Cf. Id,, ibid.^ p. 247 et suiv
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néant i. > Ce fut donc particulièrement, comme il était fort naturel, dans Tamitié de sa femme que Necker trouva, durant les premières années de sa retraite, un baume pour ses blessures.
A Dieu ne plaise que le plus léger sourire vienne effleurer nos lèvres, lorsqu'il s*agit de la tendresse qui, au lieu de s'affaiblir, se fortifiant avec l'âge, rend de plus en plus étroite l'union sacrée de deux époux. Comment ne pas s'étonner pourtant de la publicité constante que M. et Mme Necker ne craignirent pas de donner aux sentiments les plus intimes de leur cœur, et qu'après eux, l'indiscrète piété de Mme de Staël ne fit qu'aggraver? Montaigne observait très sensément que « les aigreurs comme les doulceurs du mariage se tiennent secrettes pour les sages ». C'était donc dans les étroites limites du foyer domestique qu'aurait dû être renfermé, ce semble, le secret de l'adoration que, dès le début de leur mariage, M. et Mme Necker s'étaient mutuellement vouée. L'un et l'autre, au contraire, parurent prendre à tâche de la divulguer. Necker surtout ne peut s'en taire un seul instant. Qu'il imprime une pièce officielle sur les finances, ou qu'il rédige quelque élucubration de morale ou d'histoire, Necker, dans tout ce qu'il écrit, mêle invariablement le nom ou la pensée de sa femme, en y joignant à tout propos et hors de propos les effusions d'une reconnaissance admirative, dont il voudrait rendre en quelque manière l'univers témoin. Et cette habitude, en soi respectable, mais bientôt importune pour qui n'est pas de la famille, persistera chez Necker jusqu'à la fin. C'est ainsi que dans une des
1. Cf. Othenin d'Haussonville, Ouvr, cit,, t. II, p. 250 et suiv.
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dernières compositions qui soient sorties de sa plume et qu'on n'aurait guère attendue de lui, dans une sorte de Nouvelle posthume intitulée : Suites funestes d'une seule faute^ il s'est évidemment complu à représenter sous les traits d'Henri Sommers et de miss Elise Lesby, avec sa propre image celle de Suzanne Curchod, et dans l'amour réciproque qui remplit Tàme de ces deux per^ sonnages rattachement qu'il avait pour Mme Necker et que Mme Necker avait pour lui.
Necker devait survivre près de dix ans à cette épouse idolâtrée. En effet, depuis qu'elle avait été obligée de quitter Paris, presque sans aucun espoir de retour, on avait pu remarquer chez Mme Necker des symptômes de dépérissement qui ne tardèrent pas à empirer. Transportée de Goppet dans une habitation près de Lausanne, afin d'y être à portée des soins du docteur Tissot, elle y mourut le 6 mai 1794. Sa mort fut marquée, comme l'avait été sa vie, par les recherches d'une affectation qu'il est permis de trouver singulière, alors qu'il s'agissait de calmer des appréhensions suprêmes et d'adoucir de suprêmes douleurs. « Ma mère, écrit Mme de Staël, aimait à entendre de la musique pendant sa maladie ; et chaque soir elle faisait venir des musiciens, afin que l'impression causée par les sons entretînt son âme dans ces pensées élevées, qui seules donnent à la mort un caractère de mélancolie et de paix. Le dernier jour de sa vie, des instruments à vent jouaient encore dans la chambre à côté de la sienne, et je ne puis exprimer ce qu'il y avait de sombre dans ce contraste entre les différentes expressions des airs et l'uniforme sentiment de tristesse dont la mort remplissait le cœur. » Assurément, le contraste était frappant. Que Ton meul*e parmi des
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exhortations religieuses, au milieu des sanglots des siens, ou entouré silencieusement d'amis consternés, voilà ce qui se voit tous les jours. Le rare est de passer de vie à trépas, au bruit d'instruments à vent, dont on a commandé la musique.
Quoi qu'il en soit, Necker devint inconsolable. Il ramena les restes de sa femme à Goppet et s'y constitua le visiteur assidu et comme le gardien vigilant de son tombeau. Telle fut même l'intensité de sa tristesse, qu'à cette année 1794 ne se rapporte aucune des nombreuses publications qu'il fit paraître à dater de 1791, et dont l'ensemble même résume, en grande partie, la dernière phase de son existence.
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