SUPPLÉMENT
Avant de clore mes souvenirs, j'ai encore à rappeler comme
Pplément au chapitre IX, deuxième partie, une lettre privée
ô j'ai écrite à l'ambassadeur impérial-royal Comte Apponyi.
le lettre était motivée par une correspondance de Berlin pa-
î dans le Times et intitulée « Austria and Russia. »
2id article contenait des calomnies soupçonneuses à mon
ird et envers mapolitiquedans les affaires de la Galicie, il re-
nait au moment du voyage projeté de l'empereur en Galicie,
^age qui n'avait pas eu lieu, traitait ensuite la retraite du
uistère du prince Carlos Auersperg, et fourmillait d'inexac-
Ldes et de mensonges.
e me vis dans l'obligation de réfuter ces assertions inexactes
l'expliquer toute la marche des affaires. La lettre privée qui
t explique donc toute la question galicienne et, sous ce rap-
't, elle peut revendiquer certaine valeur historique. ". 35
SM M£M:[>£> Cw ciste de BEl'ST
Lettre pritte »iu CorrUe Apponyi, ambassadeur.
Si j'use de ia permissiOD que j-? toos ai demandée de revenir à l'article paru le 3 «Je ce mois dacs le Times, d'un correspondant de Berlin el intitulé : «r Austria anl Russia >, je ne me cache pas de courir le danger d*attirer Tattention de Yolre Excellence sur uo sujet qu'elle n'avait pas pris ia peine de remarquer, et de rencontrer l'objection que ce n'est pas ma mission d'éclairer par la critique les écrits du passé , mais Tobservation des événements du présent ; cependant j*entreprends d*en rétablir Texactîtude, parce qoe je suis persuadé qu*il n'est pas insignifiant pour le présent et pour l'avenir que des faits passés regardant l'Élat, et même des faits personnels dupassi, soi'.'nt mis dans une fausse lumière aux yeux du public, ce qui est à crainire, lorsque ces faits sont propagés avec une tendance à laquelle on ne saurait se méprendre puisqu'ils portent le cacliet d'une certaine authenticité.
Dans le cas présent cela existe des deux côtés. Je n'ai pas besoin de faire renianjuer de quel côté cette correspondance devait exciter la méfiance, et je pense qu'en soutenant que l'auteur avait à sa disposition plus que le matériel du journaliste ordinaire, Votre Excell«MH!(; n'aura pas trouvé que ma présomption était trop risquée. ! J(» veux SMiloinont rappeler h cette occasion ce quia été dit delà } rencontre des monarques à Varsovie en 1860, mais surtout Tallo- « cution fidèlement rendue de l'empereur Alexandre au feld-maréchai prince Taxis en 1868. !
Je n'entreprends pas de réfuter toutes les inexactitudes de l'ar- | ticlo du 7ïm<»5, ce qui serait nécessaire surtout en ce qui concerne | les moments historiques du soulèvement hongrois auquel nous aurions prêté notre assistance. Je me bornerai à éclairer un épi*
soJe sur lequel je suis tout à fait en situation de m'expliquer, en partant de la supposition que cette explication pourra devenir un pur un document précieux pour mon gouvernement.
Je veux parler des prétendus plans forgés en 1867 et 68 entre Tienne et Paris contre la Russie, Ici tout ce que raconte le corrospoodant berlinois du Times n*est pas seulement défiguré mais pour la plupart inventé. Entre Vienne et Paris on a aussi peu négocié we guerre contre la Russie qu'on a traité d'un soulèvement polonais contre cette puissance.
Votre Excellence est en possession de la correspondance confidentielle qui a été échangée pendant les années 1868 et 69 entre Tienne et Paris. Si ma mémoire ne me fait pas déf^iut, il y aura cté ^* question d'un secours mutuel au cas d'une conflagi*ation francoprossienne. Au cas où la Russie aurait pris parti pour la Prusse, l'Autriche aurait pris parti pour la France. Au cas d'une guerre Wstro-prussienne, si la Russie avait pris parti pour la Prusse, la France aurait pris 'parti pour l'Autriche. D'une alliance défensive Mistro-française contre la Russie il n'y aura certainement pas été qoestion.
