‹ Trois révolutionnaires: Turgot, Necker, BaillyChapitre 58 sur 61 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

serment du Jeu-de-Paume ! » Bailly, en un mot, n'aurait-il point partagé les tristesses dont Mirabeau luimême se montrait oppressé, lorsqu'en se séparant de son collaborateur Dumont, il lui disait : « Ah! mon ami, que nous avions raison quand nous avons voulu, dès le commencement, empêcher les communes de se déclarer Assemblée nationale ; c'est là Forigine du mal : depuis qu'ils ont remporté cette victoire, ils n'ont cessé de s'en montrer indignes. Ils ont voulu gouverner le roi, au lieu de gouverner par lui; mais bientôt ce ne sera plus ni eux ni lui qui gouverneront : une vile faction les dominera tous et couvrira la France d'horreurs, »

A vrai dire, nous ne pensons pas, le caractère de Bailly étant donné, que Bailly ait éprouvé le moindre regret de la conduite qu'il avait tenue. Mais peut-être, à la dernière heure, en cela du moins, avait-il vu juste; peut-être avait-il compris que tout s'enchaîne et que c'était au serment du Jeu-de-Paume qu'il fallait rapporter, comme à leur principe, les événements dont il finissait par tomber victime.

Ce fut effectivement le serment du Jeu-de-Paume, prêté dans un moment de patriotique ivresse, par les seuls députés du tiers, c'est-à-dire par une réunion tronquée et pour un pareil objet sans mandat, qui décida en France du sort de la monarchie. Il y avait, sans contredit, d'essentielles et nombreuses réformes à opérer, et ces réformes, aussi bien, étaient en train de se produire ; on mit une précipitation fébrile à faire en tout et d'un seul coup table rase. On aurait dû donner cours à une évolution salutaire; on accomplit une révolution à beaucoup d'égards destructive. Il était oppor-

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tun d'affirmer la souveraineté nationale ; on intronisa la souveraineté du peuple, qui ne devait pas même être la souveraineté du nombre. Il était temps de dégager l'État d'éléments désormais caducs ; on le précipita dans la confusion, et, en tous sens, le pays tout entier reçut une si violente secousse qu'il n'est pas encore revenu de ce profond ébranlement et n'a pu, depuis cent ans bientôt, reprendre une ferme assiette. En effet, Tesprit attristé se fatigue à parcourir, môme à la hâte, la série des constitutions éphémères qu'à partir de cette époque, la France s'est vu successivement imposer, constitution du 14 septembre 1791, constitution du 24 juin 1793, constitution du 5 fructidor an III, constitution du 22 frimaire an VIII, sénatus-consult« du 16 thermidor an X, sénatus-consulte du 14 floréal an XII, charte du 14 juin 1814, acte additionnel du 22 avril 1815, charte du 9 août 1830, constitution de 1848, constitution du 14 janvier 1852, enfin constitution du 25 février 1875, constitution déclarée elle-même révisable et déjà partiellement révisée.

Le renversement d'une constitution, qui avait subsisté près de quatorze siècles , mais qu'avaient modifiée sans cesse l'action du temps et l'empire de la nécessité, aurait-il donc rendu en France à tout jamais précaire l'établissement de toute autre constitution? Ou bien pour retrouver sous le sable et l'argile le roc inébranlable où s'assoirait solidement l'édifice de la société française, faudrait-il en revenir à l'ancien régime?

Ce n'est que par ignorance ou parti pris qu'on peut se répandre contre l'ancien régime en déclamations injurieuses. Car, malgré les imperfections les plus graves, malgré l'abus et la corruption de privilèges, qui, originai-

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