‹ Trois révolutionnaires: Turgot, Necker, BaillyChapitre 14 sur 61 · LES RELATIONS DE TURGOT · texte numérisé non relu

LES RELATIONS DE TURGOT

demeure inséparable du désir qu'ils éprouvent d*accomplir ce bien par leurs propres mains. Et volontiers fût-ii entré, à un titre quelconque, en partage du pouvoir avec Turgot. Il semblerait même que par d'ingénieux détours il eût cherché en ce sens à suggérer à Turgot des inten* Uons que celui-ci n'avait jamais eues. C'est ce qui ré- .suite assez clairement de ce qu'en juin 1775 lui écrivait le contrôleur général. « Je voudrais vraiment bien, disait-il, avoir donné lieu aux compliments que vous me faites et ce n'est pas faute de bonne volonté; mais vous n'êtes point magistrat ; vous confier un département sous moi sans ce titre, c'eût été vous rabaisser à l'état de premier commis. Il aurait fallu, pour éviter cette opinion, imaginer et créer quelque charge nouvelle, ce qui, dans ce moment, eût excité un clabaudage que j'ai eu peut-être la sottise de craindre. » Ne parvenant point à s'ouvrir par Turgot un accès aux grandes affaires, ce qui resta l'ambition de toute sa vie et en explique les tristes aberrations, force fut donc à Gondorcet de se rejeter sur les petits intérêts. Aussi ne s'y épargna-t-il pas. Car pour ses parents, pour ses amis, pour les amis de ses amis, pour lui-même, c'est sans relâche qu'il sollicite le crédit du contrôleur général, dont il s'évertue, tout en le harcelant de propositions de fondations ou de réformes, à obtenir honneur et argent. <K Vous avez dû recevoir ma généalogie par la poste, lui écrivait-il en septembre 1774. Je vous prie de me la renvoyer ici. J'ai renoncé à mon projet d'être frère de l'ordre de Saint-Lazare ^ » Et quelques semaines aupa-

. ié Né en 1743 &Ribemont en Picardie, mats originaire du Dauphiné et descendant d'une ancienne famille dont la devise était caWtofy Caritat de Gondorcet- avait écrit en mai 1774 à Turgot :

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ravant : « On dit que l'argent ne vous coûte rien quand il s'agit d'obliger vos amis. Je serais au désespoir de donner à ces propos ridicules quelque apparence de fondement. Je vous prie donc de ne rien faire pour moi dans ce moment; quoique peu riche, je puis attendre quelque temps. » Gondorcet réussissait pourtant à se faire donner par Turgot, avec un appartement à la Monnaie, une place lucrative, celle de Forbonnais, en même temps qu'il ne craignait pas de Tassocier à ses intrigues pour s*assurer, contre Bailly *, le secrétariat perpétuel de l'Académie des sciences. Il faut du moins lui rendre cette justice que, Turgot disgracié, il osa se montrer fidèle à sa personne comme aussi il continua à défendre ses théories.

Cependant il allait de soi que, lié avec Gondorcet, Turgot devait également se trouver en rapports suivis avec d'Alembert et avec Voltaire. Lui*mème, aussi bien, après avoir, dès ses débuts dans la vie publique, brigué les suffrages du patriarche de Femey, ne cessa-t- 11 en toutes choses, mais en un point notamment et par une fantaisie inexplicable^ d'envier son approbation. C'est pourquoi les relations de Turgot et de Voltaire méritent qu'on s'y arrête et exigent une mention à part* Non seulement ces deux hommes y révèlent, à leur insu,

« J'ai demandé des titres en Dauphinê, pour me rendre digne de me dévouer au service du Mont-Carmel. Ne serait-il pas à propos que vous eussiez la bonté de voir le généalogiste afin de savoir ce qu'il faut exactement, la forme, etc.? Je connais assez mes Dauphinois pour être sûr qu'ils enverront trop ou trop peu. » C'était pourtant le même marquis de Condorcet, qui devait proposer et faire rendre le décret par lequel la Législative ordonnait, le 17 juin 1792, que tous les titres de noblesse existant dans les dépôts publics seraient brûlés.

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