‹ Trois sermons sous Louis XV (volume 3)Chapitre 2 sur 9 · MS · texte numérisé non relu

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lui, par la mort ; mais tous ces jeunes gens qu'il aurait poussés à leur perte, tout ce pays sur lequel il aurait contribué à attirer les plus terribles vengeances, en quel état allait-il le laisser?

A ces moments d'angoisse succédaient des moments d'ardeur. Tous ces dangers auxquels il allait convier ses frères, il les avait assez bravés lui-môme pour que nul ne l'accusât d'égoïsme ou de peur. Qui oserait lui demander de quel droit il poussait à la guerre? Il l'avait acheté, ce droit, depuis bientôt soixante ans, à la pointe du sabre et au prix de cent combats. Quels que soient les résultats de la lutte, on lui pardonnera d'avoir voulu saluer, avant de mourir, l'aurore de la liberté pour laquelle il a combattu en vain dans ses -jeunes années.

— Eh bien oui !... disait-il-, oui !... — Et il s'était remis à se promener, le front haut, le corps ferme et droit ^ — Oui!... la mesure est comble... La guerre!... Dieu le veut... Nous n'avons que trop attendu... Oui, trop... Mais non; pas de regrets. Nous avons attendu longtemps... longtemps... Tant mieux!... notre cause n'en paraîtra que plus sainte aux yeux des hommes... comme elle l'est déjà aux yeux de Dieu!... Viens, ma bonne épée... viens...

il alla ouvrir une armoire. Là, dans un double fond dont il savait seul le secret, dormait, depuis un demisiècle, tout son équipement de Camisard : un long fusil, une cuirasse enlevée à un de ces dragons si lamentablement fameux dans les malheurs des protestants, un large chapeau, deux pistolets, l'épée enlin, dont l'élégance contrastait avec la grossièreté du reste.

Elle venait duii de ses aïeux, compagnon d'Henri IV. Elle avait figuré à Ivry, à Arques ^ elle avait eu son poids dans la balance en faveur de ces Bourbons, si prompts à oublier à qui ils devaient le trône.

— La voilà !... dit-il. Viens... — Et il alla la poser sur la Bible.

— Là... reprit-il^ là... Si tu ne peux plus rien entre mes mains, parle au moins, à ma place, à ceux qui sont assez forts pour se battre, assez jeunes pour espérer...

Quelques amis entraient en ce moment.

— Enfin!... dit Beboul.

— Nous sommes en retard?

L'horloge du bourg sonnait sept heures.

— Non... Je croyais... Ce jour a été d'une longueur... On arrivait, mais un à un, deux à deux, les uns par

la rue, les autres par le jardin. On venait de placer une sentinelle à chaque entrée. La nuit, sombre et brumeuse, favorisait les conjurés, mais pouvait aussi aider des traîtres. On tâchait donc d'entrer séparément et comme par hasard. L'assemblée, d'ailleurs, ne devait s'ouvrir qu'à huit heures.

— Vous n'avez rien à nous raconter en attendant?... disaient quelques jeunes gens au maître de la maison.

— Raconter, enfants!... Est-ce que je ne vous ai pas tout raconté depuis longtemps?

— Peut-être... Mais nous ne pensions pas, comme

aujourd'hui, à faire comme vous. Allons... Ce que vous voudrez... Tout paraîtra nouveau cl; soir...

— Nous sommes le?...

— Le seize.

— Seize décembre... Bien... Un de mes plus anciens anniversaires...

Il venait de s'asseoir, au coin du feu, dans son fauteuil de châtaignier. Les jeunes gens, debout, avaient fait cercle autour de lui.

— Oui... c'est bien cela... disait-il comme se parlant à lui-môme. Seize décembre... mil sept cent deux...

— Enfants, reprit-il plus haut, vous avez tous vu, n'est-ce pas, entre Alais et Uzès, les ruines du château de Scrvas? Eh bien, il y a aujourd'hui cinquante-neuf ans qu'il est à bas...

— Grâce à vous...

— Grâce à Dieu d'abord, puis à moi, puis à trente autres, dont le dernier est mort il y a au moins vingt ans.

— Et vous l'aviez pris, ce château?..

— Pas d'assaut... J'y étais entré pieds et poings liés.

— Prisonnier donc?... Vous n'avez jamais été pris, nous disiez-vous.

— Attendez. Ce château nous faisait un mal affreux. Il y avait là une garnison, pas nombreuse, mais composée de tout ce qu'on avait ramassé de plus bandit dans les troupes de la province. Nous tenir en échec, nous tuer, quand ils le pouvaient, quelques hommes, rien de mieux; c'était leur devoir et leur métier. Mais rancjonncr, comme ils le faisaient, nos villages, détrous-

ser sur les grandes routes, en plein midi, tout ce qu'il leur plaisait de considérer comme protestant, entasser des enfants, des femmes, dans les cachots du château, — c'était du brigandage, et il fallait en finir.

