Ampr e, 1 ai- M. Valso.n
LE CHRKTIKX 121
qui devait être la dernière, Ampère arrive, à Saint-Etienne déjà malade. C'est là qu'il eut avec son ami Bredin, ([u'il était sur le point de quitter, un dernier entretien, une sorte de long et solennel adieu, qu'on pourrait appeler le <( testament d'Ampère )).
' Déjà, avant de quitter Paris, et en prévision de l'issue i'uneste de sa maladie, il avait, renqdi avec son exactitude el sa ferveur habituelles tous ses devoirs de chrétien. Mais il éprouvait le besoin d'épancher son âme dans de pieuses confidences, et avec qui pouvait-il mieux le fan^e qu'avec son ami de choix, son très cher Bredin ? Ils avaient parcouru ensemble les voies arides du doute et du scepticisme. Ils étaient revenus ensemble, liui aidant 1 autre, à la foi complète et paisible. Oue de souvenirs, que d'impressions, que d'actions de grâces n'avaient-ils pas à rendre à Dieu et à échanger entre eux ? »
'( Qu'on se représente le grand Ampère, làine jjIus forte et plus vaillante que jauuiis, mais le corps épuisé et défaillaul, faisant sa dernière professi'on de foi. Quel contraste entre cette voix profondément altérée, sans cesse entrecoupée par une loiix affreuse, et ces hautes pensées d'un grand gtMiie en j)leine possession de soi-même, sur Dieu, sur
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la religion, sur la vie du ciel ! Bredin, préoccupé surtout de l'état de son ami et de l'aggravation <[ue^a fatigue et l'animation pouvaient apporter à -on mal, essaye à diverses reprises de l'arrêter en lui recommandant le silence et le repos : u Ma •santé ! ma santé ! sécrie Ampère avec vivacité, il s'agit bien de ma santé I II ne doit être question ici entre nous deux que des vérités éternelles (1) ! »
Huit jours après cet entretien suprême, il arrivait à Marseille. A la suite des fatigues du voyage, une pneumonie se déclara et il fut emporté le 16> juin 1836. Des funérailles modestes lui furent faites, et son corps fut déposé dans le cimetière de la ville. Ce n'est que trent€-tr6is ans plus tard, en 1869, que ses restes furent transportés 'à Paris, où il repose près de son fds Jean-Jacques.
Un dernier trait qui le peint. Quelques instants avant sa mort, un de ses amis voulait lui lire un chapitre de Vlmilalion de Jésus-Christ : « Inutile répondit-il, je la sais toute par cœur. »
Pour résumer cette admirable vie, on ne saurait mieux faire que de citer les lignes (jue lui a consacrées Qzanam, qui fut, pour ainsi dire, son lils adoptif.