‹ Trois savants chrétiens au XIXe siècleChapitre 8 sur 45 · Ar.\<.o. Xolic^ bio;/r(ip/ii'iuc · texte numérisé non relu

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EMANCE 31

un demi-siècle de dislance, ses collègues de l'Académie des Sciences écouteront avec étonnement ce vieillard aux cheveux bîancs, qui semblait avoir passé .toute sa vie dans les mathématiques, leur citer de mémoire sur le blason, la fauconnerie, de longs articles de l'Encyclopédie, qu'il a lus cinquante ans auparavant, courant et grimpant sur les rochers de Poleymieux, et que sa mémoire lui rappelle.

PoiH' cet enfant, lire c'est retenir et c'est comprendre, ce qui est merveilleux. Il fait mieux et déjà il invente.

11 a appris au mol Langue du dictionnaire encyclopédique que toutes les langues provenaient d'une souche unique dont tes rameaux ont été brisés et dispersés au pied de la tour île Babel. 11 rêve de ressusciter cette langue primitive, le A'ola- ]>uck a\ant la lettre, la langue univei'selle dont des ^avants comme Descartes et Le'bnitz avaient de tous leurs vieux appelé la réalisation. Pour le jeune Ampère, lire c'est retenir, mais vouloir c'est faire. Il se met à l'uMivre aussitôt et. par des Iravaux comparés sur les autres langues, il en in- \enle une nouvelle. Il en fabnque de toutes pièces et la grammaire et le dictionnaire. 11 écrit même un poème dans cette langue que lui seul a

parlée. Ce n'était pas pure fantaisie, d'ailleurs !

* Ses amis de Lyon auxquels, plus tard, il lira ses

\ ers en admireront la suave hartnonie et il retrouvera lui-même, sur le soir de sa vie, avec quelle • joie ! dans le sanscrit et dans une langue africaine, diverses combinaisons auxquelles son génie d'enfant s'était arrêté. Et il n'avait pas quinze ans !

Mais, parmi ces sujets d'étude si variés, ce sont les mathématiques qui l'attirent et le passionnent le plus. Il y revient sans cesse »et y fait dos progrès plus étonnants que dans tout le reste.

Un jour, son père l'avait emmené à Lyon voir un de ses amis,, l'abbé Daburon, bibliothécaire d'un collège. Notre petit bonhomme profite de l'occasion pour lui demander de sa voix grêle d'enfant les ouvrages d'Euler et de Bernouilli, (ju'il connaissait par ses lectures. Le bon abbé n'en revenait pas. — « Mais ils sont en latin et c'est le calcul infinitésimal qu'on y emploie , lui dit-il. — André-Marie est désolé, il ne connaît ni l'un ni l'autre. Mais, quelques mois après, il était en mesure de lire les ouvrages qui lui tenaient tant à cœur, et à dix-huit ans il était passé maître dans la connaissance de la haute analyse, lisait la Mécanique analytique de Lagrange, parue récemment, et en refaisait tous les calculs.

On était en 93, l'année de la Terreur. Ici un arrêt se produit dans le développement intellectuel d'Ampère. Son génie faillit sombrer dans la tourmente révolutionnaire, car elle lui ravit son l)ère.

Depuis plusieurs années, un vent de liberté, de renai.ssance politique et sociale, avait soufflé sur la Fi-ance. Dans les écrits des philosophesi de VEncijiIopcdie, Ampère s'était comme imprégné de toutes ces idées de libéralisme et aussi d'incrédulité. Son enthousiasme de (piinze ans salua NO comme l'aiii'ore brillante d'un beau jour. Mais ' ])ienlùt il apprit à mieux connaître ce qu'était la l^'vohilion, car elle passa aussi au paisible village de Poleymieux. Le château fut incendié et pillé.

M. Ampère, effrayé, s'enfuit avec sa famille à Lyon, où ses solides qualités le Hrent choisir comme juge de paix. Mais les événements se préci- [lilent, la Légishili\e succède à la Constituante, la Converdion à la Législalive ; enfin, la

'■ TIIOIS SAVA.NTS CIIRI.TIENS. .3

hideuse Terreur vient "noyer tout le reste dans le sang. Le séjour de la vitlc est depuis longtemps dangeieux. M. Ampère a renvoyé sa famille, à Polevmieux : lui. reste fidèle à son posle.

En mai 93 la cité lyonnaise se révolte enfin contre la municipalité sanguinaire qui la tyrannise. Chalier, chef des révolutionnaires, est arrêté, jugé, condamné à mort. AI. Ampère* avait rempli à ce procès le rôle de juge d'insfruclion. Aussi, lorsque. " a]irès deux mois de siège, la vaillante cité fut prise d'assaut par les années révolutionnaires, futil un des premiers jeté en }trison. sous la qualification d'aristocrate que lui donna Fouché. le lulur duc d'Otrante. Quatre mois après, (novembre 93), il montait à l'échafaud.

bc sa prison. M. Ampère écrivit à sa femme plusieurs letti'cs (pii» donnent une haute idée de Télévation et de la fermeté de caractère, comme aussi de la noblesse des sentiments religieux 'du père de notre savant :

" Il s'en faut de beaucoup, ma très ciière amie, (jue je te laisse l'iche. et même dans une aisance conxcnable. Tu U(^ i)eux tinqiuter à ma mauvai^-c conduite ni à aucune dissipation. Ma plus grande dépense a été Tachât des livies et insinunents de géoméli-ie dont notre fils ne pouvait se passer

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|)()iii' son iiislniclioii, mais cette dépense même était une sage économie, puisqu'il n'a i)as eu d'autre maître que lui-même.

(( Je doute qu'avec d'aussi minces ressources il* y ait un seul citoj'en qui ait autant rendu que moi à la ])alrie. Je ne regrette rien que le malheur d'être méconnu d'elle, car d'être flétri par mes ennemis ou par mes envieux est ce qui m'afflige le moins, mais c'est mon étonnément.

" Je n'eus jamais ([ue le goût et la passion de mes devoirs. Je n'ai ni repentir ni remords et' je suis toujours, digne de tok Je t'embrasse el tout ce qui rfous est cher du fond du cœur.

'( J.-'J. Ampère,

a Epoux, père, ami et citoyen toujours fidèle (1). >> *

Le 23 novembre, à la veille de monter à l'échafaud, il envoie à sa feiume un suprême adieu : (I J'ai reçu, mon cher ange, ton billet consolaleur... Je désire ([ue ma mort soit le sceau d'une réconciliation générale entre tous nos frères. Je la pardonne à ceux. qui s'en réjouissent, à ceux (jui l'ont provoquée el à ceux qui l'ont ordonnée. Puissent mes chers enfants jouir d'un sort

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