‹ Trois sermons sous Louis XV (volume 3)Chapitre 7 sur 9 · CÉCILE · texte numérisé non relu

CÉCILE

Quoi! vous étiez de ceux, qui, d'une autre croyance... Ah ! je rouais...

Sans doute qu'il me va donner quelque lumière. Dis-moi, tu connaissais Lisimon?

ANDRÉ

C'est mon père, Madame...

CÉCIT-E.

C'est ton piVe!... Ah !... malheureux André!...

ANDRÉ

Ciel ! quel nom m'a frappé? Que vois-je? Est-ce bien elle?...

AMI l.IF.

Elle est sans cuunaissauco... llohi' Frontin, Femelle, Accourez...

— i:ii —

lis a( (OUI aient , et madame de l'ompadoiir, s(»uleimc ftar Aniélif, s"(î\anoijissait de son mieux.

Mais tout à coup. m;iitr<'s et \alets s'arrêtèrent. I.e cardinal de Ta Ii(Hli(.'-A\nion, ^^rand aumônier, venait de se montrer à Tf^'utrée de la salle.

Le roi pâlit. Ij' ciriliiial. vi-iMcnjcnt t'-mu, s'avança vers lui.

— Sire, dit-il. I«îs décréta de Dieu sont impénétrables. Un grand ( oup \a frapper, ou peut-être a déjà frappé votre maison. Le duc d(] Iiouigoj,'nc, l'aînée de vos f)('tits-lils...

— IJi Li'.ii 1... s'écria le roi.

— Il se meurt...

L'cnfanL fjui-lque temps auparavant, était tombé, poussé par un de ses compagnons de jeu. H s'était fait à la tête un(; blessure qu'on avait négligée, et (jui \(.'iiait (bi se di'îclarer mortelle.

Im même soir, il mourut. Le tluc de lierry, son frère, devcuiiil 1 iji'i il ici du trône.

\m <1uc de Berry, c'était Louis XVL

Qu'aui ait-il été, cet enHint, s'il eût vécu? Vn I,ouis \I\' ou un fj)uis W ! Aurait-il fait face au torrent, ou le t(jirL'iil l'aurait-il entraîné, comme il d(^vait entraîner Louis XVi .'' l)ieu le sait! Qu'il eût vécu, et j)(iit-êtie supprimait-il la it''\olnlion Irançaise, au jiioin-> tillf (|M(i nou^ l'axons vue, et la Ui publicpjc, et rKm[»ire, et t(jut ce (jui eu est sorti, et tout ce qui en sort encore.

Dans les grandes leçons de la lMo\idence, la petitesse des moM'ii- ,'st ^ouM'ul l'iu^ rra[)pante encore i[\u: \ ïniiiuA\>iU] des résultat-. Doux enfants jouent :

lun pousse l'autre... et la face du monde est renouvelée.

LU

Cependant la révolution préludait à ses triomphes. Le flot allait passer sur une des plus fortes digues que l'ancienne société eût opposées aux envahissements de la nouvelle. Les jésuites entendaient sonner leur dernière heure.

Leur sort, disions-nous dans notre premier volume, est d'être toujours coupables et toujours frappés injustement.

Au moment oii nous les avons laissés, ils allaient se pourvoir au parlement de Paris contre les jugements par lesquels l'ordre avait été condamné à payer les dettes d'un de ses membres, le Père Lavalette, enrichi d'abord, puis ruiné dans le commerce des Antilles.

Le droit était pour eux. Aucune solidarité civile n'avait existé ni n'existait entre leurs diverses maisons. Chacun de ces établissements avait, comme ceux des autres ordres, ses biens, son administration; chacun, en France, autorisé par lettres-patentes spéciales, avait reçu des rois, par cela même, une individualité distincte. La surveillance que le général exerçait sur tous les biens de l'ordre ne suffisait manifestement pas pour faire de ces biens un seul domaine, et de Tordre entier un être civil.

Moralement, il va sans dire que c'était une tout

autre question. Les gains du Père Lavalette auraient profité à l'ordre entier^ Tordre entier devait supporter ses pertes.

A défaut de conscience et d'honneur, la prudence aurait dû, ce semble, leur en faire une loi. Pourtant, plus la faute fut grave, plus il y a à réfléchir avant de les en accuser formellement. Devant des dangers aussi clairs , il est inadmissible que des gens aussi habiles aient regardé, pour se racheter, à quelques centaines de mille francs. Leur opiniâtreté ne prouvait donc que leur confiance en leur droit; et lorsque, condamnés par les tribunaux de commerce, ils avaient osé recourir à ce parlement de Paris qu'ils savaient presque unanime contre eux, c'était un appel solennel, nous avons presque dit honorable et chevaleresque, à la loyauté de leurs adversaires.

Cet appel ne devait pas être entendu. Le parlement ne comprit pas qu'en commençant par être juste, il n'en aurait que mieux le droit d'être sévère ensuite. La passion en était venue à ce point où tout calcul, même dans son intérêt, lui semble du temps perdu.

En conséquence, le 8 mai 1761, arrêt qui « Condamne le général, et, en sa personne, le corps et société des jésuites, à acquitter, tant en principal qu'intérêts et frais, les traites qui n'auront pas été payées ; faute de quoi, ledit général et société demeureront garants et responsables... etc., etc. »

Mais, dès le 17 avril, le parlement avait fait un premier pas dans la nouvelle route où il ne pouvait guère plus ne pas entrer. Avant même de prononcer sur le procès civil, il avait jeté les fondements du procès

religieux et politique. Ordre est donné au Père provincial d'avoir à déposer au greffe un exemplaire des Constitutions des jésuites, et trois conseillers, Chauvelin en tête, sont désignés pour les examiner.

Page 1