‹ Trois souvenirs [microforme]Chapitre 7 sur 22 · DEUX VICTIMES · texte numérisé non relu

DEUX VICTIMES

Euntes ibant et flebant, Ps. 125,

C'était le dimanche, 28 novembre 1845 ; il faisait un de ces tristes temps d'automne, souvent plus désagréables que les froids rigoureux de l'hiver. Un vent de tempête sonflait du nord-est, et la neige en gros flocons tombait avec ls pluie, lorsque l’on terminait les vêpres Somerset, pendant lesquelles on remarqua que M. Bélanger avait chanté avec plus de courage que de coutume. Cepen-

dant une affaire pressante l’appelait à la!

rivière Bécancour, au-delà de la savane de Stanfold. Quoiqu’indisposé, il n’hésita pas à partir avec le notaire Cormier, de

qui je tiens ces détails, et d’un habitant k

de Somerset, du nom d’Ambroise Pepin,

qu’il avait engagés tous deux à le suivre. |

Arrivés à Stanfold, où l’on prenait la

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savane, nos trois voyageurs trouvèrent plusieurs de leurs amis, qui firent tous les efforts possible: pour les empêcher de s’aventurer dans la forêt par un temps si mauvais et à l’approche de la nuit.

La prudence le conseillait en effet :

mais le cœur d’un prêtre ne la consulte pas toujours. Malgré toutes les représentations, M. Bélanger et ses compagnons s’enfoncent dans la fatale savane un peu avant le coucher du soleil, et suivent, avec toute la vitesse dont ils sont capables, le sentier boueux tracé par les voyageurs. Ils espéraient arriver, avant l'obscurité, à la demeure du bonhomme Grondin, à peu près au milieu de la savane ; mais ils se trompaient dans

Lleurs prévisions, et la nuit les surprit

bien avant qu'ils fussent au terme qu’ils avaient cru pouvoir atteindre.

L’obsceurité commençait à tomber lorsqu'ils arrivèrent à l’un des repos des voyageurs appelé la Butte Ronde, à environ deux milles du village de

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Stanfold. Là, nos trois voyageurs voulu: |

rent allumer la chandelle de leur fanal ; mais tout était humide sur eux et autour d’eux, et jamais ils ne purent se procurer la lumière qui les eüt sauvés. Quoique un peu découragés par ce contre-temps

imprévu, ils continuent cependant leurk

pénible voyage, ne sachant souvent où diriger leurs pas mal assurés. A caaque instant, ils enfonçaient dans des ornières couvertes d'une glace épaisse, qui, après avoir déchiré leurs vêtements,

meurtrissait et ensanglantait leurs jam-

bes. Ces chutes, renouvelées à chaque instant, épuisaient leurs forces, et le manque de nourriture, dont ils commençaient à sentir le pesoin, neleur permettait pas de les renou . eler.

Cependzsnt ils avançaient toujours, et l'espoir d'arriver bientôt soutenait leur courage. Déjà ils étaient à quelques arpents de la maison du bonhomme Grondin, au miiieu de cette partie de la

savane appelée la Savane du Cheval, |

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rent complétement et revinrent sur leurs

pas. au lieu de continuer, comme fs le

Que vont-ils donc devenir ? Couverts de sueurs, trempés par la pluie et la neige, épuisés de fatigues, où vont-ils prendre

les forces nécessaires pour recommencer la route qu'ils viennent de franchir avec

tant de difficultés ?

Mais la nuit n’était pas encore au

marcher. Ils continuent donc, trouvant,

dans l’espoir trompeur d'arriver bientôt

et dans un certain pressentiment d’un

Iplus grand malheur, les forces et le

courage dont ils avaient besoin. Ils venaient de passer de nouveau, et sans

[s'en apercevoir, auprès de la Butte | Ronde, où ils avaient essayé ent vain de

se procurer de la lumière, lorsque Pepin,

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épuisé et découragé, se laisse tomber an

pied d’un arbre et se déclare incapable d'aller plus loin. Le triste sort quil

l’attendait lui fit alors proférer des

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paroles plaintives et entrecoupées dell

sanglots. “ Plus de courage, ” lui disent ses compagnons, ‘“ nous devons arriver

bientôt à la demeure de Grondin.….,.Onl vous enverra du secours... Patience. 1

Puis ils s’éloignent, le laissant en proie aux sombres pensées d’une mort inévib

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Ils avaient à peine fait quelquesk

arpents, que M. Bélanger, sentant son

courage défaillir, succombe à son tour au pied d’un arbre, se plaignant de la

faim et d’une grande douleur à la jambek où il avait reçu une blessure quelques

mois auparavant. Il restait encore assez de force au notaire, dont la vigueur étonne en cette circonstance, pour atteindre,

non pas la maison de Grondin, où ill

espérait toujours arriver, mais le villagek de Stanfold dont il n’était pas éloigné, R

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sans un dernier malheur. Mais, en laissant M. Bélanger, il perdit le sentier,

| et, après quelques pas il tomba dans une

ornière d’où il ne put se relever.