Je me permets de rappeler ce que l'année dernière j'avais h men- \, tiODoer à propos d'une explication rétrospective concernant une déptehe publiée par le « Temps » de Paris, dépêche adressée au Prince Vettemlch, l'année 1870. Une des illusions funestes de l'empereur KipoléoD^ jusqu'au moment de la déclaration de guerre de 1870, ^t de croire à un appui moral et matériel de la Russie, et ainsi il ne négligea jamais de faire entrer la Russie dans les com- Itoaisons, lorsqu'il traitait avec l'Italie et avec l'Autriche; mais l'utiifae moyen que je lui avais mis en main dans la célèbre dépêche Al* janv.'1867, il le négligea.
Lorsque nous nous occupions, à Salzbourg, de l'insurrection de
Crète et que nous soulevâmes la question de savoir comment il fallait faire face à la mise en scène faite par la Russie pour Ja protection de la Grèce, et d'un autre côté àTinertie de la Porte en face des plaintes fondées des Cretois, l'empereur Napolcofl répondit : « Ma politique consiste à avoir le moins d'ennemis possible; ne touehons point à la Russie!» Il persista à dire qu'il fallait avant tout ne pas froisser le cabinet de Saint-Pétersbourg, et c'est avec une visible répugnance qu'il donna son assentiment qu'au cas où la Russie passerait la frontière de la Moldavie, ce qui était à prévoir en ce moment-là, l' Autriche-Hongrie aurait d'avance l'assentiment de la France de passer la frontière de la Valachie. Les affaires intérieures de la Galicie n'avaient jamais été un sujet d'entente entre la France et l'Autriche ni aucune autre puissance. La dépêche souvent citée de 1870 au comte Apponyi, oh il était question de la Galicie, n'était que la suited'une exhortation adressée au comte Apponyi par lord Clarendon concernant le traitement de la Galicie et l'effet qu'il produirait sur les relations avec la Russie et la Prusse. Maintenant, en ce qui concerne l'affaire galicienne, il est inexact qu'on ait promis une constitution à part aux Polonais- Autrichiens, qu'on ait nourri ou bercé les Polonais d'espérances de restauration de la Pologne, et que, lorsque tout eût été prêt, le voyage de Sa Majesté aurait été abandonné. Il n'y a que ce qui va suivre devrai.
Lorsqu*en 1867 les états furent convoqués pour l'élection au conseil de l'empire, et ceux de la Bohème, de la Moravie et de Krain dissous pour leurs refus et les conditions qu'ils imposaient, j'enjoignis, comme président du ministère, au Gouverneur de la Galicie, comte Goluchowski, de faire subir le môme sort à la diète de la Galicie, si elle montrait la même attitude, injonction que le comte Goluchowski sut faire valoir avec beaucoup de succès.
épulés galiciens vinrent à Vienne, mais ceci ne suftisait pas; \\i les tenir ferme. A la suite de ceci, il y eut, en présence du î Goluchowski, entre moi et trois chefs de la députation gane, des pourparlers qui furent clos par quelques promesses , trait à l'emploi de la langue polonaise dans les écoles et unités.
mo souviens encore de la signification de cette soirée oCi les >arlers aboutirent et où je reconduisis à minuit les députés gas sur les bancs viJes de la chambre qui alors votaient tous radresse de Jlerbst. Il était à prévoir que les désirs et les nccs des Polonais ne s'en tiendraient pas là, quoique les con- )ns accordées eussent déjà coûté des heures amères au minissurtout dans la Chambre Haute, et la nomination du comte Pocomme ministre de Tagriculture ne leur suffisait pas ; mais ivernement s'en tint là. Lorsque en août 1868, l'empereur me à Salzbourg, à son retour de Gastein, il daigna me parler de myage projeté en Galicie. Il me demanda mon avis; je dis que je n'avais rien à objecter, qu*au contraire je désijue S. M. visitât peu à p3u tous ses royaumes et toutes ses ées.
