‹ Trois semaines en pays scandinavesChapitre 8 sur 15 · UPSAL ET GAMLA-UPSALA · texte numérisé non relu

UPSAL ET GAMLA-UPSALA

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|ne banlieue rustique entoure la capitale suedoise sans ligne trancliee de demarcation. Elle offre au voyageur une suite de motifs d'excursions charraantes : partout des collines boisees, s'elevant a pontes douces des rives des lacs ou de leurs affluents constituent le fond du paysage, non depourvu a la longue d'une certaine monotonie. La nature y a trac6 les routes sur I'eau avec une profusion qui suffit aux besoins courants des communications. Aussi Stockholm, contrairement a la plupart des capitales europeennes, ne constitue pas un point de convergence pour les voies ferrees du royaume ; dans I'economie des chemins de fer suedois, elle n'est que la principale station de la ligne

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qui, de la Scanie, remonte jusqu'aux districts miniers des provinces du Nord. Les tramways n'y circulent qu'entre les extremites de ses quarters et je ne me souviens pas d'y avoir vu une seule voiture publique, du genre de nos omnibus ou diligences. Mais si Ton consulte I'lndicateur de ses services de communications, on y trouve pres de cent lignes de bateaux a vapeur pour la mettre en rapport, souvent plusieurs fois par jour, avec les localites qui I'environnent. Rien de plus agreable, comme complement d'un sejour a Stockholm, que quelques-unesde ces promenades dans un des steamers coquets et superieurement diriges qui sont affectes a ce service. Des haltes rapides mais frequentes renouvellent a cliaque instant le personnel dc vos compagnons de voyage ; continuellement, les changements dans la direction et la dimension de la voie qu'on parcourt varient I'ensemble ou les details du paysage. On s'interesse au calme avec lequel le pilote se debrouille au milieu d'un labyrinthe d'iles et de rccifs. U trouve raeme moyen de ralentir son allure a certains endroits, pour permettre le service de la poste rurale ; la boite du facteur est remplacee par une filoche au bout de sa perche, qu'un matelottend du bateau et dont

le contenu est prestement ^change avec le courrier apporte du village voisiti.

Une des plus pittoresqnes etdes plus faciles de ces excursions conduit a Gustafsberg. C'est ua village situe droit a Test de Stockholm, mais qu'on ne peut atteindre que par un trajet capricieux a travers les ramifications du lac Sale. A un moment donne on se trouve, sans trop savoir comment, en pleine mer Baltique, au fond d'une bale iraposante, dontun des affluents nous ramene au nord, dans I'interieur des terres jusqu'a I'extremite d'un lac tranquille oil nous debarquons. Gustafsberg se compose dequelques maisons disseminees sur la rive, qui sont affectees a une manufacture de porcelaine importante et a ses dependences ; sa visite est, par ellememe, depourvue d'interet.

Les chateaux royaux de Carlberg, Haga, Ulriksdal, Drottningholm, Gripsholm, constituent des buts de promenade plus attrayants. Chacun d'eux rappelle quelque souvenir de I'histoire nationale de la Suede et a ete, tour a tour, le s6jour de predilection de ses princes. Actuellement , Drottningholm a la faveur du souverain et c'est dans cette belle residence que sa Majeste Oscar II exerce, de preference, une hospitalite

fastueuse envers les savants etrangers. La reception a laquelle il avait invite le Congres orientaliste pour la soiree du 2 septerabre restera comme un souvenir feerique dans la memoire de ceux qui y ont assiste. Par une apresmidi lumineuse, trois bateaux a vapeur etaient amarres a la pointe de Riddarholmen pour nous conduire a la demeure royale. Nous quittons le bord et voguons droit vers I'Est, entre les deux rives du Majlar. A une certaine distance, le le centre insulaire de Stockholm presente'un aspect qui n'est pas sans analogic avec celui de la pointe de la Cite de Paris. Sur tout notre pareours, les habitants nous souhaitent la bienvenue en agitant leurs mouchoirs, aussi bien des fermes les plus modestes que des raaisons de plaisance. Au bout d'une heure environ, le lac s'entremele d'iles de plus en plus nombreuses ; nous nous engageons dans son bras central et debarquons, a la nuit tombante, dans le pare de Drottningholm. Les portes du chateau s'ouvrent a quelques pas de la ; nous raontons I'escalier d'honneur au son d'une marche militaire dont la sonorite eclatante parait ebranler l'6difice et entre deux rangees de soldats et de valets. Au milieu des casques a plume et des

habits galonnes de style moderne, un certain nombre de gardes, I'epee au poing, dans une immobility de statues, tranchent par le cachet historique de leur uniforme et reportent la pensee aiix epoques guerri^res des siecles passes. Leur costume, en effet, est exacteraent le merae que celui des trabans de Charles XII : tunique sombre et pauvre d'orneraents, revers de manches et culottes en cuir jaune, chapeau a lampion, bottes a la Bassompierre.

