‹ Trois révolutionnaires: Turgot, Necker, BaillyChapitre 33 sur 61 · I. Mémoires^ t. I, p. H · texte numérisé non relu

I. Mémoires^ t. I, p. H

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de scrulin à ce qui concerne la demande des dénommés. .. et d'Anne-Robert Turgot...

a 12° Par voie de scrutin ont été admis à la preuve des mœurs et cours pour la Société... et Anne*Robert Turgot... auxquels ont été assignés comme examinateurs choisis par le sort... à Turgot, M" Parent et Maurellet. Certifié : Duplessis d'Argentré, prieur * ».

Ëh bien, sait-on quelle est la qualification dont est suivi, dans cette pièce et par deux fois, le nom de Turgot? C'est la qualification de diacre, diaconus Pa* risinus l

Oui, deux fois, le 23 mai 1749, Turgot est inscrit sur les registres de la Société comme diacre parisien. Néanmoins, chose singulière! cette qualification ne lui est pas maintenue dans le procès-verbal subséquent, celui de rassemblée du jeudi 30 octobre de la même année, où, par voie de scrutin, Tufgot est définitivement agrégé à la maison de Sorbonne.

a Le jeudi 30 octobre, avant-veille de la fête de tous les Saints, a été tenue une assemblée générale et ordi« naire, dans laquelle la Société a été d'avis :

1. p. 402. « Gonclusiones lalœ in comitiis Sorbonœ anno D. N» Jesu Christi 1749, priore M. Ludovico Duplessis d'Argentré, Presb. Rhedoninensi. Die Veneris vigesima tertia Mali, in prœvigilio Penlecostes habita sunt comitia generalia eademque ordinariaj in quibusiprimo gratiis actis Yen. Dom. Sen, S. M. N. Delorme pro pia et eleganti quam habuit oratione, censuit Societas festum Penlecostes summo cum pietati» afifectu celebrandum esse, roga-» vitque enmdem Ven. D. Sen. ut praesit sacris... 2° Censuit via scrutinii procedendum esse circa supplicationem MM. scilicet..» M. Annœ Roberti Turgot, diaconi Parisini, 12» Via scrutinii admissi sunt ad probationem morum et cursus pro Societate... M. Anna Robertus Turgot, diaconus Parisinus.., Quibus assignati sunt inquisitores sorte ducti, scilicet... M. Turgot SS. MM. NN. Pa^ rent, Maurellet. Ita est : Duplessis d'Argentré, prior. »

« !• Que Ton célébrât avec la plus grande dévotion la fête de la Toussaint.

« 2® Que l'on procédât par voie de scrutin à ce qui concerne la demande des dénommés... et d'Anne-Robert Jacques Turgot...

« 4<»Par voie de scrutin ont été admis dans la Société... et Anne- Robert-Jacques Turgot. . .

« Moi soussigné, prieur de Sorbonne, j'ai envoyé en possession réelle et actuelle de la Société de Sorbonne, Anne-Louis {sic) Jacques Turgot... Duplessis d'Argentré, prieur de Sorbonne *. »

Or, dans cette nouvelle pièce, après avoir été antérieurement deux fois qualifié de diacre , Turgot n'est plus, à deux reprises aussi, qualifié que d'acolyte, aco- Htm Parisinusf

Diacre parisien, acolyte parisien! Comment expliquer, à deux dates si rapprochées, deux qualifications si différentes, et dont la deuxième est en progrès si décroissant sur la première ? Ou devrait-on supposer que le rédacteur du second procès-verbal s'est mépris en attribuant à Turgot le titre d'acolyle au lieu de celui de diacre, de même qu'il s'est trompé, en lui donnant, au lieu du prénom de Robert celui de Louis, qui n'est pas le sien? Manifestement, les deux erreurs ne sont pas de même importance.