Que faire? Attaquer le château ?... Nous nous serions brisés contre ses murs. Cavalier, notre chef, n'en dormait pas. « Écoute, me dit-il un jour. Tu vas te laisser attacher les mains derrière le dos. Tu es un prisonnier, un de ces gueux de Camisards, que moi, avec un détachement de trente hommes, soldats du roi, je suis chargé de remettre au commandant du château. J'arrive à la porte. On m'ouvre. J'entre avec quelques-uns de mes hommes, avec les trente, si je peux, et... Tu comprends ?» — « Je comprends, dis-je. Qu'on ait seulement bien soin de me détacher, quand il faudra jouer des bras. »

Ainsi fut fait. Seulement, pour donner plus de vraisemblance à la fable, et aussi pour avoir plus d'hommes à faire entrer dans le château, ou m'adjoignit quatre ou cinq compagnons.

Nous arrivons, eux et moi en Camisards, nos gardes en soldats, Cavalier en officier, car on avait une provision d'habits ^ les soldats tombés sous nos balles nous en fournissaient assez.

Le commandant nous reçoit à merveille; nous, c'està-dire nos gardes, car quant à nous, prisonniers, on nous descend dans une espèce de fosse, sans lumière, SLins air, où nous n'aurions pas vécu trois jours. Mais nous n'y étions pas depuis trois minutes, que nous entendons du bruit, des pas, des cris. On nous tire de luA'œ puits, on nous donne des armes... et le château

— /ri —

est à nous. Une heure nprès, une haute colonne de flamme et de fumée annonçait à tout le pays la victoire des Camisards.

— Et on ne vous la fit pas payer, cette victoire?... demanda un des auditeurs.

— On essaya. Huit jours après, le dimanche avant Noël, comme nous faisions notre culte au Mas Cauvi, dans la terre de Saint-Christol, voici venir le chevalier de Guines avec la garnison d'Alais, trois ou quatre cents hourgcois armés, et une cinquantaine de gentilshommes ii cheval. JNous étions en tout quatre-vingts, mais quatre vingts qui en valions quatre cents, par notre courage d"ahord, soit dit sans vanité, puis aussi et surtout par la terreur qui commençait à entourer notre nom. Les gentilshommes veulent donner les premiers. Notre décharge en tue cinq ou six et en hlesse une douzaine. Nous nous élançons sans attendre une nouvelle attaque. Nous les culhutons sur les soldats ^ les soldats, culbutés, se replient sur les hourgcois... En moins de rien, gentilshommes, soldats, bourgeois, tout fuyait à toutes jambes. On les poursuivit tant qu'on put, presque jusqu'aux portes d'Alais, et on revint tranquillement achever le service. Nous n'avions pas perdu un homma; nous n'avions pas eu une égratignure. Avis à vous, enfants. Voilà ce qu'on pont quand on a Dieu et le bon droit pour soi.

XYII

Reboul commençait à s'animer. Ses yeux brillaient^ on eût dit qu'il sentait Todeur de la poudre.

Le cercle s'était épaissi; mais on ne l'interrogeait plus. A quoi bon les questions? Il n'y avait plus qu'à laisser passer le sanglant torrent de ses souvenirs.

— Oui, reprit-il, avis à vous, mes amis... Avis aussi à vous, nos maîtres!... Quand nous ne pouvions être forts, nous étions rusés; quand le lion, trop poursuivi, était forcé de se cacher, il se faisait serpent.

Quinze jours ne s'étaient pas écoulés depuis la prise du château, que nous entrions de la même manière à Sauve, un gros bourg, presque une ville, avec des murailles, des portes, une garnison dans les règles. Il est vrai que nous étions, ce jour-là, près de trois cents, Cavalier et Roland ayant joint leurs forces. Nous nous habillons, cinquante, en soldats du roi. Nous arrivons, tambour battant et officiers en tête, à la porte du bourg ; nous sommes un détachement à la poursuite des rebelles. On ouvre ; on nous reçoit comme des libérateurs. Les soldats, rangés en bataille sur la place, voient arriver des rafraîchissements; les officiers sont invités à dîner chez M. de Yibrac, le seigneur du lieu. Mais à peine sont-ils à table, qu'on annonce à grand bruit l'approche des Camisards. Nous courons à la porte, pour la défendre, disons-nous, et nous l'ouvrons. Nos amis entrent; les bourgeois et la garnison n'essaient même

pas de résister. Ils s'attendaient, les pauvres gens, à être passés au lil de Tépée-, mais nous n'en voulions, ce jour-là, qu'aux munitions et aux armes. Nous en faisons provision, et nous partons... Ah! j'oubliais... Nous brûlâmes l'église... et nous fusillâmes le curé...

