LXXXVIII
Calas l'avait compris, et la torture lui en paraissait moins effrayante. Il ne pouvait se sauver, mais il {xnivait contribuer à sauver sa famille.
— Â demain donc, répéta-t-il, à demain!... QueUe pensée, pourtant!... Demain... à la même heure... je serai devant Dieu... Demain... moi qui suis là... assis... moi qui parle... moi qui entends... ne plus parler... ne plus voir... ne plus entendre... Être étendu, glacé... je ne sais où... Où me mettront -ils?... ^ sait-on?...
— Au nom de Dieu, pas de ces questions ! . . . dit Bridaine. Que le corps soit ici ou là, quHmporte?...
— Qu^importe, en effet!... Ai-je donc Pair de tant m'en inquiéter?... Voyons... si vous le savez, dites..- Qu'est-ce qu'ils feront de moi?...
— Brûlé... et les cendres au vent...
— Ah! Dieu!...
Le malheureux avait trop présumé de son indifférence à ces horribles détails. Ce feu, cet anéantisse-
3xit rapide et complet, l'épouvantaient. Cadavre, à bonne heure ^ cendre, il en frissonnait.
Oui, reprit-il avec effort, oui... vous avez raison...
âme... l'âme... et adieu le corps!... L*âme!... M'en issera-tron le maître, au moins?... Me permettra-t-on expirer en paix?...
— Le Père Bourges a ses devoirs à remplir...
— 11 faut absolument un prêtre?...
— Absolument.
— Faut-il absolument que ce soit lui?... Un autre...
— Qui?...
— Vous- ne m'avez pas compris ?. . .
— Merci, mon pauvre frère, dit Bridaine avec émoion ^ mais cela ne se peut pas. J'en ai parlé au Père k>urges. Il veut... Il persiste... Mais je lui dirai... >ui... je lui dirai... ce que la charité et l'humanité lui liront aussi, j'espère... Oui... il vous laissera mourir m paix... Puis, non loin de vous... les yeux sur vous... 3riant avec vous et pour vous... vous aurez... savezirous qui?... Tenez... lisez...
C'était une lettre.
— A moi!... dit Galas. Cette écriture... Ah!... mon Dieu!...
Il lut.
a Calas, vous savez votre sort. Tout ce qui était possible, je l'ai fait. Mes efforts né devaient pas seulement être inutiles^ jetais condamné à contribuer à votre perte. Mon écrit n'a fait qu'irriter vos juges \ votre interrogatoire d*avant-hier s'est ressenti, m'a-t-on dit, du trouble où vous avaient jeté les flammes qui le consumaient. Dieu a confondu mes desseins, comme il en III. 23
a confondu de plus sages. Soumettonspnous et adorooi.
<c Calas, je ne puis plus vous offrir que mes prières. Elles vous accompagneront jusqu'au moment où vous n'en aurez plus besoin, et où ce sera à votre tour de prier pour nous , pour TÉglise , pour ceux que vous aurez laissés sous le couteau des méchants. Vous voir de près, vous parler, c'est impossible. Dieu m'est témoin si j'aurais reculé devant des tentatives qui n'eussent été que périlleuses! Mais te serait de la folie ^ ce serait tenter Dieu. Je me dois à nos Églises; je me dois à ce fils qui va entrer dans la carrière, et à qui vous aurez montré, Rochette et vous, comment un cbrétie^i sait mourir.
« Poartant, je n'ai pu me résoudre à n'être avec vous qu'en esprit. Votre ami vous verra, Calas, à votre der^ nier soupir. Tout près de l'échafaud , dans une maison à vous bien connue, regardez, si vous le pouvez. Là, derrière un rideau, sera celui qui voudrait être à genoux à côté de vous, w
— Oui, je regarderai... dit Calas; et béni soit-il!..> Et béni soyez-vous, vous qui m'avez apporté cette lettre!...
Il la relut et la baisa.
— Je la garde, reprit-il. Elle ne me qi^ittera pas...
— Y pensez-vous!... Et si on la trouvait?.,.
— C'est vrai. Qu'en faire, alors?...
— La brûler.
Il la relut une seconde fois, une troisième... Il rapprochait de la lampe; il la retirait pour la relire encore.
— Hâtez-vous, dit le prêtre. On pourrait venir. Le papier s'enflamma. Quelques cendres tombèreot
;ur la table. C'était fini. Cette destruction instantanée ivait paru frapper le condamné.
— Plus rien!... dit-il. Ah! le feu!... le feu!... Et il l'y a qu'un instant que je la tenais, cette lettre... que e la voyais... que je la lisais... Où est*elle à présent?
— Là... dit Bridaine, en lui posant un doigt sur le
— Oui.., vous âve« raison... Là... et on ne l'en ôtera pas.
— £h bien, courage alors !... Vous aussi, quand vous serez cendre dans ce monde, vous serez dans le sein de Dieu.», et on ne vous en ôtera pas!...