1. « Die Jovis trigesima octobris, in prœvigilio festi Sanclorum omnium habita sunt comitia generalia eademque ordinaria in quibas Societas censuit primo cum summo pietatis sensu celebrandum esse festum SS. omnium, etc. 2» Procedendum esse via scrutinii circa supplicationem MM. scilicet... M. Annœ Robert Turgot, acoliti Pansini. 4« Via scrutinii admissi sunt ad Societatem... M. Anna Robertus Jacobus Turgot, acolitus Parisinus,., Ego infra scriptus Sorbonœ prior misi in possessionem realem ot actualem Societatis Sorbonicee Annam Ludovicum Jacobum Turgot. — Duplessis d'Argentré, prier. »

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Mais nous ne sommes pas au bout des surprises que nous réservent les procès-verbaux. Turgot allait, à son tour, être nommé prieur, et ce fut même lui qui présida en cette qualité l'assemblée du 16 mai 1650, où son ami Morellet fut admis à faire ses preuves, et celle du 13 août de la même année, où on Tagrégea définitivement à la Société.

« 16 mai, avant-veille de la fête de la Pentecôte, a été tenue une assemblée générale et ordinaire. — 8* Par voie de scrutin ont été admis à la preuve de doctrine et de mœurs pour la Société... et André Morellet, diacre lyonnais. »

« 13 août : 9^ Par voie de scrutin ont été admis dans la Société... et André Morellet, diacre lyonnais. Certifié : Turgot prieur » «.

A coup sûr, si Turgot devait être exactement qualifié, c'était dans le procès-verbal de sa nomination de prieur, laquelle eut lieu le dernier jour de décembre 1749.

« Le mercredi 31 décembre 1749, a été tenue une assemblée générale et ordinaire,.. 9** Par voie de scrutin a été élu comme prieur de la maison M* Anne-Robert- Jacques Turgot. »

Cependant, quel titre canonique donne-t-on à Turgot dans cette circonstance solennelle ?Est-ce celui de diacre? Est-ce celui d'acolyte? Non, c'est celui de sous-diacre, subdiaconus Parisinus, et cela est certifié par le doyen

1. tt Die sexta et décima Maii, in prœvigilio festi Pentecostes habita sunt comitia generalia eademque ordinaria. — 8« Via scrutinii admissi sunt ad probationein doclrinsB et morum pro Societate... M. Andréas ÂlorcUet, diaconus Lugdunensis. » — « 13 août. 9° Via scrutinii admissi sunt ad Societatem... Andréas Morellet, diaconus Lugdunensis. Ita est : Turgot, prior. »

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d'âge de la Société . Ita est : Societatis senior y Lenorniant *. Mais il y a plus. Comme pour mettre le comble à la confusion, la qualification d'acolyte parisien est de nouveau attribuée à Turgot, et sous sa signature, en tête des procès-verbaux des assemblées tenues pendant qu'il était prieur, Conclusiones latœ in comitiis Sorbonae anno D, N. J, C, il^O^ prio7e M, Anna Roberto Jacobo Turgot^ acolytho Parisino, Itaest : Turgoty prior. Enfin c'est sans le qualifier d'aucune sorte, qu'à la date du 31 décembre 1760, les registres mentionnent la sortie de Turgot de sa charge de prieur, en même temps qu'ils relatent que c'est avec une distinction rare qu'il l'a exercée.

1750. « Le jeudi, 31 décembre, a été tenue une assemblée générale et ordinaire, dans laquelle : 1° de très amples actions de grâces ayant été rendues à M* Turgot pour la rare distinction avec laquelle il a rempli sa charge de prieur, la Société a été d'avis qu'il fût procédé par voie de scrutin à l'élection tant du prieur de la maison que de son assesseur. Lenormant, doyen d'âge de la Société *. »

Au demeurant, que conclure? Turgot a-t-il été diacre? a-t-il été sous-diacre? ou n'a-t-il pas dépassé le rang d'acolyte, le plus élevé des ordres mineurs, le plus rapproché par conséquent des ordres majeurs? La lecture

1. « Die Mercurii trigesima prima decembris (1749) habita sunt comitia, etc. — 9« Via*scrulinii electus est in priorem domus M. Anna Robertus Jacobus Turgot, subdiaconus Parisintis. Ita est : Societatis senior, Lenormant. »

2. « Die Jovis trigesima prima decembris (1750) habita sunt comitia, etc., in quibus : primo gratiis amplissimis actis M. Turgot ob gestum maxima eu m laude prioratum, censuit Societas procedenrdum esse via scrutinii ad electionem tum prions domus tum conscriptoris. Lenormant, senior Societatis. »