Ueboul s'arrêta un moment, comme pour juger de reflet que produisaient ces derniers mots.

On le regardait avec surprise. — Le curé !... murmurait-on. Le curé!...

— Eh oui, dit-il^ le curé. Cela vous étonne?... Tant mieux -, vous vaudrez mieux que nous. Oui, nous avons été cruels... Oui... nous avons trop souvent ressemblé aux brigands qu'on lâchait contre nos villages... Plaignez-nous, enfants, plaignez-nous... Et Dieu veuille avoir oublié nos crimes I... Mais avant de nous condamner, songez un peu à ce que nous étions, à ce qu'étaient nos ennemis, à ce qu'on avait dévoré, avant d'en venir là, de douleurs et d'opprobres. Vous êtes sous des lois de fer, c'est vrai ; mais au moins ce sont des lois. Nous, nous avions autant de maîtres, autant de bourreaux, plutôt, qu'il y avait dans le pays de soldats et de prêtres. Les édits ne se sont pas adoucis; mais ils ont fini par former une législation complète. A force de vous opprimer, ils vous protègent. Tout est réglé; vous savez ce que vous aurez à chercher ou à fuir, à désirer ou à craindre. Alors, il n'y avait en quelque sorte qu'un édit, qu'un mot d'ordre : nous anéantir le plus tôt possible, et à quelque prix que ce fût. Puis, vous êtes nés sous le joug; nous, nous venions de nous voir enlever toutes les conquêtes de nos ancêtres, tous les droils que nous avions ciiis garantis par un édit

solennel, par une possession de près d'un siècle. Vous ne voulez pas brûler les églises?... Tant mieux ^ mais vous n'avez pas vu, comme nous, cinq cents temples tomber sous le marteau démolisseur. Vous ne voulez pas fusiller les prêtres?... Tant mieux; mais vous ne savez pas ce que c'était que les prêtres d'alors. Qu'est-ce que ce renard d'abbé Charnay en comparaison de ce tigre d'abbé Chayla, qui avait précisément sa caverne ici, au bout du pont, à deux pas de chez moi? L'abbé Chayla! ce nom seul faisait frissonner. Quinze ans il fut le bourreau de la contrée; quinze ans il passa ses jours et ses nuits à inventer de nouvelles persécutions, de nouveaux supplices. Il nous était arrivé, en 87, avec le titre d'inspecteur des missions des Cévennes. Inspecteur^ en effet!... car il n'y avait pas une maison qu'il ne fouillât, pas une contravention qu'il ne sût et qu'il ne lavât dans le sang. Torturer était son bonheur, sa vie. Cette maison dont il avait fait sa forteresse, et qui avait appartenu, avant lui, à un de nos frères, d'André, assassiné par le chevalier de Genne, nous la savions perpétuellement pleine, de la cave au grenier, de protestants mourant à petit feu entre ses mains. Il les tenait des mois entiers aux ceps, pris à la fois par les pieds et par les jambes, de sorte qu'ils ne pussent ni se lever ni s'asseoir. Il leur arrachait, avec des pincettes, la barbe, les sourcils, les cheveux. Il leur mettait des charbons danslesmains, et les leur tenait fermées jusqu'à ce que les charbons fussent éteints. D'autres fois, il leur entourait les doigts de coton imbibé d'huile. Il y mettait le feu, et les doigts étaient rongés jusqu'aux os '. 1 Ces détails, qu'on pourrait croire inventés ou au moins fort

Ce ivclaicnl là, d'ailleurs, que ses passe-temps avec ceux qui u'étaienl pas assez coupables pour être mis en jugement. Partout où il voyait ou pouvait espérer qu'on vît des charges suffisantes, il appelait les juges, c'est-à-dire le bourreau, car il n'y avait pas d'exenn)le qu'on eût manque à condamner ceux dont il demandait la mort. Les édils ne punissaient que les actes; mais lui, il s'était arrogé la juridiction des inquisiteurs. Paroles, regards, sentiments, tout était matière à procès. Une pauvre fille d'ici, Françoise Brez, fut pendue pour avoir dit qu'on ne devait pas adorer l'hostie. De cette fenêtre que voilà, je la vis marcher à la mort.

Eh bien, sous cette atroce oppression, nul ne songeait encore à résister et à s'armer. Nous souffrions, nous mourions. Nous voulions être, jusqu'au bout, comme des agneaux qu'on mène à la boucherie.

Dieu ne le permit pas. L'abbé Chayla devait périr. Sa mort allait donner le signal de l'insurrection.

Et pourtant, Dieu le sait!... Le jour même oii nous nous ruâmes contre cette maison maudite, nul de nous ne songeait encore à tremper ses mains dans le sang de l'abbé Chayla. Nous ne voulions que délivrer ses vic-

amplifiés, sont rapportés, dans tous les récits du temps, avec les caractères de l'authenticité la plus complète. Ils ne sont d'ailleurs que trop conformes à tout ce que nous savons de la manière dont les protestants étaient traités.