Le jour suprême était venu. Calas, de grand matin, avait reçu la notification officielle de l'arrêt.
(( La Cour... a condamné et condamne Jean Calas, atteint et convaincu de crime d'homicide, par lui commis sur la personne de Marc-Antoine Calas, son fils aîné, à être livré entre les mains de l'exécuteur de la haute justice, lequel le montera, tête, pieds nus, en chemise, sur le chariot à ce destiné, et le conduira devant la porte principale de Téglise de Saint-Étienne, où, étant à genoux, tenant en ses mains une torche de cire jaune allumée, du poids de deux livres, il lui fera faire amende honorable et demander pardon à Dieu, au roi et à la justice, de ses crimes et méfaits; ce fait, le remontera sur ledit chariot et le conduira à la place
Saint-Geoi^es, où, sur un édiafaud qui sera à cet effet dressé, il lui rompra et brisera bras et jambes, cuisses et reins; ensuite Texposera sur une roue qui sera dressée tout auprès de Téchafaud, la face tournée vers le ciel, pour y vivre en peine et repentance de sesdits crimes et méfaits, et servir d'exemple et donner de la terreur aux méchants, tout autant qu'il plaira à Dieu de lui donner vie, et son corps mort sera jeté dans un bûcher ardent, préparé à cet effet sur ladite place, pour y être consumé par les flammes, et ensuite les cendres jetées au vent. Préalablement ledit Galas avoir été appliqué à la question ordinaire et extraordinaire, pour tirer de lui Taveu de son crime, complices et circonstances. Le condamne, en outre, en cent sous d'amende envers le roi...»
Le loyer de la roue, apparemment !
Les juges avaient pourtant ajouté, dans leur clémence, qu'au lieu de rester sur la roue a tout autant qu'il plairait à Dieu de lui donner vie, m le condamné serait étranglé au bout de deux heures. I
Tandis que la roue et le bûcher se préparaient à la place Saint-Georges, tout était prêt dans la salle de la i question.
Là étaient restés étalés tous ces hideux instruments | de douleur qu'un siècle plus humain avait successive^ , ment condamnés à l'inaction, chevalets, tenailles, pon- 1
lies, brodequins aux ais ferrés, réchauds de toutes grandeurs, chaînes de tout calibre, sans compter ce qui n^avait de nom que dans le sanglant argot des tourmenteurs. Aux murs, aux piliers, partout des anneaux et des crocs. Une voûte basse, humide, noircie par la vapeur des brasiers, assombrissait encore cet épouvantable arsenal.
Au milieu, les pieds scellés dans la pierre, se dressait un fort et haut fauteuil, tout garni d'anneaux et de courroies. Le patient qu'on y asseyait devait n'avoir de libre que la langue pour avouer.
Deux hommes, en ce moment, examinaient ce trône affreux. L'un, c'était le bourreau; l'autre, le capitoul David.
Nous avons vu de quelle haine ce dernier était animé contre les protestants, et en particulier contre Calas.
C'était lui qui avait ordonné l'arrestation, lui qui avait conduit les premières procédures, lui qui, après la cassation de l'arrêt des capitouls, avait remué ciel et terre pour entraîner le parlement. N'ayant pu être juge, il tenait à rester bourreau.
Ce n'était pas qu'il ne commençât à sentir, non sans frayeur, quelle responsabilité il avait prise. Sa haine n'allait pas jusqu'à vouloir condamner un innocent; il n'y avait chez lui que le (Jésir, mais effréné, d'avoir à punir un coupable. Ce qu'il désirait, il l'avait cru; ce qu'il avait cru, il s'apercevait qu'il n'en avait pas la certitude. D'autres, comme l'avait dit Bridaine, avaient condamné Calas dans l'espoir qu'il avouerait; mais, chez le fougueux capitoul, ce n'était pas seulement un espoir. Il voulait que le condamné avouât ; il s'irritait,
— t70 — avec une fureur d'enfant, contre la poesibilité qu'il n'avouât pas.
De là Teffrayant intérêt qu'avaient pour lui les préparatifs de la torture. Il avait voulu voir, toucher, essayer. il s'était assis dans le grand fauteuil. H s'était mis le terrible attirail, et le bourreau, par son ordre, avait serré jusqu'à lui arracher un cri. La douleur lui faisait du bien. Elle lui promettait, dans son énergique langage, que Calas allait avouer.
Cet attirail, qu'était-ce?^ Celui qu'on appelait ^«5 coins, le seul, ou à peu près, qui fût alors en usage dans le royaume.
Rien de plus simple» au reste. Quatre planches, une corde, une douzaine de coins, et un marteau.
On vous mettait chaque jambe entre deux plandies; on attachait le tout, et on enfonçait les coins, un à un, entre les deux planches du milieu.