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des registres de Sorbonne, par l'incohérence même de leur rédaction, autorise évidemment, à des degrés divers, ces diverses suppositions. Toutefois, qu'on y réfléchisse! un diacre, certaines circonstances étant données, peut, à la rigueur, être qualifié de sous-diacre ou même d'acolyte. Mais comment entendre qu'en pleine Sorbonne un simple acolyte (et cet acolyte est Turgot!) ait jamais été, à aucun moment, qualifié de diacre ou même de sousdiacre? Qu'on y songe ! C'est en J648 que Turgot est entré à la Sorbonne, afin, comme on disait alors, d'y courir sa licence, et s'est fait agréger à la maison; 4749 a été la première année de sa licence ; 1750 en a été la seconde, quoique, en définitive, répétons-le, les registres qui subsistent ne fournissent pas la preuve qu'il ait terminé sa licence et reçu le grade de licencié. Mais ces mêmes registres attestent que l'année 1750 a été tout entière occupée par son office de prieur. Et pourtant Turgot n'eût été qu'acolyte et fût resté simple acolyte ! La vraisemblance, on en conviendra, n'est point pour une pareille supposition.

Aussi bien, cette hypothèse s'affaiblit encore, si l'on considère quel fut pour Turgot l'emploi des années qui précédèrent immédiatement son entrée à la Sorbonne. Et c'est ce que nous apprend le numéro 15,444 de l'/nventaire dressé par M. Delisle, et qui est intitulé : Actes de la Faculté de théologie de 1730 à 1759, recueillis par son secrétaire M^ Hérissant . — Sacrœ Facultatis theologiœ Parisiensis commentarii^ opéra et studio M, Hérissant actuarii Facultatis.

De ce registre il appert qu'au commencement de décembre 1743, au plus tard, Turgot (il avait alors seize ans) appartenait, comme élève, à la faculté de théologie.

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On le voit en effet, à celte date, solliciter en personne de la Faculté assemblée la dispense de rédiger les cours pendant les trois ans de leur durée, alléguant qu'il est atteint d'une grave infirmité de la vue. « Le 2 décembre 4743, a été tenue l'assemblée générale et ordinaire dans la grande salle du collège de Sorbonne, et pour lors : 1« ont été lues et approuvées les décisions des précédentes assemblées; 2° a été introduit dans la salle de l'assemblée M« Turgot, qui a présenté requête, afin d'être exempté de l'obligation de rédiger les cours pendant l'espace de trois ans, à cause de la grave optbalmie dont il souffre *. » Ce fut avec la meilleure grâce du monde que la Faculté accorda la dispense demandée, et cela, concluait-elle, soit en raison d'un mal d'yeux parfaî- 4;ement attesté, soit parce que Turgot était un jeune homme de grande espérance, magnas spei adolescens» Elle mettait pourtant à l'exemption cette restriction, qu'il ne serait par là préjudicié en rien à la nécessité, pour l'impétrant, de subir, conformément aux statuts, un examen à la fin de chaque année '.

Turgot n'abusa point de la faveur qu'il avait reçue

1. Page 486 : « 2 décembre 1743, Habita sunt comitia, etc., in àula majori coUegii Sorbonœ, in quibiis : l» lecta est et confirmata praecedentium comitiorum conclusio ; 2«> aulam comitiorum ingressus est M. Turgot qui suppliciter efflagitavit immunitatem ab onere scribendi in scholis theologicis per triennium, ob gravera qua laborat oculorum infîrmitatem. »

2. Pages 488, 490 : «. Addidit syndicus nihil mprari se quominus M. Turgot concedatur immunitas ab onere scribendi in scholis theologicis ad triennium, tum ob testatissimam oculorum infirmitatem, tum, quod sit ipse magoaespei adolescens... Quibus articulis propositis et in deliberationem missis sacra Facultas : 2« induisit M. Turgot ut eximatur ab onere scribendi in scholis theologicis per triennium, modo tamen serventur slatuta et conclusiones de subeundo examine in fine uniuscujusque anni. »

