‹ Trois révolutionnaires: Turgot, Necker, BaillyChapitre 32 sur 61 · Ibid,, t. Ij p. iiS) éH Ddté · texte numérisé non relu

Ibid,, t. Ij p. iiS) éH Ddté

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à l'état ecclésiastique, et il semblait qu'il lui aurait coûté peu de sacrifices pour se livrer à Tespérance de la fortune brillante que ses talents, réunis à sa naissance, lui auraient assurée. Mais M. Turgot eut à peine atteint l'âge où Ton commence à réfléchir, qu'il prit à la fois la résolution de sacriQer ces avantages à sa liberté et à sa conscience, et celle de suivre cependant les études ecclésiastiques, et de ne déclarer sa répugnance à ses parents qu'à l'instant d'un engagement irrévocable. Cet état n'imposait à M. Turgot aucun devoir de conduite qui pût l'efl'rayer, mais il sentait combien tout engagement pour la vie est imprudent... Le temps où il fallait déclarer enfin qu'il ne serait pas ecclésiastique était arrivé. Il annonça cette résolution à son père dans une lettre motivée, et il obtint son consentement *, »

Quoi qu'il en soit de cette étrange résolution en partie double dont parle Gondorcet, à ne consulter que la tradition et les écrivains qui en sont, au xvliie siècle, en ce qui concerne Turgot, les représentants accrédités, rien n'est plus clair. Turgot se serait arrêté, en quelque sorte, au seuil même du sanctuaire; il n aurait point franchi le dernier pas. Et telle est, en effet, l'opinion commune qui a prévalu.

Cette opinion, je l'avouerai, m'avait paru à moi-même indiscutable, ou plutôt je n'avais même pas songé un seul instant qu'il y eût lieu de la discuter, lorsque la rencontre d'un livre bien étranger, ce semble, à la biographie de Turgot, est venu éveiller mes scrupules, en attirant mon attention. Il s'agit d'une publication intitulée : Histoire de la détention des philosophes et des

i. Vie de M. Turgot, p. 9.

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gens de lettres à la Bastille et à Vincennes, précédée de celle de Foucquet, de Pellisson et de Lauzun, avec tous les documents authentiques et inédits^ par M. J. Delort, Paris, 1829, 3 vol. in-8. Dans le second volume de cet ouvrage, Fauteur a consacré un chapitre à Morellet, qui subit, en effet, une assez courte détention à la Bastille. Or, comment au nom de Morellet ne pas associer celui de Turgot? Aussi Fauteur n'oublie-t-il point de mentionner « que le jeune Morellet, nommé bientôt le bon Morellet, eut pour compagnon d'études le célèbre Turgot ». Et c'est à ce propos qu'il ajoute, page 312,. une note assurément fort inattendue. « Dans les listes de la licence en Sorbonne, qui m'ont été communiquées par M. Petit-Radel, membre de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, on voit, dit M. J. Delort, que l'abbé Morellet fit sa licence de 1750 à 1752, et qu'il fut nommé le seizième de mérite sur cent treize concurrents. Turgot est inscrit sur cette liste comme sous-diacre, raison pour laquelle il ne contracta point les liens du mariage : ce qu'on ignorait. »

On en tombera d'accord : cette note devenait comme un trait de lumière, ou du moins donnait beaucoup à penser. On ne pouvait, d'autre part', accepter une telle information qu(3 sous bénéfice d'inventaire, et il devenait indispensable d'en contrôler l'exactitude. Il n'y avait d'ailleurs qu'un seul moyen valable de vérification, nioyen simple, en apparence, quoique, en réalité, d'une application assez difficile . Il consistait à consulter directement les registres de la maison de Sorbonne. Mais ces registres subsistaient-ils? Avaient- ils été conservés intacts? El où les prendre? C'étaient là les embarrassantes questions qu'au préalable il fallait résoudre. Mes recher-

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ches à ce sujet ne devaient pas demeurer complètement infructueuses.

Il se trouve en effet que ce qui reste des registres de la maison de Sorbonne, après avoir appartenu aux Archives nationales, a été attribué à la Bibliothèque de la Sorbonne, pour passer enfin à la Bibliothèque nationale, qui en conserve actuellement le dépôt. Ces registres portent les numéros 15,440; 15,441; 15,442; 15,444 de Y Inventaire des manuscrits de la Sorbonne, conservés à la Bibliothèque impériale sous les numéros 15,176; 16,718 du fonds latin^ par Delisle, 1870, pages 11 et suivantes de V Inventaire.

Le numéro 15,441, qui comprend la liste des prieurs de Sorbonne, n'offrait malheureusement, en ce qui concerne ïurgot, aucune indication. Car il s'arrête à Tannée 1660 et la liste n'a pas été continuée, ou, ce qui est plus vraisemblable, cette continuation aura été perdue.