La question ordinaire ^ c'étaient six coins; la question extraordinaire y six autres.
Au premier enfoncé, la douleur était tolérable, au second, elle commençait à être horrible. Au douzième, quand on allait jusque-là, les jambes étaient broyées.
* Tout est prêt?... dit le capitouL
— Tout, monsieur, dit le bourreau.
— Qu'est-ce que vous faites là? Vous graissez vos coins, je crois?...
— Pour qu'ils entrent mieux.
— Bah ! ils entrent toujours assez. 11 n'y a qu'à frapper plus fort. Vous ne les graissez pas tous?
— En voilà six. C'est plus qu'il n'en faudra. . - Graissez toujours.
— C'est inutile. Nous n'arriverons pas k six.
— Voas^^ croyez qu'il avouera?
— Au. contraire.
— Eh bien?...
--Les commissaires arrêteront la question. Il a xante-trois ans...
— Graissez, vousdis-je, graissez 1... s^écria lecapiil. Vous croyez, vous aussi, que la justice va sVrêr en chemin ! Je serai là, moi...
11 n'avait nul ordre à donner, puisque Taffaire était Ltre les mains du parlement. Son droit, c'était sa une.
Et le bourreau se mit à graisser les six autres coins.
Il venait de finir, lorsqu'on entendit des pas, d'à* )ord confus, puis réguliers, comme ceux d'un cortège m marche.
Ce cortège approchait. Les pas, dans le corridor so* lore, semblaient de plus en plus lents et solennels.
Enfin parurent deux soldats, qui se rangèrent aux deux côtés de la porte. Derrière eux venaient deux huissiers, puis deux commissaires du parlement, en robe, puis le condamné, entre deux prêtres, le Père Bourges et le Père Caldaguès. Un médecin, un greffier et deux valets de bourreau, suivis de quatre soldats, fermaient la marche.
Les commissaires prirent place sur une estrade. Le
greffier s'assit à leurs pieds. Le bourreau et ses aides se tenaient, immobiles, aux deux côtés du grand fauteuil. Calas et les deux prêtres étaient debout devant le tribunal.
— Greffier, dit le premier commissaire. Usez, dans l'arrêt, ce qui a rapport au présent acte.
Le greffier se leva, et lut.
c Préalablement ledit Calas avoir été appliqué... etc.»
— Calas, reprit le commissaire, vous savez pourquoi vous êtes ici. Cet aveu que vous nous avez refusé jusqu'à présent, il nous est enjoint de vous l'arracher. Pour la dernière fois, vous reconnaissez-vous coupable?
— Pour la dernière fois, dit Calas, je ne le suis pas.
— Vos complices?
— Point de complices où il n'y a pas eu de crime.
— Faites, dit le juge.
Le bourreau s'approcha.
— Mon frère, dit le Père Bourges, ce qu'on vient de vous demander au nom de la justice humaine, nous vous le demandons maintenant au nom de Dieu et du salut de votre âme. Avouez.
— Je mentirais.
— Rendez gloire à la vérité.
— Je le fais en niant.
— Faites, répéta le juge.
On le mena au fauteuil. Il s'y assit. Un moment après, il y était étroitement attaché par toutes les parties de son corps, et l'horrible attirail se serrait autour de ses jambes.
Le bourreau prit un coin et Tenfonça, mais de quel-
]ues lignes seulement, entre les deux genoux; puis, le [narteau levé, il se retourna vers les commissaires, j^inclina, et attendit. Il lui fallait, selon l'usage, un troisième et dernier commandement.
Ijb commissaire était visiblement combattu. Les jreux fixés sur Calas, son regard, presque suppliant, semblait demander comme une grâce Taveu qu'il lui répugnait d'arracher, et qu'il était d*ailleurs à peu près sûr de ne pas obtenir par les tortures. Enfin, à la p*ande surprise des habitués de ce lieu, il descendit de son siège et s'approcha du patient.
— Galas, lui dit-il, ceci n'est pas de mon office. Je devrais avoir donné le signal... Ëpargnez-moi la douleur de le donner..* Avouez...
— Monsieur, je vous remercie, dit Calas. Voilà de la pitié... que je ne m'attendais pas à trouver ici... Mais let aveu que vous me demandez, vous en seriez le premier surpris...
— Surpris?...
— Oui. Votre office est de me croire coupable, et de me faire avouer, si vous pouvez-, mais en dehors de votre office, — et vous y êtes en ce moment, ditestrous, — je vois assez que vous me savez innocent...
— - Faites!... s'écria le juge, en retournant précipitamment à son siège. Et il n'était pas encore assis, ine le coin était tout entier entre les genoux de Calas.
— Premier de l'ordinaire, dit le greffier.
Le bourreau en prit un second. Deux coups de marteau avaient suffi; cette fois, il en fallut quatre. Calas pâlit. Ses traits se contractèrent.