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et montra, au contraire, qu'il en était digne. Non seulement il satisfit à toutes les exigences de fin d'année, mais, au bout de trois ans, en octobre 1746, il sollicita, toujours en personne, l'autorisation « de subir avant rage les examens préliminaires à ce qu'on appelait la tentative et de soutenir la tentative elle-même ». Pour être admis à cette épreuve, les règlements exigeaient vingt et un ans, et Turgot n'en avait que dix-neuf. La dispense devait, par conséquent, sembler difficile à obtenir. Aussi Turgot ne crut-il pas que ce fût trop que de faire appuyer sa demande par une recommandation du roi lui-même. Il se présenta donc devant la Faculté de théologie, muni de la lettre suivante :

« De par le Roy. — Chers et bien amés, le sieur Anne-Robert- Jacques Turgot, clerc tonsuré du diocèse de Paris, nous ayant représenté que n'ayant pas encore l'âge requis par vos statuts pour être admis aux examens nécessaires pour soutenir sa thèse de bachelier, il vous suppliait de lui en accorder la dispense ; et désirant traiter favorablement le dit sieur Turgot, nous vous faisons cette lettre pour vous dire qu'il nous sera agréable que vous receviez favorablement sa supplique, lorsqu'il se présentera pour subir les examens qui doivent précéder sa thèse de bachelier , nonobstant qu'il n'ait encore l'âge requis par vos statuts, et sans néanmoins tirer à conséquence; si n'y faites faute, car il est notre bon plaisir. — Donné à Versailles, le 29 septembre 1746. Signé : Louis, (et plus bas) Phélippeaux. »

La Faculté de théologie n'eut garde de refuser un tel solliciteur. Elle s'empressa, le 1" octobre 1746, d'accorder cette nouvelle dispense, « ayant égard à la très

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puissante recommandation du roi » ; mais aussi disaitelle, G en souvenir des services que, pendant son administration , le très illustre père de M. Turgot avait rendus à la ville de Paris et aux divers ordres de la Faculté elle-même ». La Faculté exigeait toutefois que Turgot témoignât expressément sa reconnaissance dans la prochaine assemblée, après avoir, au préalable, rendu visite aux anciens. Elle enjoignait, en outre, à son syndic de demander au comte de Maurepas, qui y consentit, qu*avant d'être transcrite sur les registres, la lettre du roi fût remise en due forme. Car la Faculté observait qu'au lieu de lui avoir été directement adressée suivant l'usage, elle l'avait été au syndic de la Sorbonne, lequel était sans qualité pour la recevoir *. Il arrivait en effet, même alors, que l'on confondît avec la Sorbonne, association toute privée, la Faculté de théologie, qui parfois tenait ses séances dans les bâtiments de la Sorbonne, et qui comptait quelques-uns de

1. Page 548 : l^f octobre 1746. « M. Turgot aalara comitiorum ingressus est, postulavitque a sacra Facultate ut sibi liceret ante annum œtatis vigesimum primum, tuin subire examina praevia ad tentalivam, tum ipsam tentativam propugnare... Cum D. syndicus poslulasset ut legerentur epistolae regise a se acceptae et ad se directœ quibus rex christianissimus jubet ut S. Facultas M. turgot petita concédât, observatum est non ad sacrum ordinem, ut moris est, directam esse epistolam, sed ad Sorbonae syndicum , qui nullus est , conclusumque fuit , lecta epistola regia, indulgendum esse M. Turgot, ob régis potentissimam commendationem, et ob Urbi variisque S. Facultatis o^dinibus prœstita officia ab illustrissimo pâtre dum fasces prœfectorias gereret; voluit tamen sacer ordo tum ut M. Turgot accederet proximis comitiis gratias acturus, invisis prius MM. antiquioribus, tum ut D. syndicus postularet ab illustrissimo comité de Maurepas ut vellet litteras regias solitœ formœ restituere, antequam in Commentariis describerentur. » — 4 novembre. « Lecta est a scriba epistola regia, eaque solitae formae restituta, quam rex christianissimus induisit M. Turgot. »

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ses docteurs les plus réputés parmi les agrégés de la maison.

