‹ Trois révolutionnaires: Turgot, Necker, BaillyChapitre 24 sur 61 · V Ancienne France et la Révoiutïon, Paris, 1873, in · texte numérisé non relu

V Ancienne France et la Révoiutïon, Paris, 1873, in

TUROOT BT LOUIS XVI 1S3

renoncé au droit de joyeux avènement qui avait, au commencement du règne précédent, coûté quarante millions à la France, Louis XYI retranche, en 1775, la moitié de sa maison militaire et supprime quatre cents charges de sa maison civile. En 1778, il confie à des assemblées provinciales le soin de répartir la taille qui, dès lors, devient fixe. En 1779, il abolit, avec le droit de suite, la servitude et la mainmorte dans les domaines royaux. En 1781, il rend publique la situation des finances. En 1788, il restitue aux protestants Tétat de citoyens. Sous son attentive et protectrice influence, Tadministration s'humanise, la question préparatoire est abolie, les prisons sont assainies, le Fort-FEvèque et le Petit-Ghâtelet supprimés, des écoles et des hôpitaux fondés, les marais du Yexin desséchés, les travaux de la digue de Cherbourg commencés, les découvertes de Parmentier et de Brémontier encouragées. Quel prince inaugura jamais son règne par de plus louables mesures et en répandant de plus nombreux bienfaits?

Est-il besoin d'ajouter que ce fut avec une espèce d'enthousiasme et de magnanime allégresse que Louis XVI do'nna les mains à toutes les mesures que lui proposa Turgot? On a quelquefois rappelé, non sans une méprisante ironie, que ce monarque facile et bon voulut rédiger lui-même les considérants de Tarrèt du Conseil du 21 janvier 1776, qui ordonnait la destruction des lapins dans toute l'étendue des capitaineries royales, et qu'en présentant son œuvre à son ministre, il ne put s'empêcher de lui dire : « Vous croyez que je ne travaille pas aussi de mon côté? » Qui ne serait touché, au contraire, de cette simplicité charmante? Comment d'ailleurs oublier que des édits bien autrement impor-

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taais que l'édit concernant la destruction des lapins, que les édits les plus graves rendus sur la proposition de Turgot, obtinrent non seulement Tapprobation préalable du roi, mais encore son complet et public appui? Et ne fut-ce pas précisément au milieu d'une des crises les plus violentes qu*eût suscitées contre Turgot sa hardiesse d'innovation, qu'en le couvrant de son autorité, Louis XVI lui écrivit ces paroles mémorables, que Turgot, à tort peut-être, s'empressa de divulguer, mais dont tiendra compte à Louis XYI la dernière postérité : « Il n'y a que vous et moi qui aimions le peuple. » Oui, l'histoire entière de l'administration de Turgot n'est que l'histoire même de sa communauté d'efforts avec le roi. Cependant un document a été plus d'une fois invoqué, qui paraîtrait établir que Louis XVI et Turgot furent loin de s'accorder en toutes choses pour les mêmes desseins. Il s'agit des annotations ajoutées par Louis XVI au Mémoire qu'en 1775 Turgot lui avait soumis sur les municipalités, et que, pour la première fois, ce semble, a publié Soulavie ^ Or, ce qu'il importe de remarquer, c'est la date de ces annotations. Elles sont, suivant Soulavie, du 15 février 1788. Sans doute, une telle date ne laisse pas que d'être, au premier abord, surprenante, et Soulavie lui-même a éprouvé le besoin de l'expliquer. « La date des observations de Louis XVI et celle de la démission de M. Turgot sont bien éloignées, écritil. Je place néanmoins les réponses du roi à l'époque de la composition de ce Mémoire (sur les municipalités), pour conserver à l'histoire la forme chronologique, et à l'étude de la marche révolutionnaire des esprits, les

i. Mémoires historiques et critiques du règne de Louis XV f, Paris, 1801, 6 vol. inS; t. III.