Étranges contradictions du cœur humain ! L'abhé Chayla avait été missionnaire chez les sauvages. Plusieurs fois il s'était vu sur le point de passer parleurs eiVrovaldes tortures. 11 les avait bravées avec un courace d'apûtre, — et c'était lui qui les essayait, à son tour, sur des Frau(;ais, sur des chrétiens !

times, une surtout, Massip, que plusieurs de vous ont connu, et qui devait mourir le lendemain. Qu'avait-il fait? Il avait servi de guide à des protestants de Moissac, qui voulaient se réfugier à Genève. Ses "parents, ses amis étaient allés se jeter aux pieds du prêtre; mais il avait ri de leurs prières, il avait raillé leurs larmes. Un jour, comme nous étions assemblés au mont Bougés, nous voyons îirriver la femme, le frère et les enfants de Massip; leurs gémissements, leurs cris interrompent le service. «Demain, disaient-ils, demain il meurtl... Et vous le laisseriez mourir !...)) Nous nous regardions en silence. Nous venions de prier pour lui; quant à le délivrer, nul n'en avait eu la pensée. Les plus hardis en pâlissaient, non de peur, nous ne l'avons que trop montré, mais tant nous étions loin de toute pensée de révolte. « Il mourra donc!...)) s'écriait la pauvre femme. «Il mourra!... » répétaient les pauvres enfants. « Il ne mourra pas!... » m'écriai-je. Et à l'instant la résolution fut prise, le plan formé.

Nous étions là une cinquantaine d'hommes. Nous nous donnons rendez-vous, pour le soir, au même endroit.

Tous viennent. Quelques épées, quelques vieilles hallebardes, dix ou douze fusils, voilà nos armes ; beaucoup n'ont que des bâtons. Ainsi commença l'armée dont le chef devait finir par traiter d'égal à égal avec un des maréchaux de Louis XIV.

J"ai quatre-vingt-trois ans, enfants; mais j'en vivrais encore autant que je ne l'oublierais pas, cette soirée! On était au mois de juillet. La nuit était venue t; rd, mais noire, humide, étouffante. Un de ces orage dou-

teiix qui énervent le corps cl l'ùmc était depuis longtemps suspendu dans ratmosplière: il semblait attendre, pour éclater, que nous fussions prêts à agir. La nuit, rapproche du danger, la nouveauté surtout de l'entreprise, tout contribuait h notre émotion. Moi, ma pensée allait plus loin. J'avais lu les commencements de Thistoire suisse; je savais comment on devient un peuple. Si nous allions le devenir! Si cette prairie déserte allait être notre Grûtli!... Hélas! elle est restée inconnue. De tous ceux qui la foulaient ce soir- là, moi seul je vis encore... Et je ne l'ai jamais revue qu'elle ne m'ait semblé rouge de sang!...

Nous prions; nous partons. 11 était minuit. L'orage approchait; les éclairs nous montraient la route. A cent pas du bourg, nous prions encore... Et tout à coup, aux premiers roulements du tonnerre encore éloigné, notre ennemi entend se mêler un chant lugubre... C'est nous qui entrons dans le bourg, lentement et en bon ordre, en entonnant ce psaume, devenu depuis notre chant de guerre :

Que Dieu se montre seulement , Et l'on verra dans un moment Abandonner la place...

Nous cernons la maison; nous demandons les prisonniers. Rien ne paraît, rien ne bouge. Nous approchons. (( Feu ! )) dit au dedans une voix, celle de Tabbé lui-même. Plusieurs coups partent des fenêtres, nous tuent un homme, nous on blessent deux ou trois. Alors nous nous ruons sur la porte; nous l'enfonçons; nous courons aux cachots. Quel spectacle, bon Dieu!... Quel-

ques-ims étaient dans les ceps, les mains, par un raffinement barbare, attachées sur le dos. A côté de ces malheureux toujours couchés, d'autres, toujours debout, les bras tirés vers, la voûte, s'affaissaient sous le poids d'une épouvantable fatigue. Nous les détachions; ils tombaient. Nous pleurions; nous rugissions. Tout à coup, comme par une inspiration du démon : « L'abbé!... criàmes-nous tous à la fois. L'abbé I... où est l'abbé!... » L'abbé veut fuir. Il est pris ; il est amené devant ses victimes. Nous nous précipitons sur lui... L'ai-je frappé? Je n'en sais rien. On m*a dit qu'il avait demandé la vie. <( Si je me suis damné en vous persécutant, aurait-il dit, voulez-vous, pour cela, vous damner en me tuant?» Mais je n'écoutais, je n'entendais, je ne voyais plus rien. Tous ces frères dont nous venions de faire cesser les tortures, tous ceux qui y avaient succombé, ceux qui gémissaient aux galères, ceux qui avaient péri à la potence ou sur la roue, tous, tous enfin, morts et vivants, il me semblait les voir s'ameuter autour de cet homme, le désigner du doigt, le marquer au front d'un signe sanglant; tous, il me semblait les entendre s'écrier: « Point de pitié pour qui n'a jamais eu pitié! )>

