‹ Trois savants chrétiens au XIXe siècleChapitre 4 sur 45 · LES HOMMES · texte numérisé non relu

LES HOMMES

Ces trois savants ont ainsi accompli une œuvre immense clans les branches les plus difféi^ntes de la science. Ils ont découvert, chacun dans sa sphère, des mondes nouveaux, et, cependant, letir ame ne s'est pas enflée d'un fol orgueil. Ils ont reconnu que, dans toutes leurs œuvres, dans toutes leurs découvertes, ils ne faisaient qu'épe- 1er et traduire aux autres hommes le grand œuvre de la Création, avec ses merveilles infinies, insondables, et ils n'ont pas cru abaisser leur génie en le courbant aux pieds de Celui qui a tout créé, qui a tout ordonné avec poids et mesure, et fait leur place dans l'Univers à l'électricité et aux microbes.

Le caractère et la tournure d'esprit de ces trois savants étaient cependant aussi différents que les sciences qu'ils ont étudiées.

Ampère, c'est le génie universel qui s'essaie avec succès dans tous les genres avant de trouver sa voie. Son enfance est occupée surtout par les maihématiques. Il charme son adolescence par

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la bolaniqiic. la littérature, la po('>i(.'. 11 revient aiiN mathémaliques pour gagner sa vie, aborde la chimie, l'histoire naturelle, la métaphysique et couronne son œuvre par ses immortelles découvertes eli physique. D'une mémoire prodigieuse et d'un esprit éminemment synthétique, il excelle à voir dans chaque fait les rapports avec les faits similaires et à tirer de ces rapprochements de vastes théories d'ensemble. Dune sensibilité presque féminine, il s'enthousiasme de prime abord pour tout ce qui le frappe et se passionne tour à tour pour toutes les sciences. Cœur d'or, mais timide, il souffrira toute sa vie du contact du monde, et conservera toujours une simplicité un peu naïve, malgré son génie.

Cauchy se rapproche d'Ampère pour les qualités de l'esprit et du cœur, mais avec cet excès de simplicité et de timidité -en moins. Esprit également un-iversel. il excellera dans tous les genres, mais plus pénétrant que synlhéticfue, il cherchera à tirer d'un fait, dune formule tout ce (juon peut en tirer et songera moins aux vues générales et métaphysiques.

Pasteur est à la fois synthétique et pénétrant.

Dès ses premières éludes de chimie se révèle son amour des vues générales, des rapproche-

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iiK'nls, cl il cncliaîne loulc:? ses découvciics les unes aux autres comme les différentes parties "iîii théorème. En étudiant la cristallisallion, h\ y découvre un phénomène -nouxeau (dissymétrie moléculaire), recherche aussilôl son influence sur hi nutrition des cellules vivantes et entre ainsi (huis la chimie hiologique. rapproche les réactions chimicpies des actions vitales, puis les fermcnlalions (ies maladies infectieuses et arrive a in-: à ses merveilleuses découvertes.

Mais la généi-alilé (îe ses vues ne nuit en rien a la précision (\c se^ expériences, au fini de ses analyses, et en cela il lut un modèle incomparable, inimitable même, tellement qu'on a pu dire qu'il ne s'était jamais tronq)é.

J--sprd aussi large et universel cpie pénétrant, l'a>teur a\ail ini conu' d'une sensibilité exquise et virile tout à l;i loi>. Plus froid,, plus raisonné tju'Anijtère. il cul au-<i moins à soufl'i'ir que lui et lit le bonlu'Ui- de tous ceux qui le connurent. Il .■i\;iil i:ii amour \raiment patci'nel. une }»itié ( (inqtali-->anle pour --e.- malades, et ce fut })our -Mulager les maux de Thumanilé (pi'il orienla sa \;e \ers Tt-tude des nudarlies.

LES CHRÉTIEXS

Ces trois savants, de caractère (*l d'esprit si différents, rapproc^iés seulement par le génie et la grandeur d'âme, furent tous trois de parfaits chrétiens, croyants et pratiquants. Ils continuent brillamment la lignée féconde et ininterrompue des savants chrétiens qui nous ont légué de si grandes découvertes et n'ont pas jugé leur science incompatible avec la croyance ni avec la pratique d'une religion positive.

Et cependant ces trois hommes de génie ont vécu au milieu de ce siècle incrédule. Ce n'est pas par ignorance ou préjugé qu'ils sont restés croyants. Ils ont lu les ouvrages et connu les systèmes des philosophes les plus en vogue. Ils ont combattu ou même goûté quelque temçs leurs idées. Ils ont eu en main toutes les pièces ou procès, avec, à leur service, une intelligence d'élite pour les juger, el ils sont restés attachés ou sont revenus à la foi.