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matériaux qui doivent conduire les observateurs de nos événements dans la route que la nature a suivie. »

Quoi qu'il en soit de cette explication assez étrange et passablement embarrassée, les affirmations de Soulavie ne sauraient être scindées, et du moment où on admet Tauthenticité des annotations de Louis XYI, on doit également en admettre la date. Il suit de là que si Ton tient pour certain que ces observations ne remontent pas au delà du 15 février 1788, elles restent postérieures de sept ans à la mort de Turgot, de douze ans à son renvoi du ministère. Par conséquent, qu*on y songe I De 1775 à 1788, que s'était-il passé, ou plutôt que ne s'élait-il point passé, et quelles tristes, quelles affligeantes expériences n'avait point faites le malheureux Louis XVI! Qu'on y songe! Après Turgot, il avait eu au contrôle général Clugny, il y avait eu Taboureau, il y avait eu Necker, et après Necker, Joly de Fleury, d'Ormesson, Galonné, Fourqueux, Loménie de Brienne, et il se trouvait à la veille de la réunion des États généraux, qu'avait bien osé convoquer Tarchevèque de Toulouse, mais dont l'avide et faible prélat ne devait se sentir ni le pouvoir, ni le courage d'affronter la présence. On a souvent répété le mot très juste : « Faites-moi de bonne politique, je vous ferai de bonnes finances. » Peutêtre ne serait-il pas moins judicieux de dire : « Faitesmoi de bonnes finances, je vous ferai de bonne politique. » Eh bien, tous les contrôleurs généraux qui depuis 1776 s'étaient succédé, tous les contrôleurs généraux (à certains égards, nous n'exceptons môme pas Necker) avaient fait à Louis XVI, avec de détestables finances, une politique détestable. Le moyen de s'étonaer, après cela, que le trouble et la défiance fussent

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entrés dans Tâme du roi? Faut-il tout dire? Loin de voir dans les annotations du roi au Mémoire sur les municipalités une preuve de son opposition aux intentions de Turgot, on serait plutôt tenté d'y reconnaître comme un hommage rendu au souvenir du ministre qui lui demeura toujours si cher. Effectivement, qu'on se re* présente, au commencement de 1788, la situation de Louis XYI. Déçu dans ses espérances, trompé dans ses patriotiques intentions, presque isolé au milieu d'une cour toute livrée à la frivolité et à l'intrigue, sans support ni rempart contre les prétentions qui de tous côtés tumultueusement l'assaillent, aisément on se le figure accablé et s'interrogeant lui-même avec anxiété sur l'avenir d'un pays, dont une longue suite d'aïeux lui a légué le gouvernement. C'est alors qu'il se rappelle le Mémoire que lui a autrefois présenté Turgot et qu'il l'étudié, y cherchant, mais en vain, le secret et le remède des maux qui s'amassent contre la monarchie et qu'il devient plus urgent que jamais de conjurer.

Aussi bien, quel est donc le sens de ces annotations de Louis XVI, qu'il faudrait citer dans leur contexte? « L'idée de former des États généraux perpétuels, écrivait le roi, est subversive de la monarchie, qui n'est absolue que parce que l'autorité n'est point partagée^ Dès le moment de leur ouverture, il n'existe plus entre le roi et la nation d'intermédiaire qu'une armée, et il est fâcheux et douloureux de lui confier la défense de l'autorité de l'État contre l'assemblée des Français. Les idées de M. Turgot sont extrêmement dangereuses et doivent roidir contre leur nouveauté. » C'est là un des passages qu'on a le plus amèrement reprochés à Louis XVI. Mais quoil En 1778 et à rapproche des

