LÉONARD DE VINCI
Aux analystes du Moi.
Milan nous touche entre toutes les villes^ parce qu'elle fut le lieu d'élection de Léonard de Vinci, et parce que Stendhal Tadora, jusqu'à vouloir que sur sa tombe on écrivît simplement : « Citoyen milanais ».
Mais de Stendhal, il faudrait parler depuis ce triste port de Civita-Vecchia, où pendant trente années il
taires qui Pécaillèrent et très qui la retouchèrent :
ce que Ton peut étudier d artiste à Milan, si Ton y :
moignages précieux , trés< plupart des œuvres exéc
De psychothérapie.
les ambitieux et les esthéticiens, quelques traits de crayon lui suffisent pour raffirmer.
Nous entrevoyons à peine ce qu'il fit et ce qu'il voulut; il faut pourtant que nous le saluions comme un des princes de Tart. Ce peintre exceptionnel est compris par la pensée mieux encore que par les yeux.
Et c'est à Milan, où il a tant médité, qu'on est le mieux placé pour rêver de lui.
Dans les indications de ses Livres de dessins, et sous les repeints de la Cène, nous devinons la beauté qu*il cherchait, aujourd'hui envahie d'ombre; comme sous le génie inférieur de ses disciples nous retrouvons la direction d'art qu'il enseigna.
Intelligence unique par sa puissance et par la largeur de sa curio-
nous sommes tempérament-
lir^Ï^uSes,
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nuit plus profon^i^'J
De psychothérapie.
flit qui fait le génie mystérieux du Vinci et que tant d'artistes, tant de penseurs et tant d'amants ont interrogé, à YAmbrosienne et au Bréra, sur les petites lignes du visage de ses femmes. J*aime mieux transcrire ce que me disait, avec une intensité incroyable, une de ces âmes (jeune fille, jeune homme?) aux cheveux déroulés, âme sensuelle pourtant^ avec des lèvres, de grands yeux et toute une joie divine qui montait de son visage — ce que me répétait une autre esquisse, femme adorable, baissant les paupières avec une gravité presque ironique — ce que toutes me firent entendre :
« Parce que nous connaissons les lois de la vie et la marche des passions^ aucune de vos agitations ne nous étonne^ rien de vos insultes ne nous blesse^ rien de vos serments
d^ éternité ne nous trouble Et
cette clairvoyance ne nous apporte
— -1 — wv»,. ^yxMO puiClllCUl
tellectuel. Comment Taine a-t-i] parler, à propos de Léonard, pensées épicuriennes, licencieux « Quelquefois, dit-il, chez le Vii on trouve un bel adolescent a bigu, au coros de fé»mmp croif^
De psychothérapie .
lange^ la beauté des deux sexes, il se perd dans les rêveries et dans les recherches des âges de décadence et d'immoralité... » Ici assurément, Taine, comme il lui arrive souvent dans ses études d'art, a détourné ses yeux de l'œuvre de Léonard pour suivre le développement de sa propre pensée. Emporté par cette imagination philosophique et par cette logique qui font sa puissance, ce grand historien des passions intellectuelles a poussé jusqu'aux dernières conséquences possibles la curiosité de Léonard. Sans doute, restreinte à la méthode de Léonard, la divination de Taine a vu juste.- Oui, o cette recherche des sensations exquises et profondes », qu'enseignaitleVinci, mènera la plupart des hommes à des rêveries ambiguës. Voyez, dans les musées de Milan, ces figures de Marco d'Oggione, de Cesare da Sesto; elles maintien-
diocres. js »»• - — ' •
mal défendue par son
veau contre les exige.
sir, dut connaître de
bles.fluand Léonard 1.
avec tant d'élégance, l
nouveau et le dédain c
mune. Le pur Luim h
le vestibule du Bréra.
une ieune fiUe aux l
De psychothérapie.
Léonard comme chez Gœthe, ces dangereuses aspirations demeurent intellectuelles.
Ses exigences et ses indépendances se satisfont dans le domaine de la pensée, sans se tourner vers des réalisations voluptueuses. Chez Léonard l'intelligence aurait pu se révolter; jamais les nerfs. Les contemporains de ce profond penseur le savaient bien. Lomazzo l'appelle un Hermès, un Prométhée :
il leur apparaît Thomme qui sait le secret des choses. Il savait les lois de la vie.
Cela éclate dans son chef-d'œuvre.
Comme elle aura été étudiée cette figure de Jésus qui est le centre de la Cène ! C'est qu'elle est aussi, pour quelques-uns, le centre de la conscience humaine. Je veux dire que cette figure que nous voyons là toute tournée sur soi-même, toute préoccupée de la vie inté-
rouge qu 11 m pour ceue Jésus. Là, pas de dédoublem la personnalité. Bonté tristi don, soumission, résignation fierté intérieure, ce me seml Ce Jésus de l'esquisse est pi un frère de l'apôtre Jean qu'o dans la Cène, et qui n'esi qu'une vierge, rien qu'un s Mais dans la fresnn*» r
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gens et de canailles, dont les attitudes violentes synthétisent admirablement les sentiments du commun des hommes, et il leur dit :
« La trahison me viendra de vous, de vous, 6 mes amis. Mais cela ne m'offre rien d"* étonnant, car je comprends les tentations auxquelles succombera le coupable^ et par là même je Vexcuse. D'ailleurs, pour que j'aie Voccasion d'être héroïque^ ceci était nécesaire; la grandeur morale étant faite des bas traitements qu'elle surmonte, »
Cependant les mains de ce héros semblent avouer une certaine lassitude. Un étroit paysage bleuâtre et voluptueux, entrevu dans une fenêtre, derrière la tête de cette haute victime (victime de soi-même, martyr par sa propre volonté), vient nous rappeler que la vie pourtant peut être libre, sensuelle et facile.
Ces hommes avec leur passion, ce
comprime plus que d travail secret d*un ar voit que sa vie est un frémissement perpétuel, peintres de Venise fure car ils peignaient d'aboi disputer avec eux-m< quelle angoisse, celle de se divise en deux homi
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train de naître! Et chacun d'eux, adorant Tautre, se dit : S'il allait n'être pas satisfait !
J'ai souvent pensé à l'affligeante émotion dont palpitait assurément la Béatrice quand, au Paradis^ elle apparut à Dante. On sait que cet illustre poète avait cherché sa maîtresse en Enfer, au Purgatoire; enfin, il la retrouvait; il était éperdu de respect, de crainte aussi : car de faible femme n'était-elle pas devenue une bienheureuse et la compagne des personnes divines? Elle, cependant, dans la gloire qui l'enveloppait, avait sa fraîche poitrine gonflée d'une angoisse plus insupportable encore, car elle pensait :
«5'i7 allait me trouver moins belle! »
Cette imagination m'aide assez à comprendre la vie ardente d'un de ces analystes chez qui l'âme, comme nous avons dit, est double. C'est perpétuellement en eux le drame
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