‹ Trois savants chrétiens au XIXe siècleChapitre 43 sur 45 · L'HOMME — LE PATRIOTE — LÉ CHRÉTIEX · texte numérisé non relu

L'HOMME — LE PATRIOTE — LÉ CHRÉTIEX

L'œuvre de notre grand Pasteur est immense et ces quelques pages suffisent à peine à en donner une faible idée (1). Il faut maintenant pénétrer plus avant dans l'âme de ce grand homme, qui .fut en même temps un grand patriote et un grand chrétien.

La qualité dominante de l'âme de Pasteur fut r énergie de la volonté. Véritablement passionné pour le travail, il fut d'une ténacité opiniâtre dans la poursuite de ses recherches. Jamais il ne les abandonna sans être arrivé au but. Toute sa vie, il la passa dans son laboratoire et son cabinet de travail. Lorsque l'âge et les infirmités ne lui permirent plus de supporter les fatigues du laboratoire, il voulut du moins diriger de ses conseils,

1 . Parmi les nombreuses Vies de Pasteur, voir celle que lui a consacrée son gendre. M, Vallery-Radot : 1 vol. in-8% Hachette.

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éclairer de ses lumières les travaux de ses élèves.

Cette passion du travail, il la regarde à bon droit comme la sauvegarde des esprits et des cœurs et il essaie de la communiquer à la jeunesse surtout. Il la communique tout autour de lui et son Institut fut, et est encore, une ruche laborieuse, où c'est toujours, lui, le maître, ses idées et son esprit qui animent ses élèves.

<( L'homme, disait-il, est né pour agir, ne l'oubliez pas. Le travail n'est pas seulement un devoir, il est la raison d'être de la vie humaine, et, en même temps qu'il accroît la richesse sociale, il augmente l'énergie de notre âme. » Et, un autre joui', il ajoutait : « A mon âge, on se retourne souvent pour regarder les générations qui nous Suivent et pour compter les renforts d'espérances qu'elles peuvent apporter à l'honneur et à la fortune du pays. Vous donnez un beau spectacle, Messieurs, celui' de la jei^nesse du cœur consacré à une grande œuvre nationale. »

« Il fallait le voir, dit un de ses élèves, au miKeu de ces jeunes gens qu'il formait à son école, les Duclaux, les Chamberland, les Metchnikof. les Roux, les Calmelte, les Chantemesse, tous ces chasseurs de bacilles, ces moines de la bactériologie, ces chevaliers du microscope qui détruiront le

choléra (juelquc jour, comme ils ont domj)lé la diphtérie ou la rage. Tous ces pasloricns suivaient anxieusement du regard le maître examinant leurs travaux et les fiches où ils inscrivaient leurs observations. Tel Napoléon devant son état-major. Un froncement de sourcils devenait un jugement. »

Cette ànie forte était, en outre, affectueuse cl tendre, bonne el déiouce. Il fut la joie de son épouse et de ses enfants, et fixa pour toujours le bonheur à son foyer. Tous ceux qui l'ont connu l'ont aimé.

Lorsque Dôle, sa ville natale, le comble d'honneurs, il se contente de rappeler avec émotion le souvenir de son père et de sa mère, « ses chers

disparus », et c'est à eux qu'il reporte tous ces ♦ honneurs, car, dit-il avec une touchante luiiiii-

lilé, (|ui va droit au ca>ur chez un pareil homme.

ce sont eux (|ui l'ont fait ce qu'il est. Quelle page !

Quels accents ! Ecoutons celle belle âme et ce

grand co'ur nous parler de ceux (|ui lui ont donné

le jour.

« Oh ! mon père et ma mère ! oh ! mes chers

disparus ! qui avez si modestement vécu dans cette

petite maison, c'est à vous que je dois tout !

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Tes enthousiasmes, ma vaillanic mère, lu les as fait passer en moi ! Si j'ai toujours associé la grandeur de la science à la grandeur de la patrie, c'est que j'étais imprégné des sentiments que lu m'avais inspirés !

« Et loi, mon cher père, dont la vie fut aussi rude que ton rude métier, tu m'as montré ce que peut .faire la patience dans les longs efforts. C'est à toi que je dois la ténacité du travail quotidien. Non seulement lu avais les qualités persévérantes qui font les vies utiles, mais tu avais aussi l'admiration des grands hommes et des grandes choses. Regarder en haut, apprendre au delà, chercher à s'élever toujours dans le bien, voilà ce que tu m'as enseigné. Je le vois encore après la journée de labeur, lisant le soir quelque récit de bataille qui le rappelait l'époque glorieuse dont tu avais été le témoin. En m'apprenanl à lire, lu avais souci de m'apprendre la grandeur de la

France. '

<( Soyez bénis l'un et l'autre, mes chers parents, pour ce que vous avez été, et laissez-moi vous reporter l'hommage fait à cette maison. »

S'il a orienté ses recherches vers l'étude des maladiesf à laquelle la chimie ne semblait pas le conduire, c'est qu'il fui pris d'une immense pitié

pour toutes les souffrances. Il pensa pouvoir les soulager. Ce fut dès lors pour lui un devoir et il n'y faillit pas. Avec quelle sollicitude toute maternelle il veillait sur ses malades ! Tous en ont conservé le plus excellent souvenir.

Il ne pouvait pas voir souffrir même les animaux. Qu'on en juge par un simple détail. Les expériences sur la rage furent retardées de plusieurs semaines parce que Pasteur ne pouvait se résoudre à ouvrir le crâne des chiens par trépanation pour y semer le virus. Le D'' Roux prati- (jua cette opération en son absence, et, lorsque Pasteur vit, deux jours après, le chien courir et gambader, joyeux comme devant, il ne put s'empêcher de lui prodiguer les mots les plus aimables, lui sachant un gré infini de si bien supporter la trépanation.

Comme Ampèi'e. i! cul aussi (juclquolois x's disiracUons.

Son gendre, M. \'allery-Radot, a raronté, de son vivant, avec un .franchise charmante, com- Uicnt, « le matin même de son mariage, il fut nécessaire d'aller chercher M. Pasteur à son laboratoire poui- lui rappeler fiu'il se mariait ce jour-là. Mais, ajoute-t-il, si .M. Pasteur fut coupable d'une de ces distractions dignes de La Fontaine, il fut

lin mari si différcMil de La Fontaine que -M™" l*astcur a un sourire indulgent quand on lui rappelle un pareil oubli (1) .»

Un jour, à table, Pasteur lavait consciencieusement dans un verre toutes les cerises qu'ii mangeait, car, expliquait-il, des milliers de microbes dangereux peuvent être déposés sur l'enveloppe du fruit et il serait peu prudent de les avaler. A la lin, Pasteur, entraîné par ses microbes, oublie ceux qu'il a noyés, ou plutôt récoltés dans l'eau de son verre, et il avale le tout d'un trait. Aucun d'eux, sans doute, n'était bien dangereux, car il n'en lut même pas incommodé.

Le jeune Pasteur avait puisé dans le récit des exploits paternels sous l'Empire un amour ardent et généreux pour la France.

Dans la longue carrière de professeur, il aime souvent à communiquer cet amour à la jeunesse : « Senez l'humanité, mais n'publiez pas le coin de terre cjui est la patrie ; soyez des Jiommes, mais

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