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États généraux, ce langage était-il si mal fondé, et, quand on considère ce qui suivit, ne sembie-t-il pas, au contraire, comme prophétique? Était-il, de même, si déraisonnable de qualifier certaines idées de Turgot de « dangereuses, de bizarres et de romanesques » ? Écoutez ce qui suit. « Il faut aux amateurs de nouveautés, ajoutait Louis XVI, une France plus qu'anglaise... Le passage du régime établi au régime que M. Turgot propose actuellement mérite attention; car on voit bien ce qui est, mais on ne voit qu'en idée ce qui n*est pas, et on ne doit pas faire des entreprises dangereuses, si on n'en voit pas le bout... C'est une utopie qui part d'un homme qui a de bonnes vues, mais qui bouleverserait l'état actuel. » De telles paroles apparemment, eu égard surtout aux circonstances, n'étaient dénuées ni de sens, ni de patriotisme. Et pourtant tel est l'excellent naturel du roi qu'il ne peut s'empêcher, tout en jugeant les conceptions de Turgot inapplicables, de laisser échapper comme un soupir de regret. « Le système de M. Turgot, s'écrie-t-il, est un beau rêve ! »

En somme, nul, non pas même Turgot, ne témoigna pour la France un plus vif dévouement que le roi, et ai Louis XV, surpris de la désolation où jetait tout le royaume la maladie qui, à Metz, le mit à deux doigts du trépas, s'était écrié justement : « Qu'ai-je donc fait pour être tant aimé? » c'était certainement avec beaucoup plus de raison encore que l'infortuné Loub XVI pouvait dire un jour aux factieux conjurés pour assouvir, par sa perte, leur criminelle ambition : « Qu'ai-je donc fait pour être haï des Français, moi qui les ai toujours portés dans mon cœur? »

Toutefois, plus on constate l'étroite entente et Thar-

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monie de sentiments qui existaient entre Louis XVI et Turgot, plus il devient malaisé de s'expliquer la subite rupture et la rupture sans lendemain qui les sépara. A tout le moins est-on porté à croire qu'elle fut due tout entière à Taction qu'exercèrent sur un esprit naturellement vacillant les ennemis coalisés de Turgot. Et nul doute que le roi n'obéit, en renvoyant son ministre de prédilection, à des rancunes depuis longtemps accumulées. Aussi bien, n'aperçoit-on pas clairement comment Louis XYI aurait pu conserver un ministre qui avait mis tout le monde contre lui. Supposez, à la place de Louis XYI, un roi constitutionnel. Le renvoi de Turgot eût été évidemment un acte très correct ou plutôt une impérieuse nécessité. Car c'est la condition de tout chef de gouvernement constitutionnel d'être obligé, à de certains moments, de se séparer de ceux qu'il affectionne, pour appeler à lui ceux qu'il n'aime point ou que même justement il méprise. Sa qualité de roi absolu donnait-elle donc à Louis XVI la faculté, et était-il d'une sage politique, d'une politique pratique, de conserver un ministre dont de toutes parts on réclamait le remplacement? 11 est permis d'en douter. Quoi qu'il en soit, ce ne fut point uniquement sous la pression de passions conjurées et encore moins par pur caprice, que le roi frappa Turgot. Il céda aussi, et surtout peut-être, à son propre mécontentement.

Et tout d'abord, il est difficile de ne pas noter le ton de dogmatisme tranchant, pour ne pas dire de supériorité déplaisante, que, dès son entrée au contrôle général, crut devoir prendre avec Louis XVI Turgot. Ainsi, qu'on relise là lettre qu'il adressait au roi pour lui exposer ses idées générnlcs sur radminîstralion des

