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CHAPITRE VI

Depuis longtemps déjà, un sourd malaise s'était produit dans les rapports de TAngleterre avec ses colonies d'Amérique. D'un côté, leur prospérité croissante, une conscience chaque jour plus vive de leurs propres forces, présageaient, dans un avenir prochain, leur infaillible émancipation. D'autre part, les griefs que les colonies anglaises croyaient avoir contre la métropole ne cessaient de s'accumuler. Il n^était donc guère permis de douter qu'une collision ne devînt inévitable, et il ne fallait pas même une sagacité très extraodinaire pour juger la crise imminente. Il suit de là qu*il était naturel qu'une pareille situation éveillât l'attention des différents cabinets de l'Europe et leur donnât à penser. La France notamment céderait-elle aux instances d'abord secrètes, bientôt bruyantes, des colonies anglaises, qui la sollicitaient de concourir à leur affranchissement? Son intervention serait-elle isolée? Ou bien s'unirait-elle, afin d'assurer la réussite d'une telle entreprise, à quelque autre puissance du continent, par exemple à l'Espagne?

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L'avantage qu'elle trouverait à combattre ainsi l'Angleterre et à l'amoindrir, compenserait-il les haines redoutables que créerait nécessairement chez nos voisins cet acte de perSde hostilité? On pouvait se demander enfin quelles étaient pour la France les raisons décisives de s'associer contre TAngleterre à TAmérique, le lendemain même du jour où TAmérique venait, par la force des armes et pour le compte de la métropole, de s'approprier la NouveUe*France. Cet immmise empire, qui, ne mesurant pas moins de douze cent mille kilomètres carrés» est onze fois plus considérable que la France actuelle» voilà « les quelques arpents de neige », qui, au dire de Yoltaire, ne valaient ni le sang ni l'argent qu'ils coû* taient à la France. Et voilà pourtant ce que la France avait dû «e résigner à abandonna en vertu du traité de Paris en 1769. Be la scMrte, malgré l'héroïsme de Montcâhn, avait été rmnée l'œuvre merv^Ueuse de Jacques Cartier et de Samuel Gham^plain.

i>eB vo^fageors -contemporains rappeetent que dea Gafiadiens vivants ont encore vu des vieillards qui atten* daient notre retour et disaient : « Quand viendrcmt nos gens? » Était-ce donc pour -tendre les bras aux Canadiens; était-ce avec une assurance quelconque de re^ couvi«er le Canada, -et dans un intérêt personnel bien entendu, que la France, après la déclaration d'indépendance du 14 juillet 1T76, devait prendre fait et cause pour les Américains? Ou bien en France, les hommes d'État les plus dignes d'être écoutés ne furent-ils pas à peu près unanimes à condamner, à s'efforcer de prévenir une immixtion, que ne nous imposait aucun devoir et qui ne paraissait promettre pour nos affaires aucun avantage.

On se figure avoir tout dit, quand on a réédité la lé<a

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gende de La Fayette, volant au secour des imurgents ou Bostoniens, malgré la défense de son souverain, mais sous l'influence entraînante des secrètes passions qui agitaient son cœur; s'impro visant au milieu d'eux, à dixhuit ans, général; déployant, en mainte rencontre, à côté des Noailles, des Broglie, des Montmorency, des Chastellux, des Lameth, des Ségur, cette bravoure chevaleresque, qui, à défaut de l'esprit politique que ne comportait ni son âge ni sa nature, se trouvait être le trait dominant de son caractère; puis, après avoir contribué à délivrer les provinces Américaines, brûlant d'affranchir les provinces Bataves, et venant tout d'abord apporter parmi nous, avec le prestige enivrant de sa jeune gloire, le trouble irrémédiable de ses idées , perpétuellement flottantes de la monarchie à la république et de la république à la monarchie ^ Ce qui est vrai, c'est que La Fayette qui, au début, ne fit guère que partager l'engouement pour l'Amérique qui, en France, tournait alors bien des têtes, ne contribua pas peu par son exemple à accroître ces dispositions irréfléchies. Ce qui est vrai , c'est que Franklin eut le don, par sa bonhomie calculée et cal* culatrice, d'ensorceler les philosophes qui ne cessaient de célébrer à l'envi ses louanges, ou qui même, comme d'Alembert, passaient leurs jours et leurs nuits à rimer ses vertus '• Ce qui est vrai enfin, c'est qu'en celte

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