— Deuxième de l'ordinaire, dit le greffier.
Il n'y avait plus de place à rextrémité sapérïe des planches. On étendit les jambes sur une esp d^escabeau, afln de pouvoir opérer sur toute la lo gueur.
Troisième coin ^ six ou sept coups de marteau. U| patient poussa un gémissement. La sueur ruisselait sur' son visage.
— Troisième de Tordinaire, dit le greffier.
Le bourreau se tourna de nouveau vers les commis- ' saires. A chaque troisième coin, on devait renouveler ^ les questions. I
— Calas, dit le second commissaire, car le premier | semblait ne plus voir et ne plus entendre, avouez- 1 vous?...
Le patient secoua la tête. j
— Continuez, dit le juge.
Le quatrième coin entra sans beaucoup de peine; mais c^était près de la cheville. Calas poussa un cri.
— Quatrième de l'ordinaire, dit le greffier, toujours enregistrant.
Cinquième, sixième coin. Huit ou dix coups pour chacun. Calas n*avait plus gémi ni crié. Un tremblement convulsif agitait tout son corps.
Nouvel arrêt; nouvelles questions. Même mouvement de tête et même silence.
— Continuez, dit le second commissaire.
Septième coin. Une épouvantable douleur commençait à se peindre sur le visage de Calas.
— Premier de l'extraordinaire, dit le greffier. Huitième coin... Mais comme le bourreau l'approchait des planches :
— Arrêtez, dit le premier commissaire.
Le capitoul était resté immobile, mais horriblement ité. Calas ne pouvait remuer les lèvres, qu'il ne sem* ït près de s* élancer pour recueillir ce oui dont sa nscience avait soif. Et ce oui n'était pas venu! Et il lait renoncer à Tentendre! Et on n^en était qu'au iitième coin !
— Arrêter!,., s'écria-t-il... et pourquoi?.. •
— Arrêtez, répéta le commissaire.
Mais comme le bourreau allait dénouer la corde, le pitoul le repoussa.
— Cet homme n'est pas en danger de mort, dit-il. édecin, approchez.
— Médecin, dit le commissaire, vous êtes à nos orras et non à ceux de monsieur. — Puis, s'adressant au ourreau : Détachez, dit-il.
Il en était temps. Calas s'évanouis^it. Le capitoul i'en alla, furieux.
On transporta Galas sur le lit de résurrection. C'était à que ressuscitaient, pour l'échafaud, les condamnés i qui la torture ôtait l'usage de leurs sens. Il fut longtemps à reprendre les siens.
— Ah! Dieu!... dit-il-, vivant!... J'avais cru... Ce n'est pas fini!...
Mais la tête seule avait repris vie. Le corps restait engourdi-, les jambes étaient comme mortes. Il n*y avait cependant rien de brisé. De larges meurtrissures attestaient seules l'efiroyable pression. En quelques endroits, le sang coulait.
— Mon frère, dit le Père Bourges, vous avez vu la mort de près... Dieu a permis que vous reprissiez
vie... Cesi un répit qu'il vous donne... Profitez-en...
— Si vous voulez que j^en profite, au nom de Dieu, laissez-moi!...
— Avouez!... avouez!...
— Encore!...
^ Laissez-le, messieurs, dit le commissaire. Greffier, le procès-verbal.
Le greffier lut :
tt... et a persisté, ledit Galas, à nier ses méfaits et crimes. En foi de quoi..., etc., etc. »
On lui demanda s'il n'avait pas d'observations à faire. il répondit que non.
S'il voulait signer. — J'essaierai, dit-il.
On lui présenta une plume. Déjà sa main était appuyée sur le papier, lorsque tout à coup, secouant l'encre, il trempa la plume dans le sang qui coulait de ses jambes, et écrivit : '
Je suis innocent.
Galas.
Ge combat que la justice et la haine s'étaient livré dans l'âme du capitoul David, on commençait à ea apercevoir les signes dans cette population fanatisée dont ce même homme avait été à la fois le meneur et l'instrument.
La condamnation n'avait pas été reçue, à beaucoup près, avec Tenthousiasme qu'elle aurait excité dans
es derniers jours d^octobre, au milieu des pompes ugubres dont le clergé avait repu Timagination de la nultitude. Les mémoires des avocats, récrit de Ra- [>aut, la constance des accusés, les emportements de leurs adversaires, tout avait contribué à former, dans le public éclairé, une grande majorité en leur faveur. Ce changement avait eu le temps dHnfluer sur les classes moins éclairées*, elles n'absolvaient pas, mais 3lles n'osaient condamner. La populace seule était hostile^ mais une attente de cinq mois avait émoussé sa haine, et elle était plus disposée, en somme, à pardonner aux juges s'ils ne condamnaient pas, qu'à se réjouir s'ils condamnaient.