■ La reception, a la fois raagnifique et cordiale, se fait dans une tongue enfilade de salons dont I'ameublement emprunte surtout sa richesse a ses superbes tapisseries raurales. LeRoise tient de preference dans une grande piece d'honneur dont I'e'clairage eblouissant contraste avec les teintes sombres d'un plafond peint par Ehrenstrahl. Sa Majeste se prodigue avec sa bonne . grace habituelle, s'ingenie a lier conversation avec la plupart de ses invites et enfin les conduit dans un autre corps de batiraent ou est servi sur une serie de buffets un souper a la fois exquis et pantagruelique .

II est temps de partir et nous remontons sur nos bateaux ; le port oii ils sont amarres est ceint de tons cotes par un cordon de lanternes

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venitiennes, mais ce ii'est la qu'un commencement et sur tout notre parcours jusqu'a Riddarholmen, le lac MiBlar est litteralement illuming. Les lampions garnissent les fenetres. A mesure que les deux musiques militaires qui nous escortent annoncent notre flottiUe, des flammes de Bengale eclairent des groupes de riverains et les forets des coUioes environnantes ; ici un transparent figure le lion persan, le sabre entre les griffes ; plus loin un bosquet nous decouvre au milieu de ses arbres une serie de personnages figurant dans un tableau vivant une sorte de decameron aux costumes antiques. Les flotssont sillonnes d'une foule de canots dont les passagers viennent a notre rencontre et nous saluent de vigoureux hurrahs. Enfin nous approchons de Stockholm, et alors les fus6es des trois feux d'artifice embrasent les divers quartiers de la ville, des musiques repondent de la rive aux harmonies de nos equipages, des projections electriques eclairent les monuments qui nous font face et entre autres le clocher de I'egUse de Riddarholmen au pied de laquelle nous d6barquons. Tout Stockholm s'est porte de notre cote et nous avons peine a nous frayer un chemin pour rentrer a noslogis, eblouis de ce retour

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triomphal et touches de la cordialite imiverselle avec laquelle le peuple suedois, depuis son roi jusqu'a ses citoyens les plus humbles, se met en frais pour recevoir les etrangers.

Au-dela des environs de la capitale commence au nord une region interessante , mais d'un parcours trop lent pour un touriste aussi transitoire que moi. Je souhaite a mon lecteur de pouvoir faire connaissance autrement que par ouidire avec les herds celebres du lac Siljanet avec d'autres sites dal6carliens aussi riches en souvenirs historiques et en observations ethnographiques et pittoresques. Je ne puis, d'apres mes souvenirs personnels, lui decrire que la premiere etape de ce voyage, celle qui conduit a Upsal.

Au milieu de la vie modernisee et cosraopohte de Stockholm, une pente naturelle de I'esprit porte a chercher des impressions d'un ordre special dans la vieille metropole paienne de la Scandinavie, au berceau d'origine d'Odin etde Freya, dont la popularite a et6 si poetiquement rafraichie par la musique de notre Reyer. Deux routes relient entre elles la nouvelle et I'ancienne capitale de la Suede: un chemin de fer, dont le parcours banal peut etre reserve

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pour le retour et \ih bateau a vapeur dout je mefeiicite d'avoir us6, dusse-jem'accuserd'avoir acelte occasion remplace par Tecole buissonniere la seance du Congres orientalists a la suite de laquelle mes collegues m'ontrejoint par les voies rapides.

Upsalest situde sur un affluent du lac Mselar, le Fyris, et le commencement du voyage par eau est le meme que celui de Drottningholm.