Déjà, cependant, la mort avait commencé à s'emparer de ceux qui venaient de faire de si grands efforts pour se soustraire à ses coups. Pepin, lui, avait le premier payé son tribut ; M. Bélanger venait de tomber, et la troisième victime allait succomber, lorsque la lumière du jour ccmmencça à paraitre.

Deux habitants de

Somerset, qui

| n'avaient pas voulu, la veille, suivre nos

trois infortunés voyageurs, s'engagealent alors dans la savane. À peine eurent-ils fait quelques arpents qu’ilsientrevirent, non loin du sentier, quelque chose qui remuait et que l'obscurité ne leur permettait pas de reconnaitre. Ils crurent d'abord que c'était un ours ; mais, en examinant mieux, ils reconnurent un homme qu'ils soupçonnèrent aussitôt

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être un des trois voyageurs partis la veille. C'était, en effet, le notaire Cormier, luttant contre la mort. Ils volent à lui,

et le trouvent couvert de boue glacée, À

les membres raides, et donnant à peine quelques signes de vie. Ne pouvant seuls le transporter aux maisons, l’un d’eux court au village de Stanfold, où l’on avait quelque pressentiment de ce qui était arrivé pendant la nuit. L’alarme est aussitôt donnée : tout le monde «ccourt avec empressement, et plus de quinze

hommes entrent dans la forêt, d’où bientôt k on les voit sortir, portant le notaire sur un

brancard. Pendant ce temps, des voitures

étaient parties, au plus grand train des }

chevaux, pouraller chercher M. Gagnon à Arthabaska, et le docteur Bettez, à Somerset. La triste nouvelle se répand sur leur route et vole de bouche en bouche. Tout s’agite, et l’on voit arriver à Stanfold, en voiture, à cheval ou à pied, les habitants consternés. Les femmes et les enfants se tiennent aux portes et sur le bord du chemin, interrogeant les passants, qui

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ne leur donnent'que quelques mots de réponse et continuent leur route. Sont-

ils morts tous les trois ?...... Les a-t-on

tous trouvés ? M. Bélanger est-il

mort aussi ?... Parnvre curé !....…. et les larmes leur tombaient des yeux.

Pendant qu’on avait transporté le notaire, et qu’on lui prodiguait les soins

[qui le ramenèrent à la vie, plusieurs étaient à la recherche des deux autres | voyageurs. M. Bélanger fut trouvé le

premier, au pied d’un arbre. assis et la

tête appuyée sur une main. Il semblait

sommeiller, et il y eut un moment d'espoir ; mais il avait rendu le dernier soupir.

Bientôt après, on trouva Pepin, dont le corps froid et glacé annonçait qu’il avait perdu la vie depuis plusieurs heures. Ils furent aussitôt transportés au village, où les attendait, avec une

limpatience mêlée de quelque espoir, la 1 foule éplorée des habitants.

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ss ER ci

Dans l'après-midi du même jour, les habitants de Somerset revenaient triste:

ment, emmenant avec eux le corp inanimé de leur curé, qu'ils avaient va la veille, si plein de vie, chanter l'office dans leur chapelle. Trois jeurs après, le:

corps de M. Bélanger et de son com:

pagnon étaient déposés, en présence

d'un grand concours, dans le cimetière

de Somerset.

Comme toutes les causes importantes et qui, dans l’ordre de la Providence, ne peuvent réussir qu'au prix de grand sacrifices, la colonisation des Bois-Francs avait eu ses héros, et elle venait d’avoi ses martyrs ; le succès de l’établissemen de cette importante contrée était donc dès lors assurée. Et de fait, depuis ce temps, cette partie des cantons de l'Est a fait des progrès étonnants vers le brillant avenir qui lui est réservé. Mais pour faire mieux comprendre encore toutes les misères des colons, il est important de dire ici quelque chose

le pri

en p diffic lutte

sement it donc puis ce

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Reu particulier; des deux plus grandes difficultés contre lesquelles ils eurent à lutter : le manque de communication et le prix trop élevé des terres.

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