Correspondance cl Souvenirs
30 AMi'ïm:
meilleur (jne leur père et avoir îoujours (le\an} les yeux la ci'ainie tle ];)ieu. celle erainle salutaire qui opère en nous l'innocence el la juslicc. malgré la fragilité de notre nature... Quant à mon fils, il n'y a rien que je n'attende <le lui... Kni- ])rassez-vous en mémoire de moi. Je vous laisse à tous mon cœur. »
Cette mort tragi([ue ))oi'ta un rude coup a l'àme sensible dAndré-.Marie. l)"un esprit singul'èrement vif, ardent, impressionnable, impétueux, après avoir, à la suite de son père, accueilli avec l'enthousiasme de la jeunesse l'explosion de 1780 et partagé à cet égard les espérances el les illusions communes, (juel violenl choc en l'etour dut se ]»roduire en son âme !
On ciiil un momont (juil allait en devenii' fou de doulcui'. ■■ 11 élail tombé dans une espèce didioli-nii'. dit Sainte-Beuve, et passait sa journée à faire des petits tas de sable. » .Mais les letli'es de J.-.T. Rousseau siu- la botani(iue lui tombent à ce moment enti'e les mains, il dévore le tout en un clin d'(eil et se passionne poui" le< fleurs. « Ce lui bienlùt un enthousiasme, un entraînement sans bornes, car licn ne s'ébi-anlail à demi dancet espi-it aux jienles rapides. »
J.a leelure de quehiues vers d'Horace le pas-
EM-AXCE O'
sionnc également pour les poètes latins. « Ce goùl, cette science des poètes se mêlai passionnément à la botanique et devint comme un chant perpétuel avec le(|uel il accompagnait ses courses vagabondes. Il errait tout le jour par les bois et les campagnes, herborisant, récitant aux vents des vers latins dont il s'enchantait, véritable magie qui endormait ses douleurs. Au relour, le savant reparaissait, et il rangeait les l»lantes avec leurs racines dans un i^elil jardin, observant l'ordre des familles naturelles. Ces années, de 94 à 97, furent loules poétiques, comme «elles (|ui avaient précédé avaient été adonné,es principalement à la géométrie et aux mi'.îiiémali(|iies. »
« Celui ([ui. à dix-huit ans. avait lu la Mécain(jue analijliciue de Lagrange, récilait donc à vingt ans les poètes, se berçait du rylhme latin, y mêlait l'idiome toscan et s'essayait même à composer des vers dans celte dernière langue. Il entamai! aussi le grec. Il y a une description célèiii-e du cheval chez Homère, Virgile el le Ta'^se. Il aimait à la réciter successivement d;iiis les trois langues. »
Il composait également une multitude de vers fiançais, ébauches de chansons, madrigaux, de
AMPi;iu:
( oiurdie^, de IragéJics, voire même d'épopées. « Chacun de 'ces commencemenis forme deux ou trois feuillets, d'ordinaire de sa grosse écriliii'c d'écolier qui avait comme peur sans cesse de n'être pas assez lisible, et la tirade s'arrête brusquement, coupée le plus souvent par des x- et des y. par la « fomude générale pour former imnfédiatement toutes les- puissances d'un i)olynôme quelcontiue »... Ce qu'il faut seulement conclure de cet amas de vers et de prose, où man(|ue non })as la facilité, inais l'art, ce que prouve cette littéralinv ])oéli(pie blasonnée d'algèbre, c'est l'étonnante \ariélé, exubérance et iii(|uiélu(le en tout sens, de ce cerveau de vingt et un ans dont la direction délinitive n'était pas li'ouvée. Le soulèvem^ent s'essayait sur tous les j)()ints et ne se faisait jour sur aucun. »
Du moins la littérature et la bolanicpie, la poésie et les fleurs s'étaient frateinellement unies poui* l'aire diversion à sa doulcui- et sauver <e |»iiissaid cspi'il du naufi'age. loties y réussirent ; son ((ciir. toiluié. broyé |)ar celle Icri'ible épi'euve, avait retrouvé le calme. La soutïi'aiicc l'axait mar(|ué de son enq^reinte ineffaçable. Elle axait mis dans son ca'ur la bonté, celle
boulé dont on n'a pu dire que son àme était toute pétrie. Il était prêt, désormais, à correspondre à toutes les tendresses et à compatir à Joules les douleurs.
UNE ( IIAHMANTE IDYLLE
Ce fut dans une de ces charmantes courses vagabondes, toutes de botanique et de poésie, sur les collines de Poleymieux. (]H"il rencontra celle qui devait lui procurer les plus douces joies de sa vie, les quelques années de vrai bonheur que ce cœur aimant et sensible devait trouver ici-bas. C'était en 1796. Il venait d'avoir vingt ans.
Il a raconté lui-même au jour le jour, dans un journal intime, toute l'histoire naïve de ses .«ientiment.s, de son amour, de son mariage, jusqu'à hi mort de l'épouse bien-aiméc. Ces quelques pages, écrites pour lui seul, délicieuses de naturel et de venté, nous peignent iiu vif la timidité cl la gaiirlicrie du jcimc Ampère, mais aussi et surtout la
MARIA or: il
pii^londeur de ses sentimenis, la Icndie^c de >o\\. • •(eiir el la bonté de son lïnie.
Ce manuscrit portait un titre latin dont le dernier mol seul a été ((mservtK mais il suffit. On lit : " ...Aiuonim, 1790. -
(( Oui le croirait ? Ou plutôt en y réfléchissant, pourquoi n'en serait-il pas ainsi ? Ce savant que nous avons vu chargé de pensées et de rides et qui semblait n'a\oir dû vivre que dans le monde i]c< nombres, a été un énergique adolescent. La jeunesse aussi Ta touché, en passant, de son auréole. 11 a aimé, il a pu plaire, et tout cela, avec les ans, s'était, recouvert, s'était oublié. Il serait peut-être étonné comme nous s'il avait retrouvé, en cherchant quelque mémoire de géométrie, ce journal de son cœur, ce cahier d'Amorum enseveli (1). »
Le précieux manuscrit commence ainsi :
« Dimanche, 10 avril.
' Je lai \ uc puLii' la première fois. »
« Samedi 10 août.
" Je suis allé chez Elle. On m'y a prêté le .\oi.i'Uc morali di Soave. »