‹ Trois révolutionnaires: Turgot, Necker, BaillyChapitre 16 sur 61 · Voyez ci-après VÊttide ^r Necker · texte numérisé non relu

Voyez ci-après VÊttide ^r Necker

« Tétrangère »; de M. Necker? ils l'appelaient « le génie mâle » ou « M. Boursoufle » ^. Ils passaient au crible de la critique la plus sévère, soit son Éloge de Colbert couronné par l'Académie française, soit son ouvrage sur la législation et le commerce des grains^ livre dirigé personnellement contre Turgot; et le financier publiciste ayant eu le malheur de parler de « Fenveloppe des principes dans la pensée », la correspondance de Voltaire et de Gondorcet ne mentionnait plus dès lors M. et Mme Necker que sous la dénomination burlesque de « M. et Mme de F Enveloppe ».

Cependant, presque tout à coup. Voltaire prend un tout autre ton. Mme Necker devient pour lui « la belle Hypathie ».

a Vous qui, chez la belle Hippatie,

Tous les vendredis raisonnez

De vertu, de philosophie,

Et tant d'exemples en donnez,

Vous saurez que, dans ma retraite,

Aujourd'hui Phidias-Pigal

A dessiné l'original

De mon vieux et maigre squelette. »

Ces vers, adressés à d'Alembert, sont, il est vrai, de 1770. Mais en voici d'autres que Voltaire rimait en 1776, en rhonneur de Mme Necker elle-même, et comme au lendemain du jour où il venait de publier cette Épitre à un homme qui lui causait de si basses appréhensions :

« J'étais nonchalamment tapi Dans le creux de cette statue Contre laquelle a tant glapi Des méchants l'énorme cohue.

ii Le comte de Boursoufle, personnage de deux comédies de Voltaire : VÉchdnge et lés Deux Originaux.

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Je roulais d'un écrit galant

Cajoler la belle héroïne

Qui me fit un si beau présent

Du haut de la double colline.

Mais on m'apprend que votre époux,

Qui sur la croupe du Parnasse

S'était mis à côté de vous,

A changé tout à coup de place ;

Qu'il va de la cour de Phœbus,

Petite cour assez brillante,

A la grosse cour de Plutus,

Plus solide et plus importante.

Je l'aimai lorsque, dans Paris,

De Golbert il prit la défense

Et qu'au Louvre il obtint le prix

Que le goât donne à l'éloquence.

A monsieur Turgot j'applaudis.

Quoiqu'il parût d'un autre avis

Sur le commerce et la finance.

11 faut qu^entre les beaux esprits

Il soit un peu de différence;

Qu'à son gré chaque mortel pense,

Qu'on soit honnête homme en France,

Libre et sans fard dans ses écrits.

On peut tout dire, on peut tout croire;

Plus d'un chemin mène à la gloire,

Et quelquefois au paradis. »

En vain les familiers de Voltaire, et Gondorcet, entre autres, se montraient-ils scandalisés de pareilles palinodies et flatteries. « Mon cher et illustre maître, écii* vait Gondorcet à Voltaire, en novembre 1776, on prétend quel vous avez fait des vers en Thonneur de Mme de t Enveloppe, G'est toujours bien fait de louer les dames quand elles sont jolies et qu'elles savent Thébreu. Mais vous ressemblez aux gens qui, lorsqu'il y a relâche au théâtre de Zaïre, vont applaudir à celui d'Arlequin. Ce M. de t Enveloppe a passé sa vie à gagner de Targent et à souffler des bulles de savon. Il fera par vanité ce que Gaton (c'est-à-dire Turgot) faisait par vertu; mais.

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TUAGOT ET VOLTAIRE 63

comme de radmiration à Timitation il n*y a qu'un pas, je me rappelle avec tremblement que Golbert commença son ministère par une banqueroute, et le 6nit par de la fausse monnaie. Savez-vous que l'imitation est déjà en train et que M. de V Enveloppe ne veut pas plus avoir été commis banquier que Golbert ne voulait être fils d'un marchand?... Je ne connais pas vos vers sur les deux Enveloppes; on ne les montre point, par modestie ou par vanité. Je suis fâché de ces vers. Vous ne savez pas assez quel est le poids de votre nom, et que vous n'avez pas besoin de louer un sous-ministre ppur qu'il respecte tout ce qui tient à vous. Ces espèces d'hommages rendus à des gens de partis difiTérents, nuisent à la cause commune. VEnveloppe^ avec toute sa vanité, ne croira jamais que vous puissiez le mettre sur la même ligne que Caton. Il sait qu'il aura beau s enfler et qu'il crèvera plutôt que d'y atteindre. Ainsi vous lui avez fait moins de plaisir que vous ne faites de peine aux partisans de Gaton. Or, ce parti est celui de la raison et de la vertu. »