Pasteur disait à un de ses amis qui s'élonnait naïvement de le voir croyant malgré son génie :

« Toutes mes éludes m'ont amené à avoir la foi <lu paysan breton ; si j'avais étudié plus encore, j'aurais la foi de la paysanne bretonne ! » Cauchy (lisait dans le même sens après Ampère : « Je me suis €mfoncé dans l'étude des sciences humaines '■'je me suis convaincu de plus en plus de la vérité «le cette parole de Bacon, que si un peu de philosophie nous rend incrédules, beaucoup de science nous ramène à être chrétiens. »

Et cependant Ampère,* nature ardente, enthou- ■-iastê, passionné pour toute idée nouvelle, eut a subir de terribles crises. A quinze ans, il dévore les vingt volumes In-folio • de 4 1 Encyclopédie et perd la foi. La douleur d'avoir perdu une épouse chérie le fait rentrer en lui-même et revenir à la religion. Puis l'élude de Kant l'enflamme d'un beau zèle pour la métaphysique, et il perd de jiouveau la foi avec lé$ philosophes naturalistes de l'Empire. La douleur l'y ramène encore, et, depuis lors, il restera le chrétien convaincu et pratiquant qu'Ozanam admirera récitant pieusement son chapelet sur le pavvis de Saint-Etiénnedu-.Mont. . '

Cauchv a vécu également sous le naturalisme de l'Empire et de la Restauration. ,

Pasleur a vu le matérialisme et le positi-

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vismc régner presque en maîli-bs parmi les sa\ ants de son temps ; ses éludes expérimentales auraient pu Vy pousser aussi bien que d'aiilros. Aussi bien, que dis-je ! mieux que tout autre, il avait les lumières et les connaissances scientifiques <el la puissance d'intelligence nécessaires pour les juger. Il les a condamnés. Il a vu qu'.ls i>e pesaient que du poids des préjugés ou des passions en face du spiritualisme et de la religion et il les a combattus chaque fois que l'occasion sc-n est présentée à lui.

he matérialisme prétendait faire sortir la vie de la matière. Pasteur dans des expériences classiques, qui sont un modèle d'élégance et de précision, démolit de fond en comble la théorie des générations spontanées. 11 est api)elé à remplacer à l'Académie française Litlré, dont la plupart des savants avaient embrassé le positivisme. Il loue l'homme et le savant, mais dénonce les lacunes du système, qui a oublié la plus importante des notions, l'infini, et néglige l'idéal, toutes choses aussi nécessaires à l'honune que l'air qu'il respire.

Tels furent ces trois savants, illusties enirc tous, qui ont renqdi noire siècle de leurs décou-

verlcs et de leurs bienfaits. Esprits aussi larges que leurs âmes étaient grandes, ni l'incrédulité • le leurs contemporains ni leurs vastes connaissances n'ont pu troubler la sérénité de leur foi, et Ton peut dire de chacun d'eux ce qu'un rédacteur des Débals disait de Pasteur, au lendemain de sa mort : « Quelle leçon, s'ils voulaient bien y réfléchir, pour les esprits forts et les cerveaux fail)les qui croient encore que l'athéisme est la marque d'une intelligence supérieure et l'impiété une forme de raisonnement ! »

AMPERE

Ozanam, le futur fondateur des conférences de Saint-Vincent-de-Paul, était venu à dix-huit ans à Paris achever ses études. Un jour, tourmenté })ar le doute, il entre dans l'église de Saint-Etienne-du-AIont. Dans un coin solitaire, un beau vieillard est à genoux. Il s'approche et reconnaît' le grand Ampère qui récitait pieusement son chapelet. Le savant venait reposer dans la prière son espiil fatigué à scruter les secrets de la nature. L'c fut un trait de lumière pour le jeune homme. « Po'urquoi n'en ferait-il pas autant ? » Il tombe à genoux, lui aussi, une prière monte de son roMir à ses lèvres. Il pleure. L'âme d'Ozanam était sauvée, sauvée par le chapelet d'Ampère.

Savant illustre, chrétien fervent et pratiquant, « Ampère, dit'" M. Valson, se présente à nous comme une des plus belles figures dont l'histoire

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conserve le souvonii\ et ccrtainemeni sa gloire ne fera que grandir avec les années. Ses magnifiques découvertes lui assurent un rang exceptionnel parmi les inventeurs de génie. On ne cesse de l'admirer pour les nobles qualités de son esprit et de son cœur. Il reste sympathique cl on l'aime encore jusque dans ses défauts et dans ce (ju'on pourrait appeler ses misères, car, lui aussi, malgré tout son génie, aura à payer son tribut à l'infirmité humaine (1). »

Né à Lyon, en 1775, Ampère fut élevé à Poleymicux, gracieux petit village voisin, où son père s'était retiré. Tout jeune, il étudie les mathématiques avec passion, perd la foi en liSfint les Encyclopédistes, puis songe à se marier et, pour se faire une position, embrasse la carrière de professeur. A Bourg, puis à Lyon, ses premiers travaux scientifiques le signalent à l'attention de l'Académie. Mais, bientôt, sa femme, qu'il adore, meurt en lui laissant un enfant. Ampère est comme fou de douleur. Il ne trouve de consolations que dans la religion e.t redevient croyant et apôtre, en retroinani le calme de son esprit et de son cœur. «

riienlùl, il est appelé à Paris comme professeur

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