Nous revoyons, enveloppes d'une brume matinale, les sites parcourus trois jours avant a la luraiere des flammes de Bengale et des lampions ; mais, un peu avant d'arriver a la demeure royale, notre bateau incline au nord et s'engage dans un canal naturel dont il cotoye presque les bords. A un moment donn6, Drottningholm nous montre sa masse blanche vue par derriere a travers les arbres le son pare. Pendant les heures suivantes, cet itin6raire se continue a travers la suite de bales et de cours d'eau de toute forme et de toute direction qui constituent les particularites typiques de cette region. Sur les rives, se succedent a intervalles 61oignes des maisonstres rarement agglomerees en hameaux, centres d' exploitations agricoles qui consistent surtout en prairies. Par moment nous passons

devant une habitation construite dans un emplacement de choix, qui domine au loin le lac sur un monticule boise, a pente douce, transform6 en jardin de plaisance. Nous sommes alors en presence d'une des maisons de riche villegiature que les eitadins de Stockholm affectionnent pour I'ete et ont multiplie dans ces parages. L'aspect en est riant et confortable: la crique situee a ses pieds remplace nos ecu- "es; elle contient un yacht a vapeur et un bateau plus petit, tous deux peints en blanc et d'une proprete eblouissante. Sur un plan plus lomtain nous entrevoyons meme quelques demeures d'un ordre plus eleve: Rosersberg, chateau royal, Steninge, qui au commencement du siecle appartenait au marechal de Fersen, personnage romanesque mele a notre Revolution et assassine par la populace de Stockholm.

Trois heures environ apr6s notre depart, nous arrivons devant une bifurcation du lac. Sur le promontoire qui la commande est assis pittoresquement un village compose de cinquante a soixante maisons serrees les unes contre les autres au milieu de la verdure et dominees par une tour en mine. C'est la tout ce qui reste d'une des capitales les plus riches de la Suede,

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la seconde Sigtuna saccageeau xii' sieclepar les pirates de I'autre cote dela Baltique, toutcomme sa devanciere, la Sigtuna paienne dont nous verrons un peu plus haut remplaceatient nu sur la rive opposee. A I'endroit occupe par ces humbles chauraieres de paysans, les chroniqueurs parlent de palais soniptueux, d'eglises aux portes d'argent !

Apres une courte halte a la cit6 dechue, nous reprenons notr^ route par un etroit clienal et debouchons dans un golfe dont la rive est dominee droit devant nous par un Mifice d'un aspect grandiose, vaste quadrilatere portant a ses angles quatre tours aux sommets bulbeux : nous sommes en presence du chateau historique de Skoldoster, dont 1 interieur est plein de collections et de souvenirs historiques, et a mesure que nous approchons, je sens redoubler mes regrets de ne pouvoir interrompre mon itin6raire, pour p6netrer dans cette demeure qui se presente dans des conditions si seduisantes. Nous stoppons et le capitaine me demande en anglais si je ne veux pas visiter le chateau comme mes compagnons qui vident rapidement le bateau : un arret d'une heure a Skokloster est r6glementaire sur notre trajet.

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EN PAYS SCANDINAYES

Je me hate de penetrer dans I'edifice dont la cour interieure presente le coatrasted'un cloitre a colonnades et d'une exhibition de vieilles pieces d'artillerie : ce melange resume bien I'histoire de Skokloster, d'abord convent de dominicains et de cisterciens, puis secularise a la Reforme et donne par Gustave-Adolphe a I'un de ses offlciers, le marechal de Wrangel. On nous promene a travers une serie de pieces dont I'ensemble constitue un mus6e historique d'une valeur secondaire quoique d'un interet r6el : a signaler, une collection de portraits des families qui ont possede le chateau, entre autres un portrait equestre du marechal de Wrangel, teint colore, traits gros, communs, mais expressifs. Le long des murs elincelle un mervcilleux exemplairedes batailles d'Alexandre, deLebrun, d'une fraicheur telle qu'on le croirait sorti d'hier des metiers des Gobelins. Tout un etage est transforme en un veritable arsenal par la reunion d'une quanlite incroyable d'armes de toutes sortes, arcs, poignards, epees, arquebuses provenant pour la plupart du butin de la guerre de trente ans; les pieces de valeur y soiit exceptionnelles.

