Basile le bienheureux
de la porte sainte du Kremlin. Cette cathédrale, curieuse seulement à l'extérieur, fut édifiée sous Ivan le Terrible en souvenir de la prise de Kazan et fut bâtie par un architecte italien, qui , son œuvre terminée, eu t, dit-on , les yeux crevés, pour qu'il lui fût impossible d'en construire une semblable.
Ses tours, ses coupoles, en forme de citrouille, de melon ou d'ananas, ses murs, sur lesquels le rouge et le vert dominent, donnent à ce monument, dont les formes sont gracieuses, un aspect d'une grande originalité.
Non loin de là est la maison des boyards Romanofl", ancêtres de l'empereur. Elle vient d'être restaurée dans le style du temps. Peu intéressante en elle-même, elle donne cepen-.
dant l'idée de ce que pouvait être, il y a quelques siècles, une habitation russe. Les pièces, étroites et peu élevées, communiquent entre elles par des portes si basses qu'il faut se courber en y passant. On y voit un gigantesque poêle en faïence, chauffant plusieurs chambres à la fois, une ancienne pendule et d'autres objets qui passent tous pour avoir appartenu à l'archimandrite Philarète Romanoff.
Au bord de la Moskowa, sur un petit tertre, est le temple du Sauveur, commencé en 1812, en souvenir de la retraite de la grande armée, et terminé seulement depuis deux ans.
Trop large à la base, cette église toute blanche, surmontée de cinq coupoles dorées, ne paraît pas avoir la hauteur
qu'elle atteint en réalité. L'intérieur, entièrement en marbre , extrait presque tout du sol de la Russie, est orné de belles peintures. Tout autour, sont gravés sur les murs les faits principaux de la campagne de 1812.
Jeudi 7 juin/26 mai.
Aujourd'hui doit avoir lieu l'inauguration du temple du Sauveur, que nous avons visité hier. Les ambassades de France n'assisteront pas à cette cérémonie, à laquelle elles n'ont du reste pas été invitées, et j'ajoute que chaque fois qu'un Russe a eu occasion de nous parler du temple du Sauveur,
il a eu la délicatesse de nous faire observer que ce monument n'a pas été élevé à la mémoire des soldats morlsen combattant contre Napoléon, mais au Tout-Puissant, qui a détruit notre armée, en déchaînant les éléments contre elle.
Nous avons donc décidé que nous irions aujourd'hui visiter le couvent de Saint-Serge, situé à trente verstes environ de Moscou, sur le chemin de fer de Jaroslav. Au bout de deux heures, nous apercevons sa haute tour et ses coupoles de différentes couleurs; cinq d'entre elles, peintes en bleu et parsemées d'étoiles d'or, attirent principalement le regard.
Saint Serge, qui vivait au xiv* siècle, éleva ce couvent au milieu d'un pays
alors sauvage et boisé. Les bois subsistent ; mais un village a été construit près du monastère. Serge y vécut quelque temps dans la pauvreté; bientôt cependant la renommée de ses vertus s'étendit au loin et, lorsque le grand-duc Dimitri eut à repousser l'invasion des Tartares, il vint demander à Serge sa bénédiction. Serge mourut, laissant un couvent prospère, grâce aux dons qui affluaient déjà de toutes parts ; mais bientôt des bandes tartares y mirent le feu : le couvent, réédifié par son successeur Nikou, ne tarda pas à prendre un développement considérable.
L'enceinte percée de deux portes a une longueur de sept cents sagènes 1 .