Op. cit.. p. 3GI
« Xous avons entendu parler, dit-il. de ces réunions amicales dans lesquelles chacun apportait son tribut intellectuel et où M. Ampère aimait à développer les preuves de la divinité des Livres saints. jVous savons des âmes qui lui durent alors les premières lueurs de la foi. A Paris, au milieu du matérialisme de l'Empire, du panthéisme de ces derniers temps, il consena inébranlable la religion de ses premières années. C'était elle qui présidait à tous les labeurs de sa pensée, qui éclairait toutes ses méditations, c'était de ce point de vue élevé qu'il jugeait toutes choses et la science ellemême.
<( Naguère encore, à son cours du Collège de France, nous l'avons entendu justifier par une brillante théorie géologique l'antique ^écit de la Genèse. Il n'avait point sacrifié, comme tant d'autres, au génie du rationalisme, l'intégrité 'de ses convictions ni déconcerté le légitime orgueil (]ue ses frères avaient mis en lui. Celte tête vénérable, toute chargée de science et d'honneur, se courbait sans réserve devant les mystères et sous le niveau de l'enseignement sacré. Il s'agenouillait aux mêmes autels que Descartes, à côté de la pauvre veuve) et du petit enfant moins humbles que lui...
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<( Il était beau surtout de voir ce que le christianisme avait su faire à rintérieUr de sa grande àme : cette admirable simplicité, pudeur du génie, qui savait tout et s'ignorait soi-même ; cette haute probité scientifique qui cherchait la vérité seule et non pas la gloire, et qui maintenant est devenue si' rare ; cette bienveillance, enfin, qui' allait au-devant de tous, mais surtout des jeunes gens. Nous en connaissons pour lesquels il a eu des complaisances et des sollicitudes qui ressemblaient à celle d'un père. En vérité, ceux qui n'ont connu que l'intelligence de cet homme n'ont connu de lui que la moitié la moins parfaite. S'il pensa beaucoup, il aima encore davantage. »
Caiicliy a rempli la première moitié du xix" siècle. Ce fut avant tout un mathématicïen et un géomètre. Son esprit pénétrant se jouait au milieu (les X et des ij, aimait à poursuivre par le calcul l'ondulation des courbes géométriques les plus complexes et les plus variées, à faire rentrer, dans ses équalians. les plus difficiles problèmes de la pbysique et, dans ses formules, les lois les plus lii-iKTales.
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Il frouvait, heureux mortel ! un charme vraiment i»oélique dans ces constructions que le géomètre élève à son gré dans l'idéal .espace, créant sans cesse à l'inlini des mondes nouveaux, pour expliquer le nôtre et retrouver ainsi, avec tous ses détails, je plan, le moule d'où il était sorti. Aussi l'étude continuelle des mathématiques pures n'a-t-elle ni desséché son cœur, ni atroflhié une seule fihrc de son cerveau, aussi puissant qu'original. ♦
D'un caractère toujours ferine et droit, type d'ancien magistrat, il fut. toujours doué d'une sensibilité exquise et virile tout à la fois. Ecrivain délicat, poète et linguiste distingué, il brillait par les rares qualités d'un esprit éminent qui ne le cédait à aucun autre pour la culture intellectuelle et littéraire.
Mathématicien de premier ordre, écrivain, Cauchy fut aussi un chrétien exemplaire, il fut non seulement pratiquant, mais il fut encore, dans le bon cl vrai sens du m'ot, un chrétien pieux et dévot. Il sait et il sent que la religio*n est la plus grande force morale, la plus capable de soutenir, de viriliser un homme, et il veut vivre de sa religion le plus complètement possible, afin d'en retirer le plus. do. fruit, comprenant qu'un vrai chrétien ne
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«loil pas seulenieui laisser aux femmes et aux enfants, comme un rebuf, les bienfaits de la pirté et (le la dévotion.
\'oici' d'ailleurs le portrait qu'en traçait AI. \'al- • son, actuellement doyen de la Faculté catholique dt?s sciences de Lyon : ■< Ce qu^ frappait d'abord dans Augustin Cauchy c'était sa physionomie noble et digne et tout à la fois remplie de grâce et d'affabilité. Sa ligure était distinguée, son front large et élevé, ses yeux vifs et animés : mais son regard n'avait rien de scrutateur ni d'embarrassant :' on y lisait la douceur et la bienveillance.
« Les sciences furent son partage. C'est en elïel à sonder les plus difficiles problèmes des mathématiques et de la physique que se sont exercées principalement les puissantes facultés de son intelligence, et qu'il a conquis une gloire nnpérissable. Il était naturellement doue sous ce * rapport d'une aptitude et d'un génie qui n'ont été accordés qu'à un petit nombre d'hommes dans la suite des siècles.
« De })lus", le ciel lui avait départi avec libéralilt' les 'don- de l'àMic el du cœur. Sunple et mode>lr, il a\ail \oiic à la science un culte pur et désintéressé ; invinciblement attaché à l'idée du devoir, il dt-lcndit avec constance les grands prin-
cipes de la justice et de l'honneur. Sa vie n'offre pas (le ces regrettables faiblesses qui déparent souvent celle des hommes les plus illustres. Chez lui. le caractère fut toujours à la hauteur de la science et le cœur au niveau du génie.
« Que dire enfin de son ardeur pour le bien, de son zèle infatigable pour les bonnes œuvres, de sa vive et tendre pitié ? Jamais peut-être la science n'était apparue a\ec un éclat si pur avec une grâce si aimable, avec un caractère aussi profondément chrétien (1). »
1 . La Vie ci les Travaux du la/on Canchy, avec une préface de M. Hermite (Paris, Gautliier-Villars, 1868, 2 vol. ia-4°, 8 francs). L'auteur de cette belle vie. M. Valson, vient de mourir, emportant avec lui les re.crels de toute la Faculté catholique de Lyon, dont il était lame.
C'est un de ces hommes que l'on ne remplace pas. Il aurait voulu attirer dans nos Facultés catholiques, et dans nos séminaires universitaires, des esprits jeunes, capables di^ s-'assimiler rapidement et complètement les matières de renseignement supérieur, capables de s'élever et de s'ouvrir, afin que leurs étUTies ultérieures fasseut fécondées, éclaiçécs et dirigées par cet enseignement, qui trop souvent est donné après coup, comme un simple vernis, à des esj)rits déjà J rmés. presque formés. Il n'a été qu'à moltii* compris.