Et cependant, au milieu des agitations de la guerre, ce meurtre nous est souvent revenu comme un remords. Souvent, dans nos désastres, nous nous disions tristement : (( Pourquoi avons-nous tué l'abbé Chayla? C'était un mauvais début. Dieu nous en punit. » Souvent, dans nos succès mêmes, quand il nous arrivait de considérer d'un œil plus calme cette longue extermination dont nous étions les instruments : (c Pourquoi avons-nous tué l'abbé Chayla! disions-nous encore. C'est pour nous

— MO — punir de sa mort que Dieu nous en fait tuer tant d'autres. Nous avons marché dans le sang-, nous voilà condamnés à y nager I... « Oh! non, enfants, rion, point de sang ! Point d'autre que celui qui sera loyalement versé, s'il le faut, dans les combats! Cinquante ans de souffrances ont maintenant lavé notre drapeau. Il est pur. Conservez-le pur !... Et que tous les amis de l'Évangile, à quelque nation qu'ils appai tienment, puissent l'accompagner de leurs sympathies et de leurs vœux!...

Tout le monde était arrivé. On écoutait, dans un religieux silence, les récits du vieux Reboul.

Enfin, sans quitter le foyer, il tourna son fauteuil vers l'assemblée. On prit place. On apporta devant lui la table sur laquelle nous l'avons vu posant sa Bible. Il se recueillit, puis l'ouvrit...

C'était aux premières pages de Néhémie. Elle avait, pour les protestants opprimés, tant d'intérêt, tant d'àpropos, cette naïve histoire des malheurs du peuple de Dieul Us leur allaient si bien, ces soupirs, ces vœux, ces consolations, ces promesses ! Comme ils suivaient les Juifs captifs aux bords inhospitaliers de l'Euphrate! Comme ils hâtaient, de tous les élans de leurs cœurs, le letour de ces mêmes Juifs dans le pays de leurs ancêtres ! I.a captivité, le retour, la reconstruction du temple, tout, cnlin, tout, pour eux, était figure et prophétie. Ils se voyaient dans ces tableaux j ils y lisaient

— Sien traits ineffaçables, rassurancc d'un avenir plus heureux. Quand s'accompliraient- elles, ces promesses? Quand brillerait sur leurs montagnes l'aurore de la liberté et de la paix? Quand se relèveraient leurs temples?... HélasI après tant d'espérances déçues, ils renonçaient à interroger l'avenir. Des voix qu'ils avaient pu croire inspirées avaient prédit, au commencement du siècle, la lin prochaine de leurs maux. Le siècle s'écoulait, et leurs maux ne Unissaient pas. Leurs prophètes s'étaient trouvés des menteurs ou des fous. Ils s'en remettaient maintenant à Dieu, à Dieu seul. « Celui qui a fait les promesses, pensaient-ils, saura bien trouver une fois le moyen de les accomplir. » Et ils se consolaient en les lisant ^ et ils les trouvaient toujours plus belles, plus consolantes, plus divines.

« Il arriva, lisait Reboul ', que comme j'étais à Susan, la ville capitale, quelques gens arrivèrent de Juda, et je m'enquis d'eux sur Jérusalem.

(( Et ils me dirent : Ceux qui sont restés en Juda sont là, dans le pays, en grande misère et en grand opprobre; et les murs de Jérusalem demeurent renversés, et ses portes restent brûlées.

(( Et il arriva que, dès que j'eus entendu ces paroles, je m'assis, je pleurai, et je menai deuil durant plusieurs jours; et je jeûnai, et je fis ma prière devant le Dieu des cieux;

(( Et je disais : Je te prie, ô Éternel, Dieu des cieux, toi qui es le fort et le terrible, toi qui gardes l'alliance à ceux qui t'aiment.

1 Néhémie, l.

« Voilà, certainement nous avons péché devant toi ^ nous n'avons pas gardé la loi que tu nous avais donnée.