Ce jour- là donc, dès le matin, une pénible agitation se manifestait dans la ville. Les partisans du condamné, plus nombreux d'heure en heure, osaient parler ; peu de ses adversaires prenaient ^>uvertement et chaudement le parti de ses juges. La plupart auraient préféré, ils Tavouaient, qu'on eût tardé encore. Tous attendaient avec impatience et angoisse les résultats de la question.
Grande fut donc l'émotion avec laquelle on apprit, peu avant l'heure du supplice, que Calas avait résisté à la torture, que son dernier comme son premier mot avait été de se dire innocent. Cette responsabilité qui bourrelaitle capitoul, des milliers de gens avaient soupiré, comme lui, après le jour où ils en seraient déchargés, et ils la sentaient devenir, au contraire, plus lourde, plus effrayante que jamais.
Ce n'étaient donc pas seulement la curiosité ou l^horreur qui poussait, comme à l'ordinaire, vers le III. U
lieu de Texéciition. Calas mourant allait être le juge de ses juges, et non-seulement de ses juges, mais de tous ceux qui avaient contribué, de près ou de loin, à le faire condamner. Qull avouât, et sa condamnatioo devenait un grand acte de justice populaire; qu'il mourût en nianl, et ce même arrêt était à jamais la condamnation de ceux qui l'avaient prononcé ou fait prononcer. « Que son sang soit sur nous ! » avaientils dit dans leur premier délire; et maintenant que son sang allait couler, ils tremblaient de le voir tomber en malédiction sur leurs têtes.
Son air et ses paroles ne leur laissaient, du reste, aucun espoir. A midi, il était monté sur le chariot fatal, saluant de la tête et de la main la foule qui se pressait aux abords de la prison. Deux ou trois cris de mort, proférés à quelque distance, étaient restés sans écho. Le condamné n^avait eu qu'à paraître pour chaager en pitié et en respect tout ce qui restait encore de haine dans quelques cœurs. Quand le cortège s'ébranla, il jeta un dernier regard sur cette maison sinistre ou il laissait tout ce qu'il avait aimé dans ce monde. Ce regard acheva de lui conquérir la foule, a Courage!... cria une voix. Ils vivront!... — Dieu le veuille!... dit-il; mais ils ne sont pas plus innocents que moi. »
On partit. Du milieu de la foule, à chaque instant, on interrogeait tantôt lui, tantôt les prêtres.
— Âvez-vous avoué ?... lui criaiton.
— Non.
— Vous avouerez?
— Que voulez-vous que j'avoue ?
Et l'interrogateur se taisait, triste ou joyeux, selon []u^il avait espéré ou craint d^avoir à le croire cou* pable
Ailleurs, c'était aux prêtres qu'on faisait les mêmes questions.
— A-t-ii avoué?
Ils faisaient signe que non.
— Avouera4-il ?... Que croyez-vous?...
Ils levaient les yeux au ciel. « Son secret est entre Dieu et lui, » semblaient-ils dire. Mais leur pensée allait plus loin. Ils commençaient à être convaincus qu^ils allaient voir mourir un innocent.
Aussi ne Finterrogcaient-ils plus. Ils murmuraient d'une voix altérée les prières des agonisants. Ils lui répétaient, mais en français, quelques fragments de psaumes. Calas écoutait, priait; mais tout en s*humiliant devant Dieu, il ne i!es8ait pas un moment d'avoir devant la foule l'assurance du juste et la fierté de Topprimé.
A Tamende honorable, il refusa, comme Rochette, de répéter ce qui lui était lu. Gomme Rochette, il ne s'agenouilla qu'en demandant pardon à Dieu , et en déclarant qu'il n'avait aucun pardon à demander aux hommes.
On approchait. De rue en rue le silence était plus profond, la foule plus immobile et plus morne.
Quand le cortège arriva sur la [dace, on n'entendait plus que des sanglots.
Quand Galas parut sur Téchafaud, et qu^il promena autour de la place ce regard plus serein encore qu'au sortir de la prison, — alors, si Timmense assemblée avait eu à se prononcer sur le sort de celui qu'on était venu voir mourir, il n'y aurait eu qu'une voix, qu'on cri... et il était ramené en triomphe à ses enfants délivrés.
Mais déjà les exécuteurs s'étaient emparés de lui. On rétendait sur le plancher, formé d'épaisses solives ; on l'attachait, par les pieds et par les mains, à de forts anneaux disposés en croix. •
Cette fenêtre au rideau blanc, où Rabaut devait se trouver, il l'avait facilement reconnue. Couché sur son horrible lit, il la voyait.
Les prêtres s'étaient agenouillés, priant, à deux des coins de l'échafaud. Le bourreau avait pris sa barre. La foule ondulait. Les uns se tournaient ; les autres se couvraient le visage. Personne ne voulait voir le premier coup.