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finances qui venait de lui être confiée. Assurément ces idées étaient très élevées, et on ne saurait qu'admirer la mâle hardiesse des conseils qu'il osait donner, o Votre Majesté, écrivait>il à Louis XYI, sait qu'un des plus ^ands obstacles à l'économie est la multitude des demandes dont elle est continuellement assaillie, et que la trop grande facilité de ses prédécesseurs a malheureusement autorisées. Il faut, Sîre, vous armer, contre votre bonté, de votre bonté même; considérez d'où vient cet argent que vous pouvez distribuer à vos courtisans, et comparez la misère de ceux auxquels on est quelquefois obligé de l'arracher par les exécutions les plus rigoureuses, à la situation des personnes qui ont le plus de titres pour obtenir vos libéralités. » Mais, si l'on va plus loin, ne.reste-t-il pas hors de conteste que la fierté y devient presque de la hauteur, et que Turgot, avant d'avoir rendu aucun service ni essuyé aucune contradiction, y parle avec une suffisance et un accent qui seraient à peine tolérables s'il avait déjà mérité la reconnaissance du prince et défendu, en s'immolant laimême, les intérêts de la monarchie. « Votre Majesté n'oubliera pas, poursuivait Turgot, qu'en recevant la place de contrôleur général, j'ai senti tout le prix de la confiance dont elle m'honore, j'ai senti qu'elle me confiait le bonheur de ses peuples, et, s'il m'est permis de; le dire, le soin de faire aimer sa personne et son autorité. Mais en même temps j'ai senti tout le danger .auquel je m'exposais... Je serai calomnié et peut-être avec assez de vraisemblance pour m'ôter la confiance de Votre Majesté. Je ne regretterai point de perdre. une place à laquelle je ne m'étais jamais attendu. Je suis prêt à la remettre à Votre Majesté dès que je ne

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pourrai plus espérer de loi être utile; mais son estime, la réputation d'intégrité, la bienveillance publique qui ont déterminé son choix en ma faveur, me sont plus chères que la vie, et je cours le risque de les perdre, même en ne méritant à mes yeux aucun reproche. Votre Majesté se souviendra que c'est sur la foi de ses promesses que je me charge d'un fardeau peut-être audessus de mes forces, que c'est à elle personnellement, à l'honnête homme, à l'homme juste et bon, plutôt qu'au roi, que je m'abandonne. »

Jamais, certainement, ministre dirigeant n'avait pris pareil ton vis-à-vis du souverain, et il fallait à coup sûr toute la bonhomie de Louis XYI pour s'en accommoder.

Cependant, cette rudesse, ce pédantisme de langage, mélange singulier d'orgueil et de candeur, ne fit en quelque manière que s'accroître et devait finir par choquer le roi et l'aliéner.

Les premiers nuages s'élevèrent, croyons-nous, à propos d'un mémoire que Turgot crut devoir adresser à Louis XVI sur la tolérance, à la suite du sacre de Reims. C'était toute une dissertation sur la matière. « J'examinerai d'abord, écrivait Turgot, les droits de la conscience d'après les principes de la religion. J'établirai ensuite ces droits d'après les principes du droit naturel. Je discuterai en troisième lieu la question de cette liberté de conscience dans ses rapports avec l'intérêt politique de l'État. Après avoir traité la question en elle-même, je chercherai dans une quatrième partie * les mesures que la prudence peut exiger. » Turgot s'exprimait, d'autre part, dans cette pièce, sur Louis XIV et les prêtres de cour avec justesse, il faut en convenir, mais aussi avec une sévérité impitoyable. Tant de ri-

gueur, lorsqu'il s'agissait de ses anc^^lres et du haut clergé, n'était pas fait pour plaire beaucoup à Louis X VL Il paraît, du moins^ que plusieurs passages de ce mémoire froissèrent assez viyement ses sentiments reli* gieux. Un dernier écrit de Turgot rendit encore le mécontentement du roi plus profond.