ntôt après les diètes se réunirent, et une commission de la de Galicie prit une résolution qui, si elle avait passé, aurait une constitution propre au royaume, mais qui, du même coup, : remis en question la constitution de décembre de l'empire, et ins aucun doute, aurait réagi sur la Bohême et le Tyrol, si la bre Tavait votée.
irais déjà entendu et compris que le voyage en Galicie était léré avec dépit et méfiance à Saint-Pétersbourg. J'avoue que, moi, cela n'aurait pas été une raison suffisante pour le ree. Mais j'entendis (^ussi qu'il y avait des préparations aux
démonstrations bruyantes dont on userait aussitôt que lempereor apparaîtrait, et qui iraient jusqu'au cri de « Roi de Pologne i>. Ceci, et surtout la résolution votée, qui mit le désarroi dans les aflairei intérieures, m'engagea à m'entremettre.
Cette immixtion dans les afîaires intérieures n*a pas cté inscrite dans le registre des péchés de chancelier, mais elle a été acceptée avec reconnaissance. Aucun des autres ministres, quoiqu*ils fussent dans raflblement, n'osa bouger. Le prince Carlos Auersperg,qui n'avaitpas voulu, malgré toutes les représentations, rester aumîDistère, et qui, malgré sa démission, fonctionnait encore, se retira en boudant, indiquant le voyage comme une raison de plus pour sa retraite, mais ne fit rien contre.
Je me décidai donc à faire une démarche auprès de Temperear, qui était just'.'mcnt à la chasse à Neuperg. J'insistai surtout sur rallernative dans laquelle il se trouvait si la résjlution était ac- ' ceptéc par la Chambre, à savoir de repousser le vote et de rendre inutile le voyage qui devait mar.juer une faveur, ou de l'accepter, ce qui entraînerait la retraite du ministère ci^leithan et, pir conséquent, créerait un désarroi gén^Tal. Sa Majesté daigna trouver ma reprisentation fondée, et ût télégraphier au comte Goîuchowski que l'acceptation de la résolution aurait comme suite 1 abandon du voyage.
I-a chose était malht^ureiisement trop avancée pour que le c^mle pilt Tempécher. La diète vota la résolution, et ainsi n'eut pas lieu ce voyage ijui était ^i mal vu du ctité de la Russie et que le prince Auer>porg c-nsidéra comme précipitant sa retraite, ce qui n'eml'ccha point le prince d'irsister p-.-ur se retirer. Quant à moi,jefu5re- Cirdo à Saint-Pctorslourî: comme instigateur du vovaire et comme instigateur -le bioiiille.
C- tte lîcrnii ro aipriciation. tellement inexacte, d'après ce q^^
icède, ne pouvait avoir quelque vraisemblance que parce que je étais prononcé plusieurs fois pour un traitement bienveillant de Galicio. Cette opinion se fondait sur une considération, qui, en ce )ment-là, pouvait plutôt avoir la prétention d'être pratique qu'auird'hui, à savoir que, tant que l'impossibilité de rétablissement de Pologne existerait et aussi le partage de son territoire, on pouvait ID faire quelques concessions nationales, puisqu'il n'était pas adssible qu'ils chercheraient à s'assimiler à leurs frères germanisés Bosnie ni à ceux de la Pologne russe; par contre, si jamais une mrrection de la constellation polonaise était possible, il était préable de se trouver en face de sujets polonais contents qu'en face mécontents. Mais, à Vienne, il n'y a jamais eu de propagande onaise contce la Russie pour le rétablissement de la Pologne. ns tous les cas elle n'a jamais été favorisée. Il est vrai que le nie Goluchowski m'a dit plusieurs fois * : « Vous n'en viendrez lais à bout, si vous ne leur montrez pas la poire », un signe s j'ai bien compris mais que je n'ai jamais suivi, .a correspondance jusliûcative de Vienne parue dans le Times itient quelques moiificaliDns, mais qui ne peuvent avoir aucune tention à modifier l'histoire.
Agréez, etc.
En français dans le texte.