Mais la cloche du bateau nous rappelle : le

temps de jeter un coup d'oeil sur les arceaux elegants de I'eglise voisinedu chateau et en route pour Upsal. Nous traversons un dernier golfe et nousnousengageonsdansrembouchureduFyris, etroite riviere ou nous semblons glisser sur les prairies qui I'enserrent. Notre marclie se ralentit, surtout apres avoir d6passe lebeaudomaine qui constitue I'Ecole agronomique d'Ultuna, et on commence a distinguer au milieu des arbres une agglomeration importante de maisons dominees a notre droite par les deux tours a dome arrondi d'une cathedrale ; enfin nous debarquons au milieu de la flottille commergante d'Upsal.

En quelques pas nous sommes a la gare et un quart d'lieure de chemin de fer nous conduit au vieil Upsal, Gamla Upsala, la ville des souvenirs mythologiques, I'antique capitate dont I'Upsal actuelle n'^tait primitivement que le port, la m«rma.Comme a Sigtuna, nous ne trouvons en fait d'liabitations que quelques maisons de paysans, mais on a prepare pour le Congres une reception des plus originates. Nous nous dirigeonsau nord de la station dans une plaine surmontee de monticules dont les trois plus grands portent les noms de tombeaux de Thor, d'Odin, et

de Freya et constituent de gigantesques tumuli recouvrantdes amas d'ossementsprehistoriques, Sur leurs pentes gazonnees sont groupes tous les etudiants de I'Universite d'Upsal, en casquettes blanches, ceints de Techarpe su6doise bleu et jaune, ranges autour des bannieres de leurs differentes nations, ou province d'origine. Leurs hurrahs altcrnent avec les motifs des musiques militaires et avec les discours de circonstance; puis ils font circuler dans nos rangs I'hydromel contenu dans de grandes cornes cerclees d'argent et nous invitent a gouter cette boisson (juelque peu fabuleuse, comme symbole d'une sorte de communion scientifique. La verite ra'oblige a declarer que de tous les breuvages qui nous ont ete servis dans les pays scandinaves, c'est ce dernier qui a eu le moins de succes.

On se hate du cote de la gare ou un train monstre ramene tous les acteurs de la fete a Upsal. Au sortir du pauvre village dont I'eglise a remplace le temple d'Odin, nous nous retrouvons en pleine civilisation actuelle dans une cite universitaire de plus de 20,000 habitants empresses sur notre passage. Nous sommes conduits par des rues pavoisees au palais nouveau

de rUniversit6, vaste monument situe sur uoe partie elevee de la ville. En vertu d'unc confraternite plus effective que chez nous entre le professeur et I'eleve, on s'est ingenie a y concentrer toutes les installations journalieres necessaires a un raembre quelconque de la grande famine scolaire. L'etudiant y trouve meme une aula immense dans laquelle se donnent des fetes dont notre reception est un echantillon exceptionnellement brillant. Les jeunes fiUes des meilleures families de la ville, en costumes dalecarliens, nous offrent des bouquets et des rafraicliissements, des etudiants s'empressent pour nous faire les honneurs des tables d'un buffet gigantesque dissemine dans les vestibules; les peres et les meres prennent aussi part a la fete et completent son caractere familial. Les conversations emplissent la vaste coupole, les toasts s'echangent ; de temps en temps un discours d'un membre occidental ou oriental du Gongres cherclie a concentrer ^attention.

Les etudiants payent aussi de leur personne au point de vue artistique et confirment par I'execution de plusieurs cliceurs la reputation des chanteurs d'Upsal, attestee quelques seraaines avant au eoncours international des orpheons

de Paris. Toutes les musiques militaires de la garnison de Stockholm leur donnent successivement la replique.

La nuit s'avance et le train de Stockholm nous envoie ses sifflets d'appel. J'aurais ainie a consacrer une journee a la visite des laboratoires et des musees qui maintiennent Upsal au premier rang des grands centres europ6ens de hautes etudes. La bibliotheque a elle seule constitue un tresor inestimable et une mine feconde pour les etudes philologiques. Un edifice celebre nous est aussi rest6 ferm6, pour cause de restauration : c'est la cathedrals construite par un architecte frangais du xm" siecle, et dans laquelle sont inhumes Gustave Vasa, Linne, et d'autrcs illustrations suedoises. Mais, je I'avouerai, ce sont la des regrets tout retrospectifs;ilsoccupaienttrop peu mon esprit pendant que je traversais la ville illuminee par une nuit pure pour ne pas me laisser une excellente impression d'Upsal et de sa reception.

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DE STOCKHOLM A GHRISTIANIA

GHRISTIANIA ET SON FJORD — BYGDO

DRAMMEN ET HONEPOS

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