Voltaire n'avait garde de se rendre à ces objurgations, après tout fort sensées, et c'était en termes assez secs qu'il expliquait la conduite de Raton, se désignant lui-même par ce nom de Raton, lequel s'oppose souvent dans sa correspondance à la dénomination de Bertrand qu'accepte d'Alembert. « Raton, mon respectable philosophe, répondait-il à Gondorcet, Raton est depuis vingt ans l'ami de Mme VEnveloppe^ et lui a eu, en divers temps, quelques obligations. Il ne faut point être ingrat envers ses amis parce qu*il leur arrive quelque bonne fortune. On n'a point envoyé ce qui s'appelle des vers à la louange, des vers à mettre dans le Mercure; on a

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écrit une lettre familière en vers familiers, selon son usage, et on ne Ta montrée à personne. »

Que s'était«il donc passé, qui eût pu déterminer envers M. et Mme Necker une telle disparate entre les dispositions de Voltaire et celles de sa coterie?

Deux circonstances s'étaient produites, favorables Tune et l'autre aux intérêts ou à la vanité de l'ancien courtisan de Turgot. .

En premier lieu, Mme Necker avait eu l'habileté d'obtenir que ce fût chez elle que s'organisât la souscription destinée à ériger à Voltaire la statue surprenante que Pigalle ne devait terminer qu'en 1776 et qui, depuis 1806, git reléguée piteusement dans une encoignure de la bibliothèque de Tlnstitut, avec ces mots inscrits sur le piédestal : « AM.de Voltaire, par les gens de lettres j ses compatriotes et ses contemporains, 1776. » Diderot avait suggéré à Pigalle de faire une statue sur le modèle de l'antique, comme le Sénèque se coupant les veines. Docile à ce conseil, et d'ailleurs inhabile à manier les draperies, l'artiste avait donc représenté presque sans voile d'aucune sorte, le corps desséché d'un étique et grimaçant vieillard. Une fois exécuté, ce monument gro^ tesqne causa un désappointement cruel au patriarche de Femey, qui fut tenté de ne voir dans cette singulière apothéose qu'une odieuse mystification. Mais le projet en lui-même l'avait rempli de contentement, et c'est sur un ton lyrique qu'il s^était empressé d'en remercier Mme Necker :

« Quelle étrange idée est venue Dans votre esprit sage, éclairé?

Que vos bontés Tont égaré Et que votre peine est perdue!

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A. moi chétif une statue !

Je serais d'orgueil enivré.

Uami Jean-Jacques a déclaré Que c'est à lui qu'elle était due.

Il la demande avec éclat.

L'univers, par reconnaissance, Lui devait cette récompense.

Mais l'univers est un ingrat.

C'est vous que je figurerai En beau marbre, d'après nature.

Lorsqu'à Paphos je reviendrai Et que j'aurai la main plus sûre.

Ah t si jamais de ma façon De vos attraits on voit l'image»

On sait comment Pygmalion Traitait autrefois son ouvrage. »

Comment ne pas en convenir? Nous voilà, en vérité, bien loin de Mme de (Enveloppe. C'était assurément dire les choses en termes fort galants, et, pour un octogénaire, en termes fort gaillards.

L'intérêt néanmoins, chez Voltaire, passait d'ordi* naire avant la vanité. C'est pourquoi, la seconde et principale circonstance qui modifia, à Tégard de M. et de Mme Necker ses sentiments, fut, à n'en pas douter, Favènement de Necker au pouvoir. « Raton ne sait plus comment se conduire avec ce monde qu'il va bientôt quitter, écrivait-il à Condorcet; il miaule plus qu'il ne raisonne. Mais, au bout du compte, la compagne de r Enveloppe des pensées et ce même M, de F Enveloppe se sont chargés de sa chatière et les services ne doivent jamais s'oublier. »

Le crédit de Necker, voilà donc, en dernière analyse, ce que Voltaire tenait chez Necker en estime et affection; voilà aussi ce qu'il célébrait en vers, après l'avoir célébré en prose :

« On vous damne comme hérétique,

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