(( Mais souviens-toi de la parole que tu nous envoyas par Moïse ton serviteur, disant :

« Vous commettrez des crimes et je vous disperserai parmi les nations;

« Puis vous retournerez à moi et vous garderez mes commandements; et s'il y en a d'entre vous qui aient été chassés jusqu'aux extrémités descieux, voilà, je les ramènerai au lieu que j'aurai choisi pour y faire habiter mon nom... »

Le retour^ toujours le retour^ c'était l'idée favorite et la préoccupation constante de ces hommes exilés et asservis au sein môme de leur patrie. Mais ce qu'il y avait de plus touchant dans leurs vœux, c'était l'humilité profonde avec laquelle ils acceptaient, comme châtiments de Dieu, les plus cruels effets de la méchanceté des hommes. Leurs prières, leurs liturgies, leurs cantiques, les exhortations de leurs pasteurs, tout est plein, tout est profondément imprégné de cette idée. Jamais de comparaison orgueilleuse entre leurs mœurs si graves et la corruption du siècle; jamais soupçon que, devant Dieu, devant le Saint des Saints, ils valussent mieux que d'autres, et que leurs péchés eussent moins besoin d'être lavés par le sang de la croix. C'était du fond du cœur qu'ils disaient avec Néhémie : « Nous avons péché devant toi ; nous n'avons pas gardé la loi que tu nous avais donnée I »

A ces cris d'un homme de Dieu, un homme de Dieu allait répondre.

Nous avons vu Rcboul marquer deux endroits dans sa Bible. Il ouvrit au second, et lut.

« Consolez, consolez mon peuple'.

« Parlez à Jérusalem selon son cœur ^ criez-lui que le temps marqué est accompli, que son iniquité est tenue pour acquittée.

(( Pourquoi dirais-tu, ô Israël, que ta souffrance est cachée à ton Dieu, que ton droit lui est inconnu?

« C'est lui, c'est TÉternel qui rend la force à qui n'a plus de force.

« Tous ceux qui s'attendent à lui, les ailes leur reviendront comme aux aigles ; ils marcheront, et ne se lasseront point ; ils courront, et ne se fatigueront point.

(c Monte, ô Sion, monte sur une haute montagne. Élève ta voix avec force; élève-la, te dis-je, et ne crains point.

(( Dis à Juda ; Voici ton Dieu I...

u II paîtra son troupeau comme un berger. Il assemblera ses agneaux entre ses bras ; il les gardera sur son sein; il guidera les brebis qui allaitent.

u Mais les forts, il les abattra. Son bras dominera sur eux. Leur salaire est déjà compté.

^ Ésaïe, XL.

« Que sont les nations devant lui? Un peu de poussière, un néant.

(( Que sont les princes devant lui ? Poussière et néant aussi.

« Voilà, leur tronc ne jettera point de racine en terre. Dieu soufflera sur eux, et ils sécheront, et le tourbillon les emportera... »

On eût dit, à ces mots, qu'il passait déjà parmi rassemblée, ce souffle à balayer les rois. Les yeux brillaient^ les mains se serraient convulsivement. Un sourd enthousiasme s'amassait dans les cœurs.

Mais le feu était assez attisé, trop peut-être. Reboul s'arrêta.

— Frères, dit-il après un moment de silence, ce tourbillon, ce ne sera pas nous. N'allons pas nous donner une mission que Dieu ne confirmerait pas. Armonsnous pour avoir le droit de vivre. Demandons à pouvoir bâtir en paix; ne demandons pas à démolir. Dès que nous aurons obtenu justice , nous rentrerons , humbles sujets, sous le sceptre auquel Dieu nous a soumis.

Mais jusque-là, en avant, frères!.. . Le temps de la patience est passé. Non ! Dieu ne peut vouloir que nous assistions plus longtemps, sans résister, à la ruine de nos églises. Ces chefs, ces pères en la foi qu'il nous avait donnés lui-même, il ne saurait vouloir encore, et toujours, que nous les laissions immoler. Sauvons-les, ou périssons avec eux!...

FrèrevS, c'est une chose; affreuse que de verser du sang!... Je le sais, moi... moi qui en ai versé jadis... Eh bien, c'est pourtant moi... moi... le dernier des Camisards... après cinquante ans de patience... c'est moi qui vous dis : « En avant!... »

Que ferons-nous? Par où commencerons-nous?... Nous l'ignorons encore. Nous essaierons tout à l'heure, avec l'aide de Dieu, de nous tracer une route, de calculer et d'organiser nos ressources. Mais ce que chacun de nous a déjà pu et dû faire dans le secret de sa conscience, c'était de se demander ce qu'il venait faire ici et dans quel but il allait prendre les armes. Ceux qui se sentiraient poussés par des pensées de vengeance, arrière!... Ceux qui chercheraient une vaine gloire, arrière!... Ceux qui ne songeraient pas uniquement à leur salut et à Dieu, arrière!... Qu'ils ne combattent pas, ceux-là! Ils n'en sont pas dignes. Ils ne pourraient qu'attirer sur notre cause le mépris des hommes et la colère de Dieu.

Frères donc, à genoux... A genoux, tous... Que chacun, devant Dieu, et en le suppliant d'éclairer sa conscience , s'adresse encore une fois ces questions...

