‹ Trois rois trois dames comedievaudeville en trois actes par m. Leon GozlanChapitre 51 sur 53 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

DUMARTEL.

Te serais- lu battu? (A part.) Que veut dire?

Comme un lion et pour tous les maris.

DUMARTEL.

Permets, je ne t’avais pas chargé de leur défense mais,

comment, toi qui n'étais que témoin désintéressé?...

MATHIEU

Je ne sais comment cela s'est fait? ne voyons que le résultat... je suis vainqueur.

blanchard, avec anxiété.

Mais vainqueur de qui?

DUMARTEL.

Oui, de qui?

MATHIEU

Comment! vous le demandez tous les deux? serais-je donc devenu fou? ( A Dumarlel.) Mais je suis vainqueur de ce M. Dupont qui l'a menacé d'un soufflet la nuit dernière à l'Opéra.

BLICOURT, à part.

Je m’y perds.

MATHIEU

De ce M. Dupont qui conduisait avec son ami deux impudentes coquettes....

BLANCHARD

Mais ce M. Dupont n’est pas à Paris, il n'existe pas....

Il n'existe pas!., dis plutôt qu'il a failli ne plus exister. Il n’existe pas!...

BLANCHARD

Non... te dis- je.

MATHIEU

Écoutez-moi. Je cours ce matin à la cité Vindé pour arranger l'affaire de mon ami Dumartel.

DUMARTEL.

Tu n'arranges pas mal. [A part. ) Écoutons.

MATHIEU

La cité Vindé, qu’on devrait plutôt appeler la cité Dupont, vous allez savoir pourquoi , est une véritable ville : trois cours, vingt escaliers, douze concierges, quinze cents habitants. Je demande M. Dupont au concierge de la première cour ; il me répond : Le troisième escalier, au septième, à droite. J’opère celte ascension; je frappe, on ouvre. « M. Dupont? — C’est moi, monsieur. — Vous étiez, celte nuit, au bal de l’Opéra? — Non , monsieur. — Vous y accompagniez deux daines? — Non , monsieur. — Vous m’avez insulté? — Non, monsieur; je suis tailleur...» Et il me ferme la porte au nez.

BLANCHARD , à part.

Fatalité ! il se trouve un Dupont dans celte cité-. Ce nom est si commun à Paris!...

Je descends, furieux; je me plains au concierge; a Nous avons un autre Dupont dans la cité, » me dit-il.

BLANCHARD , à part.

11 y en avait deuxl

MATHIEU

« C'est sans doute celui-là que cherche monsieur? comment! si c’est celui-là ! montez alors au sixième étage de la troisième maison de la seconde cour. — Je dévore six nouveaux étages, et je sonne à fendre les murs. J'attends cinq minutes, cinq siècles ! Enfin, on ouvre. — Que désire monsieur? — M. Dupont? — C’est moi. — Vous étiez cette nuit au bal de l’Opéra? — Non, monsieur. — Vous y accompagniez deux dominos gris? — Non, monsieur. — Vous m’avez menacé d’un soufflet? — Non , monsieur ; j’ai un rhumatisme aigu dans les jambes; je ne suis pas sorti depuis trois mois... » Et une seconde fois la porte se ferme devant moi avec la métnc impolitesse. Je redescends, je me précipite dans la troisième cour et m’adresse au troisième concierge. « Auriez-vous un Dupont, vous aussi, dans vos dépendances? — Très- certainement, j’en ai un, M. le colonel Dupont. — C’est ça même, dis-je. Quel étage? — Le troisième. » J’y suis d’un bond, car je ne marchais plus. Je sonne; un valet m’ouvre brusquement; ne s’aviset-il pas de trouver étrange ma visiteà une pareille heure I J’insiste, j’élève la voix, un homme aux moustaches noires, hérissées, vêtu de manière à me convaincre que je l’avais dérangé dans son sommeil, s'avance pâle de colère vers moi. « Vous êtes le colonel Dupont? lui dis-je. — Oui, monsieur. — Vous étiez, la nuit dernière, au bal de l’Opéra? — Oui, monsieur, » me répond-il en me regardant de haut en bas. En le regardant de bas en haut, j’ajoute : « — Vous y étiez avec deux dames? — Oui, monsieur, me ripostet-il d’une voix de tonnerre. — Vous m’avez menacé d’un soufflet? » lui dis-je. Et, sans attendre sa réponse, je lève la main... Il lève aussitôt la sienne, en me disant, d’un ton plus outrageant que quatre soufllets ; « Non-seulement j’étais à l’Opéra avec vos dames, mais j’ai soupé avec elles, j’ai bu du vin de Champagne avec elles jusqu’au jour, et nousnoussommes moqués de vous toute lanuit.» Il ajoute : « Est-ce au pistolet ou àl’épée? — Je lui réponds : Au pistolet.» 11 s’habille, et nous partons. En chemin , il s’adjoint un second , et nous nous rendons dans la forêt de Mariy. Mais comme je n’étais plus témoin dans cette affaire, il m’en fallait un... J’ai pris le premier paysan venu , et le colonel Dupont et moi nous nous sommes ensuite placés à distance. Le sort le favorise; il lire le premier, il me manque; je l’ajuste, il tombe.

BLANCHARD

Mort?...

MATHIEU

Blessé seulement au poignet gauche. La douleur l’avait fait évanouir.

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