On l'entendit, suivi d'un cri affreux... Puis un second, puis un troisième... Mais plus de cri... Le patient s'accoutumait à la barre de fer ; les spectateurs, à la voir tomber et retomber.
Au premier coup, au premier cri, le rideau s*était entr'ouvert. Calas aperçut son ami, et, un peu en arrière, une Bible ouverte. Rabaut lui montrait d'une main le livre, de l'autre le ciel. Au dernier coup, le rideau se ferma.
Restait à passer un moment plus cruel que celui des
coups : c'était quand le bourreau viendrait remuer ces membres, pour les porter, brisés, sur leur dernier lit de douleur.
Mais le bourreau , plus humain que les juges, avait songé aux moyens d'adoucir cette effroyable opération. Un drap, passé sous le corps de Galas, permit de le transporter, tout étendu, sur la roue. Une atroce douleur ne s'en peignait pas moins sur son visage ; mais ces tristes égards ne lui avaient pas échappé. Il les paya d'un mouvement de tète ^ et comme s'il eût oublié ses os brisés, sa main sembla vouloir se tendre pour saisir celle du bourreau.
Une pensée ne. l'avait pas quitté. Verrait-il encore la fenêtre? Lui serait-il donné d'expirer en la regardant? — Il regarda... Elle était à sa droite, et même il s'en trouvait plus près.
Une heure venait de sonner. Il ne devait donc expirer qu'à trois.
Les prêtres s'étaient rapprochés; le Père Bourges pleurait. Tout ce qu'il avait gardé de doutes, il les avait sentis se fondre devant la constance du martyr^ Il le contemplait en silence. Que lui dire? Quelles consolations ou quelles exhortations lui offrir? Les exhortations catholiques, il les repousserait; les exhortations purement chrétiennes, il les recevrait avec joie ; mais ne serait-ce pas lui avouer qu'on renonçait à lui
ofirir les autres, et qu'un mourant pouvait, en définitive, s*en passer? Cet inévitable combat entre le chrétien et le prêtre, le Père Bourges n'avait pas, comme le Père Bridaine, Tesprit assez élevé pour passer outre. 11 s*effrayait, dans sa cruelle candeur, de se sentir si près de croire au salut d'un hérétique obstine ; il redoutait, à plus forte raison, de le confirmer lui-même dans ces saintes espérances qx^e sod devoir strict eût été de lui arracher. £t cependant, convaincu de son innocence, témoin de sa résignation, que pouvait-il faire, s'il lui parlait, que de lui nM>ntrer le ciel ouvert? — Il ne lui parlait donc plus ; il pleurait.
Calas, grâce à une immobilité complète, souffrait moins qu'aux premiers moments. Il ne pouvait voir constamment la fenêtre , car la fatigue le forçait de laisser tomber sa tête a la face vers le ciel, » comme le voulait l'arrêt; mais le calme était revenu sur son visage. Il priait.
Deux fois déjà le Père Caldaguès s'était remis à lui parler ; deux fois le Père Bourges avait dû modérer le zèle importun de son coirfrère. Caldaguès était un de ces prêtres qui croient à TÉglise plus qu'à Dieu, aux pardons de TÉgUse plus qu'au pardon de Dieu. Il ne demandait à Calas ni abjuration, ni repentir : qu'il se confessât, n'importe de quoi, et tout serait dit. Mais Calas ne répondait pas ; Calas continuait à prier. Il se confessait à celui qui est assez grand pour tout savoir, et assez puissant pour tout pardonner.
Mais, de temps en temps, d*affreuses douleurs interrompaient sa prière. Son visage se contractait^ ses
eux s'égaraient. Le corps usait de ses derniers droits iir Tâme, et l'âme s'indignait de ne pouvoir encore échapper^
Une fois, entre autres, dévoré d'une fièvre ardente, ss yeux secs et hagards :
— Quelle heure est-il ?... s'écria le malheureux.
— Mon frère, dit le Père Bourges, vous avez si bien ommencé... ne finissez pas moins bien... Oui... c'est )ng... horriblement longi.. Mais Féternité est bien lus longue... et elle approche... et elle va bientôt ouvrirpour vous...un peu plus, unpeumoinsde maux, ous en souviendrez-vous dans quelques heures?... (on... Ne demandez pas quelle heure il est... 11 est heure de prier... Thcure d'offrir à Dieu, si vous êtes nnocent...
-^ Toujours «i7... dit Galas,, avec un regard de reproche.
— Eh bien, non, plus de si... reprit le Père* C'est 'heure d'oilrir à Dieu, puisque vous êles innocent, vos ouffrances... l'heure de vou§ jeter entre ses bras...
Il s'arrêta, comme effrayé de ce qu'il venait de dire. In hérétique reçu dans les bras de Dieu! N'était-ce )as une hérésie rien que d'avoir pu le penser?
— Poursuivez, dit Calas. Vos paroles me font du )ien...