Alors il se fit un grand silence. Tous les Cévenols, à genoux, les mains jointes, les yeux fixés vers la terre, s'interrogeaient dans le secret de leurs cœurs.

Ces formes solennelles étaient, du reste, usitées dans leur culte. Souvent, surtout aux jours de jeûne, l'officiant s'interrompait pour ordonner un de ces examens de conscience, grave appel qui ne risquait pas, dans ces assemblées périlleuses, de dégénérer en vains semblants.

lleboul aussi s'était mis à genoux. Son front s'appuyait sur la Bible. On ne voyait que ses cheveux blancs et ses mains jointes.

Enfin, il se leva; et quand tous se furent levés :

— Frères, dit-il, écoutez maintenant... et répondez... non pas à moi, mais à Dieu. — Ètes-vous encore décidés?

— Oui, dirent-ils.

— Prêts à tout souflrir?

— Oui.

— Pour vous venger?

— Non.

— Ceux que vous allez avoir à combattre, vous ne les haïssez pas?

— Non.

— Vous resterez les sujets du roi?

— Vive le roi !

— Vous ne voulez que pouvoir vivre en paix, élever vos enfants et servir Dieu?

— Oui.

— Vous le jurez?

— Nous le jurons.

— Eh bien donc, encore un coup, en avant!... En avant, cœurs droits et mains pures I... Dès maintenant, répée peut sortir du fourreau...

Rcboul avait saisi la sienne. Il venait de la tirer à demi. H s'arrêta.

— Mon Dieu, dit-il, pcrmcts-tu?... Si nous nous trompions, pourtant 1... Si nous allions, tout en croyant te servir, te déplaire! Mais non... Tu nous arrêterais... Tu ne nous laisserais pas nous perdre ainsi pour ce monde et pour l'autre...

VA d'une main tremblante d'émotion, tantôt il repoussait l'épée dans le fourreau, tantôt il la tirait, mais lentement, comme s'il eût voulu retarder Tinstant fatal oii on en verrait la pointe. Une fois dehors, lui semblait-il, c'était irrévocablement la guerre, et il s'effrayait d'en sentir le symbole en son pouvoir.

Enfin, — et cette fois, c'était la pointe qu'on voyait :

— La voilà I... dit-il.

Puis, plus bas :

— Mon Dieu, quand rentrera- t-ellel...

Mais un indicible étonnement venait de se peindre tout à coup dans les yeux de ses auditeurs. Lui-même, il avait entendu quelque mouvement derrière lui, près d'une porte qui s'ouvrait à côté de la cheminée. Au même instant, une main se posait sur son bras.

— Reboul, dit une voix bien connue, remettez l'épée dans le fourreau. Il est écrit que celui qui frappera de l'épée, périra par l'épée...

C'était Rabaut.

Comment était-il là? Que s'était-il donc passé depuis que la nouvelle de son arrestation avait mis les Cévennes en émoi? — 11 est temps que nous le disions.

Au sortir de la tour, il avait été déposé dans une chambre de l'appartement du major. Deux sentinelles étaient derrière la porte ^ deux se promenaient sous la fenêtre.

Mais il n'aurait pas entendu leurs pas, que l'idée de fuir ne lui serait pas venue. Il était brisé, anéanti. Un suprême effort lavait soutenu, mais aux dépens des derniers ressorts de son âme.

Vingt ans de dangers affrontés avec autant de bonheur que d'audace l'avaient rendu, nous l'avons dit, quelque peu fataliste. Nul n'était plus soumis à la volonté de Dieu ; nul, cependant, n'avait été jusque-là plus autorisé à croire que Dieu était pour lui et avec lui. Il s'était cru invulnérable-, il venait de voir qu'il ne l'était pas. Le charme était rompu, il s'abandonnait à sa destinée. Il n'avait plus qu'à ne pas murmurer et à mourir.

Il ne murmurait pas ; mais il n'avait pas môme encore mesuré tout son malheur. Plus la chute est grande et subite, plus il faut de temps pour la bien sentir. 11 ny a que les douleurs médiocres qui prennent immédiatement dans le cœur toute la place dont elles vont disposer. Il en est du cœur comme d'un vaseoii les gouttes entrent sans peine, et qu'un torrent, oîi vous le plongez en entier, ne remplira pourtant que peu à peu.

Mais, d'instant en instant, il sentait s'élargir sa plaie. A mesure qu'il revenait de son étourdissement, il passait en revue tout ce qui saignait en lui. Il s'épuisait à compter ses déchirements.

Quant à la pensée de la mort, il n'avait ni à l'aborder ni à la chasser. C'était une vieille connaissance, une amie ou une ennemie, comme on voudra, avec laquelle il avait trop Ihabitudc de vivre pour qu'elle fût, en ce moment, beaucoup plus terrible qu'à l'ordinaire.

