INGÉNIEUR — MATHÉMATICIEN — PROFESSEUR
pardonnèrent facilement d'être^ entré chez eux violemment et comme par la fenêtre.
Académicien à vingt-sept ans. Cauchy fut aussitôt appelé aux plus hautes chaires de l'enseignement scientifique, ordinairement occupées par des hommes de science, blanchis dans les veilles. Il ne fut cependant pas un seul instant au-dessous de sa tâche.
Pendant quatorze ans (1816-1830), il enseigna les mathématiques supérieures à l'Ecole polytechnique, à la Sorbonne, puis au Collège de France, toujours avec la même ardeur et le même succès. Jeune, passionné, pour la science, il se donna tout entier à l'enseignement et fut le modèle des professeurs.
Quelles que fussent la sécheresse des analyses et de théorèmes, la difficulté des méthodes, Cauchy savait toujours se rendre intéressant et captiver l'attention par la clarté et l'élégance de son style. C'était toujours le littérateur distingué qui parlait sous le mathématicien.
Il se dépensait d'ailleurs sans compter et son lévouement pour ses élèves était vraiment sans bornes. M. Combes, membre de l'Institut et plus lard ministre de l'Instruction publique et qui fut
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son élève à l'Ecole polytechniciue, pouira dire en loiile vérilé à ses funérailles : « Ce professeur déjà illustre par de belles découvertes auxquelles s'ajoutaient chaque jour les résultats de ses tra- \ aux incessants était pour nous loiis d'une complaisance infatigable. Je l'ai souvent * entendu répéter pendant plusieurs heures des leçons entières, qui n'avaient pas été bien comprises. Nous étions alors frappés de l'élégante facilité d'une analyse qui nous avait d'abord paru, à défaut
d'attention; aride et rebutante. C'est que M. Cau-
* chy alliait au génie des Euler, des Lagrange, des
Laplace, l'amour de l'enseignement porté jusqu'à
l'enthousiasme, une rare bonté, une simplicité.
une chaleur de cœur qu'il a conser\ées jusqu'à
la fin de sa vie. '•
Au début de sa carrière de professeur, en 1818. Cauchy avait épousé M"* Hélo'ise de Bure, d'une famille et d'iino éducation très distinguées, qui fut pendant quarante ans la compagne tendre et dévouée de sa vie. Il en eut deux filles qui furent plus tard, l'une \ icomtesse de l'Escalopier et l'autre comtesse de Sainl-Pol, et qui mirent le comble au bonheur de leurs parents.
Les années qui suivirent son mariage furent sans contredit pour Cauchy les }ilus heureuses de
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sa \ïe. Tout lui souriait. Ses succès scientifiques allaient toujours croissants, il publiait successivement plusieurs ouvrages sur les mathématiques supérieures qu'il enseignait. Ses leçons étaient recherchées et suivies par les savants euxmêmes, venus jusque de l'Etranger pour entendre Cauchy .
Son bonheur intime était aussi complet que prolond. Il trouvait dans son intérieur le repos de tous SCS travaux. Ce bonheur sans mélange dura douze ans. En 1830, la Révolution vint arracher le professeur à ses élèves et briser la carrière du savant.