Ainsi, voilà comment Turgot avait préludé à son admission en Sorbonne, laquelle n'eut lieu qu'en 1748. Dès 1743, il fréquente les cours de la Faculté de théologie et il les suit durant trois ans, per triennium^ en remplissant ponctuellement toutes les obligations de fin d'année. Dès 1746, et qualifié déjà de clerc tonsuré du diocèse de Paris, il sollicite et obtient de passer, avec dispense d'âge, tous les examens préliminaires au baccalauréat. Par conséquent, à n'en pas douter, il est bachelier en théologie, lorsque, deux ans après, il entre à la Sorbonne, en même temps que Morellet, diacre de Lyon. Gomment donc supposer que bachelier dès 1748, il ne soit pas devenu, de 1748 à 1751, licencié? Ou le moyen d'admettre (la promotion dans les ordres sacrés étant d'ordinaire comme parallèle à la collation des grades théologiques) que, clerc tonsuré en 1746 ou même dès 1743, il ne soit encore, en 1751, que simple acolyte, alors surtout que les registres de la Sorbonne lui donnent tour à tour, avec la qualification d'acolyte, celle de sous-diacre et même de diacre? En résumé, il n'est pas absolument impossible que Turgot n'ait jamais dépassé les ordres mineurs; mais certainement cela serait surprenant, difficile à expliquer et cadrerait mal avec ce que nous apprennent de son existence d'étudiant des pièces irréfragables. C'est pourquoi, si ces documents, en raison d'énonciations divergentes et même d'apparentes contradictions, ne permettent point d'affirmer péremptoirement que c'est parce qu'il était engagé dans les ordres que Turgot ne s'est pas marié, peut-être ne serait-il point déraison-

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nable de penser que c'est précisément parce qu'il ne s'est pas marié, malgré son goût très prononcé pour le mariage, qu'on doit d'autant plus incliner à croire que Turgot était engagé dans les ordres. Quoi qu'il en soit et encore qu'on s'en tînt au doute, comme d'ailleurs, malgré tout, je m'y tiens moi-même, ce qui demeure hors de conteste, c'est que, de 1743 à 1751, Turgot a passé huit des plus belles et des plus fécondes années de sa jeunesse dans l'étude de la théologie et le commerce des théologiens.

Le 3 mars 1838 et peu de mois avant sa mort (17 mai 1838), M. de Talleyrand, en acteur consommé et qui soigne sa sortie, ou qui sait? en homme déjà secrètement touché de la grâce qui semble avoir adouci ses derniers moments, M. de Talleyrand prononçait, à l'Académie des sciences morales et politiques, l'éloge du comte Rheinhard. Dans ce discours, l'ancien évêque d'Autun hasardait de dire (ce sont ses expressions) « que les études premières de Rheinhard l'avaient heureusement préparé à la carrière diplomatique qu'il avait choisie; que celle de la théologie surtout lui avait donné une force et en même temps une souplesse de raisonnement que l'on retrouvait dans toutes les pièces qui sont sorties de sa plume ». Et il ajoutait : « Pour m'ôter à moi-même la crainte de me laisser aller à une idée qui pourrait paraître paradoxale, je me sens obligé de rappeler ici les noms de plusieurs de nos grands négociateurs, tous théologiens, et tous remarqués par l'histoire comme ayant conduit les affaires politiques de leur temps, le cardinal chancelier Duprat, le cardinal d'Ossat, le cardinal de Polignac. »

S'il n'en était pas, à quelques égards, de la vue de

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^ Tesprit comme de la vue du corps, qui n'aperçoit riea que dans un certain éloignement et nous dérobe, en quelque façon, les objets trop rapprochés, M. de Talleyrand, qui, aussi bien, ne pouvait décemment se citer lui-même, M. de Talleyrand, joignant aux noms de plusieurs de nos diplomates illustres, tous théologiens, ceux de plusieurs de nos hommes d'État célèbres également tous théologiens, au nombre de ces derniers aurait du moins cité Turgot. D'un côté, en effet, l'étude de la théologie, qui est, à sa manière, une géométrie, ne contribua pas peu, en même temps qu'elle tournait la pensée de Turgot vers les plus hauts problèmes, à développer en lui le besoin de rigueur et la finesse d'analyse qui furent les traits distinctifs de son talent. D'autre part, et quoiqu'il en fût venu, non seulement à quitter la Sorbonne, mais à répudier les dogmes chrétiens, l'influence du Christianisme qui, dès l'enfance, l'avait pénétré jusqu'aux moelles, devait rester finalement, en politique, sa plus puissante comme sa plus patriotique inspiration.

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