Lorsque» le 30 avril 1776, Malesherbes se résolut à quitter une première fois * le ministère, cette retraite, d'ailleurs un peu forcée, de son plus intime ami, et qui lui devenait comme un signal de sa propre chute, avait causé à Turgot une colère qu'il fut impuissant à contenir. Dominé par le ressentiment qu'il éprouvait, il se permit, à cette occasion, d'adresser sur«le*champ au roi une longue lettre où les remontrances ne sont pas seulement emportées et sévères , mais dégagées de respect et presque injurieuses. Cette espèce de factum est compris en entier dans les Mémoires de l'abbé de Véri que récemment M. de Larcy a publiés. Soulavie (ce qui prouve qu'il est parfois assez bien informé) en avait, le premier, donné des extraits. « N'oubliez pas, Sire, y disait Turgot, n'oubliez pas que c'est la faiblesse qui a mis la tète de Charles P' sur un billot; c'est la faiblesse qui a rendu Charles IX cruel, c'est elle qui a formé la ligue sous Henri III, qui a fait de Louis XIII, qui fait aujourd'hui du roi de Portugal, des esclaves couronnés, c'est elle qui a fait tous les malheurs du dernier règne. » Or, Soulavie affirme « que Louis XVI

1. Quand Malesherbes, en 1778, donna une seconde fois sa démission de ministre, Louis XVI lui adressa ces paroles attristées qu'on a si souvent et à bon droit rappelées : « Vous êtes plus heureux que moi, vous pouvez abdiquer. » Voyez VÉloge de Malesherbes prononcé à TAcadémie française par M. Dupin, Paris, 1841, in-8«.

remit cette lettre sous enveloppe, cachetée du petit sceau royal, grand comme un centime, avec cette suscription de sa main : Lettre de M. Turgot. » N'était-ce pas là, en vérité, comme la préface de la fameuse lettre que le ministre Roland osait bien, quelques années plus tard, à son tour, écrire à Louis XVI par la plume de sa femme?

En résumé donc, dans ses rapports avec Louis XVI, Turgot n'avait point rencontré résistance, mais bienveillance, et jusqu'au dernier moment, parfait accord, tandis que, de son côté, malgré les vues les plus dignes d'éloge, il était loin d'avoir été irréprochable. Car il avait régenté, rudoyé le roi, et sans être aucunement un Richelieu, s'était montré fort enclin à faire de son maître ce qu'il appelait lui-même « un esclave couronné ».

Ce n'est pas tout. A ces manquements de forme, qui, poussés à l'excès, devenaient sans contredit des torts, pouvaient se joindre et se joignaient probablement dans l'esprit de Louis XVI d'autres griefs, qui portaient sur le fond môme des choses. A la vérité, on peut, dans une certaine mesure, accepter les paroles suivantes de Dupont de Nemours : « Déplorons , dit-il , la malheureuse modestie du bon Louis XVI, qui^l'empêchait de croire à ses propres pensées, à la justesse de sa propre raison, et de tenir à ses propres affections, quand la majorité de ceux qui l'entouraient n'était pas de son avis. Il a longtemps défendu M. Turgot. Il l'a toujours aimé. Il l'a regretté vivement. » Cependant, comment Louis XVI n'aurait-il pas été fatigué à la fois et troublé par la multiplicité et l'importance des réformes, qu'au mépris de réclamations presque universelles, Turgot

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mettait une si grande hâte à opérer, ou prétendait même accomplir tout d'un coup? Louis XVI n*avait pu davantage demeurer sans s'apercevoir que, parmi les changements que méditait Turgot, il y en avait plus d'un, qui, à Tinsu de leur promoteur et malgré son sincère attachement à la royauté, ne tendait à rien moins qu'à ébranler les bases mêmes de la monarchie. Ainsi s'explique, et par des raisons fort diverses, comment Louis XVI se résolut à renvoyer Turgot. Les obsessions déclarées ou secrètes, dont il se trouvait enveloppé, ne restèrent certes point étrangères à la détermination qu'il finit par prendre. Toutefois leur seule influence n'eût peut-être pas été décisive, et ce fut après mûre réflexion, et, en grande partie sans doute, pour des motifs personnels, que le roi se sépara de l'homme qu'il avait d'abord considéré avec complaisance, moins encore comme le défenseur de ses prérogatives, que comme l'interprète de ses patriotiques pensées et l'exécuteur de ses libérales intentions.

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