Il était naturel de se reporter ensuite et aussitôt au numéro 15,440, lequel est intitulé : Catalogue des licenciés de la Faculté de théologie de Paris depuis 1373 jusqu'au xviiio siècle. Comme, en effet, nul ne pouvait être licencié qui ne fût diacre S il va de soi que si le nom de

i. Relativement à la nécessité d'être diacre pour étJ*e licendé, voyez, dans le n® 15,444 de V Inventaire, les Actes de la Faculté dé théologie, p. 614. Ordonnance du roi : « Ne voulant pas, pour de bonnes et justes considératioiis, que le défaut de l'ordre de diacire que n'a pii recevoir jusqu'à présent le sieur Lenfant, bachelier de la Faculté de théologie, porte préjudice à sa licence j -nous vous mandons et ordonnons de lui permettre de soutenii* ddns la présente licence sa seconde grande thèse avant qu'il ait reçu ledit ordre et quoique la licence dans laquelle il a Soutenu ses autres thèses soit finie le 1<^' du présent mois de janvier^ eh exécutant d'ailleurs vos statuts et conclusions, et sans qu'il puisse prétendre à recevoir la bénédiction de licehce avant le diaconat. >*

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Turgot se rencontrait sur cette liste, on en devait implicitement et sûrement conclure que Turgot avait reçu non seulement le sous-diaconat, mais le diaconat. Mais ici une nouvelle déception attend le lecteur; car, tandis que le nom de Morellet figure bien, et à sa date, sur la liste des licenciés, c'est en vain qu'on espérerait y lire le nom de Turgot. Ce nom ne s'y trouve pas.

Il suit de là que, si on se bornait à l'examen de ces pièces pourtant principales, on serait obligé de croire ou que l'abbé Petit-Radel avait consulté des registres aujourd'hui disparus, ou que son témoignage a été, en partie, indûment invoqué par Fauteur de V Histoire de la détention des philosophes et des gens de lettres à la Bastille. Ce qui est plus probable, c'est que M. Delort aura mal indiqué les sources auxquelles Petit-Radel avait puisé.

Effectivement, si on poursuit ses investigations, on est tout étonné de rencontrer tour à tour plus ou moins que ce que l'on cherchait. C'est la surprise que réserve particulièrement le numéro 15,442 de V Inventaire^ lequel est inutile : Conclusions de la Sorbonne de 1688 à 1756. Ce registre, rédigé en latin, est le recueil manuscrit des procès-verbaux des assemblées tenues par les membres de la Sorbonne, avec l'énoncé des décisions qui y ont été prises, l'indication nominative de ceux qui y ont assisté, en même temps que la mention officielle de leurs titres et qualités. C'est en quelque sorte un journal qui constitue une histoire authentique de la maison de Sorbonne et qui devient, pour chacun de ceux qui lui appartenaient, une sorte de curriculum vitœ. Aussi peut-on y suivre, comme pas à pas, l'existence de Turgot.

Morellet a rappelé sommairement dans ses Mémoires

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quelle fut et ce que dura la vie de Turgot en Sorbonne. « M. Turgot, écrit-il, voué par son père à Tétat ecclésiastique, entra, comme moi, dans la Maison en 1748, et ne la quitta qu'en 1750, à la seconde année de sa licence, au moment de la mort de son père *. »

Pour être rigoureusement exact, Morellet aurait dû noter que ce ne fut qu'au commencement de 1751 que Turgot quitta la Sorbonne. D'un autre côté, s'il y entra dès 1748, ce n'est qu'à partir de 1749 qu'il y compte et prend part aux assemblées.

C'est en effet dans le procès-verbal de l'assemblée qui se tint le vendredi 23 mai 1749, que son nom figure pour la première fois. Turgot y est même inscrit à deux reprises, d'abord parmi ceux qui sollicitent le titre de membre de la Société avec les avantages et privilèges y attachés, ensuite au nombre de ceux qui sont admis à faire les preuves nécessaires à cet eff'et et à qui, conséquemment, on désigne des examinateurs.

« Décisions prises dans les assemblées de Sorbonne, l'an de Noire-Seigneur Jésus-Christ 1749. Louis Duplessis d'Argentré, prêtre de Rennes, prieur. Le vendredi 23 mai, avant-veille de la Pentecôte, a été tenue une assemblée générale et ordinaire, dans laquelle :

a 1° Après avoir d'abord rendu grâces au vénérable doyen Delorme, pour le pieux et élégant discours qu'il a prononcé, la Société a été d'avis que la fête de la Pentecôte fût célébrée avec la plus grande dévotion, et a prié le même vénérable doyen de présider à la sainte cérémonie.

« 2** La Société a été d'avis que l'on procédât par voie

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