espagnol; je ne parle pas du dédaigneux Anglais. En Hongrie, l'Allemand, reniant son honorable nom héréditaire, devient Magyar, en Galicie, Pdonais. Espérons 'qu'il saura vaincre ce penchant inné, quand il sera colonisateur, pour éviter qu'en Afrique TAllemand ne devienne Nègre avant que le Nègre ne devienne Allemand.

Je tendis aussi une main secourable à une autre petite société qui, jusque-là, avait été négligée par l'ambassade. Cëtail une société hongroise, fondée autrefois par les émigrés de 1849. Ses ressources étaient si restreintes qu'un des membres me dit, au premier dîner que j'organisai en leur faveur, dinar qui fut suivi p;ird*autres,qu'on l'avait surnommée par plaisanterie thchuncjnj Societij, Mon prédécesseur, ainsi que mon successeur, furent des Hongrois ; pourtant je ne risque pas de receoir un démenti de la société hongroise en affirmant qu'elle ne fut pas mal partagée du temps do son ambassadeur « schivob. »

Dans les années suivantes, je fus obligé encore bien des fois de prendre la parole, comme par exemple dans la Geographml Societf/, h propos d'une conférence faite en allemand par un de nos explorateurs du Pôle Nord ; une autre fois à Stafford House, au Amtislavery Meeting, où j'eus un grand succès en citant les vers de Schiller :

Vor detn Sclaven wenn er die Kette Bricht, Vor dem freien manne erzittere nicht.,

j*avais traduits en anglais de la manière suivante :

Tremble when slaves hy force may break their chain, Not wheni by thy hand their freedom they regain.

01 manie de faire des discours faillit me jouer un biea vais tour. Je fusinvitéà un festin de la « Royal Academy ». lit d'usage, dans ces sortes de solennités, de proposer un , en l'honneur du corps diplomatique, toast auquel il aurait le mon devoir de répondre, car j'étais le second ambassa- . Le premier, Musurus Pacha, n'assistait presque jamais à 3rtes de fêtes. Le dîner eut lieu un samedi et, comme on le les journaux ne paraissent pas le dimanche à Londres, à eption de VObserver, Avant midi, je reçus la visite du réïur de y Observer^ M. Diecey. t Vous prendrez la parole ce me dit-il. Ne pourriez-vous pas me donner votre discours? » Bien, lui répondis-je, — il n'est pas long et je viens de ire. » — a Je vous en prie, laissez-moi le copier. » — Je n'y >as d'inconvénient, et je laissai faire. Le diner et les toasts nencèrent très tard; il n'y en eut pas pour le corps diploque. Qu'on se figure mon embarras. Quelle bonne aubaine les petites feuilles hebdomadaires d'avoir un pendant du 'stone's unspeakable Turk^ Count BeusCs unspoken speech! e retirai, et j'allai en toute hâte à la City, à l'imprimerie Wbserver. Je la trouvai heureusement ouverte, quoîfût minuit passé. Le discours était composé, mis en page,

JM XtX0IBB8 DU COM TB OB BEU8T

mais pas . encore imprimé. J'obtins à grand'peine qa'on le ntiràl, et je revins ches moi après avoir regagné tonte mt irtaquillité d'esprit. J*amusai beanoôap quelqnes-nns de mes eot lègues en leur faisant le récit de monanxious Moment; peut-ètrs se seraient-ils amusés bien plus encore^ si j'avais trouvé rioprimerie fermée.

Ainsi j*ai parlé de mes actes, en ne trahissant pas de nosveaux secrets. .

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