Mourir donc, c'était peu ; mais se sentir arraché à ces églises dont il était, après Dieu, la colonne^ à cet apos-

tolat qui était devenu sa vie, à ces collègues qu'il aimait et auxquels il était si nécessaire, à cette épouse qui avait partagé tous ses périls, à ce fils dont il s"était réjoui de guider bientôt les premiers dans la même carrière, — là était le poignant, là était l'horreur.

Puis, au milieu de cette vie errante, il avait contracté un invincible besoin de mouvement, d'air, d'espace, il n'y avait pas une heure que cette porte s'était fermée sur lui, et il sentait déjà comme l'ennui d'une longue captivité. 11 étouffait dans cette chambre. Il s'y promenait, inquiet, agité, comme l'animal dès forêts dans son étroite cage. A chaque tour, il lui semblait qu'elle s'était rétrécie sous ses pas.

Enfin, il s'assit. Quelques larmes purent s'échapper de ses yeux. Un peu de paix descendit dans son cœur. Il eut la force de prier j il remerciait Dieu de la lui avoir rendue.

On entendit un coup de pistolet... M. d'Ambly s'était brûlé la cervelle.

Il n'avait pu résister, le malheureux, au sentiment de son crime et de sa honte. Une trahison pesait trop à son cœur de vieux soldat.

Aussi n'était-ce pas de lui que la pensée en était venue. Celui qui avait acheté sa conscience, comme jadis celle de Bruyn, c'était l'éternel ennemi de Rabaut et des prolestants-, c'était Charnay.

Il était par hasard er/ tournée à Aigues-Mortes. Il avait su, de M. d'Ambly lui-même, la visite promise

anx prisonnic^rcs. Le major, qui savait sa haine, lui en avait i)arlé pour la rareté du fait, mais comme d'une affaire où lui, Cliarnay, n'avait absolument rien à voir. Quant à une trahison, comme il n'en avait de sa vie eu la pensée, il ne supposait pas non plus qu'on pût songer à la lui demander.

Aussi Charnay s'était-il bien gardé de lui en parler du premier coup. Il avait pris la chose en plaisantant.

— M. Rabaut, tout de bon?...

— Tout de bon.

— Il ne manquerait plus que de l'inviter à dîner... et moi avec...

— Qu'à cela ne tienne... On le dit de bonne compagnie... Faut-il?...

Mais le jésuite avait détourné la conversation. Il comprenait qu'après un repas pris ensemble, la trahison revêtirait une couleur tellement odieuse que jamais le major ne s'y laisserait amener.

11 eut un moment la pensée de le laisser en dehors du complot. Rien n'était plus facile que de faire arrêter Rabaut à l'entrée ou à la sortie. Mais, de cette manière, le jésuite assumait sur lui, sur les siens, tout l'odieux de la chose. 11 n'en viendrait donc là qu'à la dernière extrémité, sur le refus formel du commandant. H avait encore, d'ailleurs, deux ou trois jours devant lui. Rien ne le forçait de se décider.

Dès le lendemain, un hasard qui n'en était pas un lui fit rencontrer le major. On causa un moment ^ on allait se séparer.

— A propos, dit Cliarnay, j'ai pensé à vous toute la nuit...

— A moi I . . .

— A vous. Savcz-vous bien que si on venait ù savoir.... ce que vous m'avez dit...

— Par qui le saurait-on?... Pas par vous, je pense...

— Allons donc!... Maisenfln, on peut le savoir... Et M. de Saint-Florentin... ne badine pas...

— Ma foi, vous avez peut-être raison... Tout bien pesé, quand ce Rabaut viendra, je le ferai prier de s'en aller...

Ce n'était pas le compte de Charnay.

— Le renvoyer... dit-il; pourtant... à la rigueur... Enfin, vous y réfléchirez...

Le soir, on se retrouva à souper chez le curé d'Aigues- Mortes. Le major prit Charnay à part.

— J'ai réfléchi, lui dit-il; je ne sais trop, en vérité, que faire. Le renvoyer, ce serait singulier... Le laisser entrer... oui... comme vous dites... M. de Saint-Florentin ne badine pas... Après avoir gardé les autres, je pourrais bien être gardé à mon tour...

— Vous avez pris goût à garder, je crois...

— C'est précisément pour cela que je n'aimerais pas à changer de rôle... Bien que, à vrai dire, Aigues- Mortes me fasse déjà singulièrement Fefïet d'une prison.

— Vous vous ennuyez ici?...

— Passablement. J'ai vécu à Paris, cher Père...

— Et vous aimeriez y mourir. . .

— J'aimerais encore mieux y vivre... Mais le moyen? Me voilà ici-, on m'y laisse... comme un vieux verrou que je suis...

— Les bons verrous ont bien leur prix, major. Il en faut à Paris aussi...

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