Mais il baissait les yeux et continuait à se taire. Le )rêtre était revenu.
— Oui, reprit Galas, du bien... J'ai demandé Theure, l'est-ce pas?... Je me le rappelle à peine... Je souffrais ant!... Mais j'ai eu tort... J'ai eu tort... C'était un nurmure... Dieu me le pardonnera* •• Mon Dieu ! est-
ce que ton fils n'a pas prié pour que le calice amer s^éloignât de sa bouche?... Mais je n'ai pas prié, moi... J'ai murmuré... Ahl Dieu... tu me punis... J'ai demandé rheure... La voilà...
Deux heures sonnaient, en effet, à une église voisine.
— La voilà, poursuivit-il. Je croyais n'avoir plus qu'un peu de temps à soufirir... Une heure encore... toute une heure... Mais n'y en a-t-il vraiment qu'une que l'on m'a mis ici ?...
— Une à peine, dit le prêtre.
Et comme il disait ces mots, deux heures sonnaient
à une autre église.
— Encore!... s'écria Calas; encore!... Eh bien, merci, mon Dieu !... Il y en a assez d'autres, dans la tombe, qui voudraient avoir été avertis, heure par heure, du moment de leur mort... Merci, mon Dieu!.. Mais que je puisse au moins te la consacrer tout en tière, cette heure que tu m'accordes encore... Ne permets pas que la douleur m'absorbe... m'égare... Et ce temps que les hommes me laissent par cruauté , je sentirai que tu me Tas laissé, toi, par amour...
Ainsi parlait, ainsi priait Calas*, et depuis lors, soit que ses maux fussent en effet moins aigus, soit qu'il eût trouvé plus de force pour en combattre les accèS) sa paix ne parut plus troublée. Tantôt il était muet, les yeux au ciel ; tantôt, les yeux fermés, il murmurait de longues et ferventes prières; tantôt, tourné vers la fenêtre, il s'unissait de pensées et de vœux avec celui dont il savait que les yeux ne le quittaient pas.
— Eh bien, mon frère, lui dit enfin le prêtre, le sa-
ifice est-il maintenant complet? La résignation estle entière, absolue?...
— Je l'espère, dit-il. Je voudrais en être sûr.
— Vous le pouvez.
— Gomment?
— Si on venait vous dire que vous resterez là en- 3re deux'heures, que feriez-vous?
Calas réfléchit un moment.
— Je me soumettrais, dit-il.
— Pleinement?
— Oui... pleinement...
— Bien, mon frère. Vous voilà où Dieu vous voulait, l'épreuve a produit ses fruits. Elle peut finir, mainteant...
Elle allait finir, en efiet. Le bûcher venait de s'allutier, et Galas avait senti remuer la corde restée autour le son cou.
Alors, il s'était tourné vers la fenêtre. Le rideau ^agitait. Une main, dont on ne voyait que les doigts, e préparait à l'écarter.
Mais tout à coup, on entend crier l'échelle. Un pas précipité retentit sur l'échafaud. Galas se retourne idemi. G'est encore le capitoul, pâle, hors de lui, efirayant. Il s'élance vers la roue, écarte les prêtres, et, l'une voix tonnante :
— Malheureux!... le bûcher est prêt... encore quellues moments, et ton corps est en cendres... Devant Dieu, qui va te juger, avoue... avoue...
Les regards du mourant étaient bien vite retournés lu côté où volait son cœur.' Au même instant , la corde se serrait autour de
— »6 — «on cou. Quelques secondes après, il n'était plu^ Mais le rideau s'était rouvert. Il avait revu son pa^ teur, une main sur ia Bible et Tautre au ciel. ^
fXCV
Dix jours après, le 20 mars 1762, un homme gravissait, de grand matin, le sentier rocailleux où la trahison avait failli , quelques années auparavant , faire tomber Rabaut entre les mains du marquis de Narniçrs.
Cet homme, jeune encore, portait sur son front h triple vieillesse des passions, du chagrin et des fatigues; mais une âme énergique et môme une espèce de joie brillait au travers de ses rides.
H paraissait ému. Il s^arrètait de temps en temps, soit pour reprendre haleine, soit pour regarder autour de lui. Il n'avait cependant pas Tair de chercher sa route. Ces lieux lui étaient évidemment familiers.
Arrivé près de la caverne, son émotion redoubla, li se soutenait à peine \ il paraissait même hésiter s'il poursuivrait. Enfin, comme sUl eût fait tout à coup un grand effort sur lui-même, il doubla le pas, et s'alla jeter à genoqx à Tendroit où le vieux Fabre, le jour de la trahison, s'était assis pleurant son fils.
Il pleurait, lui aussi; il semblait demander à Dieu le pardon d'une grande faute. Son front s'abaissait de plus en plus vers le rocher humide de rosée. Tout son corps s'afiaissait. Le tremblement de ses^mains jointes
3mpagnait le murmure de ses lèvres. Ses yeux, d^adL élevés vers le ciel, étaient maintenant fixés sol.
