TROIS SAVANTS CIIIU.TIENS
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Il y resla cinq ans.
Caucliy, en se chargeant de 4'éducation de celui qui pouvait être appelé à la couronne de France, comprit toute l'importance d'une pareille mission et s'y dévoua tout enlier. Il prit pour modèles Bossuel et Fénelon, précepteurs' du dauphin et du duc de Bourgogne au xvn* siècle. Son élève, d'ailleurs, pas plus que ceux de ses deux illustres prédécesseurs, ne devait être appelé à régner. Il choisit pour devise dans un écrit rendu public, ces simples mots : u Dieu et la vérité », et explique les principes sur lesquels il veut se guider : <( La source de tous nos 'maux vient de ce que noiis avons trahi la cause sainte de la vérité. Depuis quarante ans, les peuples et leurs chefs se sont égarés dans de vaines théories : tous doivent aujourd'hui se rencontrer sur le même terrain et se réunir sous la même bannière, et c'est vers la vérité et son Dieu qu'ils doivent se retrouver. Comme un pilote égaré, a dit un grand écrivain, les peuples ont perdu leur route, ils ne la retrouveront qu'en regardant le ciel. La vérité seule peut donc guérir nos maux, et le premier soin du prince qui viendra cicatriser les plaies de la France devra être de fonder son pouvoir sur la justice et la Térilé. » . •
La famille royale lui fil l'accueil le plus cordial et l'admit dans son intimité. Si près de son roi, la patrie lui sembla moins loin.
D'ailleurs, pour mettre le comblé à son bonheur M"'" Cauchy vint à Prague rejoindre son mari, qui retrouva ainsi celte vie de famille si douce à son cœur. Il retrouva ainsi en même temps son bonheur et son ardeur d'autrefois.
L'instruction de son royal élève occupa la plus grande partie de ses instants. Il put à peine continuer ses travaux mathématiques.
L'Académie de Prague l'accueillit avec empressement dans son sein et voulut même publier à ses frais ses magnifiques travaux sur la dispersion de la lumière. Dans les voyages qu'il fit avec la famille royale, il se trouva en rapport avec la plupart des savants de l'Allemagne et de l'Autriche et sa renommée devint universelle.
Cauchy resta cinq ans auprès de la famille royale. Lorsque l'instruction du duc de Bordeaux fut terminée, le roi Charles X lui conîéra le titre <le baron et Cauchy rentra en France (1838).
Il reprit' fea place à l'Académie, et, comme il ne pouvait enseigner, il composa des mémoires scientifiques, avec une activité tellement prodigieuse •juil en présenta plus de cinq cents à l'Académie
pendant les vingt dernières années de sa vie, autant que tous les autres académiciens pendant ce môme laps de temps.
Ses amis s'ingénièrent pour le l'aire rentrer dans l'enseignement ou lui trouver une place digne de son génie, afin que des qualités si brillantes de professeur et de savant ne .fussent pas perdues pour la science. Ce fut en vain.
Peu après son retour en France une place devient vacante au Collège de France. L'Académie devait en désigner le titulaire et Cauchy est nommé à l'unanimité. Mais il faut prêter serment, et, toujours fidèle à ses principes, il le refuse noblement et préfère rester dans l'ombre.
Les membres du Bureau des Longitudes, comme ceux de l'Académie se recrutaient eux-mêmes et n'étaient pas soumis au serment. C'était la seule position scientifique digne de Cauchy, la seule qu'on pût lui offrir sans rien lui demander d«' contraire à ses convictions. L^ne place devieni vacante en 1839 et Cauchy est atissitôt nommé à l'unanimité. Le choix devait être approuvé par le roi. Celui-ci, contrairement aux privilèges reconnus, exige auparavant la })restation du serment. Cauchy proteste contre cette exception vexaloire. (jui, pour lui, é(iuivaut à un refus. Les membres
(lu Bureau des Longitudes protestent de leur côté contre celle violation arbitraire de leurs droits et maintiennent quand même pendant quatre ans la nomination de Cauchy,
Les susceptibilités des orléanistes furent aussi vives et persistantes que l'avaient été celles de Napoléon^ lui fermant à deux reprises les portes de l'Académie. En 1843, par décision ministérielle, Cauchy fut remplacé au Bureau des Longitudes et dut rentrer dans la retraite, où il continua ses mémoires scientifiques.
La Révolution de 1848 renversa la monarchie de Juillet, abolit le serment politique et ouvrit dc< nouveau à Cauchy la carrière de l'enseignement, qui luii était fermée depuis dix-huit ans. Il reçoit aussitôt une chaire à la Sorbonne, et reprend avec un égal succès ses cours de science.
En 1852, le régime impérial supprime de nouveau la liberté et rétablit le serment politique. Cauchy le refuse à Napoléon, comme il l'a refusé à Louis-Philippe. Mais le nouveau souverain, plus , généreux, comprit la noblesse des ces sentiments si constants et fit une exception pour lui, ainsi que liour Arago. Il put donc remonter dans cette chaire f|u"il avait tant ilIii<lréo ol fju'il ne devait plus quit- Icr (juà sa mort.