LES RELATIONS DS TURGOT
et épiques projets le général Bonaparte triomphant; où, à deux époques diverses, devaient se succéder deux générations de penseurs : d'une part, Turgot, Diderot, d*Alembert, Thomas, Condillac, d'Holbach, Morellet, Franklin, Jefferson; d'autre part, Cabanis, Garât, Tracy, Volney, Dégérando, Daunou, Ginguené, Laromiguière, Maine de Biran.
Bien différente de Mme Helvétius était Marie de Yichy- Ghamroud, marquise du Deffant. Séparée de bonne heure d'un mari qu'elle n'aimait pas et qui ne l'aimait guère, maîtresse tour à tour du Régent et de beaucoup d'autres, mais particulièrement connue, d'abord par sa longue liaison avec le président Hénault et Pont-de- Veyle, ensuite pour ses amours épistolaires avec Horace Walpole, Mme du Deffant, atteinte, à cinquante-quatre ans, de cécité, avait conservé, dans ce déchet des sens, un goût très vif des choses de l'esprit. Son salon, que fréquentait Turgot, était le rendez-vous de lettrés qui avaient d'Alembert pour chorège. Par malheur, une orpheline d'origine incertaine, qu'elle s'était donnée pour compagne, étant venue à lui porter ombrage, elle crut devoir l'éloigner. C'était se brouiller avec ses meilleurs amis. La plupart d'entre eux, d'Alembert en tête, suivirent, en effet, Mlle de L'Espinasse rue de Belléchasse, où elle émigra; d'Alembert, qui stoïquement vit un cœur, dont il ne devait recueillir que les cendres, s'enflammer tour à tour pour le chevalier de Mora et brûler pour M. de Guibert, et, à l'exemple de d'Alembert, Chastellux, Brienne, Boisgelin, Boismônt, Maiesherbes, Turgot lui-même, dont la correspondance atteste, avec cette sensible personne, une intimité que la mort seule put briser. Aussi, à dater de cette rupture.
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Mme du Deffant ne se génait-elle point pour dire crûment de Malesherbes : « c'est un sot » et de Turgot : a c*est un sot, c*est un animal ».
Si la finesse et la causticité rendaient Mme du Deffant redoutable, c'était à sa bonté, quoique Montesquieu la déclarât a personne capricieuse et acariâtre », et traitât son salon de « boutique » ; c'était à sa bonté, et, malgré certaines défaillances, à son bon sens, que devait son crédit la femme, en somme excellente, qui avait pris pour devise : « donner et pardonner. » Veuve peu de temps après son mariage avec M. Geoffrin, Tun des fondateurs de la manufacture des glaces de Saint- Gobain, Marie-Thérèse Rodet n'avait point tardé, grâce à sa grande fortune, à former autour d'elle un cercle d'habitués. Sa tendresse plus que maternelle pour le fils du comte Poniatowski et son voyage à Varsovie, après que ce jeune homme eut été élu roi de Pologne, lui avaient même valu une heure de célébrité à la fois et de ridicule. Elle tenait à Paris en quelque sorte maison et table ouverte de lettres, d'arts et de philosophie. La peu vertueuse amie de Fontenelle, la vieille Mme de Tencin lui avait comme légué ses clients. « A son dîner du lundi, écrit Morellet, Tun de ses commensaux, se trouvaient surtout les artistes qu'elle aimait : Pierre Gochin, Soufflot, Vien, Lagrenée, Mariette, Carie Vanloo ; des amateurs tels que M. de Marigny, surintendant des bâtiments, Watelet, Billy, Tabbé de Saint-Non, et les étrangers aimant les arts et faisant travailler les artistes. Le mercredi était réservé ordinairement aux gens de lettres de la société : d'Alembert, Helvétius, le baron d'Holbach, Burigny, Galiani, Raynal, Mairan, Marmontel, Thomas, Bernard, l'abbé de Voisenon, le marquis de Caraccioli,
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