Jn homme, qu'il ne pouvait voir, venait de sortir de îaverne. Cet homme, après l'avoir un moment exa- ^é depuis le seuil, s'était approché, mais lentement sans bruit. 11 le contemplait avec émotion. Il se ichail vers lui, comme pour entendre sa prière. £nfin, il lui mit la main sur l'épaule :
— Bruyn!... dit-il.
Kruyn, car c'était loi, se releva vivement.
— Fabre ! s'écria-t-il.
Il reculait^ mais Fabre lui tendit les bras, et il s'y a en pleurant.
— Et toi aussi, disait-il, tu me pardonnes I.,. Toi k i je pensais en ce moment mente... Toi... Mais, prît- il, toi ici?... Es^tu libre?... Te serais-tu happé?...
— Ils m^ont feit grâce, dit Fabre.
— Qui?
— De9 gens haut placés se sont intéressés à mor. Ott fait valoir, à ce qu'il parait...
— Oui... Ton dévouement...
— Enfin, je suis libre.
— Depuis quand?
— Depuis le 10 de ce mois.
— Ah! Dieu!.., le jour même...
— Oui... Galas... Je sais... Biais son sang ne sera as perdu. Il l'aurait donné volontiers, et de lui-même, il avait su ce que sa mort nous vaudra.
— Ainsi, tu crois...
— J^espëre. L'indignation est générale. Â Toiik Marseille, dans toutes les villes où j'ai passé, il n"j\ qu'un cri contre le parlement de Toulouse. Maison \ s'en tient pas là. On s'informe des lois qui nous i sent; on 8*étonne, on s'indigne de les trouver eno debout. A Montpellier, le prince de Beauvau a ^ me voir. 11 m'a loué... beaucoup trop... mais tout ses louanges étaient des promesses de tolérance et i paix. Partout on m'a dit que nous touchons au i de nos souffrances.
— Ce ne sont pas les prêtres, pauvre ami, qui te W dit... Et les prêtres sont plus puissants que le prioGi de Beauvau...
— Aussi t'ai-je dit que j'espérais, non que j'étais sur. Nous marchons, on ne peut plus en douter, vers um ère de tolérance; mais nous pouvons encore en être loin. On va chasser les jésuites; on ne chassera pas Vesi prit de persécution, qui n'est pas plus le leur, au fond, que celui de tout le clergés Profitons toujours, en bénissant Dieu, des moments de paix qu'il nous accorde. N'est-ce pas lui qui tient les cœurs et les esprits en sa main? Ce même marquis de Namiers, qui nous a tant fait de mal, le voilà devenu un de nos plus chauds protecteurs...
-— Je le sais, dit Bruyn.
— ... Et ce que tu ne sais peut-être pas, c'est que l'assemblée d'aujourd'hui se tiendra sous sa sauvegarde. Il s'est entendu, à ce qu'on dit, avec tous les
^ Nous avons va ailleurs comment le clergé lutta, jusqu'à la Ré- Tolution, contre les vues tolérantes de Louis XVI.
efs militaires de la province. Pour la première fois puis bientôt quatre-vingts ans, nous sommes sûrs > n^être pas troublés. Un beau jour, Bruyn, pour nos ^lises ! %
— Pour toi, Fabre.
— Pour toi aussi, Bruyn. L'Église est comme le ciel. y a plus de joie chez elle pour un seul pécheur qui vient, que pour... Hais ne partons pas de justes... le pour quatre-vingt-dix-neuf de ses enfants qui lui mt restés fidèles. Tu n'étais pas revenu dans ce pays, ruyn?
— Non; et j'avais fini par fhire vœu de n'y jamais avenir.
— Ce vœu, qui t'en a relevé?
— Lui. J'étais à Paris. Il m'a écrit. Tiens... lis...
— (( Le 20 mars, mon cher Bruyn, va être pour moi m grand jour. C'est celui où nous consacrons au saint ainistère l'aîné de mes fils, votre ami d'enfance. Je eux que ce soit aussi le jour de votre réconciliation pu*- »lique et solennelle avec l'Église, qui vous avait pleuré :omme perdu. Je vous le demande comme ami; je 'exige, au besoin, en vertu de l'autprité que vous m'avez donnée sur votre conscience. Venez... Et il pourrait se faire que Dieu vous tînt en réserve plus de bénéiictions que vous n'osez en espérer. »
-- Que veut-il dire?... dit Fabre. Est-ce un vœu?... Est-ce une promesse?...
— Je l'ignore. La seule bénédiction que j'attende, c'est cette réconciliation qu'il me promet. Qu'ai-je à espérer de plus? Depuis la mort de Madeleine...
— Madeleine est morte!...